20 novembre 2016

Diogène, reviens, les élites ont envahi la télé !

Paris est le centre de la France. La preuve? Les élites s’y trouvent. Ailleurs on est en province, avec ce que cela suppose de parfum de naphtaline et de crottes ovines.

 


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Les élites sont à Paris. Ce n’est pas moi qui le dit: ce sont les propos de l’amuseur Thierry Ardisson sur Salut les Terriens (chaîne C8).

La télé c’est beaucoup de cirque. Les kadors rient et amusent le parterre avec leurs invités, le public applaudit. Plus besoin d’aller voir des clowns: Ardisson, Ruquier, Castaldi et les autres font l’affaire.

Recettes de pub obligent tout est bon pour lobotomiser les téléspectateurs. Les chauffeurs de salle font se lever le public comme une seule marionnette. On applaudit parce qu’il le faut. Sens critique, zéro. Évidemment, des émissions sérieuses toute la journée, ça ne rapporte pas.

La surenchère règne, les people invités se sentent obligés de montrer l’exemple de la fanfaronnade et normalisent les comportements les plus étranges. La télé c’est la société du spectacle à donf. J’aime rire et déconner, pas de problème, mais ici il est question d’autre chose: de la domination des élites parisiennes sur la France.

Nul n’est obligé de regarder. Cependant le style télé influence des masses de gens et normalise des comportements parfois déconnectés. Je préconise de zapper un moment: vous tomberez inévitablement sur des cas. Vous pourrez les observer comme un savant observe des rats dans une cage. Vous vivrez ainsi vous-même l’étonnement du savant devant l’insignifiance élevée au rang de fait de société.

 

 

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Paris est l’ultime étape de tout apprenti-célébrité. La télé est parisienne bien plus que française. Ardisson l’a rappelé le 12 novembre dernier. Parmi ses invités, les Chevaliers du fiel. Des humoristes originaires de Toulouse. Pas ma tasse de thé, mais chacun ses goûts.

L’émission commence très vite par ce dialogue entre Ardisson, les deux compères et Laurent Baffie, autre clown de service dont l’utilité n’a pas encore établie avec certitude. À à 2’20’’ le dialogue vient comme ceci:

« … les Chevaliers du fiel à qui on a longtemps reproché d’être provinciaux. C’est fini maintenant? – Ouais, on en parle moins depuis que les salles sont pleines. – Et depuis que vous faites 1 millions 9 à la télé. – Ça fait moins plouc. – Avant les gens nous disaient: on fait du théâtre. Et nous on leur dit: on fait du monde. »

Des provinciaux donc, ploucs donc, avec cette connotation qui n’a plus besoin d’être explicitée: le ton et la moue de l’animateur suffisent à déclasser le fait d’être provincial.

Et plus loin, à 21’42’’, Ardisson leur dit:

« Vous êtes enfin acceptés par les élites parisiennes. Vous êtes pas loin d’avoir la carte. »

Ah, enfin nous savons: les élites sont à Paris – enfin celles du divertissement, avec les politiques qui se montrent dans les cocktails en leur compagnie (Julien Dray était sur le plateau). Être de l’élite permet cette condescendance envers le provincial. L’élite se définit donc par la richesse et l’affirmation d’une supériorité sur les pauvres ploucs. Pas par ses qualités propres.

 

 

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Tant qu’il y a des moutons pour bêler sur ordre, leur place n’est pas menacée. L’ambiance plateau des émissions animées par ces élites est toujours fun – au sens le plus délétère qui soit. On rit, on est dans le deuxième degré, on place le cul un peu partout, on est entre soi, en connivence dont seul l’animateur tire profit. C’est l’euphorie permanente.

Au point où les candidats de certains jeux deviennent des marionnettes. Ils doivent jouer le jeu sous peine d’être ringards. Et ringard, à notre époque, c’est la mort sociale assurée.

Par exemple sur l’un de ces jeux une jeune femme jouait en compagnie d’un autre humoriste de l’élite parisienne, un dénommé Jarry (pas l’Afred du roi Ubu). Un pur produit de la culture du rien. Avec lui le bon goût français sent le jean sale. Cette candidate, incitée par Jarry, se colle à lui et s’approche à deux centimètres de ses lèvres, prête à l’embrasser. Puis se colle encore plus langoureusement.

