11 juillet 2016

De l’utilité de la déception

L’équipe de France a perdu la finale de l’Euro. Les images de fin de match nous rappellent que seule la victoire est jolie. La fête pour les uns, les larmes pour les autres. C’est ainsi lors d’une compétition.


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D’abord je rappelle l’intérêt des compètes. Elles permettent à des personnes ou groupes de différents lieux et origine de se mesurer les uns aux autres. En se mesurant on découvre ses propres compétences et limites. Et l’on peut être incité à les dépasser, en apprenant de l’autre.

Les compétitions sportives, culturelles, commerciales ou technologiques ont donc une fonction de stimulation des échanges et du progrès, technologique ou intellectuel. Les grandes foires et les tournois du Moyen Âge avaient déjà cette même fonction.

La relation amoureuse tient aussi sa part de compétition, par la comparaison que nous faisons de nous-mêmes ou de l’être aimé avec d’autres personnes. L’exclusivité affective est le résultat verrouillé d’une compétition. De même que l’embryon est le résultat de l’intense course de vitesse des spermatozoïdes.

La compétition est mal vue par certains idéologues. Elle dresserait les humains les uns contre les autres. Elle serait contraire à d’autres valeurs comme la collaboration, considérée comme plus utile humainement. À voir les scènes de fraternisation et d’amitié entre supporters qui ont suivi certains matchs, le foot de haute compétition ne conduit pas à la guerre civile. Cet argument est donc non relevant.

 

 

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D’autant moins que dans la réalité les équipes se préparent d’abord par la collaboration. Les joueurs fonctionnent ensemble. La solidarité entre eux, et entre eux et le coach ou le staff, est primordiale. Il ne peut y avoir de préparation à une compétition sans collaboration en amont. Même Ronaldo ne peut rien tout seul.

Et puis, pourquoi renoncerait-on à se mesurer à d’autres? Cette mesure, cette comparaison, est utile et stimulante. Si certains se sentent diminués par des comparaisons, il leur incombe d’y remédier non pas en abaissant l’autre auquel on se compare, non pas en supprimant toute comparaison, mais en montant ses compétences propres à un niveau meilleur.

La peur du jugement négatif ou de la déception ne devrait pas nous rebuter. Les perdants de la finale, assis sur le terrain ou les yeux dans le vague, n’ont pas forcément démérité. Le football est un puissant vecteur d’émotions. Toutes les émotions y passent. Y compris la tristesse.

Ce moment doit être respecté. Le coach ne s’y trompe pas, qui va sur le terrain mais parle peu avec ses joueurs. Il leur laisse ce moment nécessaire de solitude et de déception. 

Je n’imagine pas la famille venant sur le terrain pour réconforter les perdants: ceux-ci ont droit à ne pas être maternés, à avoir un peu de temps pour vivre leur échec sans qu’on les en arrache par une sorte contrainte vertueuse se voulant bienveillante. Parfois la bienveillance – si elle est dépourvue de lucidité –est une tyrannie ou conduit à l’inadaptation.

 

 

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Laissons les perdants perdre, pleurer, se sentir nuls, ne pas comprendre, regretter, et tout ce qui passe par la tête et le coeur dans un tel moment. Ils seront soutenus par la suite, dans la discrétion des vestiaires ou dans l’intimité de leurs foyers respectifs. On ne pavoise pas quand on perd: c’est normal, c’est comme ça. L’échec comme l’erreur sont des maîtres. Par lui, par elle, nous apprenons ce qui fonctionne ou non et ce qu’il faut analyser et améliorer. 

Le droit à l’échec est un droit fondamental, comme le droit à la victoire. Le maternage est aussi un droit fondamental. Mais il s’adresse à des enfants, pas à des adultes supposés gouverner leur vie de manière responsable. Que ceux qui ont peur de courir restent dans les tribunes.

Privilégier la compétition, sans collaborer là où c’est nécessaire, c’est réduire les réponses du sportif à une rigidité formelle et arbitraire. Mais privilégier la collaboration en évacuant la compétition des rapports humains, c’est renoncer à ce qui a également permis à l’espèce de survivre.

Il est réducteur d’opposer compétition et collaboration. Nous devons travailler sur notre manière de penser et sur les conditionnements de notre structure mentale. Il n’y a pas de raison d’opposer deux attitudes qui sont simplement des fonctions différentes ayant chacune sa raison d’être.

Vive la compétition ET vive la collaboration.

Dans la compétition la joie des uns est mise en lumière, quand la déception des autres les en écarte provisoirement. C’est comme dans la vie. Accepter de perdre, ou que l’autre soit plus fort, est une réponse bien meilleure que l’attitude pusillanime qui voudrait éviter de se mesurer au monde.

 

 

 

10:14 Publié dans Philosophie, sport | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : euro, 2016, foot, finale, portugal, france, victoire, défaite | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Cher hommelibre,

- « Mais privilégier la collaboration en évacuant la compétition des rapports humains, c’est renoncer à ce qui a également permis à l’espèce de survivre. »

Et pourquoi donc ... la "compétition des rapports humains" a permis à "l'espèce" de "survivre" ?

De survivre à quelle menace d'extinction ?

Écrit par : Chuck Jones | 12 juillet 2016

Suivez-vous régulièrement le sport que se soit le football - le plus populaire au monde -, le tennis - Coupe Davis -, le hockey sur glace, le ski de fond et alpin, etc ?

Je me pose sérieusement la question ...

Un seul joueur dans une équipe n'a jamais gagné à lui tout seul car il a toujours bénéficié du jeu collectif.

Écrit par : Lise | 12 juillet 2016

Lise, vous m'ôtez les mots du clavier:

"Un seul joueur dans une équipe n'a jamais gagné à lui tout seul car il a toujours bénéficié du jeu collectif."

! :-)


Chuck:

La compétition a permis, entre autres, d'inventer de nouvelles techniques qui ont amélioré et facilité l'installation durable de communautés. La collaboration a permis de partager ces nouvelles connaissances et de les répandre.

Écrit par : hommelibre | 12 juillet 2016

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