26 mai 2016

Et l’homme politique mondial 2016 est…

Pendant que Manuel Valls se carbonise et égrène des lieux communs sur le ton d’un sergent major, que le théâtral Arnaud Montebourg se profile dans les interstices, pendant que la CGT prend le pays en otage par peur de perdre son premier rang syndical, Emmanuel Macron monte et François Hollande se tait, hors de ses auto-encensements. 


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Le Parisien prête au président de sombres intentions. Il aurait validé le texte de l’interview du ministre aux Echos, où l’Emmanuel prend date contre Manuel (Valls) et les frondeurs du PS: il prône une modération salariale (qui a réussi en Allemagne) et un élargissement de la loi travail. Le but de Fanfrelande serait de se rapprocher du chouchou des sondages et de laisser la mauvaise place au premier ministre. Une sorte de transfert machiavélique de l’image du maudit.

« Il a une option possible : retirer la loi Travail sous les pieds de Valls, obliger Valls à sortir et nommer Macron à Matignon. Il voit bien que Valls s’enfonce dans les sondages et que Macron est populaire. Comme ça, il se débarrasse de Macron et de Valls à la fois et dégage le terrain pour sa candidature ! Ce serait un coup de maître... »

On ne doit guère douter que les déclarations du ministre de l’économie ont le soutien du président. Si ce n’était le cas il suffirait de sortir le ministre du gouvernement et l’affaire serait close. Papounet 1er, alias Normal 1er, a donc intérêt à la chienlit qui se développe.

Son opération Reconquête 2017 est en route. Tout est organisé, même si un an de campagne est une durée déraisonnable sur un mandat de cinq ans. 

 

 

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On annonce des baisses du chômage – mais on sait qu’une de ces baisses résulte d’un transfert d’inscrits dans les listes de Pôle emploi. On annonce une baisse d’impôts.

Papounet 1er va même être décoré. Il vient d’être déclaré Homme politique mondial 2016. Ce prix lui a été décerné par la Appeal of Conscience Foundation, une organisation interconfessionnelle fondée par un rabbin en 1965, et qui promeut la tolérance religieuse et les droits de l’Homme.

Ce n’est pas le prix Nobel de la Paix, même si ça y ressemble. Personne quasiment n’en a entendu parler. Et pourtant il va le recevoir pour son action pour la paix dans le monde. Non, il n’est pas permis de sourire.

Visiblement François Hollande veut à nouveau se faire aimer et admirer comme en 2012. À mon avis la faiblesse intrinsèque de sa personnalité ne lui permet pas de se construire sans passer d’abord par la case aimez-moi pour moi-même. À son âge, quand-même… 

Mais la course à la carotte a commencé. La cohorte des prétendants grandit. Qui osera profiter de la situation de délitement politique, moral et intellectuel pour proposer un programme fort et réellement ambitieux, libéral et réformateur? Qui ne cherchera pas d’abord à séduire et à plaire? 

 

 

france,hollande,macron,valls,présidentielle,nom,fillon,sarkozy,cat,crise,Alors qui?

Juppé? Trop consensuel, pas assez audacieux. Copé? Restons sérieux, on n’est pas chez Guignol. Montebourg? Il devrait faire du théâtre plutôt que de la politique. Valls? Au secours, la grenouille sergent-major se croit aussi grosse que le boeuf-président. Sarkozy? « Non yé n’ai pas channngé! ».  Macron? Trop lisse, trop séducteur.

Nathalie Kosciusko-Morizet? Nerveuse et vite agressive, pas la carrure à mon avis. Marine Le Pen? Pas assez calme, trop rageuse pour avoir une dimension de présidente. Fillon? On ne peut pas lui reprocher d’avoir cherché à plaire aux français! Mais a-t-il réellement la fermeté nécessaire?

En attendant la CGT rue dans les brancards. L’ancien syndicat majoritaire craint de rétrograder au profit de la CFDT. Les cocos du vieux briscard Philippe Martinez jouent dès lors leur va-tout. Blocage de raffineries, réduction de production électrique dans une centrale nucléaire: veulent-ils mettre la France au bord du gouffre? Le hold-up, la prise d’otage du pays continue à alimenter la tradition bien française du sabotage économique et social. Restons ennemis, croirait-on entendre du côté de la CGT.