Jarry lui demande si elle est mariée. Elle répond: fiancée, en couple. Et elle reste collée à lui sans un signe de trouble sur le visage. On peut dire que c’est un jeu anodin, que c’est le spectacle. Mais non: c’est une modélisation d’un comportement moderne, progressiste.

Si c’était ma copine, ce serait ni une ni deux: à son retour des studios elle trouverait sa valise sur le pallier et la serrure changée. Sans discussion.

 

 

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J’aimerais voir de temps en temps des cobayes tenir tête à cette élite délitée. Par exemple mettre une baffe à un animateur qui, sous prétexte d’ambiance de plateau, colle d’un peu près. Ou répondre à Ardisson quand il provoque avec des questions intimes de sexe: « Fuck you. Cela ne te regarde pas, trouduc ». Ou ne pas donner dans la compassion obligée quand l’animateur décrète ce qui est bien et ce qui est mal. J’aimerais les voir casser l’ambiance. Enfin il se passerait quelque chose d’intéressant.

À quand le Fuckyou challenge sur Facebook? Ce serait ringard? Oui! Vive la ringardise. De nos jours être ringard pourrait devenir un vrai progrès dans les relations humaines.

Mais ne rêvons pas: il faudrait déjà que les citoyens lambda cessent d’admirer des people déconnectés.

On manque de Diogène. Vous savez, Diogène-le-Cynique. Le philosophe grec un peu clochard. Un homme libre (c’est wikipedia qui le dit) qui ne se gênait pas pour critiquer les grands de ce monde. Celui qui a envoyé promener Alexandre le Grand lui-même.

Alexandre, maître absolu de la Grèce d’alors, voulait combler le philosophe et, se plaçant devant lui, lui dit (image: Thomas Christian Wink), avec ce qu’il faut de menace pour montrer sa puissance:

— Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai.

— Ôte-toi de mon Soleil. (littéralement : « Tiens-toi un peu à l’écart de mon Soleil. »)

— N’as-tu pas peur de moi ?

— Qu’es-tu donc ? Un bien ou un mal ?

— Un bien.

— Qui donc pourrait craindre le bien ?

 

Diogène: un bon modèle. Un modèle positif. Un héros pour l’avenir.

 

 

 

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Commentaires

Bonjour Hommelibre sans Paris la France n'existerait pas et l'Europe sans la France n'existerait pas dirait peut-être Napoléon
Ceci étant votre billet reflète le ras le bol de nombreux téléphages qui regardent l'émission ,bonjour les Ter-riens
A trop de blabla politiques sur quasi toutes les chaines autant regader cette émission qu'il suffit juste de zapper pour regarder* Seuls face à l'Alaska" ou on y retrouve un genre d'hommes que nous avions l'habitude de croiser quand nous étions enfants et qui eux ne participent pas indirectement aux réseaux sociaux pour faciliter les transits de drogues entre certains abonnés
Et qui dit mois du sagittaire peut aussi penser à singeries !
D'ailleurs Monsieur de La Fontaine n'avait il pas fait de la France son laboratoire expérimental pour la mise en scène de ses célèbres fables?
Très belle journée

Écrit par : lovejoie | 21 novembre 2016

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Le manège des clowns français (puisque c'est d'eux que vous parlez) rappelle celui des gladiateurs romains. Est-ce qu'un jour les "masses" (puisque c'est ainsi qu'on les nomme) qui font le gros de leurs spectateurs trouveront d'autres manières de prendre du plaisir dans ce monde ? On peut même rêver de culture.

Écrit par : Mère-Grand | 21 novembre 2016

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Lovejoie, je regarde aussi quand je peux "Seul face à l'Alaska". Ces trappeurs – et leur femme avec s'ils sont mariés – ont une énergie incroyable. Et un rêve de vie libre dans un environnement pourtant très dur.

Belle journée à vous aussi.

Écrit par : hommelibre | 21 novembre 2016

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Rêvons, Géo, oui, parfois les rêves amorcent la réalité.

Écrit par : hommelibre | 21 novembre 2016

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Oups, sorry, c'était pour Mère-Grand. Avec mes excuses.

