10 juillet 2015

Je ne suis pas Grec

Si les blog TdG se sont enflammés pour la Grèce depuis le référendum, certains blogueurs français ont carrément joui ! Pour témoin ce titre emblématique : « Je suis Grec. » Pour ma part, réflexion faite, je ne suis pas Grec.


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D’abord ce « Je suis machin » n’a aucun sens ici. Mis à toutes les sauces il devient comme un vieux torchon qui a trop servi. L’inflation du langage tue le sens. A moins de l’utiliser en provocation, comme l’excellent site la cause des hommes qui diffuse l’image 1.

 

Plus symptomatique : tous ces tenants du « Je suis Grec » ont en commun d’utiliser la posture de Tsipras pour exprimer leur excrétion du monde qui les nourrit. Le mythe de David contre Goliath fait recette chez nos voisins. La victimisation est un business. Je lis ailleurs : La Grèce esclave de la dette. Cela voudrait-il dire esclave d'elle-même ?

 

Je ne suis pas opposé aux frontières quand elles permettent de poser une identité et d’ouvrir un champ de négociations avec d’autres communautés. Poser les différences par des frontières c’est reconnaître que l’amitié entre les peuples n’est pas un fait acquis et qu’elle se construit sur la reconnaissance et le respect mutuel. Mais je ne suis pas non plus opposé par principe à l’Union européenne, bien que je lui trouve un déficit de démocratie et une volonté hégémonique sur trop de choses. Quoique que cela se discute aussi. 

 

Et surtout je pense qu’elle s’est faite un peu trop vite. Mais c’est un autre débat. Je suis favorable à un régionalisme intégré dans un plus vaste ensemble, pour de nombreuses raisons, tout en constatant que l’on ne peut freiner certaines décisions supra-régionales au nom de la défense de trois arbres et deux cascades. On ne peut aller trop loin dans ce sens sans risquer la décomposition ou l’incohérence des Etats dont, jusqu’à preuve du contraire, l’utilité se fait encore sentir. Sans cohérence, le pouvoir devient aussi dangereux qu’un tigre acculé.

 

Dans la question grecque l’UE a commis des erreurs. Ce pays n’était visiblement pas prêt à l’euro. La Grèce a reçu beaucoup d’aide de l’UE. Où en est-elle ? Qui est responsable de la situation ? La Grèce d’abord en tant que nation. Mais l’UE aurait pu être plus circonspecte. Elle a fait un pari. Son empressement lui confère une part de responsabilité. Pour autant on peut aussi comprendre que les créanciers soient aujourd’hui refroidis.

 

 

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Aujourd’hui les pourfendeurs de l’Europe doivent déchanter. La gueule de bois les guette. Car ce 10 juillet le premier ministre grec, monsieur Tsipras, admet quasiment toutes les demandes européennes. Le seul point qui sera discuté est la gestion de la dette. Pour le reste c’est comme si le référendum n’avait pas eu lieu.

 

Qu’en penser ? Tsipras a-t-il cherché une nouvelle légitimité ? Un supplément d’honneur ? Ou simplement à découpler l'aide financière de la gestion de la dette ? Possible. Mais j’y vois aussi un potentiel défaussement : si les choses se passent mal ce sera la faute au peuple qui a voté non, pas à ses gouvernants. Drôle de manière de faire.

 

Au-delà d’un référendum organisé très, très rapidement, donc sans le temps d’un véritable débat public (tant pis pour la démocratie), que penser de ces appels à la solidarité avec les grecs ? Ils viennent principalement d’une gauche désorientée, qui croyait encore il y a peu que la dignité des peuples était retrouvée grâce au référendum. Or le peuple grec agit selon les règles d’un nationalisme que l’extrême-droite ne renierait pas. La confusion règne. Mais ça on le sait, et pas qu’en politique. D’un autre côté c’est peut-être une bonne période pour changer les paradigmes et les vieux clivages éculés. Les crises ont souvent une fonction correctrice.

