25 avril 2016

« The Island » : l’émergence du chef

J’ai récemment regardé deux fois l’émission The Island – seuls au monde. Le concept de cette télé-réalité diffusée sur M6 est différent par exemple de Koh-Lanta. Ici les équipes ne sont pas mixtes, et il n’y a pas de processus d’élimination. Une seule règle: survivre un mois par ses propres moyens.


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Si l’on peut imaginer que la production a prévu d’éviter les pépins graves, les participants et participantes sont néanmoins livrés à eux-mêmes. Par exemple la caméra est tenue par un membre de l’équipe et non par un assistant de la production.

La première fois j’ai assisté au départ d’une participante de l’île des femmes. Une mère de famille qui était devenue en quelque sorte le chef de son groupe. Comment? Pas de mot trop haut, pas de posture autoritaire, pas de distribution des tâches: elle faisait les choses avec positivité et bienveillance, et les autres lui ont attribué cette fonction fédératrice. 

Après son départ les autres femmes étaient perdues. L’une d’elles a tenté de reprendre le flambeau de leader mais, reprochant aux autres de ne rien faire, son autorité n’a pas été acceptée. Les membres du groupe sont revenus à une attitude basique: il ne faut pas demander aux autres d’agir. Chacun agit de soi-même et c’est tout. On verra ce qui se passe. Si personne n’a envie de chercher du bois, le feu s’éteindra.

Le groupe est rendu à ce point: l’envie individuelle prévaut. Pas d’organisation collective, pas de structuration ni de distribution des tâches. Seule la nécessité leur imposera, dans le désordre, les activités nécessaires à leur survie.

Ce qui m’intéresse ici est l’émergence du chef. Celle qui est partie a entraîné les autres grâce à son dynamisme et son attitude positive. Elle voyait ce qu’il y avait à faire et le faisait. Jamais de plainte ou de reproche, jamais d’injonction contraignante. Son autorité était issue de la justesse de son comportement, reconnue par les autres.

 

 

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Dès qu’on est plus d’une personne il peut y avoir nécessité à s’organiser. Qui fait quoi? Qui prend telle responsabilité? La délégation et la répartition des fonctions et des pouvoirs associés sont inévitables. 

Mais endosser la fonction de chef est un exercice qui demande beaucoup de sagesse. Certaines personnes pensent qu’il suffit de commander et de donner des ordres. Cela n’est pas la bonne façon. Non qu’il faille refuser définitivement toute hiérarchie, mais celle-ci doit être fonctionnelle et non autoritaire. 

Un vrai chef ne domine pas son groupe par une main de fer – du moins s’il ne s’agit pas d’un commando militaire. Il voit l’ensemble du projet et des personnes qui y travaillent, évalue les priorités, agende les étapes, fait en partie par lui-même, et s’il doit motiver ses partenaires il le fait avec naturel, sans vouloir prendre l’ascendant sur l’autre ni tenter de le diminuer. Commander est une fonction, rien de plus, rien de moins.

Jusqu’à un certain point on peut apprendre à diriger. Toutefois je pense que l’art du management – d’un groupe de survivants ou d’une entreprise multinationale – ne se réduit pas à une formation. Un bon chef est d’abord une personnalité d’exception: capable d’écoute, de discussion, pouvant analyser un projet sous plusieurs angles et choisir le plus adapté. C’est aussi un caractère: déterminé, audacieux, prêt à la controverse, combattif mais sans agressivité.

Être chef c’est d’abord une compétence personnelle, une nature, une implication personnelle, une largeur de vue. Ce n’est à mon avis pas donné à tout le monde. Nous n’avons pas tous ni toutes les mêmes données.

 

 

 

14:27 Publié dans Psychologie, société | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : the island, survivre, m6, teleréalité, chef, autorité | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Je ne connais pas cette émission, mais je comprends l'intérêt d'observer le fonctionnement des groupes.
Est-ce que la mère de famille en question était nettement plus âgée que les autres participantes ?
Le leadership peut se baser sur le poids des ans.
La personne peut avoir des compétences et un "bagage" plus étendus simplement par l'expérience vécue. Ce n'est pas un mince atout.
D'autre part, les participantes pourraient avoir investi la figure maternelle ou de l'aînée d'une autorité un peu par réflexe.
De plus, les gens ne se rendent pas compte, combien ils cèdent de leur pouvoir en étant simplement paresseux ou inertes. Celui ou celle qui empoigne un job est en position privilégiée pour prendre des décisions ....

Ce qui est compliqué avec le choix d'un nouveau chef, c'est l'évaluation du potentiel. Dans le jeu télévisé, le chef a émergé progressivement, j'imagine.
Mais lorsqu'il en faut un/une pour une entreprise, pour un projet dans la vraie vie, et qu'il y a plusieurs candidats, lequel choisir ?
Un chef imposé de l'extérieur n'est pas dans la même position qu'un chef élu par l'équipe.
L'alchimie entre le leader et le groupe est mystérieuse et repose sur un nombre de paramètres à la fois objectifs et subjectifs.

