27 octobre 2016

Fermée sur elle-même, la Suisse ? 

La critique est habituelle depuis des années. Quand le résultat d’une votation ne va pas dans le sens d’une ouverture tous azimuts, il serait l’expression d’un égoïsme national et d’une xénophobie récurrente.

C’est court. Et peu honnête. 


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Par exemple la Suisse compte 25% de résidents étrangers, soit deux millions de têtes – un taux très élevé en regard des pays voisins. Deux millions dont 400’000 nés en Suisse mais n’ayant pas opté pour une naturalisation.

Nous pouvons être fiers de notre tradition d’accueil: en Europe nous sommes le troisième pays le plus ouvert à l’immigration (image 1, chiffres de 2014): 19 entrées pour 1’000 habitants, derrière le Luxembourg et Malte, et devant l’Irlande, l’Allemagne (11 pour 1’000), la France (5 pour 1’000), etc.

La journaliste Marie-Hélène Miauton rappelle quelques faits utiles dans Le Temps du 23 septembre dernier:

« Un syndrome de repli aurait frappé la Suisse depuis vingt ans au moins. Sur quoi repose cette assertion ? Sur un repli économique ? Non, car la Suisse compte un très grand nombre d’interlocuteurs commerciaux. Elle achète un peu partout dans le monde mais elle exporte encore plus, sa balance commerciale étant chroniquement positive. (…)

Pourtant, elle aime l’Europe, continent auquel elle se sent appartenir culturellement et géographiquement, et avec lequel elle partage trois langues nationales. Mais elle n’aime pas la construction européenne, qui ne répond pas aux principes fédéralistes et démocratiques qui lui sont chers. »

 

 

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J’avais voté oui à l’adhésion de la Suisse à l’Europe en 1992, adhésion qui fut refusée par une majorité de citoyens. Aujourd’hui, au vu de l’évolution de la construction européenne, d’un système devenu confus et paralysant – ou autoritaire selon le cas, de la stigmatisation du sentiment populaire grandissant de malaise, de la relégation des opposants ou résistants au statut infamant de réactionnaires ou pire, je voterais non, à contrecoeur certes mais par raison.

L’ouverture très large est-elle une fin en soi? Je ne le pense plus. À mon avis il s’agit plutôt d’un élan émotionnel inspiré par une certaine représentation affective du Bien, plus qu’une réflexion raisonnée, circonstanciée, sur ce qui semble bon à un endroit et un moment donné.

Pour autant je reste ouvert à diverses cultures car les humains me passionnent. Je refuse le clivage entre ouverture moralement obligée et traitement régalien des flux migratoires, entre la bienveillance supposée de l’ouverture sans limites et la froideur d’un calcul des intérêts. Ce clivage est un piège moral et intellectuel.

Dans ce domaine je pense que l’on ne doit pas être d’un côté contre un autre. Il faut être des deux côtés à la fois: tendre la main et ouvrir sa porte d’une part, tout en décidant de combien et de qui accueillir de l’autre. Je ne vois dans cette posture aucun repli: seulement une gestion politique raisonnable.

 

 

 

10:26 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : suisse, repli, étrangers, europe | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"J’avais voté oui à l’adhésion de la Suisse à l’Europe en 1992"
Affirmation mensongère et scandaleuse. Il ne s'est JAMAIS agi de voter en faveur de l'adhésion en 1992...

Écrit par : Géo | 27 octobre 2016

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Un caca nerveux Géo:

"Affirmation mensongère et scandaleuse."

Pfff. en effet c'était pour l'EEE – ce qui n'est pas si éloigné. Petite erreur de mémoire, pas de quoi parler d'affirmation mensongère et scandaleuse. Prenez votre laxatif Géo, ça vous détendra.

Écrit par : hommelibre | 27 octobre 2016

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Ce que nous ne semblons pas encore mesurer à sa juste valeur dans les profondes mutations que traversent nos sociétés c'est la singularité.
Elle deviendra cardinale dans une économie mondialisée. La rareté a toujours été valorisée, parfois même à outrance dans le cadre du marché des oeuvres d'art.
Le salut de la Suisse réside paradoxalement dans sa capacité à résister car elle ne pourra jamais régater avec les grands ensembles et autres nations qui tentent le forcing avec des accords commerciaux qui devraient définitivement consacrer les nouveaux monopoles privés des plus grands groupes transnationaux.
Que nous soyons timorés, nous pouvons le comprendre, mais serviles ? Il y a une ligne rouge à ne pas dépasser au risque de perdre notre identité, nos caractéristiques, notre altérité qui contribue à la richesse de la diversité du monde.

Écrit par : Pierre Jenni | 27 octobre 2016

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"en Europe nous sommes le troisième pays le plus ouvert à l’immigration "
Sauf qu'on ne peut comparer la Suisse avec le Luxembourg, Malte ou le Liechtenstein. Question d'échelles. Ou alors il faut les comparer avec Genève et on voit que Genève se place avant même le Luxembourg. Sans même compter les doubles nationaux.

Écrit par : Charles | 27 octobre 2016

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"Pfff. en effet c'était pour l'EEE – ce qui n'est pas si éloigné."
Ah ben, vu comme ça, évidemment...

Écrit par : Géo | 27 octobre 2016

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Excellent texte! Merci pour tous !