 

Une femme grecque disait aux infos, il y a quelques jours, que l’Europe s’occupait trop de finance et pas assez des humains. Cette accusation est discutable. Elle se nourrit justement du mythe de David contre Goliath. Le mythe remplace-t-il désormais la lucidité ? Je le crains et je n’exclus pas que l’on ouvre ainsi la porte à toutes les dérives émotionnelles, dont on sait qu’en politique elles mènent parfois en enfer. Mais en positif on peut aussi voir que la construction européenne est en panne d’un nouveau mythe pour l’ancrer dans les coeurs, et que sans mythe les garde-fous politiques sont plus faibles. Après tout la gauche a bien ses mythes : pourquoi l'UE n'aurait-elle pas les siens ?

 

Je n’ai pas d’idée sur ce qui serait bon pour les Grecs, ni sur ce qui se passe dans les couloirs. Je suis un simple spectateur, sensible à la solidarité nécessaire entre les humains, mais convaincu que l’on doit aussi s’aider soi-même sans tout attendre des autres. Le souci de l’humain n’est d’ailleurs pas entièrement du ressort des nations. A moins que l’on ne désire l’instauration d’un contrôle toujours plus grand de l’Etat sur les individus.

 

Alors, non, je ne suis pas Grec.

 

 

16:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : grèce, tsipras, dette, europe, ue, gauche, nationalisme, mythe | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Alexis Tsipras n'est qu'un anticapitaliste, un communiste de plus, sans autre.
Même pas foutu de chanter l' "Internationale", jusqu'au bout, pour faire plaisir aux siens, qui rêvent du "Grand Soir".

Il s'est couché ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 10 juillet 2015

Monsieur Homme Libre,

La confusion vient du fait de penser avec des catégories (gauche-droite) qui sont dépassées. Elle vient aussi de généralisations abusives et d'un manque de connaissances. Le gouvernement actuel hormis le problème de la dette qui a été hérité des gouvernements précédents maintient le pays dans les chiffres noirs.

Ce qu'il faudrait savoir davantage:
http://www.tdg.ch/economie/Ce-qu-on-sait-moins-sur-la-crise-grecque/story/16921169

Le figaro propose une analyse pertinente:
http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/07/10/31002-20150710ARTFIG00194-jacques-sapir-tsipras-a-t-il-capitule.php

Il n'est pas facile de concilier des propositions contradictoires. Il semblerait que la bonne question à poser à l'occasion d'un référendum soit le choix entre l'Euro et l'austérité, car il semble bien que "le cadre de l'euro impose les politiques d'austérité."

Écrit par : Charles | 10 juillet 2015

Merci pour ces liens et ce commentaire, Charles.
Oui les conditions de l'Europe pour intégrer les économies provoquent de l'austérité. Mais le débat reste, me semble-t-il. Peut-on indéfiniment vivre avec la dette? Ou faut-il retrouver son indépendance?

Les disparités entre les pays européens doivent bien se réduire pour que tous soient au même plan et disposent des mêmes droits.

Je vais encore relire l'article du Figaro.

Écrit par : hommelibre | 10 juillet 2015

Oui, actuellement on ne peut plus gouverner avec une idéologie:

"La confusion vient du fait de penser avec des catégories (gauche-droite) qui sont dépassées."

La politique doit trouver des solutions là où il y en a, et parfois un peu d'Etat vaut mieux que pas du tout. Nous passons à une époque peut-être de retour d'un certain réalisme ou pragmatisme. C'est moins brillant mais ce n'est sûrement pas plus mal.

Écrit par : hommelibre | 10 juillet 2015

Coucou Homme libre,
perso je pense qu'on devrait payer les grecs à vie,pour avoir donné de l'inspiration au monde entier... les minis toges grecs tout ça,hein franchement,y'a un moment donné, faut savoir remercier ceux qui nous font rêver!!!bizzzouxxx!!!

