30 septembre 2015

Migrants intra-européens : choix et misère

En Allemagne le rythme des entrées de réfugiés a repris et se situe à environ 10’000 personnes par jour. Selon les autorités un tiers d’entre eux ne vient pas de Syrie. Certains ont des passeports syriens mais ne parlent pas arabe. Pendant le premier semestre 40% étaient des réfugiés économiques en provenance des Balkans.

 


europe,réfugiés,italie,aquila,sdf,france,abbé pierre,bidonville,aylan,Pauvres en France

 

L’Eldorado allemand continue à attirer les migrants de toutes sortes. Ceux-ci évitent la France. Le pays n’est plus attractif. Son économie est trop faible pour rêver d’une vie meilleure. En France, selon le rapport 2014 de la Fondation Abbé Pierre, on compte 3,5 millions de personnes mal logées, soit sans domicile, en chambre d'hôtel, en camping, dans des abris de fortune, des logements insalubres ou dans des conditions de logement très difficile. 

 

141’000 sont dans la rue ou dans des foyers, chiffres en augmentation constante depuis 15 ans. 62% d’entre eux sont des hommes, qui se retrouvent en première ligne de la précarité économique et sociale. Des milliers de personnes sans domicile n’ont trouvé aucune solution malgré les demandes urgentes faites à l’Etat. Les bidonvilles existent toujours et comptabilisent près de 20’000 personnes. Selon Libération du 23 juin dernier:

 

« Ils vivent dans ce qu’il faut nommer des bidonvilles. De tentes, de baraques, de bâches. Des bidonvilles qu’on expulse pour les laisser se reconstruire quelques mètres plus loin. Des bidonvilles que la France a déjà connus, sous d’autres formes, dans les années 50 et 60. »

 

 

 

europe,réfugiés,italie,aquila,sdf,france,abbé pierre,bidonville,aylan,Réfugiés de l’intérieur

 

Ces personnes n’ont pas le titre de réfugiés mais ils sont les « objets précaires » de l’économie. Certains n’ont droit à aucun soutien, d’autres sont exclus de leur appartement pour loyers impayés pendant plus d’un an.

 

Il est de mauvais ton de comparer la situation de réfugiés qui viennent sauver leur vie à des français qui ne meurent « que »  de froid. Que de froid, vraiment? Non. On en parle très peu hors des mois d’hiver. Ils ne se noient pas sur des canots pneumatiques en traversant la Seine. Ils ont pour la majorité environ 50 ans, soit une durée de vie de 30 ans plus courte que la moyenne française. De quoi meurent-ils?

 

« Si dans près de la moitié des cas les circonstances sont « inconnues », les causes « externes » (suicides, morts violentes, accidents) représentent environ 20 % des cas connus, la maladie, notamment les cancers, étant également souvent à l'origine de la mort. L'hypothermie n'a représenté, pour 2012, que 1,5 % des décès en Ile-de-France (3 personnes) et 5,1 % en province (11 personnes). »

 

On trouve dans l’urgence des logements pour les réfugiés du sud. Pas pour ces « réfugiés de l’intérieur ».

 

 

 

europe,réfugiés,italie,aquila,sdf,france,abbé pierre,bidonville,aylan,Régression collective

 

Les mouvements de populations sont statistiquement faibles à l’intérieur de l’Europe. On réfléchit avant de bouger, même en France. Les prestations sociales y compensent la faiblesse des salaires. Au niveau européen 0,3% seulement des populations choisissent de s’établir chaque année dans un autre pays, et 3% de citoyens européens vivent aujourd’hui dans un pays qui n’est pas leur pays d’origine. 

 

Les statistiques ne sont cependant pas homogènes. Certains pays reçoivent, d’autres se vident peu à peu. En Roumanie les élites, médicales en particulier, partent vers l’ouest. Ce pays a perdu plus de 13% de sa population en 20 ans par l’émigration et la baisse de la natalité. 

 

Une région européenne est en voie de presque désertification démographique: l’Italie du sud. C’est une zone sinistrée du point de vue économique. Le PIB est à peine la moitié de celui de la Grèce. Le chômage touche 20% de la population active  et 56% des jeunes de moins de 34 ans. Les jeunes diplômés s’en vont et la population se renouvelle en taux négatif.

 

Cette régression collective ne pourrait-elle être enrayée que par un volontarisme de l’Etat à relancer l’économie du Mezzogiorno? Cela serait-il vraiment suivi d’effets? Des entreprises locales ou nationales pourraient y trouver des conditions économiques intéressantes. Mais les sociétés multinationales verraient les coûts de transport augmenter, tout en étant en dehors des circuits européens principaux qui vont du sud de l’Angleterre à la plaine du europe,réfugiés,italie,aquila,sdf,france,abbé pierre,bidonville,aylan,Pô. Faut-il accepter les mouvements naturels de l'économie? Faut-il réaffecter certaines régions? Et qui doit le faire? Faut-il plus d’Etat pour contrer les mouvements naturels?

 

La ville de L’Aquila, dévastée par un tremblement de terre il y a quelques années, n’est toujours pas reconstruite et nombre de ses habitants vivent encore dans des logements provisoires, construits rapidement et déjà insalubres, loin de leur lieu de travail – pour ceux qui en ont. Qui s’en soucie, à part ses habitants, réfugiés de l’intérieur?

 

L’Europe est morcelée. Seuls certains pays du nord représentent un Eldorado. L’arrivée de réfugiés en grand nombre semble utile à l’économie et au renouvellement de la population – donc au niveau de vie. Mais à quel prix social, culturel et économique pour ceux des européens qui sont les déclassés, les laissés pour compte? Combien faut-il de sdf morts pour peser du même poids que le petit Aylan? Les vies n'ont pas le même prix. Ou bien on s'habitue.

 

 

10:18 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : europe, réfugiés, italie, aquila, sdf, france, abbé pierre, bidonville, aylan | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Bien vu de remettre au devant de la scène, cette réalité, cette fracture sociale qui était un des points de lucidité de Chirac.
Combien depuis les présidentielles de 95, ont mordu la poussière, on fait naufrage, ont disparu de cette vie dans le vide froid d'un univers glauque et anonyme, pourtant si intimement proche des trottoirs aux commerces abondants et des passant joyeusement repus.

Cette réalité est bien taboue face au trend qu'est l'humanitaire et les réfugiés.
Les sdf, les exclus, la misère ordinaire ne fait pas vendre ici. Ce n'est pas porteur, ça ne crée pas le buzz.
Tiens cela pourrait le devenir si une émission de téléralité s'emparait du thème, en envoyant des stars filmées au plus près, vivre une immersion auprès des exclus sdf. On est pas à une pornographie près !

Blagues à part; cette juxtaposition de misère ordinaire et celle plus exotique des réfugiés venant d'ailleurs n'est jamais mise en avant dans les médias ou dans le monde politique. Pensez-donc ce serait vulgaire !

Écrit par : aoki | 30 septembre 2015

"Mais à quel prix social, culturel et économique pour ceux des européens qui sont les déclassés, les laissés pour compte? "

Pfff Dans la politique pourrie actuelle, il est mieux vu de s'occuper des migrants. UE oblige! Les laissés pour compte? Cela n'intéresse personne et encore moins les médias!

Excellente analyse, comme toujours!

Écrit par : Patoucha | 01 octobre 2015

Les commentaires sont fermés.