10 avril 2015

Quand l’ADN tire le portrait

Jusqu’où ira la science? Il y a quelques années le code génétique fournissait des informations sur la filiation et sur certains troubles de santé. Aujourd’hui il permet de définir des caractéristiques morphologiques. Demain il fournira les éléments d’un portrait robot peut-être détaillé.


adn,portrait robot,génétique,classification,criminalité,liberté,responsabilité,Car aujourd’hui on a l’ébauche de ce portrait: «Sexe : masculin – yeux : marron tendance foncée – peau : claire tendance mâte – cheveux : châtain ou brun/noir tendance foncée.»

L’objectif est d’identifier encore plus de gènes codant les traits afin d’établir une photo virtuelle à partir du matériel génétique. Une trace d’ADN provenant d’une personne inconnue livrera alors non seulement la couleur de la peau, mais l’écartement des yeux, la pilosité plus ou moins importante, s’il y a une fossette au mention, et bien d’autres caractéristiques individuelles que l’on n’imagine pas encore. Ces informations sont particulièrement importantes en matière criminelle.

La crainte dans le public serait d’être identifié sans raison criminelle et sans son propre consentement. Cela viendra, qu'on le veuille ou non. La technologie favorise l’instauration progressive d’un univers totalement surveillé. Mais qui contrôle ceux qui vous surveillent? Et qui surveille ceux qui contrôlent?

La question ne se poserait pas si les êtres humains étaient tous bienveillants les uns envers les autres. Mais il semble qu’on n’y soit pas encore. Donc tout ce qui est privé doit être protégé. Or quoi de plus privé, de plus intime que le code génétique? La justice doit permettre cette protection.

Mais elle doit aussi veiller à ce que les moyens de preuves de crimes ou de délits soient efficaces. L’ADN est déjà efficace pour déterminer si un crime a été commis par une personne connue. Les nouvelles voies détermineront les caractéristiques physiques personnelles d’un auteur cette fois inconnu.

Il y a un aspect extraordinaire dans cette information: nous sommes programmés jusque dans les traits de notre visage. Le déterminisme génétique réduit certes notre liberté personnelle mais il rassure aussi: nous sommes affiliés à des systèmes de reproduction cohérents et non aléatoires. S’il y a une part de co-création de notre existence, entre la adn,portrait robot,génétique,classification,criminalité,liberté,responsabilité,culture, la génétique, et l’épigénétique qui montre l’influence de l’environnement sur le sujet, il y a une autre part qui nous précède, je veux dire qu’elle n’est pas de l’ordre d’un choix personnel.

On entend dire aujourd'hui que la culture est tout, que notre identité est une construction sociale. Les recherches sur l’ADN semblent montrer qu’au contraire nous sommes largement formés par des facteurs globaux, y compris biologiques, et non seulement par notre propre volonté.

On peut imaginer une suite éventuelle: après les traits morphologiques l’ADN permettra peut-être de classifier les comportements selon la génétique. Ce qui est la suite logique, scientifique, de nombreuses classifications existantes, qui tentent d’établir des liens entre d’une part le corps, sa forme et sa constitution, et d’autre part l’esprit, la manière de réagir au monde.

Si l’on admet des constantes et des groupes en ce qui concerne la biologie, pourquoi n’en irait-il pas de même avec la manière de ressentir, de penser et d’agir? D’ailleurs une constante en psychologie n’est-elle pas de classifier - donc de collectiviser - des données personnelles trouvées chez différents individus?

Et si c’est le cas, où finit la programmation et où commence la liberté et la responsabilité individuelles? Et si la biologie conditionnait notre comportement, qu’adviendrait-il de la notion de responsabilité pénale? Un délinquant ne pourrait-il arguer de sa biologie pour expliquer son implication dans un délit? Ne pourrait-il organiser sa défense autour de la dimension involontaire de ses actes - «Je suis programmé pour cela» - et ainsi s’exonérer de sa responsabilité individuelle?

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