Écrit par : Sarah | 11 juillet 2015

Si l'on se risque à déplorer l'austérité renforcée à laquelle peuvent désormais s'attendre ceux qui n'en n'ont pas le moyens de quoi ne sera-t-on pas traité: "émotion", populisme...

Il n'en demeure pas moins que les faits suivants disent bien ce qui est, le

Non respect (d'hier, non d'aujourd'hui) d'un NON français à propos d'un certain traité.

Rires de Sarkozy puisque désormais "quand il y a grève, on ne s'en rend plus compte"!

Référendum: pour rire... ou pour semblant?

Mort à ces pauvres, sans oublier ces "fainéants"! ces chômeurs qui viennent toujours nous déranger.

Du temps d'Hitler non les pauvres: les "juifs"!

Dans les camps... il fallait donc les faire travailler ces juifs à mort tout en crevant de faim.

Seulement les juifs et seulement du temps, au bon temps d'Hitler?!

Et ceux qui tels aujourd'hui les Grecs les plus pauvres survivraient "formeraient le germe d'une nouvelle race" (Hitler)

Race nouvelle à venir après de source grecque, déjà, l'antique "démocratie"!
Bienvenue à la nouvelle race des Rescapés Grecs de l'UE (de la zone euro).

Loi 49-3 le "clin d'œil" de Valls au Parlement français qui, désormais, n'a plus rien à dire tout en nous faisant à tous "perdre notre temps"!

Heil!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11 juillet 2015

Tsipras s'est couché et cela démontre très clairement que le "machin-UE" est une usine infernale qui mettra toutes les fourmis au travail et les
ploutocrates ramasseront les bénéfices.
C'est la deuxième caste; la première étant les riches qui s'approprient 90% de la fortune du monde. (A l'intérieur de cette caste il y a de nombreux politiques.)
La première étant bien entendu tous ces ploutocrates qui donnent des ordres sous couverts de traités et autres directives qui cambriolent les voix et l'épargne des Petits gens!

Je suis Grecque!

Si les peuples européens n'ont pas le courage de s'opposer, comme l'ont fait les Grecs, c'est le début de la dictature qui étend toute sa légitimité, en commençant par les pays du sud, les plus emprisonnés dans les ficelles de la dette.

On comprend mieux maintenant pourquoi Varoufakis a démissionné; à aucun moment il n'aurait accepter de se coucher!

Écrit par : Corélande | 11 juillet 2015

Le fait de voir Corélande passer du fanatisme pro-UDC au fanatisme communiste à la Mélenchon démontre le danger principal qui nous menace tous : la confusion mentale des masses qui pensent que Hitler, Mao ou Staline ou Mussolini ou Tsipras (gratis...) sont des sauveurs de l'humanité. On croit avancer dans le rationnel et tout d'un coup, fini. Les temps sont mûrs pour les nouveaux Hitler...

C.G Jung, 1945, Aspects du drame contemporain
(Article paru dans la « Neue Schweizer Rundschau »)

« Les événements qui se sont déroulés en Allemagne et la dévastation morale de toute une génération d’un peuple qui compte 80 millions d’habitants constituent pour tout Européen un rude coup. On pouvait jadis reléguer de telles horreurs dans la lointaine Asie… Qu’un membre de la famille culturelle européenne ait pu en arriver aux camps de concentration, jette sur tous les autres une lumière troublante. Car enfin, qui sommes –nous pour nous imaginer qu’une chose pareille soit absolument impossible chez nous ? Multiplions pour un instant la population suisse par vingt, et nous voilà 80 millions d’âmes. Du même coup, l’intelligence de notre opinion publique et notre morale civique s’en trouveraient divisées d’autant, en raison de l’influence catastrophique qu’a, au point de vue spirituel et moral, toute accumulation grégaire, toute agglutination en masses.