Écrit par : hommelibre | 21 novembre 2016

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Il serait intéressant de savoir, qui regarde p.ex. Ardisson et quel est son pourcentage d'audience. J'imagine qu'il a assez de spectateurs, pour pouvoir se maintenir.
Tout comme C. Hanouna, idole des jeunes, cet animateur a un côté terriblement antipathique et ennuyeux. Ça doit être l'effet branché, l'effet " élite parisienne". On comprend qu'il faut choquer le bourgeois. Mais ça ne suffit pas pour être intéressant.
Autrefois, on était condamné à regarder le peu de chaînes disponibles. Désormais, on a un vaste choix et la possibilité d'enregistrer nous met souvent devant l'incapacité de tout visionner, par manque de temps. Alors Ardisson ou Hanouna ...
La télé véhicule beaucoup de savoir. Justement, ces reportages sur la vie des gens d'ailleurs sont drôlement intéressants.
Celui-ci, sur les Spitzberg, pourrait intéresser ceux qui aiment le Nord et très peu l'élite parisienne :

http://www.arte.tv/guide/fr/045570-002-A/peuples-des-confins

Les vraies émissions de débat politique existent, les vraies émissions sur la culture également.
On a accès aux chaînes étrangères. Désormais, on peut s'exercer dans la compréhension d'une autre langue, puisque certaines séries peuvent être écoutés en VO avec sous-titres.
Si j'étais condamnée à rester chez moi, p.ex. avec une jambe cassée, je crois que j'aurais des alternatives valables à Ardisson.
L'élite parisienne peut ronronner en vase clos dans son vase.

Écrit par : Calendula | 21 novembre 2016

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"L'élite parisienne peut ronronner en vase clos dans son vase." Je vois que je ne suis pas le seul à ne pas me relire. On devrait...

Écrit par : Géo | 21 novembre 2016

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@Hommelibre merci de votre réponse ces hommes et leur épouse ont une force de caractère entendez par là même endurance semblable à celle des nombreux cousis Suisses partis s'exiler au Canada dans les années 40
Ces trappeurs font comme eux ils ne cherchent pas à dominer le climat
Ils acceptent tous les inconvénients sans chercher à en responsabiliser d'autres
Voilà le genre d'hommes qui a disparu de nos contrées et la chanson "ou sont passés les hommes* leur sied comme un gant
Très belle fin de journée pour Tous

Écrit par : lovejoie | 21 novembre 2016

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«L'élite parisienne peut ronronner en vase clos dans son vase.»

@Géo

...un peu d'indulgence... Calendula voulait p'têtre dire:

L'élite parisienne peut ronronner en vase clos dans SA vase...

et c'est là que le correcteur auto, super-zélé est venu semer sa beurre... (voyez qu'il a écrit beurre au lieu de beuse cet enfoiré !)

Écrit par : petard | 21 novembre 2016

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@ petard,

Merci pour ce geste élégant et plein de réalisme !

L'indulgence est une denrée rare, mais pas impossible à trouver. ;-)))

Écrit par : Calendula | 21 novembre 2016

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@ petard,

Merci pour ce geste élégant et plein de réalisme !

L'indulgence est une denrée rare, mais pas impossible à trouver. ;-)))

Écrit par : Calendula | 21 novembre 2016

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Il me semblait avoir été parfaitement indulgent. Plus qu'indulgent, même. Mais Calendula étant une femme, donc un être d'essence supérieure, même la plus légère remarque est de trop ? Je finirai par croire que HL a raison dans ses analyses sur la question des rapports homme-femme...
Parce que franchement, constater que qqn n'a visiblement pas relu son texte et dire qu'elle est comme nous...

Écrit par : Géo | 21 novembre 2016

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@ Géo,

Et l'humour ?!?! Il ne faut pas oublier, que ça existe.
J'ai accompagné mon mot pour petard d'un signe qui signifie que je rigole. La beuse et le beurre ... N'est-ce pas ironiquement élégant ?
Il ne s'agit pas d'être supérieur ou inférieur. On peut aborder les choses sous d'autres angles. Par exemple du rire.
Il est vite fait de dévier du sujet.
"L'essence supérieure" permet d'y revenir, celui des élites en général et les élites parisiennes en particulier. Si ces gens-là se sentent supérieurs ou en position de prescrire ce qui est bien, intelligent, drôle, branché etc, c'est leur problème.
Je n'ai franchement pas cherché à me mettre en avant, ni à me vexer, juste de dire qu'on n'est pas encore condamné à se farcir Ardisson ou Hanouna, il y a pas mal de choix à la télé.
Si petard y rajoute son grain de sel, pourquoi pas !

Écrit par : Calendula | 21 novembre 2016

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