28 février 2015

Zéro frontalier : le MCG a raison mais il a tort

Ce parti propose donc d’afficher le pourcentage d’employés étrangers dans les entreprises publiques du canton de Genève. Il entend ainsi faire appliquer sa politique de préférence nationale et/ou régionale. Autour de ce principe de préférence, deux visions s’opposent.


geneve,mcg,zéro frontalier,étrangers,migrations,préférence nationale,Il faut d’abord reconnaître un certain fond à cette idée. Elle ne saurait être traitée à la légère car elle correspond à une réalité ancienne. Cette réalité est simple: nous travaillons en général là où nous vivons. Le pays ou la région dont nous sommes citoyens a une sorte de contrat avec ses ressortissants. Par le passeport national ceux-ci apportent leur adhésion au pays et à son mode de vie. Ils apportent aussi leurs ressources financières, ou intellectuelles, professionnelles, affectives, etc, pour construire ce pays. En retour le pays leur donne une prévalence dans différents domaines: emploi, éligibilité, par exemple.

Travailler où nous vivons n’est pas toujours possible. L’histoire des hommes est brodée de migrations, voulues ou subies. De tous temps des travailleurs ont quitté leur pays pour chercher leur subsistance ailleurs. Cela continue aujourd’hui. Les milliers de morts en Méditerranée sont là pour nous rappeler que la lutte pour la vie, pour la sécurité alimentaire et personnelle, n’a pas, n’a jamais cessé.


Des ressortissants intra-européens vont aussi travailler dans des pays de l’UE, loin de leur homeland. Et dans un pays on bouge beaucoup, d’une région à une autre, d’une commune à une autre. On bouge autour de Genève, entre Genève et Vaud, entre Genève et sa région frontalière.

Si donc on peut admettre une certain fond et une certaine logique à la préférence nationale, régionale ou communale, on doit aussi, dans la même réflexion, passer à la critique de ce principe. La critique naît d’un autre principe: la mobilité est une liberté humaine fondamentale. Bouger, changer d’habitation, de commune, de ville, de pays, sont des droits en principe inaliénables.

Ce droit connaît les limites des frontières, bien qu’en Europe celles-ci ne soient plus des barrières infranchissables. Ce qui est plutôt fait pour me plaire, car personnellement je me sens comme chez moi autant à Genève qu’à Perpignan ou à Ostende.

La mobilité entre les nations et les migrations ont permis à nombre d’entre elles de se développer économiquement. Les échanges entre pays apportent aussi de nombreux avantages, comme des transferts de compétences.

Cela ne signifie pas qu’un pays doive être totalement perméable. Il garde le droit de contrôler les flux de personnes. Entre le principe du «Je travaille où je vis» du citoyen résident, et celui du «Je vais ailleurs» du voyageur ou du migrant, un équilibre doit être trouvé.

Mais quand je vois la campagne du MCG: «Commune zéro frontalier», je ne peux que désapprouver une posture aussi extrême. A mon avis ce n’est pas la manière de trouver l’équilibre entre la légitime demande du citoyen et l’utilité de l’étranger. Le MCG ne s'est toujours pas soigné de sa maladie infantile: il n'a pas de penseur digne de ce nom capable de donner de la cohérence et une perspective à un discours politique essentiellement réactif.

12:54 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : geneve, mcg, zéro frontalier, étrangers, migrations, préférence nationale | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Le MCG est certes simpliste et extrême sur le sujet des frontaliers. Mais c'est notamment parce que l'ensemble des autres partis lui laisse cette porte ouverte: Aucun n'est capable de parler de frontaliers avec de la transparences dans les chiffres et des intentions clairement affiché.

C'est dans ce contexte le MCG a eu l'immense mérite de révéler des chiffres soigneusement cachés par tous, indiquant que deux tiers des frontaliers travaillent dans des services tertiaire et administrations. Et seul un tiers dans des postes considéré comme pénible, hôtellerie etc..

Alors que le mots d'ordre général et unanime pour clore le débat était de dire qu'ils prennent "les jobs dont les Suisses ne veulent pas". Ce pour des raisons différente entre la droite patronale et la gauche de l'international des travailleurs, mais qui finalement se rejoigne dans le même résultat au détriment de la classe moyenne.

Écrit par : Eastwood | 28 février 2015

Eastwood,

D'accord avec vous sur le fait que le sujet est évité par les autres partis. Un peu comme en France où l'évitement du débat sur l'immigration a rendu ce thème encore plus sensible. Or un tel thème a logiquement sa place dans le gouvernement d'un Etat.

Alors oui, peut-être est-il nécessaire de taper fort sur la table pour être entendu. Mais le thème reste encore et toujours miné, sujet aux anathèmes et aux clivages.

