17 avril 2015

Je suis Boulet

A force on ne sait plus qui on est. Moi je sais: je suis Boulet. Parce qu’il n’y a pas de raison. Un Boulet vaut bien un Wolinski. N’y en aurait-il que pour ceux qui reçoivent des balles dans le corps? Non. Un Boulet humilié est aussi digne de notre bienveillance, dût-elle ne s'épancher que le temps d'une nuit d’ivresse. 


boulet,charlie,bringbackourgirls,de gaulle,modernité,La compassion dure le temps de notre émotion. C'est court. Il importe de la renouveler régulièrement afin de cultiver une image de soi positive. Boulet tombe à pic.

Un Boulet vaut bien une une Bringbackourgirls (andnotourboys). Il vaut aussi un Éthiopien brûlé vif dans une rue d'Afrique du Sud. Boulet est un personnage. De Gaulle aurait même déclaré, dans un élan de lucidité prémonitoire: «Boulet outragé! Boulet brisé! Boulet martyrisé! Mais Boulet libéré!»

Boulet donc, humilié dans cette publicité consumériste (vidéo ci-dessous).

Le mépris du boulet saute aux yeux. D’abord Boulet est bête. C’est un homme du passé. Il ignore que l’on peut commander en ligne chez MM.... Son collègue, moderniste, est heureusement là pour lui suggérer de faire un grand pas vers le monde de demain.

Boulet, courbé, l’air gêné, presque honteux d’être si retardé et ignorant, tente une connexion en cachette pendant que son collègue étale son assurance moderniste sans aucun complexe derrière une vitre. Et, comme c’était prévisible, Boulet est encore ridiculisé.

Boulet humilié, mis au banc de la société, traité de retardé, montré comme particulièrement incapable de s’adapter au monde. Une tache, quoi. Heureusement qu’en plus il n’est pas noir ou arabe.

Boulet est entré dans la mythologie moderne. Il désigne un individu lourd, lent, bête, ignare, passéiste, retardé socialement. C’est l’image inverse du moderne geek, informé des nouvelles technologies et assuré de sa supériorité sur ce boulet qu’est Boulet.

Le monde est ici divisé entre d’un côté celui qui consomme à pleines dents la religion du progrès et de l'autre côté le retardé. Le premier est beau, sûr de lui, brillant, apprécié de ses collègues. Il endosse une image valorisante. L’autre est repoussant.

Voilà comment un genre de personnage, représentant un comportement, devient le support à une discrimination morale et à de l’humiliation sociale. Le modèle, le bon modèle, le modèle performant, est d’acheter en ligne. Tout le reste n'est que garniture.

Il ne manque plus qu’un tir de kalachnikov pour en finir avec ce boulet.


Alors aujourd’hui je suis Boulet.

Mais cela passera. Demain je serai... je ne sais pas. Kényan, c'est déjà fini. Peut-être immigré Éthiopien en Afrique du Sud? Tout va si vite.



 



11:12 Publié dans Divers, Humour, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : boulet, charlie, bringbackourgirls, de gaulle, modernité | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Ouais, le mépris élitiste dans sa splendeur. Chassez le naturel au nom du politiquement correct, le chacal commercial revient au galop. Cette société pue de plus en plus le cadavre en décomposition. Heureusement que la pollution des gaz d'échappement couvre un peu l'odeur...
Et ce qu'ils oublient de montrer dans cette pub, c'est que les branchés sont peut-être les heureux propriétaires de la technologie la plus récente, cela ne les empêche pas de devenir de jour en jour plus incompétents et plus cons. Les médecins qui arrivent à la retraite se demandent entre eux par qui ils vont être soignés, au vu de la nullité extrême de leurs successeurs...

Écrit par : Géo | 17 avril 2015

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