05 janvier 2016

Peggy Sastre (3 et fin) : le viol, stratégie masculine de reproduction

Je conclus sur la thèse « naturaliste » de Peggy Sastre, dans son livre La domination masculine n’existe pas. Le principe initial est intéressant et j’y avais souscris: les comportements humains sont fortement orientés vers la reproduction et donc la survie de l’espèce, et nos comportements en sont encore imprégnés inconsciemment.


hommes,femmes,domination,masculine,peggy sastresAffaire d’hommes

C’est à cette aune qu’il doivent être mesurés et évalués. Dans la reproduction notre part animale s’exprime à plein. Le dimorphisme sexuel implique deux stratégies différentes selon que l’on est mâle ou femelle. Jusque là je suis d’accord. 

J’ai déjà dit que la répartition des tâches sociales et familiales dépendait de la maternité et de la nécessité de protéger les femmes, beaucoup plus importantes que les hommes dans la reproduction du clan. Supprimez le 90% des femmes, par exemple si elles devenaient soldates, et le clan va s’éteindre, la vitesse de renouvellement étant insuffisante. Supprimez 90% des hommes, le clan survit grâce à la polygamie. C’est possiblement pour cette raison que les hommes peuvent se reproduire plus longtemps et féconder de nombreuses femmes.

Dans le darwinisme revendiqué par madame Sastre la guerre est une affaire d’hommes dont la femme est commanditaire. En effet la nature a fabriqué des hommes plus forts et sans la contrainte de la gestation, la nourriture et l’éducation, aux fin de protéger les femelles. Celles-ci l’ont forcément accepté, probablement même co-choisi.

 

 

hommes,femmes,domination,masculine,peggy sastresL’accord des femmes

Dans les pays où les femmes sont engagées dans l’armée, elles n’intègrent pas les corps les plus durs et ne peuvent réussir comme les hommes les tests d’aptitude. Si l’on suivait la théorie d’indifférenciation des genres les femmes devraient être envoyées au front, en première ligne, autant que les hommes. Ce qui est contraire à la survie de l’espèce et à leurs possibilités physiques.

Si les hommes ont été assignés à la défense armée, et au sacrifice de leur vie au profit des femmes, ils ont aussi reçu ce qui va logiquement avec le militaire: le politique. Non que les femmes en soient incapables, mais parce que de tous temps le politique a été intimement lié aux stratégies militaires.

On comprend aussi que l’éducation et les soins ont été principalement administrés par les femmes quand les hommes partaient plusieurs semaines ou mois pour des chasses au gros, pour explorer de nouveaux territoires ou pour des batailles. Les femmes n’ont donc pas été « reléguées » aux cuisines comme des potiches, contrairement au discours méprisant des féministes à l’égard de leurs aînées, elles ont eu la responsabilité immense de maîtriser les besoins matériels et reproductifs du clan.

 

 

hommes,femmes,domination,masculine,peggy sastresLe contrôle de l’autre

Des absences prolongées ne pouvaient que fragiliser la place des hommes dans le clan ou la famille. La femelle risquait de s’accoupler avec un autre mâle. Revenu, le guerrier était seul, abandonné, ou père d’un enfant d’un autre sans le savoir. Encore aujourd’hui on estime entre 5% et 15% le nombre d’enfants dont le père n’est pas le père biologique et l’ignore. L’homme pouvait-il faire confiance à sa femelle? Allait-il travailler, accumuler un patrimoine à transmettre, mourir au champ de bataille, pour des enfants qui se seraient pas les siens?

Au vu de l’importance biologique encore actuelle dans la reproduction, on peut en douter. Les hommes ont donc eu besoin de contrôler et de protéger leur femelle et leur clan. Cela passait, et passe encore, en partie par une contrainte choisie par les partenaires (par exemple l’exclusivité sexuelle), ou par la violence, car l’homme étant de longue date assigné à la guerre il dispose de plus de force. Mais pas seulement par la violence. L’engagement moral fait partie de ce contrôle – contrôle mutuel.