@geo: Certes il s'agissait en 1992 de se prononcer sur une adhésion à l'EEE, antichambre de la future et fantasmée Union européenne (UE) dont la porte n'était même pas dérobée. Une "aubaine" ? Vraiment ? Ce ressemble plutôt à une roue à cliquet... Les apprentis-sorciers qui nous matraquaient durant des mois les avantages du Grand Chambardement à coups de propagande hystérique sur les ondes de la SSR et des principaux media à l'unisson, ont joué avec le feu en mettant en oeuvre un processus imaginé dans les antres de fraternités occultes bien connues et parfaitement identifiées.

http://tinyurl.com/zjadokj

Il a fallu la sagesse de nos paysans alémaniques - des "patriotes" si ce terme n'est pas encore interdit d'usage - et la perspicacité des conservateurs de l'UDC pour échapper de justesse à une chute dans l'abîme .

Cette "construction européenne" imposée aux peuples n'était en fait qu'une ébauche d'échafaudage posé de guingois sur des sables mouvants issus de la "folle du logis".

Le "dimanche noir" de 1992 ?

Une journée radieuse qui mériterait d'être commémorée chaque année en Suisse.

Ouf !

Écrit par : Jacques-André Widmer | 27 octobre 2016

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"Certes il s'agissait en 1992 de se prononcer sur une adhésion à l'EEE, antichambre de la future et fantasmée Union européenne (UE)"
Beaucoup de gens ont voté pour l'EEE pou exprimer leur OPPOSITION à l'UE.

Écrit par : Géo | 27 octobre 2016

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Une certaine représentation affective du Bien?

Difficile de ne pas rigoler!

Nous avons eu l'occasion d'apprécier le sens de l'humain des dirigeants UE!

Ouverte, agissante (Croix-Rouge, convois d'enfants, entre autres)) de toutes les négociations datant de la seconde guerre mondiale, compétente en tout la Suisse "pur diamant entre les nations" Edmond Kaiser dixit (connu pour n'être pas du genre flatteur) le doit à sa neutralité, à son indépendance.

Evoquer sa frilosité ou son repli sur soi est de la plus obscène mauvaise foi.

Puisse ce Peuple des bergers ne pas se laisser duper et, s'il le fallait, nous faire savoir en quoi et pourquoi les Suisses hommes étaient décrits à bras noueux!

Et si sur l'Alpe... il a dressé la haute croix de fer, n'en déplaise aux islamistes, il n'a pas à en rougir.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 27 octobre 2016

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Je partage à cent pour cent le commentaire de Monsieur Widmer
Dans le temps oui je sais ça peut énerver mais on avait des bistrots pour permettre aux hommes de s'exprimer à haute voix et face aux édiles ce qui de nos jours doit passer par un écran et qui ne changera rien
Ah nos hommes d'antan c'était pas des manches .Pas un ne se laissait intimider et tous ont su nous léguer le virus de la parlotte et surtout de la jugeotte
La politique de nos jours ? c'est franchement du n'importe quoi !

Écrit par : lovejoie | 28 octobre 2016

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Préparons-nous à la messe que vont nous servir les milieux économiques sur le désastre d'une dénonciation des accords bilatéraux.
On aura beau rappeler qu'ils sont largement favorables à l'EU, qui n'a donc aucun intérêt à mettre son chantage de la clause guillotine à exécution, rien n'y fera, nous allons trembler et suivre nos sept sages docilement.
On vient aussi d'apprendre que le PNB de la Grande Bretagne a bondi de 5 % depuis le brexit. Mais on nous dira que c'est un effet provisoire.
Bref, on nous raconte plein de choses pour nous expliquer que nous sommes des imbéciles émotifs et que nous ferions bien d'écouter ceux qui savent si nous ne voulons pas le regretter amèrement.

Écrit par : Pierre Jenni | 28 octobre 2016

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"Fermée sur elle-même, la Suisse ?"

Pas du tout, regardez l'ouverture faite aux responsable de la sécurité des mosquées !

Écrit par : P. Ansermet | 28 octobre 2016

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"On vient aussi d'apprendre que le PNB de la Grande Bretagne a bondi de 5 % depuis le brexit."

Tout est une quetion de longueur et d'amplitude de l'onde Monsieur Gowrié.

Un coup on le voit pas parce que la longueur d'onde est trop longue, un coup on le voit pas parce que l'amplitude est trop ample.

C'est ce qui fait la différence entre une pulsion cardiaque, un rythme cardiaque, et un cardiogramme plat.

La seule chose que ça dit, c'est qu'il y a une différence de 5% de quelque chose que l'on ne comprend pas, ou 5% de quelque chose que quelqu'un essaie de faire croire à quelqu'un d'autre.

Écrit par : Chuck Jones | 28 octobre 2016

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Impressionnant, la quantité de bêtises qu'on peut lire sur les blogs.
Le Brexit n'a pas encore commencé. Pour le moment, la Grande-Bretagne est toujours dans l'UE. Les négociations pour en sortir commenceront l'année prochaine et dureront deux ans. C'est seulement après ça que les conséquences institutionnelles et leurs retombées sur l'économie commenceront à se faire sentir.
Quant à prétendre que les bilatérales sont favorables à l'UE, je ne sais pas d'où M. Taxi sort cette énormité, mais je ne l'ai jamais lue nulle part ailleurs! Tout le monde reconnaît que les négociateurs suisses ont négocié âprement et que les accords sont en réalité nettement favorables à la Suisse, dont l'économie a d'ailleurs fait un bond spectaculaire depuis leur entrée en vigueur dans les années 2000. Un bond un peu trop puissant d'ailleurs, puisque la surchauffe qu'il a entraînée est la cause principale des ennuis dont se plaignent les partisans du populisme: plus assez de logements, infrastructures surchargées, immigration massive, etc...
Les échanges entre la Suisse et l'UE représentent en gros moins de 5% des échanges de l'UE et plus de 50% de ceux de la Suisse. Devinez qui sera perdant en cas de rupture des bilatérales, ce qui entraînerait forcément une réduction drastique de ces échanges ?

Écrit par : Jean Peuplu | 28 octobre 2016

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