Écrit par : hommelibre | 28 février 2015

Le MGC voudrait-il rapatrier tous les genevois habitants en France ?
Le terme frontalier est trompeur puisque la France voisine devient peu à peu une banlieue genevoise, en faisant grimper le prix des terrains.
Si l'on admet une perméabilité des frontières, il est difficile de l'exiger à sens unique ...

Dans le même temps la préférence nationale se pratique par certains cadres français travaillant à Genève, il ne faut pas se leurrer, la politique des copains existe bel et bien et on peut comprendre que c'est difficilement digérable. En outre, la mentalité française est peut être plus aguerrie lorsqu'il s'agit de se battre pour une place et bouscule le paisible suisse élevé dans l'idée de la paix du travail.
A part cela le problème des travailleurs détachés non déclarés est aussi intensément présent à Genève comme dans le reste de la Suisse, par un système labyrinthique de sous traitance difficile à débusquer. Là aussi le "gentil " entrepreneur suisse qui fait tout propre en ordre, se fait dépasser par ce pratiques issues d'autres cultures nationales pour ne citer personne.

Les problèmes semblent bien plus larges que la limite du bassin genevois, et ma foi je comprend le peuple suisse qui a voté un certain mois de février 2014.
Il est juste dommage que les partis traditionnels n'assument pas le problème.

Écrit par : aoki | 28 février 2015

"Bouger, changer d’habitation, de commune, de ville, de pays, sont des droits en principe inaliénables."

Si tel est vraiment le cas, il n'est même pas nécessaire d'en discuter.

Les opposants répondront toujours "Oui, mais...", ce qui - n'importe quel spécialiste de la communication vous le dira - signifie "non".

Et le "Grenzgängerfrei" de la ville d'Onex rappelle dangereusement le "Judenfrei" d'une époque que j'espérais révolue. Je me suis trompé.

Écrit par : Michel Sommer | 01 mars 2015

@… Michel:

La liberté de mouvement est une bonne chose, mais on doit aussi trouver un équilibre avec les autres habitants de chaque région. Gouverner c'est administrer, et administrer c'est aussi évaluer les meilleures conditions possibles pour les sédentaires comme pour les voyageurs.

Pour ce qui est du passé révolu, je lis un peu partout ce rappel, mais cette imprécation ne me convainc pas. Je pense même que c'est contre-productif. Il vaut mieux parler ouvertement des choses et les démonter par les arguments plutôt qu'en faire un réflexe émotionnel.

Écrit par : hommelibre | 03 mars 2015

Oui, ce sont les fondements, la base d'un monde idéal.
Seulement voilà, il y a toutes les nuances de gris qui viennent perturber le débat et justifier les positions antagonistes.
On a récemment pu vérifier à quel point le dumping salarial est une réalité que les autorités ne maitrisent pas, faute de moyens de contrôle.
J'en reviens toujours à la responsabilité individuelle qui devrait impliquer de la part des employeurs une vision pérenne de l'entreprise basée sur le respect des collaborateurs et qui génère des revenus "décents" permettant le développement ou la viabilité de la structure.
Les derniers soubresauts du capitalisme financier qui favorise le profit maximal à court terme sont d'autant plus ravageurs que leur fin programmée. C'est la fuite en avant pendant qu'on peut encore prendre quelque chose.
L'exemple le plus marquant pour moi, c'est le mastodonte Californien qui surfe sur le changement de paradigme économique prétendant pratiquer le partage et l'horizontalité des structures à l'opposé des formes pyramidales et hiérarchiques. Uber se présente comme une société favorisant les transports en milieu urbain par le co-voiturage. Dans les faits, cette société ponctionne 20% du revenu des chauffeurs professionnels sans apporter la moindre valeur ajoutée. Sa capitalisation boursière, par l'intermédiaire de Google et Goldman Sachs notamment, leur permet de faire fi de toutes les lois et intenter des procès interminables qui devraient leur permettre, entre temps, de phagocyter le marché mondial dans ce domaine.
Peu sont ceux qui réalisent à quel point le marché libre et concurrentiel a dégénéré. Le concept de concurrence avait encore un sens lorsque les compétiteurs apportaient un certain savoir faire qui leur permettait de se démarquer dans une économie réelle. Aujourd'hui, l'entreprise est entre les mains des actionnaires qui sont évidemment volatiles. Pour survivre, elle est presque obligée de diminuer ses charges au delà du raisonnable et donc d'engager de la main d'oeuvre meilleur marché.
Mais la roue tourne, justement en raison de la mobilité des bailleurs de fonds. Ainsi, paradoxalement, Google vient de lancer un concurrent à Uber, le co-voiturage sans chauffeur ! Un moyen habile de conserver les actionnaires qui commencent à quitter le bateau suite aux innombrables actions dans le monde contre cet acteur opportuniste et sans scrupule.

Écrit par : Pierre Jenni | 03 mars 2015

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