Peggy Sastre n’impute qu’aux hommes le contrôle du corps de l’autre, et laisse entendre que la violence est le comportement habituel de tous les hommes – du moins n’atténue-t-elle pas cette thèse explicitement. Or on sait que beaucoup de femmes contrôlent également le corps des hommes! Des exemples? Exigence de rentrer à telle heure, ne pas sortir seul ou avec des copains, ne pas aller dépenser ses sous au bistrots, ne pas le laisser seul, vérifier son courrier, ses absences, son téléphone portable, le suspecter, lui faire des scènes de jalousie fondées ou non, contrôler son regard quand il marche dans la rue.

 

 

hommes,femmes,domination,masculine,peggy sastresLa violence: masculine?

On pense qu’un homme jaloux apporte automatiquement une réponse violente à la situation. C’est l’avis de madame Sastre dans sa généralisation d’une « nature violente » des hommes. Ce faisant elle réaffirme que la violence est masculine. Le bémol qu’elle apporte est que l’homme n’y peut rien, c’est l’évolution en lui qui l’y contraint comme stratégie de préservation de ses gènes et de sa descendance. Dans ce sens le viol – conjugal par exemple – est une stratégie pour prendre de vitesse les gènes d’un concurrent, ou en vue de s’approprier une femme au détriment d’un rival. C’est donc une stratégie de reproduction à court terme et de prévalence de ses gènes pour n’importe quel homme.

A cela il faut apporter d’importantes nuances. D’abord tous les hommes ne réagissent pas par la violence, du moins pas une violence tournée contre la partenaire. Certains sombrent dans la dépression, d’autres se suicident, d’autres pardonnent pour privilégier le lien. De plus tous les hommes ne sont pas des violeurs (c’est ce qu’elle affirmait au lendemain de l’affaire DSK), sans quoi la moitié de l’humanité serait en prison. Selon les statistiques judiciaires on estime que 0,001% à 0,01% des hommes commettent des viols. Quand aux violences conjugales elles concernent, selon les enquêtes canadiennes, 2% de victimes femmes et 2% de victimes hommes. On est loin d’une généralisation darwinienne!

Ensuite les femelles ont aussi des réponses violentes si un homme s’éparpille avec d’autres femmes (mettant en risque la subsistance de ses propres petits). Elles quittent avec les enfants et choisissent un nouveau protecteur-géniteur, dans une brutalité psychologique bien réelle. Mais elles frappent aussi, ou tuent par des méthodes peu spectaculaires, ou tuent leurs enfants.

 

 
hommes,femmes,domination,masculine,peggy sastresRapport coût/bénéfice

La thèse de Peggy Sastre d’une violence exclusivement masculine est donc une généralité qui réalimente le stéréotype de l’homme violent par nature. Le problème est que pour le féminisme il alimente aussi l’image d’une femme soumise par nature, d’une femme irresponsable qui subit et ne décide rien. C’est faire peu de cas de nos ancêtres femelles, qui accouchaient souvent seules, qui tenaient maison et famille, qui faisaient tourner le clan et la société quand les hommes étaient à la guerre.

Pour croire que les femmes ont toujours subi il faut les considérer comme stupides et faibles, thèse implicite du féminisme, mais ce que l’époque moderne ne confirme pas. Si donc elles sont fortes et intelligentes, toute organisation passée ou présente a reçu leur aval. Elles ont forcément participé aux choix et les ont endossés en conscience, en calculant le rapport coût/bénéfice. Le risque de perdre un compagnon à la guerre – alors qu’elles auraient pu décider d’être polyandres et d’avoir toujours au moins un homme avec elles – était compensé par le fait que ce compagnon unique se motivait pour ses petits, sa descendance, ses gènes. Dans le couple nucléaire il était seul père et donc responsable des petits.

