18 mai 2015

La vigne : exemple d'adaptation au réchauffement climatique

En avril 2013 le climatologue américain Lee Hannah annonçait la fin de 86% du vignoble européen en 2050. Allo Papa Tango Charlie! Drame dans l’hexagone! Mais pas que dans l’hexagone: la Toscane est dans le collimateur du prédicteur.


climat,réchauffement,vigne,vinS’adapter ou disparaître

En France, les trésors que sont le bordelais, la Bourgogne et d’autres terres du sud bordant la Méditerranée seraient touchées. De combien? La réduction de la production irait de 39% à 86% (valeur médiane: 68%), selon les scénarii du climatologue:

« La surface viticole européenne sera réduite de 68 % en 2050. C’est la très sérieuse prévision du climatologue américain Lee Hannah – ou plutôt le scénario moyen de cette étude internationale sur l’impact du réchauffement climatique (1). L’hypothèse optimiste limite les dégâts à 39 % du vignoble. Mais le scénario pessimiste étend le sinistre à 86 % des surfaces, l’Europe du Sud, Languedoc compris, étant la principale victime ! »

Toutefois en 2014 l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), section de Montpellier, relativisait cette prédiction pessimiste (l'INRA qui mentionne seulement 15% à 35% de baisse de rendement en 2050):

« Pour nous, les températures maximales de production sont mal évaluées. Et surtout, le climatologue n’a pas assez pris en compte nos multiples leviers d’adaptation, détaille Jean-Marc Touzard, l’économiste co-animateur du programme Laccave. »

Et de préciser que les vignerons s’adaptent au réchauffement depuis les années 1980. C’est impératif sans quoi le vin perdrait de ses qualités:

«… la chaleur croissante a rehaussé la teneur en sucre, ainsi que le taux d’alcool de 2 degrés en moyenne. En poussant les arômes vers le fruit cuit. Et en réduisant l’acidité. »

Comment s’adaptent ces vignerons? D'abord par l’utilisation de nouveaux cépages. La recherche dans ce domaine est très active. Il existe des milliers de cépages de vigne à vin, Vitis Vinifera. Chaque cépage se nourrit d'un terroir et de conditions météo particulières. Plusieurs supportent grande chaleur, sécheresse, stress hydrique, froid. Améliorer la production et la résistance des variétés végétales fait partie d’une attention constante des producteurs comme des chercheurs.


climat,réchauffement,vigne,vinChoisir son camp

Cela donnera-t-il plus de travail aux vignerons? Oui et non: oui car toute adaptation nécessite des efforts et des risques. Non parce que c’est ce qu’ils font déjà depuis des siècles. La vigne n’a pas été par nature faite pour une température moyenne de 15°. Les variétés végétales n’ont jamais connu de température constante. Elles ont dû s’adapter au chaud et au froid selon les périodes. Utiliser la meilleure variété pour la meilleure terre dans un micro-climat donné fait partie du quotidien des vignerons comme des céréaliers.

L’adaptation passe aussi par différents leviers: l’avancement de la période de vendanges, la gestion hydrique, la plantation de vigne en altitude. C’est déjà le cas dans plusieurs pays et l’on vendanges parfois à des altitudes comprises entre 700 et 1’500 mètres. Autres moyens encore: l’utilisation de parcelles plus fraîches de par leur orientation, le versant de colline où la vigne est plantée, l’ombrage possible.

« Troisième vecteur de changement : la relocalisation des vignobles, en particulier ceux situés en plaine qui vont prendre un coup de chaud. Certains vignerons aménagent déjà, sur l’exploitation existante, des parcelles moins exposées, plus fraîches. D’autres montent en altitude : ainsi, des viticulteurs de Montpeyroux, près d’Aniane, viennent de planter du blanc sur le Larzac, à La Vacquerie. Et au même endroit, 700 mètres au-dessus de la mer, ils ont construit un chai pour vinifier à la fraîche. »

On peut aussi délocaliser durablement des régions viticoles. L’Angleterre, les Pays-Bas deviendront peut-être producteurs de grands crus. Les Bordeaux seront-ils abandonnés? Probablement pas.

Si le supplément de chaleur favorise l’élévation du taux de sucre dans le raisin - et donc d’alcool dans le vin, il est possible d’y pallier par la désalcoolisation du vin ou la soustraction de sucre du moût.

Enfin, comme le magazine Pour la Science du mois de mai le précise dans un dossier sur le sujet: les techniques d’entretien de la vigne évoluent. La taille des ceps est pratiquée de manière à laisser davantage de feuilles au-dessus des grappes, afin de diminuer l’ensoleillement direct et de faciliter la circulation d’air, deux moyens de réduire l’impact de la chaleur.

La recherche agronomique et la mise au point de nouvelles variétés prend du temps. Deux décennies au moins. Mais l’adaptation passe par là. Et l’adaptation c’est l’intelligence en action.

D’un côté du climat, il y a les apocalyptiques. De l’autre, les pragmatiques. On peut choisir son camp sémantique et politique: construire l’avenir en tenant compte des changements, ou se convaincre que le pire nous attend. Chacun sa vision, et il s'agit ici bien de deux visions différentes et opposées.

Un clivage est toujours un peu réducteur. Néanmoins celui-ci se superpose assez bien au paysage et clivage politique général droite-gauche.


12:33 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : climat, réchauffement, vigne, vin | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

pourquoi ce climatologue ne parle pas des nombreuses petites exploitations de Californie n'étant pas reliées aux réseaux d'eau
Excepté les très grandes exploitations qui elles ont toute l'eau nécessaire afin de conserver leurs vergers rentables
A l'heure actuelle pour autant que l'info soit exacte de nombreux petits exploitants Californiens doivent se faire livrer de l'eau pour se laver et cuisiner
C'est typiquement Américain que de donner des bons conseils ailleurs en occultant la vérité chez soi

Écrit par : lovejoie | 18 mai 2015

Il y a donc de l'espoir.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 mai 2015

Allez, rassurez-vous.

Lorsque tout cela arrivera, l'Islam aura si terriblement conquis de territoires que la vigne deviendra inutile.

Et le réchauffement climatique profitera aux chamelles, dont le lait est, parait-il, plus goûtu encore lorsque savouré avec des dattes.

Écrit par : Keren Dispa | 18 mai 2015

"Un clivage est toujours un peu réducteur. Néanmoins celui-ci se superpose assez bien au paysage et clivage politique général droite-gauche."
Je travaille sur l'adaptation au changement climatique et je n'ai jamais vu de couleur politique là dedans. Dommage, l'article est intéressant et très juste, jusqu'à cette phrase. Vous vous êtes laissé emporté par votre idéologie.

Écrit par : kilou | 19 mai 2015

@ Kilou:

Je veux dire que le clivage est dans la société, dans l'analyse de la situation. Pas chez ceux qui travaillent sur l'adaptation, eux ne peuvent pas se le permettre, et il n'y auraient aucun avantage.

Écrit par : hommelibre | 19 mai 2015

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