11 juin 2015

Manuel Valls, ou pourquoi il ne faut pas être exemplaire

Le premier ministre d’hexagonie s’est fait prendre la main entière dans le bocal de confiture. Quoi ? Un voyage privé à Berlin aux frais de l’État en Falcon Jet officiel. Ses enfants avec lui dans le Falcon. Le grand communicateur Valls s’est quelque peu emmêlé les pinceaux dans ses explications. Au point où  pas moins de trois membres du régime, dont le président en personne, ont été dépêchés pour éteindre l'incendie. L’ivresse du pouvoir a-t-elle saisi Manu ? Est-il déjà hors-sol ? Déconnecté ?


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Samedi soir Manuel Valls a quitté le congrès du parti socialiste pour assister à la finale de Ligue des Champions entre le Barça et la Juve. Près de 15’000 euros en avion de l’État. Ça fait cher l’élu et sa famille, quand le prix de ce billet équivaut à 10 mois de salaire minimum. Il n’y a pas beaucoup d’ouvriers ni d’employés dans les jets privés à ce prix. Ah, mais c’est vrai, le PS ne représente pas le peuple.

 

La presse a exprimé son étonnement. Le premier ministre est le gendarme de l’utilisation des avions par des membres du gouvernement. Il se doit d’être rigoureux. Or le premier message de ce voyage est terrible : alors que l’État demande des sacrifices aux français, le premier d’entre eux ne donne pas vraiment l’exemple de modestie et de rigueur. 

 

Les explications bancales ont précédé les excuses opportunistes. Première raison invoquée par François Hollande : un rendez-vous du premier ministre avec le comité. On apprend ensuite que cette réunion a été repoussé. Hollande n'a pas l’air con... Mais on a l’habitude de son regard vide. Finalement Manuel Valls aurait eu rendez-vous avec Platini lors du match, pour la raison que la France organise l’Euro 2016.

 

Bien. Trois jours d’explications fumeuses pour enfin en venir à ces excuses auxquelles personne ne croit. Pour se justifier Valls avait déclaré avant le match: « Je vais à Berlin à l'invitation de Michel Platini qui est le président de l'UEFA. Nous aurons une rencontre - puisque dans un an nous accueillons l'Euro de football (...) - je rencontrerai les dirigeants de l’UEFA ». 

 

Oui. Sauf qu’à ce moment la réunion avait déjà été reportée au 29 et 30 juin. C’était le 3 juin, 5 jours avant le match de finale. Que disait Platini à ce moment ? «  C’est avec consternation que vous avez dû suivre comme moi et comme les amoureux du football du monde entier les derniers développements concernant les enquêtes liées au sujet de la corruption à la Fifa. (…) J’ai décidé qu’il était plus sage de repousser la réunion qui avait été évoquée la semaine dernière et qui aurait pu se dérouler à Berlin ce weekend. Durant ce week-end à Berlin, nous allons donc mettre l’accent sur un des nombreux événements grandioses de l’UEFA, la finale de la Ligue des Champions, conclut l’ancien triple Ballon d’Or ».

 

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Il n’était alors pas question d’une rencontre professionnelle avec Manuel Valls, surtout pas dans cette ambiance délétère, si l’on comprend bien, mais de mettre l’accent sur cet événement grandiose qu’est la finale de Ligue des Champions. Platini, un faux-cul ?

 

Au final celui-ci dit qu’on ne l’y prendra plus et qu’il rembourse le prix du voyage de ses deux enfants. Ces deux enfants qui selon lui « n’ont pas coûté un sou de plus à l’État » - le prix de l’avion étant un forfait, il aurait pu emmener la troupe du Crazy Horse pour le même prix. D’accord. Encore heureux qu’il n’ait pas dit que leur présence avait fait baisser le coût du voyage par personne… Et puis il s’agit d’un avion d’État, payé par les citoyens pour les élus et non pour leurs familles en voyage privé.

 

 

 

Commentaires

 

1. Prendre un avion de ligne coûte presque aussi cher qu’utiliser un Falcon officiel. On doit en effet compter avec les collaborateurs qui voyagent toujours avec le chef du gouvernement, la protection rapprochée, etc. 

