19 novembre 2015

Génération Kamikaze

La femme est-elle l’avenir du djihad à défaut d’être celui de l’homme? Les féministes n’auraient pas pu rêver d’un soutien plus explicite. Il n’y a aucune différence entre les femmes et les hommes, radotaient certaines. Les kamikazes femmes le prouvent au-delà de leurs espérances, à Paris comme à Kano où une ado de 11 ans et une jeune femme de 18 ans ont fait 15 morts sur un marché.


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S’il le fallait encore, ces jeunes filles font voler en éclat l’image douce et bonne, de type virginal, que la société occidentale a fabriquée. Pas seulement occidentale: en Arabie heureuse aussi les mères sont célébrées. Pourtant les femmes, porteuses d’enfants, porteuses du soin et de l’éducation, peuvent aussi devenir des tueuses sans pitié. Autant que les hommes.

Les islamistes, ces fascistes nouvelle génération, mettent à plat les compteurs de l’égalité idéale. Hommes et femmes, c’est le même sang qui coule de leurs ventres cisaillés par l’explosif. La même cervelle qui s’écrase contre les murs. La même soumission aux chefs qui les dirigent.

Cette fascination pour la mort est très particulière. Oh, ils et elles ne sont ni les premiers ni les seuls. Les kamikazes japonais, saturés d’alcool, ou les assassins femmes et hommes du Rwanda, bourrés d’alcool de bière, n’ont pas vraiment laissé le souvenir d’une culture gracieuse.

Un kamikaze en miettes n’est pas beau. Est-ce par contraste que Libération titrait, il y a quelques jours: Génération Bataclan?

C’est joli comme formule. Mais c'est déplacé. Libé voulait bien sûr parler de ces jeunes et moins jeunes festifs et joyeux, en contraste avec l’austérité assassine des kamikazes. Mais pour ceux-ci aussi c’était une fête. Et puis on ne fait pas une génération sur 1500 spectateurs de tous bords qui assistent à un concert de rock. On ne s’approprie pas ainsi des morts.

 

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Le don de soi, le don de son corps, est de longue date un marqueur maximal de l’engagement et de la loyauté. La mort de Juliette, par amour pour Roméo, n’est-elle pas superbe? Même les soldats acceptent de mourir pour protéger famille et pays. Mais eux n’adhèrent pas à un système de mort. Les djihadistes, oui. La promesse d’un monde meilleur, l’idée que les martyrs sont accueillis par un dieu et qu’ils vivront une vie meilleure, ne peut que donner envie de mourir. 

La mort est supérieure à la vie. C’est ce que dit à sa manière la devise des Frères musulmans, la plus grande organisation intégriste du monde arabe:

« Dieu est notre but, le prophète notre chef, le Coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyr notre plus grande espérance ».

Un descendant des fondateurs, Hani Ramadan, vit à Genève. Il dit en fin d’un prêche, à propos de Mohamed Morsi: 

« Ce principe, c’est que nous devons aimer la mort comme eux aiment la vie. La mort dans la voie de Dieu est notre désir suprême. »

Comment ne pas devenir kamikaze avec cela? Quand en plus vous subissez un endoctrinement intensif, que vos ennemis sont considérés comme des porcs ou des objets sans aucune valeur, quand on valorise votre engagement au point où vous-mêmes y croyez, quand vous êtes possiblement drogué au Captagon, et quand quelqu’un à distance fait exploser votre bombe au cas où vous reculeriez au dernier moment?

 

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La contrainte, le désir de ne pas déplaire aux chef, le risque de sanctions en cas d’insoumission, aident sans doute à y croire. Mais l’idée même de la mort glorieuse, de la mort supérieure à la vie, est forcément un moteur de fond pour accepter le suicide meurtrier. D’ailleurs la médiatisation fait partie de leur guerre. La mort en public, qui tue des civils, est spectaculaire. C’est la mort glorieuse. C’est bon pour leur cause.