 

 
Collaborer

Peggy Sastre dit qu’une peur ancestrales des femmes par rapport aux hommes est leur dispersion sexuelle et leur prise de risques. L’homme est un danger bien plus par rapport à la notion de durée du couple que sur une supposée violence physique généralisée. On entend ô combien plus les femmes reprocher aux hommes d’être infidèles que d’être violents. Les femelles privilégient la durée à cause de la maternité, les mâles privilégient l’instant et la force à cause de la vigilance guerrière. Deux besoins, deux psychologies sexuées et genrées. La violence physique n’est donc pas automatiquement le risque pour la femme. La solitude l’est beaucoup plus. Et dans une société polygame, si elle est moins seule, sa place est moins enviable si elle n’est pas la numéro 1.

hommes,femmes,domination,masculine,peggy sastresLa société moderne a diminué la nécessité de protéger sa femelle, et les femmes n’ont plus autant besoin des hommes que jadis. La démotivation des hommes dans le couple, en tant que compagnon interchangeable et que père de hasard ou d’argent, pourrait conduire à un retrait des mâles de la stratégie de reproduction. C’est déjà le cas: de plus en plus d’hommes ne se mettent plus en couple ou vivent leur vie seuls avec des rencontres occasionnelles, sans reproduction. La guerre des sexes menée par le féminisme, la culpabilisation des hommes, de leur sexualité et de l'hétérosexualité, démotive progressivement les mâles.

La vie moderne rend moins visible un facteur qui était essentiel dans le passé, et que Peggy Sastre n’aborde pas, toute entière tournée à détailler une violence qu’elle suppose exclusivement masculine: la collaboration. Or, dans le couple nucléaire, collaborer est une nécessité vitale. Chacun apporte sa part. La répartition des rôles faisait partie de cette collaboration. Collaborer ce n’est pas simplement faire la vaisselle à deux, c’est beaucoup plus profond. Un engagement dans une vie durable et reproductive ne peut se faire sans savoir qu’il y aura plus que du sexe et du fun. L’engagement posé, on répartit. Fendre le bois ou langer les petits est l’affaire du plus apte et des circonstances, et non d’une répartition épicière ou égalitaire.

Si la thèse darwiniste est intéressante et prenable assez loin dans la compréhension du couple, elle est limitée car uniquement tournée vers la compétition et le contrôle de l’autre. Il y manque, en particulier, cette notion si importante de la collaboration, soutenue par les sociétés historiques, par les religions, par la nécessité. Collaboration qui sert aussi la reproduction et la survie de l’espèce. Même aujourd’hui la collaboration dans le couple prime sur la compétition. Peggy Sastre compare à plusieurs reprises la société humaine à celle des lions et aux grands singes. Mais notre organisation sociale est très différente. Elle mentionne quelques études qui appuieraient sa thèse. Or les études sont souvent biaisées par les stéréotypes, par leur méthodologie propre, et devraient être repassées au tamis de l’esprit critique. Par exemple elle ne mentionne aucune des études récentes sur la violence féminine dans le couple. Lacune impardonnable.

La reproduction est une nécessité avec ses stratégies, oui. Mais les stratégies ne sont pas toute la domination et le contrôle. Chez les humains, et peut-être dans d’autres espèces, domination et contrôle sont autant affaires de caractère que de rôle, et sont répartis selon l’individu autant que selon le groupe sexué.

 

 

 

Précédents billets:

Personnalité sexuelle et comportement : ni cochons ni salopes

Hommes et femmes, la violence renaturalisée

 

 

12:28 Publié dans Féminisme, Philosophie, société | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : hommes, femmes, domination, masculine, peggy sastres | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"et les femmes n’ont plus autant besoin des hommes que jadis. "

c'est l'état qui remplace financièrement les hommes éjectés,

http://www.parent-solo.fr/modules/smartsection/item.php?itemid=169

. Il faut savoir qu'1/3 des dépenses du Ministère de la Justice sont consacrées à la gestion des instabilités familiales. L'Etat dépense pour les enfants, pourquoi " récompenserait "-il un adulte qui se sépare de son conjoint ? Il est vrai qu'on sent encore l'empreinte des mentalités des années 1975-2000 pendant le'squelles les adultes se sont dit qu'ils pouvaient tout faire dans leur vie privée, que l'Etat providence les aiderait.

Écrit par : leclercq | 05 janvier 2016

Merci pour ces liens Charles.

