25 octobre 2015

Pourquoi le super-ouragan Patricia s’est-il effondré ?

On l’annonçait comme le plus intense de toute l’Histoire. Il était potentiellement dévastateur. Au menu: glissements de terrains et inondations, avec jusqu’à 76 cm d’eau prévue. Cela ne s’est passé ainsi.

 


ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el ninoUne croissance explosive

 

La tempête tropicale, devenue l’ouragan Patricia, de force 5 donc majeur, a commencé à se dégonfler avant d’atterrir, c’est-à-dire de toucher le sol de la côte mexicaine. Mais il a d'abord surpris par son intensité en mer. Quelques heures avant cet atterrissage les vents annoncés, mesurés sur une minute, atteignaient 270 kmh, avec des pointes au-delà de 380 kmh dont je n'ai pas trouvé confirmation dans les archives, le maximum déclaré atteignant 321 kmh. 

 

La tempête tropicale d’origine a donc d’abord été reclassée en ouragan de force 5 le jeudi 22. Le National Hurricane Center parlait d’une croissance explosive: Patricia avait gagné 4 classes en à peine 24 heures. De quoi craindre le pire. Le gouvernement mexicain a multiplié les annonces les plus alarmistes. Je comprends qu’il y avait une volonté d’avertir et de protéger la population. De plus on craignait que les montagnes de l’ouest mexicain ne provoquent une compression des vents et ne les rende encore plus intenses et dévastateurs.

 

Le site earth, qui montre les vents en direct et informe de leur force, ne confirmait pourtant pas ces vitesses. On était à environ 160 kmh au niveau de la mer quelques heures avant l’atterrissage. Comment expliquer cette différence?

 

 

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el nino,Le syndrome Hayan

 

On a assisté à ce que j’appelle le «syndrome Hayan». Cet ouragan avait dévasté le centre des Philippines en novembre 2013 et laissé des milliers de morts et de sans abri. Il fut annoncé comme le plus fort de tous les temps. On sait que ce n’était pas vrai, comme je l’ai documenté ici. On avait surévalué sa puissance.

 

La vitesse des vents de Hayan avait été mesurée au-dessus de la mer, en altitude et sur une minute. Or on sait que ces mesures ne sont pas valables au sol. D’une part un cyclone perd très rapidement de son intensité en touchant terre. 

 

D’autre part la vitesse des vent est toujours plus élevée en altitude qu’au sol, en particulier avant d'atterrir. C’est valable en temps normal comme pendant les tempêtes. Enfin une minute ne permet pas d’avoir la vitesse moyenne mais seulement d’éventuelles rafales dont la durée peut atteindre 2 minutes. La vitesse doit être mesurée pendant 10 minutes continues

 

Le plus dévastateur de Hayan fut le déferlement de la vague. Comme un tsunami. Vague causée par la combinaison de la baisse de pression atmosphérique qui aspire le niveau de la mer vers le haut, et du vent, associé éventuellement à une marée haute (comme ce fut le cas pour Xinthia).

 

 

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el ninoMoins fort qu’annoncé?

 

Patricia fut-il moins fort qu’annoncé? La question se pose quand on compare les dégâts de son passage avec ceux provoqués par Hayan. On voit sur l’image 2, aux Philippines, la dévastation typique des tsunamis. On voit aussi les rares palmiers encore debout déchiquetés par le vent. Ce n’est pas le cas dans la région de Cuixmala sur la côte mexicaine, dans l’État de Jalisco, entre Puerto Vallarta et Manzanillo, là où Patricia est entré sur les terres. Après son passage (image 3) il y a bien sûr de la casse, comme lors d’une tempête normale, et Patricia fut d’une intensité extrême. Mais il n’y a pas eu d’effet tsunami, alors que des vagues de 4 mètres étaient attendues et que de nombreux endroits de faible hauteur s’enfoncent vers l’arrière-pays. Les palmiers ne sont pas déchiquetés.

 

À son atterrissage les vents couraient à environ 130 mph, soit 209 kmh. C’est ce qu’a annoncé le National Hurricane Center (NHC). Soit sensiblement moins que ce qui avait été initialement annoncé. La quantité d’eau prévue avait aussi été revue à la baisse: 51 cm attendus au maximum. Plus tard, en réalité, ce fut entre 25 et 30 cm.

 

Cette page du NHC expose que les mesures diffèrent selon l’altitude où elles sont prises (ici avant l'atterrissage): 

 

«The aircraft measured 192 kt flight-level winds at 700 mb in the southeastern eyewall, with a 166 kt surface wind estimate from the Stepped Frequency Microwave radiometer.»

 

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el nino,Le Microwawe radiometer est une mesure par satellite qui permet non une certitude mais une estimation, comme indiqué. La plus grande vitesse des vents sur la mer est estimée à 175 mph (281 kmh) environ 12 heures avant de toucher la côte.

 

 

Peut-on douter des chiffres?

 

Non. Il faut seulement apprendre à les lire. La vitesse du vent au sol était bien moindre que celle annoncée, laquelle reflétait la mesure en altitude et au-dessus de la mer. La pression au niveau de la mer est descendue à 879 hp. Cela, oui, c’est la mesure la plus basse connue – ou du moins mesurée. Wilma ne faisait «que» 882 hp. Mais les vents ne sont pas aussi forts que le plus terrible ouragan:

 

«Selon l’OMM (Organisation météorologique mondiale) les rafales les plus puissantes connues à ce jour ont été mesurées lors du passage du cyclone Olivia en 2010 en Australie : 408 km/h. Il battait le précédent record de 372 km/h sur le Mont Washington en… 1934.»