A Genève un professeur a rebondi sur les attentats en incitant à un débat dans l’un de ses cours. Il s’agit de monsieur Hasni Abdidi, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen de Genève. Le débat porte sur l’origine de la radicalisation. Un étudiant intervient, comme le relate la Tribune de Genève:

« Cela fait des années que les choses couvent en France. La misère dans les banlieues, les jeunes sans avenir à qui l’on demande d’être Français sans leur en donner les moyens. Aujourd’hui, ils suivent Daech, mais cela pourrait être autre chose. »

Non, non et mille fois non. La sociologie n’explique pas la radicalisation. L’inféodation à l’idéologie au point de se faire exploser est d’un autre ressort. Il y a un saut entre la criminalité liée à la pauvreté et le kamikaze. L’inféodation est le fruit de la renonciation à tout ce qui fait le libre arbitre, l’autonomie de pensée et d’émotion, le prix de la noyade dans un collectif que seuls les chefs maîtrisent. Il y a un travail de fond par des groupes intéressés à cette guerre. 

Et quand ce professeur termine son cours en disant qu’il ne faut pas commettre les mêmes erreurs que les américains, il se fait l’écho du discours islamiste. Il valide objectivement la posture victimaire djihadiste et déresponsabilise les djeun’s.

 

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Les kamikazes se voient normaux, comme des guerilleros. Avec cette différence: un guerillero essaie de rester en vie. Il meurt au combat, parfois, mais pas volontairement. Ici la promesse d’un paradis idéal, le discours sur la mort plus belle que la vie, est un facteur décisif. Si c’est un prophète qui inspire cela, alors c’est un faux prophète. La vie appelle à la vie, pas à la mort.

Les hommes martyrs seront entourés de 72 vierges, les houris, au paradis, paraît-il. La belle affaire. On leur reconnaît enfin le droit de baiser sans limites! Si elles sont comme sur la photo, c’est tentant.

Mais les femmes martyrs? Pas de chippendales pour partouzer. D’ailleurs martyr est un mot masculin. La Génération Kamikaze, celle qui se pète aux prises d’alcool à outrance les samedis soirs, qui se défonce au Captagon arrosé des litres de sang du Bataclan, qui vibre à l’idée – devenue idéologie – de l’apocalypse climatique annoncée par quelques chefs et qui croit, comme les kamikazes, pouvoir sauver le monde et la planète, ou ceux qui pensent que le couple n’a pas de sexe et qui dynamitent l’Histoire et la nature humaine, est une affaire de défi, de conquête et de transformation de la nature. Donc historiquement une affaire d’hommes. Les femmes y sont des mecs comme les autres. Sauf que celles du djihad, une fois au paradis, nettoieront chiottes pendant que le mec baisera au salon.

Une culture qui ne protège plus la maternité, donc la reproduction d’elle-même, donc la femme, est une culture de mort. 

Alors, non, les femmes ne sont pas l’avenir du djihad.

 

 

09:47 Publié dans Politique, société | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : terrorisme, attentats, paris, kamikaze, djihad, ei, syrie, soumission | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"La misère dans les banlieues, les jeunes sans avenir à qui l’on demande d’être Français sans leur en donner les moyens."

cet étudiant qu'il ai un peu d'esprit crique au lieu d'être le perroquet du discours BoBo.

"Les kamikazes japonais, saturés d’alcool"

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2007/02/14/kamikazes-malgre-eux_867298_3208.html

. L'un des plus chevronnés, Shigeyoshi Hamazono, qui survécut, ne cache pas sa rancoeur à l'égard des chefs qui, eux, ne partaient pas : il rappelle, dans le quotidien Asahi Shimbun, qu'en se dirigeant vers son appareil, le 6 avril 1945, il buvait du saké au goulot et qu'il avait pris les commandes en hurlant : "Bande de c..."

Les rescapés connaissaient un autre calvaire : ils étaient envoyés dans un camp de rééducation où ils enduraient les pires humiliations, raconte Kenichiro Onuki, qui passa les mois les plus horribles de sa vie avec une centaine d'autres parias dans un de ces camps, à Fukuoka. Ils avaient offert leur vie et, parce qu'ils l'avaient par miracle conservée, ils étaient dépouillés de leur dignité...

