12 décembre 2016

Parole de Lau

Parenthèse enchantée aujourd’hui, sur le hasard des choses et les chemins que l’on prend. Ou comment une parole, une courte phrase prononcée sur une île lointaine, devient un message philosophique pour un auditeur devant son écran.

 


lau,laurent.koh lanta,sagesse,être,soi-même,benoit,jesta,destinKoh Lanta

J’ai regardé la finale de l’émission d’aventuriers de TF1. Je trouve l’ensemble trop long pour tout voir semaine après semaine. Alors je pique des moments. Juste assez pour connaître quelques protagonistes.

La finale m’a vivement intéressée. La présentation était moins sensationnaliste. Le dernier carré mettait en compétition Benoît, gentil garçon de 22 ans, et d’autres dont Jesta.

Jesta est une jeune femme à l’accent toulousain. Elle n’était pas très active dans les extraits que j’avais vus. Un peu nonchalante, parfois opportuniste. Benoît, lui, avait toujours tout donné alors qu’il aurait pu se reposer sur l’anneau d’or, immunité durable qu’il avait acquise en milieu de séjour.

Sur les poteaux, ultime épreuve d’endurance, ils étaient trois: Benoît, Jesta et Freddy – un garçon qui a rendu un hommage vibrant à ses parents sourds-muets et à sa femme enceinte. Deux secondes de relâchement et Freddy est tombé à l’eau en premier. Puis Jesta, peut-être déconcentrée par un bavardage d’apparence anodine de Benoît, habile sur le coup.

La règle veut que le gagnant de l’épreuve désigne qui des deux autres sera avec lui lors du vote final. Le jury, formé de dix autres concurrents, sacre le vainqueur par vote secret. Freddy avait été méritant de manière visible – bien que parfois un peu querelleur. Et Jesta? Je me demandais – et d’autres aussi lors du vote final – quel mérite elle avait d’être en finale.

 

 

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Or Benoît a choisi Jesta plutôt que Freddy. Pour une raison simple: elle terminait l’épreuve des poteaux en deuxième place. Benoît a été droit dans sa logique: il a choisi la réalité du jeu plus que ses affinités personnelles. Peu importait comment Jesta et Freddy avaient fait leur chemin, par quelles qualités ils étaient au bout, le fait est qu’ils y étaient. Et donc, assez logiquement, ce sont le premier et la deuxième qui se sont présentés au jury.

La nonchalance de Jesta lui a été reprochée. D’aucuns estimaient qu’elle n’avait pas vraiment eu un comportement d’aventurier et qu’elle n’était pas à sa place en finale.

C’est alors que Lau (Laurent) a parlé. Lau est un grand black baraqué et souriant. Un type solide qu’on a envie d’aimer. Dans ce débat sur le mérite de Jesta, l’animateur, Denis Brognard, lui a donné la parole. Une parole simple comme le ciel, qui dit à peu près ceci:

– Peu importe comment elle est arrivée au bout, par quelles qualités ou stratégie, ou opportunités. Elle mérite sa place parce qu’elle y est.

 

Et, précisant sa philosophie:

– On est là où l’on doit être.

 

D’un coup cette parole exprimait une idée que je cherchais à mettre en mots depuis longtemps. « On est là où l’on doit être ». Quelle évidence, quelle limpidité. Et quelle sagesse. Par ses qualités, par sa naissance, par le hasard, chacun est là où il doit être. Nul besoin de jalouser autrui, de se plaindre du monde: chacun fait son chemin avec ce qui lui est donné.

 

 
lau,laurent.koh lanta,sagesse,être,soi-même,benoit,jesta,destinC’est ton destin

Cela n’empêche pas de vouloir plus, de jouer des coudes pour une place, mais on ne garde pas ombrage des échecs, des limites, des insatisfactions. On fait son propre chemin et l’on se réjouit de ce qui nous est donné. On pourrait se trouver dans une assemblée de grands du monde, qui parfois montrent un dédain ou une arrogance à l’égard des plus petits: peu importe.

Suivre son chemin c’est ne pas se laisser happer par ce genre de considérations ou d’interactions. Être où l’on doit être, fort parce que centré, intègre parce qu’intégré en soi et non tiraillé entre les multiples comparaisons ou attractions génératrices de frustrations.

