22 janvier 2016

La sophiacratie, ou la gouvernance de la sagesse

S’il est des utopies politiques, celle-ci doit appartenir aux plus extrêmes, aux plus irréalisables. Que cela ne nous empêche pas d’imaginer une gouvernance fondée sur la sagesse et non sur un programme politique partisan.

 


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Les humains étant identiques sous toutes les latitudes et à toutes les époques, ils reconstituent les mêmes mécanismes relationnels et de pouvoir dans tous les systèmes. Il y a des dominants, des exploiteurs, des tyrans, mais aussi des gens privilégiant la justice, le partage, la bonté, le respect de chaque territoire individuel et collectif.

Pourquoi ceux-ci ne constitueraient-ils pas des gouvernements fondés sur la sagesse? Non que cette sagesse soit totalement absente de la démocratie, mais l’aspect partisan des pouvoirs successifs au sein d’une démocratie, la séduction par laquelle les élus attirent les votes, le relatif court terme des mandats, interdit de développer de vraies politiques sages et à long terme. Par la démocratie le politique limite ses propres moyens et ambitions.

De plus la démocratie est le siège de combats idéologiques récurrents, les uns faisant, les autres défaisant, au gré des tendances d’une époque. Mais que serait un gouvernement de sage? 

Premier point: il ne serait soumis à aucune idéologie, soit à aucune systémique ni systématique des idées. Tout peut être étudié, voire utilisé, selon les circonstances et les nécessités du temps. Mais quelles en seraient les fondamentaux? Car prendre une décision juste et sage suppose des critères. Eh bien on peut déjà valider durablement la ligne définie par la révolution française et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen: la liberté individuelle est fondamentale et chacun est d’abord propriétaire de sa personne. Cela exclut toute domination et esclavage, tout marché des humains. Cela valide aussi la responsabilité individuelle. C’est aujourd’hui le fondement de notre droit.

 

 

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Cette liberté individuelle emporte avec elle l’idée que nous sommes propriétaires de notre corps, mais aussi de ce qu’il produit par son activité. La propriété privée, reconnue à la révolution française, reste donc d’actualité. Nous pouvons jouir librement des biens que nous acquérons par notre propre force ou par transaction libre.

Tout litige doit donc être examiné sous cet angle. Exit l’idée de propriété collective, sauf contrat spécifique et sur volonté des contractants. 

Mais la liberté ne suffit pas à tout. Nous savons, par l’observation du monde, que nos talents et nos ressources individuelles sont différents d’un individu à l’autre, d’un groupe sexué à l’autre. Pour la cohésion de la société et le bien-être d’une majorité (ce qui est l’intérêt bien compris de tous), nous devons être solidaires quand le besoin ou la nécessité s’en fait ressentir.

Cela peut déterminer des décisions politiques non inscrites dans des lois mais évidentes dans la situation. C’est là que la sagesse prime sur la simple application démocratique de lois prévues pour tous les cas à l’identique. La justice, dans l’appréciation des litiges, peut faire état de cette sagesse, mais dans un cadre relativement limité. Ici il s’agirait d’élargir le cadre de décision d’un pouvoir fondé sur la sagesse. Liberté-solidarité me semble être une première base pour une gouvernance de la sagesse.

 

 

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Mais qui ferait partie de cette gouvernance et comment ces personnes accéderaient-elles au pouvoir?

La sagesse ne se décrète pas. Elle s’acquiert avec le temps et l’expérience, et parfois se manifeste déjà dans le jeune âge. On pourrait donc mettre en place un comité de « chasseurs de sages » comme il y a des chasseurs de tête. les personnes montrant un haut niveau de sagesse, par exemple par leur analyse objective des litiges, par la justesse et la bienveillance de leurs décisions dans leur domaine, seraient mis sur une liste. 

Ces listes seraient étudiées régulièrement par des assemblées. Les sages seraient d’abord testés à l’échelon local, communal par exemple. Ils ne seraient pas élus sur une liste de parti mais selon les critères de sagesse et selon leurs actions passées. Il n’y aurait donc qu’une seule liste aux élections et chacun choisirait celui ou celle qui lui paraît le plus ou la plus sage.

Les candidats ne pourraient faire campagne eux-mêmes et d’autres parleraient pour eux, afin d’éviter toute tentative narcissique de séduction de l’électorat de leur part. Ils seraient élu pour une longue période afin qu’ils disposent du temps nécessaire pour accomplir leur projets. Ils devraient évidemment débattre entre eux de chaque projet avant de le réaliser ou non. Ils seraient révocables à tout moment.

A défaut d’envisager rapidement un tel système, on peut encourager les femmes et les hommes politiques à viser la sagesse et la justice au sein du système actuel, et de garder une distance à l’égard de toute idéologie partisane.

 

 

Image 1: Sophia, déesse de la sagesse, mythologie grecque. 2: Sainte Sophia, Bulgarie. 3: arbre symbole de sagesse chez les Celtes.

 

 

16:04 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sagesse, démocratie, sophia, idéologie, justice | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Le problème réside dans le fait que l'économie actuelle n'est pas basée sur la sagesse et qu'elle est prééminente dans le monde politique. Bien sûr les bords politiques traditionnelles se chamaillent sur des questions sociétales, mais dans le fond ...

On fait le constat que la démocratie représentative est court-circuitée par le lobbying des ténors économiques. En Suisse ce sont par exemple les groupes "pharma", les assurances, les télécommunications et les banques. Par contre nous avons cette parcelle de démocratie directe avec le référendum et l'initiative populaire. Témoignages de la sagesse du système suisse.
Malgré cela, j'impute l'omniprésence des lobbys dans les parlements et des commissions comme cause du nombre grandissant de citoyens qui votent avec les pieds un peu partout en Europe.La Constitution européenne n'a fait qu'aggraver le problème.

Etienne Chouard, travaille sur le problème des dysfonctions de la démocratie représentative depuis la crise de la dette commencée en 2010. Notamment en étudiant de plus près l'antique modèle de la Grèce.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/

Écrit par : aoki | 22 janvier 2016

Jacques Testart un biologiste de renommée internationale et créateur de la PMA, s'engage dans ce type de mouvement.

https://www.youtube.com/watch?v=wCAVBxcxnAI

Écrit par : aoki | 22 janvier 2016

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