17 février 2015

Tais-toi, on t’écoute

Les manifestations françaises de janvier devaient rappeler un principe intangible: celui de la liberté d’expression. Un principe pour lequel l’Europe s’est battue pendant des siècles, et pour quoi certains sont morts. Mais la police de la pensée veille: la liberté reste sous haute surveillance.

Veut-on étouffer intellectuellement la population et la faire taire par intimidation? 1984, Big Brother, ça y est?


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L'expression forte utilisée par Manuel Valls, et déjà déjà mentionnée ici: «le fascisme arabo-musulman», fait des vagues Dans le clivage français du langage, dans la privatisation politique du langage, ces mots sont habituellement portés par un bord politique que les socialistes combattent.

Qu’il y ait dans l’islam un courant fasciste, cela éclate aux yeux du monde. On le sait mais on le dit peu, par crainte de choquer les enfants de l’immigration arabo-musulmane et de passer pour raciste.

Roland Dumas, ancien ministre et membre du même parti que Manuel Valls, a évoqué ces propos lors d’une interview radiophonique. A la question de Jean-Jacques Bourdin: «Le Premier ministre est-il sous influence juive?», Roland Dumas a répondu: «Probablement (...) je peux le penser (...) il a des alliances personnelles qui font qu'il a des préjugés. Chacun sait qu'il est marié avec quelqu'un, quelqu'un de très bien d'ailleurs, qui a de l'influence sur lui». L’épouse de Manuel Valls est en effet juive.

Aujourd’hui, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) annonce qu’il a initié une enquête sur les propos de Roland Dumas. Une instruction est ouverte.

 

Nouvelle beaufitude

Le CSA va évidemment chercher l’éventuel racisme dans les propos de monsieur Dumas. C’est une des psychoses françaises: voir le racisme partout. La moindre critique évoquant une quelconque appartenance vaut à celui qui l’énonce d’être automatiquement stigmatisé. La droite s’en défend et soutient en principe la libre expression. La gauche, elle, en rajoute et impose une police de la pensée et l’auto-censure individuelle.

La France, pays des libertés et de la libre expression? Non, c’est fini. La France ressemble intellectuellement à ce qu'est la Grèce économiquement: improductive et exsangue. La gauche française, enthousiasmante et capable de fulgurances par moments dans son Histoire, est aujourd’hui gonflée de beaufitude. Plus beauf qu'un socialiste français, mission impossible! Cette gauche a tué la pensée. Toute pensée non conforme à ses dogmes est stigmatisée. Cela évite de débattre quand on n’a plus rien à dire. C’est la colonisation culturelle de la société française par la gauche.


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Mais revenons aux protagonistes et aux propos de Roland Dumas. Est-il interdit de mentionner des relations ou des influences décelables chez les hommes politiques? Par exemple, un élu franc-maçon ou rosicrucien n’est-il pas influencé par ses croyances ésotériques et par la structure socio-culturelle, pyramidale et élitiste, qui prévaut dans ces groupes, reproduisant subtilement les structures de domination ancestrales malgré les apparences égalitaires?

En quoi le fait de mentionner les sympathies de monsieur Valls pose-t-il problème? Il n’y a aucune honte, aucune opprobre, aucune faute à soutenir Israël - ou les palestiniens. Nous sommes tous influencés par ce que nous aimons. Ne pourrait-on plus parler de quelqu’un s’il est juif? Ou musulman? Ou chrétien? Faut-il taire toute mention de cet ordre dans nos discussions?

Non. Les propos de Roland Dumas ne me choquent pas. Rappelons que Manuel Valls apportait initialement son soutien à la Palestine. Ses propos en 2006 en tant que maire d’Evry (sources ici et ici) sont clairs:

«... je pense d’abord aux habitants de la Bande de Gaza, enfermés, qui vivent une situation infernale, dans tous les sens du terme... l’absence de dialogue, les humiliations, le mur, les prisonniers, tous ces événements ne vont pas dans le sens de la paix ; cela crée une fracture qui ne guérit pas ; la violence appelle la violence et le désespoir. (...) Je pense aussi évidemment au Liban, à l’Irak, à une politique américaine qui caricature les conflits au nom de la confrontation entre civilisations. Tout cela interpelle. (...) L’édification d’un mur honteux, la poursuite des colonisations, le sort des prisonniers, l’absence de dialogue, l’humiliation. Bref, des événements qui ne vont pas dans le sens de la paix.»

Personne n’avait alors invoqué une éventuelle déclaration antisémite. Ni islamophobe quand il a déclaré en 2011: «Par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël!» - ce qui le montre capable de faire le grand écart mais n’en fait pas un raciste pour autant. Pas plus que Roland Dumas lorsqu’il se demande si les influences particulières et personnelles - en l’occurrence juives - que monsieur Valls reçoit jouent un rôle dans ses prises de position politiques.

Chercher les influences qui agissent sur une personnalité politique est normal et habituel. Cette démarche est de nature à éclairer le contexte dans lequel un orateur parle. Il ne vient pas de nulle part, ses paroles ne tombent pas du ciel sans Histoire. N’invoquons pas le loup quand il n’y est pas. Ou alors, Roland Dumas devrait être plus clair: la gauche a soldé tout son ancien soutien  à Israël au profit des terroristes du Hamas. Avec un tel appel d'air, pas étonnant que certains français musulmans se sentent pousser des Kalachnikov. L'idéologie victimaire socialiste, aux conséquences dramatiques et délétères, n'a pas encore été suffisamment mise en procès.

Peut-être faudrait-il inscrire en préambule de la Constitution française: «Tais-toi, on t’écoute». Cela indiquerait le degré de flip, voire d'affaiblissement intellectuel, auxquels la France est rendue.



Manuel Valls plante un olivier pour la paix (discours de 2008):


UN OLIVIER POUR LA PAIX par E-Mosaique

15:03 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : manuel valls, islam, fascisme, musulman, juif, gravoin, palestine, roland dumas | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

On ferait mieux de s'inquiéter du fait que le premier ministre Français soit éternellement lié à une puissance étrangère.

Écrit par : Sub | 17 février 2015

C'est plutôt la question de Bourdin que je trouve "troublante" (utilisons, pour une fois, les parler des médias): vous reconnaissez vous-même que le terme "islamo-fasciste" se justifie pleinement dans certains contextes.
Quant à Dumas, il n'est certainement pas une référence en matière de morale politique.

Écrit par : Mère-Grand | 18 février 2015

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