 

« Il faut pourtant se méfier des apparences. Vu les règles de sécurité en vigueur pour l’exécutif, utiliser un avion de l’ETEC ne coûte pas forcément plus cher qu’un vol sur ligne commerciale, comme le soulignait en 2009 Philippe Séguin, alors premier président de la Cour des comptes : Cette banalisation est coûteuse, plus coûteuse que voyager à bord d’un avion officiel de l’ETEC, car le président doit être accompagné de six ou sept collaborateurs à bord de l’avion de ligne (groupe de protection, aide de camp, transmetteur...) et un avion de l’ETEC le suit quand même pour pouvoir le transporter à tout moment en cas de crise. La délégation autour du premier ministre est de taille similaire ». 

 

Il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat. De plus les membres d'un gouvernement doivent souvent se déplacer rapidement, et l'avion reste un moyen de choix - même si on est loin de François Hollande prenant le train au tout début de son quinquennat. 

 

2. Les explications données sont particulièrement fumeuses, comme si le premier ministre avait quelque chose à cacher. Pour quelqu’un qui prône l’exemplarité et la vertu, ça la fout mal.

 

3. Je veux bien admettre le fait que les événements sportifs ou culturels donnent l’occasion aux décideurs de parler de manière plus ouverte. Ces rencontres ont certainement du sens, je ne veux pas en douter. Mais ici, entre les couacs et les justifications a posteriori, il est difficile de donner du crédit à ces gens.

 

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4. Emmener ses enfants à une soirée privée dans un avion de l’État, c’est un abus. Valls devait le savoir. Il a essayé quand-même. Abus de biens sociaux ? Peut-être. Manuel Valls et François Hollande ont tellement insisté sur l’exemplarité du gouvernement que la claque est retentissante. Au point où hier il affirmait, la queue entre les jambes, vouloir rembourser 2’500 euros, prix estimé de leur voyage. Mais cela, il fallait le faire avant, d’emblée. 

 

Valls a fauté, sans aucun doute. Fauté selon ses propres critères (car moi je me fiche qu’il emmène une personne de plus si le prix global est identique). Il a peut-être menti sur la réunion. Utiliser les outils de l’État à des fins privées devrait le pousser à la démission. On est cohérent et sincère ou on ne l’est pas. Il ne démissionne pas, il n’est donc ni l’un ni l’autre. Il y a peut-être pensé. Du moins le feu a-t-il fait des ravages dans la majorité, pour dépêcher aussi vite des ministres et un président pendant le que le mis en cause se tait. L’autorité de gueule de Valls n’est pas suivie d’effets dans le comportement.

 

 

 

Conclu

 

Monsieur Propre ne devrait plus invoquer l’exemplarité. Cette notion exige trop des élus. Ce code de conduite personnelle est beau en théorie. Mais l’exemplarité est une prison. Comment supporter d'être constamment soumis au jugement du public ?

 

Nous ne sommes pas parfaits, pas exemplaires. Tant mieux. Au moins nous sommes libres et capables de commettre des erreurs. Et d’apprendre de nos erreurs. Vouloir être parfait : c’est bien ça la folie. C’est Big Brother sous un masque d’humanisme et d’honnêteté. 

 

 

 

11:40 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : manuel valls, berlin, hollande, foot, falcon | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Ce qu'il y a de marrant, c'est que la comparaison qui revient souvent dans cette affaire, c'est le Fouquet's du soir de l'élection de Sarkozy. Sauf que ce n'est pas le peuple français qui payait l'addition ce soir-là...
La société française est une société fondamentalement malveillante. Ce qu'il y a de malheureux, c'est que les Romands, sous l'influence des Genevois, qui sont plus français que les Français, adoptent de plus en plus ce mode de comportement. Mais il y a des signes de réaction : l'émission "l'Agence" sur la Première, qui consacrait toute son énergie à la malveillance - contre la droite, mais était-il nécessaire de le préciser...- a été supprimée. C'était probablement trop visible, cela a pu se lire dans la presse mainstream (édito de Claude Ansermoz dans 24 heures).
Le traitement et la condamnation de la FIFA par la presse internationale aux ordres des Américains devraient ouvrir les yeux des trop crédules. Blatter a démissionné. Valls est allé rencontrer Platini. Les milliards de la FIFA distribués aux pays africains seraient mieux dans les caisses sans fond de l’État français...

Écrit par : Géo | 12 juin 2015

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