Les derniers messages des jeunes pilotes de Chiran ou les témoignages des rares survivants donnent une image bien différente de celle de fanatiques. Il y avait assurément des illuminés parmi eux, mais la grande majorité partait parce qu'ils n'avaient pas le choix. "Nous nous réconfortions en nous berçant de l'idée qu'au moins nous serions des héros", note l'un d'eux dans son journal. Selon Hideo Den, qui survécut, "c'est le désespoir qui nous menait".

Volontaires ? "Nous étions censés l'être. En réalité, nous étions désignés et il était impossible de se dérober. La pression sociale était trop forte", dit Iwao Fukagawa. Ils "étaient contraints à être volontaires",

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2007/02/14/kamikazes-malgre-eux_867298_3208.html#T5Tho660UFIP4aQV.99

Écrit par : leclercq | 19 novembre 2015

Canons, les filles! Dans le délire des terroristes avec leur hiérarchisation interne, vous avez raison de relever le fait que ces pauvres femmes transformées en kamikazes ne sont traitées que comme de la chair à canon. Les femmes ainsi instrumentalisées subissent toutes les pressions et maltraitances à la puissance X, déjà au niveau de la "formation" au djihad (humiliations, viols).

Merci John pour ce nouvel article éclairant!
Bonne journée!

Écrit par : Micheline P. | 19 novembre 2015

Kamikaze les femmes aussi ont eu de l'inspiration dans ce domaine.

http://aerostories.free.fr/kamikaze/

En 1944, l'aviatrice Hanna Reitsch tenta de convaincre Hitler de constituer des unités de kamikazes pour la défense du Reich.

Elle avait déjà recruté 70 volontaires, hommes et femmes dans une unité S.O. "Selbstopfer" ("offrande de soi"). Elle participa même aux essais d'un appareil destiné à cet usage, le Messerschmitt Me-328.

La mentalité allemande, même à la fin de la guerre, n'était pas tout à fait la même que celle qui régnait au Japon. En dépit du fanatisme ambiant, il eût été impossible de lever en masse quantité de volontaires. De toute manière, la chute de Berlin intervint avant que ce projet ne fût vraiment envisagé.

Hanna Reitsch, aviatrice allemande de renom, a combattu pour faire admettre l'idée de "kamikazes" nazis et pour créer un corps de volontaires. Sa démarche n'a pas été couronnée de succès et elle s'éteignit dans son lit à Francfort/Main, à l'âge de 67 ans.
Keystone

Écrit par : leclercq | 19 novembre 2015

Comme le montre leclercq, être kamikaze n'est pas forcément un choix délibéré, on peut être "désigné volontaire".
Les enfants-kamikazes des marchés en Afrique en sont certainement l'exemple le plus insupportable. Et là, je me lance dans une classification abusive, puisque aucun sacrifice humain n'est supportable.

Dans la logique des terroristes, il faut choquer, frapper les esprits, sidérer et remplir d'effroi. Une femme-kamikaze est un concept particulièrement paradoxal et peut-être encore plus violent aux yeux des personnes non-occidentales.
Parfois, je me dis que certaines nouvelles ne méritent pas d'être divulguées. Je supporterais parfaitement d'ignorer que c'est une femme qui s'est fait exploser. A un moment donné, ce genre d'information sert la propagande morbide et perverse des djihadistes. Avons-nous réellement besoin de connaître le dernier détail des horreurs ?

C'est chez nous que l'on réclame l'égalité, pas autant dans les pays de culture musulmane. Les jeunes femmes attirées en Syrie par la propagande djihadiste ne sont pas destinées à se battre au front, ni à devenir kamikazes, mais bien à être "mariées" ( semble-t-il aussi vendues et re-vendues).
Nous avons déjà discuté des combattantes kurdes, qui sont un phénomène particulier et qui nous interpellent par leur engagement très terre-à-terre et pragmatique. Elles ne le font pas pour mourir, mais bien pour contribuer à améliorer l'avenir de leurs proches.
Ont-elles raison ou tort ? Je ne me sens pas en position d'en décider.