 

Patricia est monté en puissance très rapidement à cause de El Niño, dont un nouvel épisode fort est en court. Presque aussi fort que celui de 1998 (depuis lequel la température moyenne de la planète a monté et est restée en plateau). L’eau du Pacifique est actuellement plus chaude d’environ 3° par rapport à sa moyenne. C’est donc ce phénomène ponctuel qui a provoqué l’ouragan aussi intense et la multiplication des ouragans de force 3 dans cet océan en 2015. Dans le même temps, l’Atlantique est calme et sans ouragan dévastateur depuis 2005. 

 

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Patricia s’est effondré très rapidement, avant même d’atterrir, et en peu d’heures il a été rétrogradé du niveau 5 à celui de tempête tropicale. Une chute si rapide est rare. Sa croissance explosive l’avait-elle déstabilisé? On voyait son oeil se refermer déjà plusieurs heures avant l’atterrissage. Contrairement aux craintes, les montagnes du Mexique expliquent en partie cette rapidité, du moins après l’atterrissage, en provoquant des déformations sur les vents. Mais il avait déjà diminué d’intensité avant de toucher le sol. Peut-être Patricia n’était-il pas vraiment le monstre attendu.

 

 

Le réchauffement en cause?

 

Rien ne permet de le dire. Patricia est un ouragan gonflé par El Niño, pas par un réchauffement global. Pourtant le supposé changement climatique (qui en l’état n’est qu’une variation) est pointé du doigt.

 

Dans les jours précédant son passage, je me suis demandé pourquoi Patricia bénéficiait à l’avance d’une telle couverture médiatique, si large mondialement et si dramatisée. Certes il s’annonçait fort. C’est un ouragan majeur et les dégâts sont là: inondations, baraques emportées, camions renversés, etc. Mais les mots employés avant son passage faisaient état d’une apocalypse: potentiellement dévastateur. Or tous les ouragans majeurs sont potentiellement dévastateurs. Pourquoi autant insister sur celui-ci?

 

Et puis j’ai pensé à l’autre aspect du syndrome Hayan: la conférence climatique de Paris dans moins de deux mois. En 2013, pendant la conférence de Copenhague, la désolation laissée par Hayan avait donné lieu à des scènes hystériques et violentes. Un délégué avait même fait une grève de la faim. Greenpeace annonçait qu’il allait intenter une procédure pour faire payer les dégâts aux compagnies pétrolières, supposées à la source du  coup de chaud supposément 100% anthropique.

 

ouragan,patricia,hurricane,mexique,dévastation,wilma,hayon,pacifique,el nino,Paris se serait trouvée bien d’un ouragan dévastateur. Bonne couverture avant son passage, bonne couverture après sur l’ampleur de la catastrophe comme aux Philippine en 2013.

 

C’est raté. Patricia est déjà oublié, la presse l’a retiré de ses news. Aujourd’hui l’ouragan n’est plus qu’une trace sur la côte américaine dans le golfe du Mexique (image 6).

 

Alors, la communication autour de Patricia est peut-être la démonstration des manipulations d’opinion qui nous attendent à l’avenir. 

 

 

 

Images impressionnantes quand Patricia atterrit:

 

 

 

 

08:45 Publié dans Environnement, Météo | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : ouragan, patricia, hurricane, mexique, dévastation, wilma, hayon, pacifique, el nino | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Oui pas de chance pour Flamby. Il aurait tellement aimé utiliser la mort de quelques milliers de personnes pour promouvoir la conférence qui pourrait sauver sa présidence d'une complète déconvenue ! (c'est ce qu'il semble croire en tout cas) De toute façon les Mexicains, ce sont tous des Sans-dents non ?

Écrit par : Kad | 25 octobre 2015

:-)

Autre aspect, Kad: la démonstration que les prédictions ne sont pas toujours fiables, et qu'elles sont systématiquement dramatisées. Les prédictions concernant Patricia étaient basées sur une modélisation élaborée à partir des ouragans connus. De quoi se poser à nouveau des questions sur les rapports du Giec et les modélisations du futur climatique.

Écrit par : hommelibre | 25 octobre 2015

Cela dit la saison des ouragans n'est pas finie. El Niño pourrait nous en regonfler un.
Flamby croise les doigts...

Écrit par : hommelibre | 25 octobre 2015

"Pourquoi le super-ouragan Patricia s’est-il effondré ?"

Pourquoi une telle démonstration de la Nature est nommée d'un prénom féminin ?
Le Patricia a changé d'idée entre deux ...

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 25 octobre 2015

Victor, c'est une année sur deux, en alternance.
L'an prochain ce pourrait être un Victor...
:-)

Écrit par : hommelibre | 25 octobre 2015

Victor/Victoria/Victoire ...
Patricia/Patrick ...

Je ne compte pas sur l'imagination des climatologues et autres météorologues ...

Écrit par : Victor-Liviu Dumitrescu © | 25 octobre 2015

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