Là où l’on doit être c’est accepter notre « destin ». Pas toujours facile. Pourquoi certaines épreuves nous terrassent-elles? Pourquoi l’injustice nous frappe-t-elle parfois? « Là où l’on doit être » c’est apprendre de tout, sans se plaindre à l’excès et sans reprocher au monde d’être ce qu’il est. Ce qui n’empêche pas de travailler à le rendre plus juste, là où nous sommes. Le contentement n’est pas l’acceptation de l’injustice et de la souffrance!

Si j’avais hérité d’une famille riche je n’aurais probablement pas su gérer mon bien. À 20 ou 30 ans je n’avais pas la maturité et la sagesse nécessaires. J’avais d’autres qualités. J’avais eu de bons parents. Oh, je pourrais faire la liste de leurs défauts. Mais par honnêteté je devrais également faire la mienne. Elle serait aussi longue, entre mes lacunes, les choses dont je ne suis pas fier, les erreurs d’appréciations. C’est grâce à cela qu’on apprend.

 


lau,laurent.koh lanta,sagesse,être,soi-même,benoit,jesta,destinFidèle à soi

Il y a des premiers de classe un peu lisses. Ils donnent l’impression d’être au-dessus de la mêlée et d’avoir tout juste. Mais nous ne savons rien de leur vie présente et future. Par exemple Benoît, qui a été désigné vainqueur à l’unanimité, est charmant. Le gendre idéal. Aujourd’hui il doit apprendre à vivre avec sa notoriété.

À 22 ans il devra faire ses preuves, s’investir, aller au charbon. Le charbon salit les mains. Peut-être prendra-t-il le melon, deviendra-t-il parfois détestable. Ou pas. Et quand bien même? C’est son chemin. Nulle part il est écrit que l’on soit déjà parfait, « fini », quand on commence à peine le voyage. On se salit d’abord les mains, on prend la douche ensuite.

Ces derniers temps je revisite quelques souvenirs. Je revois sans complaisance des épisodes où mon comportement me déplaît. Qui n’a pas ses zones d’ombre, sans pour autant être criminel? Les voir en face désamorce peu à peu la charge résiduelle qu’elles portent encore. Je me pardonne, faute de pouvoir réparer avec des personnes que j’ai pu heurter et que je ne vois plus.

Alors cette parole de Lau vient juste à point pour poser ma vie sans bataille inutile. J’aurais pu aussi trouver cela dans des livres de sagesse, ou dans les Évangiles qui, bien que je sois sans religion, restent en moi comme une musique de fond.

Dans quelques semaines sortira mon deuxième album de chansons, Contre-Courant. J’aspire au succès, bien sûr! J’ai des rêves. Je produis pour communiquer et j’en parle. Mais je sais aussi que je suis une fourmi dans le grand monde. Je n’ai pas de major avec moi, pas d’attaché de presse. Peu importe: les choses seront ce qu’elles seront. Je ferai de mon mieux. Ni héros ni exclu, ni modèle ni suiveur, je fais mon chemin, fidèle à moi-même. Le reste ne m’appartient pas.

 

Je suis là où je dois être. Parole de Lau.

 

 

 

P.S.: ayant trouvé sa page Facebook je lui envoie le lien, espérant que ce billet lui fasse plaisir.

https://www.facebook.com/lau.kohlanta16/.

 

 

 

 

17:26 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : lau, laurent.koh lanta, sagesse, être, soi-même, benoit, jesta, destin | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"Peut-être prendra-t-il le melon, deviendra-t-il parfois détestable. Ou pas."

d’après ce lien je n'ai pas l'impression qu'il ai pris le melon, qu'il continue dans cette voie.

http://www.programme-tv.net/news/evenement/koh-lanta-l-ile-au-tresor/95159-benoit-koh-lanta-l-ile-au-tresor-mal-a-l-aise-en-revoyant-son-coup-de-fil-a-son-ex-petite-amie-il-repond/

"C'est sûr que quand on a ça sur son CV, ça attire l'œil. Mais lors de l'entretien, ce sont vraiment nos compétences qui comptent. Je suis donc vendeur dans une enseigne de prêt-à-porter sur Toulouse, où je vis désormais avec Jesta. "

Écrit par : leclercq | 12 décembre 2016

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Merci pour l'info, Leclercq. Cool.

Écrit par : hommelibre | 12 décembre 2016

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