Écrit par : hommelibre | 06 janvier 2016

Merci pour ces liens Charles.

Écrit par : hommelibre | 06 janvier 2016

8 divorces sur 10 étant à la demande de l'épouse qui garde obtient la garde de l'enfant dans les mêmes proportions,le plus souvent en le privant de père, de nombreuses mères seraient bien avisées de lire votre commentaire sur l'intérêt d'un partenariat de couple qui ne s'arrête pas à la conception mais se poursuive dans la durée.

Écrit par : François ALLINE | 09 janvier 2016

A propos du viol comme "stratégie masculine de reproduction"!

A la longue, avec le temps... médecins et psys ont appris que pour qu'un enfant soit bien né (dans le sens d'heureux et heureux dans la vie) il faut qu'à sa conception par les deux partenaires il soit appelé à vivre, cet acte compris comme "appel de la vie à la vie" (Khalil Gibran).

Appel de la vie à la vie d'une femme au moment du viol qu'elle subit?

Allons donc!

Sommes-nous, en 2016, sociétés primitives de Sauvages (voir Lévi-Strauss?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06 janvier 2016

"lui faire des scènes de jalousie fondées ou non, contrôler son regard quand il marche dans la rue."

Bravo vous venez de décrire exactement mon épouse en quelques mots

Écrit par : modez | 07 janvier 2016

Myriam, vous montrez là en effet une limite de la théorie darwinienne de Peggy Sastre.

Écrit par : hommelibre | 07 janvier 2016

hommelibre, les femmes violées "pour de bon"... d'autres et voire des hommes, femmes et hommes dignes de ces nom! comment voulez-vous qu'ils adoptent ce point de vue ou démarche ou stratégie masculine de reproduction?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 07 janvier 2016

Le plus idiot dans le féminisme hystérique actuel c'est qu'il conduit à une talibanisation progressive de la société avec bientôt les femmes d'un côté dans des espaces réservés et les méchants hommes de l'autre. Bref, loin d'être moderne, ce sera plutôt un gros retour en arrière vers ce que justement elles détestent dans les sociétés "archaïques".

Écrit par : Sub | 07 janvier 2016

Quelle ignorance!

Que ressent une femme enceinte par viol?

Quelle acceptation d'une telle grossesse?

Les conséquences pour l'enfant?

Atteint en ses systèmes nerveux et cardiaque et poursuivi toute sa vie par un douloureux sentiment de refus ou de rejet?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 07 janvier 2016

"Tout le monde n'a pas la chance de naître orphelin" disait Jules Renard.
Myriam, Je ne saurais pas dire ce qu'une femme violée et qui décide de garder l'enfant peut ressentir, ce qu'il me semble c'est qu'au 21ème siècle et en Occident, rien ne l'oblige à le garder...!

Écrit par : François ALLINE | 09 janvier 2016

...mais le titre est déjà idiot......l'homme baise parce qu'il aime ça, rien à voir avec une stratégie de reproduction....il avait envie de "s'accoupler" bien avant de comprendre que cela signifiait se reproduire, comme nombre d'espèces encore aujourd'hui...
Quand un homme viole, c'est parce qu'il a envie de jouir, pas qu'il a envie de se reproduire.....

Écrit par : bof | 09 janvier 2016

François Alline

Femmes catholiques pratiquantes violées et avortements?

Réponse de Jean Paul II : "Si une femme violée est une religieuse, elle peut avorter. Autrement, non.

Polonais: "Nous voulons notre pape immédiatement porté sur les autels"!


Femmes musulmanes en Occident comme ailleurs violées:
avortements?

Sommes-nous réellement au 21ème siècle?

Ou... en plein cauchemar de retour au Moyen-Age?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09 janvier 2016

On peut avoir des points de désaccord avec Peggy Sastre, mais ses parti pris ont le mérite d'être clairs et son discours argumenté. Enfin une féministe qui ne moralise pas, ne culpabilise pas, ne chouine pas et paraît ouverte à la discussion. La quasi totalité des féministes modernes ne lui arrivent pas à la cheville.

Écrit par : Cyril | 11 janvier 2016

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