Cela est la base même des crimes collectifs, et il ne faut rien moins qu'un miracle qu'il ne s'en produise point. Croyons-nous sérieusement que nous en aurions été préservés, nous qui avons parmi nous bon nombre de traîtres et de psychopathes politiques ?
Avec horreur nous avons pris conscience de tout ce dont l'homme est capable et de ce dont nous aurions été capables aussi. Depuis lors, un affreux doute en l'humanité nous tenaille, en cette humanité dont nous sommes faits et dont nous sommes une parcelle. Certes pareille dégénérescence suppose la réalisation de certaines conditions préalables, dont la principale est l'accumulation de masses citadines, industrialisées, c'est-à-dire occupées à des travaux spécialisés et monotones, masses humaines déracinées qui ont perdu les instincts les plus sains, jusqu'à l'instinct de conservation.

En effet, dans la mesure où l'on attend de l'Etat protection et sollicitude, l'instinct de conservation se perd, ce qui est un symptôme alarmant. Tout attendre de l’Etat,cela signifie qu’on attend tout des « autres » au lieu de compter sur soi. Chacun s’appuie sur l’autre, dans un faux sentiment de sécurité. Car pour être dix mille à s’accrocher les uns aux autres, on n’en est pas moins suspendu dans les airs, avec la seule différence que l’on ne ressent plus l’insécurité qui vous entoure. Compter toujours davantage sur la protection de l’Etat n’est pas de bon augure, car cela signifie que le peuple est en train de se transformer en un troupeau de moutons, qui escomptent toujours que les bergers les conduiront sur de gras pâturages. Mais bientôt la houlette devient règle de fer et les bergers se changent en loups. Ce fut un spectacle pénible que d’assister au soupir de soulagement que poussa l’Allemagne tout entière lorsqu’un psychopathe atteint de la folie des grandeurs lui déclara : « Je prends sur moi l’entière responsabilité ». Quiconque a encore en apanage un instinct de conservation intact sent parfaitement que seul un imposteur peut prétendre vouloir le soulager de toute sa responsabilité. Un homme sain d’esprit songera-t-il à prendre la responsabilité de l’existence d’autrui ? Quiconque promet tout ne tiendra rien, et quiconque promet trop court le danger d’en venir aux expédients pour tenir ses promesses, ce qui le met sur la pente de la catastrophe. L’extension continuelle de la prévoyance étatisante est, certes, en un sens très belle, mais elle donne d’autre part fort à penser, car elle escamote la responsabilité individuelle et produit des caractères infantiles et moutonniers. Elle s’accompagne en outre du danger que les gens irresponsables n’exploitent finalement les hommes capables, comme cela s’est produit en Allemagne sur une vaste échelle. Il faut veiller, coûte que coûte, à ce que soit préservé l’instinct de conservation du citoyen ; car l’homme privé des racines nourricières de ses instincts devient la proie des vents. Il n’est plus qu’un animal malade, démoralisé et dégénéré, et ce n’est qu’à travers une catastrophe qu’il a une chance de recouvrer la santé."

Les Grecs sont tous persuadés qu'ils peuvent réclamer de l'argent aux Européens et le dépenser allègrement sans penser à rien et sans rien changer chez eux...

Écrit par : Géo | 11 juillet 2015

Ceux, comme les Grecs concernés, qui furent et seront désormais victimes de l'austérité et, dés les prochains temps, semble-t-il, victimes d'une austérité renforcée, plus "sévère"! pensent-ils réellement qu'"ils peuvent réclamer de l'argent aux Européens et le dépenser allégrement sans penser à rien et sans rien changer chez eux"?

Excessif de prier de bien vouloir "nuancer"?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11 juillet 2015

Géo, franchement la chaleur vous incendie sous le chapeau! Vous devriez lire l'interview de Varoufakis dans "the Gardian" et là vous verrez que c'est Schauble le nouvel Hitler.....et vous, vous soutenez ces allemands-là?

Je préfère être à ma place qu'à la vôtre!

Écrit par : Corélande | 11 juillet 2015

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