François Hollande compte peut-être sur le timing. Si le mouvement se durcit jusqu’à un blocage de la France le président pourrait dissoudre l’Assemblée nationale et provoquer des élections anticipées. Coup de poker délicat dans le désaveu actuel des français pour le régime. Mais il pourrait ainsi se poser en rempart contre la chienlit. Ça peut marcher après une longue instabilité sociale. Et avec l’Eurofoot en vue.

Surtout, des élections anticipées obligeraient l’aile gauche du PS à se redéfinir. Soit ces députés restent dans les listes PS et donc approuvent le président si leur réélection en dépend, soit ils se séparent et créent une nouvelle formation, ou rejoignent le parti communiste qui a désespérément besoin de têtes d’affiches pour retrouver des couleurs. Les risques d’une débâcle à gauche restent néanmoins très grands et je doute que les frondeurs du PS osent l’aventure d’une scission avant la présidentielle.

En prenant la CGT de front, François Hollande aurait-il en tête d’être le Thatcher français et de casser les syndicats? 

 

 

09:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : france, hollande, macron, valls, présidentielle, nom, fillon, sarkozy, cat, crise | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Ça conjecture, ça conjecture.

Mais en lisant "le chouchou" Macron, je me suis soudain interrogé de qui était-il le chouchou ?
Pas du peuple en tous cas !
En creusant j'ai trouvé cette analyse intéressante d'un politologue français; Thomas Guénolé, sur le figarovox.

En gros la macronmania c'est avant tout une starisation lancée par les médias qui se recopient mutuellement en pratiquant un benchmarking de chaque instant.
Une variante d'un fantasme d'éditorialiste qui voudrait trouver une union des grande figures de droite et de gauche.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/03/11/31001-20160311ARTFIG00364-emmanuel-macron-chouchou-des-francais-ou-chouchou-des-medias.php

Ainsi va la France, qui aime créer des engouements, qui aime se faire mousser ... Souvent avec des fantasmes ...

En attendant les besogneux, les survivors de la France profonde pourraient bien renverser la table sur laquelle discutent ces faiseurs et défaiseur de roi président.

Écrit par : aoki | 26 mai 2016

C'est bien plus machiavélique que cela. A la prochaine présentation du 49.3 fin juillet, la censure du gouvernement est votée (mais seulement après le foot et le cyclisme), et le parlement dissout. Nouvelles élections. La droite gagne haut la main. Juppé est nommé premier ministre. Politique encore plus catastrophique. Un premier ministre sortant n'a jamais été élu président. L'autre se pose en arbitre et espère être réélu. Bon, il se met le doigt dans l'oeil, mais c'est le seul calcul qu'il peut faire avec actuellement 15% de voix au premier tour au grand maximum.

Écrit par : Charles | 26 mai 2016

Charles, votre scénario est plausible. Mais dans ce cas, Juppé n'acceptera pas, me semble-t-il. Il aurait d'ailleurs intérêt à ne pas accepter. Il connaît le risque que vous mentionnez.

Écrit par : hommelibre | 26 mai 2016

Tout à fait d'accord avec aoki, Macron est un pur produit marketing. C'est le chouchou de la presse et il n'est aimé de personne d'autre. A la rigueur, on peut le gratifier d'une détestation un peu moins grande que celle de Hollande et Valls auprès des électeurs. Mais pas parce qu'il est meilleur, seulement parce qu'il est plus préservé.

En tout cas, les Français n'avaleront pas la forfaiture du 49.3. Pas que ça soit anticonstitutionnel. Malheureusement ça ne l'est pas. Mais c'est un détournement du sens même de cet article, tel qu'il a été souhaité par De Gaulle. Le premier président de la cinquième république a créé cet article parce qu'il le voyait comme un moyen pour le représentant des Français de réaliser le programme pour lequel il a été élu. Pas pour faire passer de force l'exact opposé de ce programme. Je pense que c'était une erreur, puisque ça permet au gouvernement de se passer de l'aval parlementaire ainsi que de l'aval populaire. Mieux valait laisser la possibilité de passer par un référendum pour court-circuiter l'assemblée nationale. Mais le 49.3, c'est exactement le contraire de la démocratie. Et ça s'appelle donc de la dictature. Les Français montrent à quel point ils n'acceptent pas cela.

D'ici le début de l'Euro, on devrait y voir plus clair en tout cas. A mon avis le gouvernement ne peut pas se permettre de voir gâcher la fête. Donc soit il retire le texte, soit il démissionne, soit il impose la loi martiale pour remettre de l'ordre. On va bientôt savoir si la démocratie existe toujours en France.

Écrit par : Kad | 26 mai 2016

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