Écrit par : Calendula | 25 avril 2016

http://www.m6.fr/emission-the_island_seuls_au_monde/12-04-2016-episode_5-2147575831.html

c'est cette femme technicienne de gestion dans un élevage porcin, donc non pas plus âgée, pas de bagage plus étendue, mais travaillant uniquement avec des hommes, fonctionnant comme eux, donc elle est partie, ne supportant plus de porter à bout de bras ces gamines de tout âge avec leur chamailleries d'adolescentes gâtées.

Écrit par : leclercq | 25 avril 2016

Calendula,

Sur l'âge et le bagage Leclercq a précisé le profil de cette personne. J'ai compris que son leadership s'est mis en place progressivement. Je partage votre conclusion et votre observation des groupes.

"Celui ou celle qui empoigne un job est en position privilégiée pour prendre des décisions ....":
oui, en précisant que le privilège est ici technique. Je pense qu'être leader est pour le reste plus une responsabilité et une charge qu'un privilège. Ceux qui en font un privilège au sens excluant du terme sont ceux qui font détester la fonction de chef.

Écrit par : hommelibre | 25 avril 2016

C'est intéressant que ce groupe soit constitué uniquement de femmes. Il n'y a pas de biais possible, ce qu'elles expriment est elles-mêmes.

On peut observer la fonction de chef, en étant attentif aux éventuelles différences de manière (ou pas) d'endosser cette fonction selon qu'on est femme ou homme. Dans ce sens je préfère dire "le chef" que "la cheffe", féminisation qui en se sexualisant perd le fil de l'universalité supposée de la fonction.

Écrit par : hommelibre | 25 avril 2016

Oui, effectivement : il y a privilège et privilège !
J'ai utilisé ce terme dans l'idée, que si les autres restent passifs, leur opinion ne pèse pas beaucoup. Ou du moins, en cas de rouspétances, on peut répliquer : "Fais mieux !" ou " Où étais-tu au moment, où il fallait décider ?"
A mes yeux, l'implication et le travail sont des facteurs qui valorisent une personne. ( Je suis un peu victime de l'éthique protestante du travail ;-))))

Je me demandais, pourquoi elle était partie, alors qu'il n'y avait pas d'élimination. Maintenant je sais.
Elle semble malgré tout avoir une maturité et un vécu supérieurs, puisqu'elle n'est pas "gamine" dans son comportement et que vous la décrivez comme mère de famille.
Si elle travaille comme technicienne dans un élevage porcin, elle ne peut pas être chichiteuse et elle a une sacrée expérience de groupes en général !!!

Écrit par : Calendula | 25 avril 2016

"C'est intéressant que ce groupe soit constitué uniquement de femmes. Il n'y a pas de biais possible, ce qu'elles expriment est elles-mêmes."

Oui, certes, mais échantillonnage est très particulier. Qui s'inscrit dans les télé-réalités et qui est sélectionné ? Et puis, les situations d'îles désertes constituent des huis-clos assez extrêmes.

"Ce soir où jamais" de vendredi dernier était consacré aux sujets dont nous avons débattu ici : "Pénalisation des clients de prostituées, interdiction du voile à l’université, taxe tampon, mode islamique, lutte contre les stéréotypes"
Frédéric Taddeï était entouré uniquement de femmes aux opinons très variées. C'était une situation très intéressante et là aussi, elles ne pouvaient pas se défiler en jetant des soupçons sur des adversaires-hommes :
http://www.france2.fr/emissions/ce-soir-ou-jamais/diffusions/22-04-2016_479401

Dans la vraie vie, je n'aime généralement pas les groupes composés uniquement de femmes. Mais il m'est bien sûr arrivé de participer à de tels groupes et ça peut vraiment bien se passer.

La mixité me paraît très importante, même si cela peut amener d'autres difficultés (tentatives de séduction, accusations de sexisme et autres stéréotypes). Si chacun est avant tout impliqué dans le travail ou le projet commun, les différentes compétences et approches sont un avantage pour la dynamique, sans que le sexe des personnes soit particulièrement mis en avant.
Après réflexion, je dirais que savoir être un membre efficace est presque aussi difficile que d'être un bon leader.

On peut rapporter cela à la situation des blogueurs et des commentateurs. Le détenteur du blog est forcément le leader. Les commentateurs peuvent essayer de prendre le pouvoir ou s'autogérer en tant que commentateurs, le blogueur peut être très présent ou ne jamais intervenir.
Avec les blogs, on n'est clairement pas dans un projet articulé, ce n'est pas une œuvre ou une entreprise, mais malgré tout, il y a quelque chose comme une dynamique de groupe, cahin-caha.

Écrit par : Calendula | 25 avril 2016

Il sera intéressant de suivre l'évolution.

Écrit par : hommelibre | 25 avril 2016

"Oui, certes, mais échantillonnage est très particulier."

je ne trouve pas l'échantillonnage très particulier !!!

et hier soir le beur médiateur s'est fait remettre à sa place, sa grande gueule n'a impressionné personne, il se croit dans sa banlieue, avec les assoc qui les font passer pour des victimes, les jeunes de banlieue c'est le même traitement qu'ils ont besoin des hommes en face qui leur fasse fermer leur grande gueule.

Écrit par : leclercq | 27 avril 2016

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