Écrit par : Calendula | 19 novembre 2015

@leclerc

"Les kamikazes japonais, saturés d’alcool... L'un des plus chevronnés,"
Petite question: comment fait un kamikaze pour être chevronné? Si il réussit son attaque, il meurt

Écrit par : OMAR | 19 novembre 2015

Le commentaire de Leclerc est utile en effet. Les kamikazes ne choisissent pas tous, du moins pas au dernier moment. Mais ils savent quand-même avec l'EI qu'ils peuvent être amenés à l'être, c'est dans la culture de ces gens.

Les différents interviews de ces jours sur C dans l'air et ailleurs insistent sur le fait que d'autres, à distance, peuvent actionner la bombe. Peur des sanctions, meurtres de combattants, sanctions, loyauté, produisent sans doute des candidats malgré eux.

Faut-il parler de ces femmes? Je pense que oui, en espérant que peu à peu cela nous fasse réfléchir et remettre les choses à l'endroit en général dans nos propres priorités, y compris dans les différences entre femmes et hommes.

Écrit par : hommelibre | 19 novembre 2015

@ OMAR

Petite question: comment fait un kamikaze pour être chevronné?

question idiote, s'il est chevronné c'est que c'était un pilote de chasse avant d'être désigné pour être kamikazé.

Écrit par : leclercq | 19 novembre 2015

Les femmes kamikazes ce n'est pas nouveau au début des années 2000 on en parler déjà. On leurs donnaient notamment le nom de "houri" martyres ou également appelé les "veuves noires". Les islamistes ont un discours adapté à la gent féminines voir (MEMRI n°779) un extrait : "la femme dans la famille est un mère, une sœur et une fille. Dans la société, elle est une éducatrice, une propagatrice et une prêcheuses de l'islam ainsi qu'une guerrière..." un autre "Lorsque le djihad devient une obligation personnelle la femme est appelée au même titre que l'homme et n'a pas besoin de la permission de son mari, ni de son gardien, car elle est obligée de le faire...". A l'époque on classées leur motivations en plusieurs catégories de vengeance, d'égo à "caractérielles profondes" par n'importe quel psychiatre. Par contre elle sont souvent très surveillé et se ne sont pas toujours elle qui actionne la ceinture explosifs.

Écrit par : Lafaux | 19 novembre 2015

Voici ce que l'on peut lire ce soir dans la Tribune de Genève en ligne :

"On apprend que la cousine du cerveau des attentats, kamikaze présumée de l'assaut de Saint-Denis mercredi matin, Hasna Aïtboulahcen, n'est en fait pas morte en kamikaze, contrairement à ce qui a été envisagé jusqu'à présent. Mais c'est en fait un homme qui s'est fait sauter en kamikaze, selon une source policière relayée par l'AFP. Cela corrobore les propos d'une de ses amies intimes, Khemissa, qui avait confié au Parisien ne pas croire en cette hypothèse improbable: «Malgré tout ce qu'elle a enduré dans sa vie, elle ne peut pas, enfin je veux dire non, ce n'était pas une fille qui allait se faire exploser. [...] C'était une petite fofolle qui avait la joie de vivre, qui profitait de la vie. [...] C'était une personne qui était dans une mauvaise passe et qui s'est fait influencer par des assassins.»

Les nouvelles se suivent et certaines démentent des informations relayées plus tôt.

Écrit par : Calendula | 20 novembre 2015

En effet. Ce n'était donc pas une première en France. A Kano par contre cela n'a pas été démenti.

Écrit par : hommelibre | 20 novembre 2015

Femme et kamikaze, numéro 2 ...

http://www.rfi.fr/afrique/20151123-nigeria-maiduguri-victime-nouvel-attentat-suicide-meurtrier-kamikaze-borno

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 23 novembre 2015

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