07 février 2015

Les alizés freinent-ils le réchauffement climatique ?

Le réchauffement de la planète marque le pas depuis environ 17 ans. Les températures sont globalement stabilisées, pour le moment du moins, après les 12 ans de poussée de 1985 à 1997. Certains scientifiques, y compris au Giec, ont donné un nom à ce ralentissement: le «hiatus global». 


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C’est une manière de dire que cette situation n’est pas normale selon eux. Ce n’est pas ce que ces scientifiques ont annoncé, pas ce qu’ils attendaient. Leurs prévisions sur l’avenir devraient être la norme alors que la réalité ne le serait pas. Inversion du fardeau de la preuve. L’accusation s’en tire à bon compte.

 

Mais elle ne peut faire totalement l’économie de la question. Quand les courbes réelles sont plus basses que la plus faible projection des températures proposée par le Giec, la communication doit être rectifiée. Première hypothèse pour tenter d’expliquer ce hiatus, ce découplement des températures entre les modèles du Giec et la réalité: les alizés. 

 

Ces vents intertropicaux réguliers ont une vitesse variant entre 20 et 30 km/h. Selon leur force, ils font plonger les eaux chaudes du Pacifique en profondeur à l’ouest et remonter des eaux froides à l’est. C’est ce que l’on nomme La Niña, appelée aussi Oscillation thermique du Pacifique occidental. C’est une modification épisodique de la circulation des eaux. 

 

La Niña provoque statistiquement une augmentation des typhons. Or pour les années où le «hiatus» est évoqué, en particulier entre 1999 et 2010, il y a moins de typhons dénombrés que la moyenne ne le laissait prévoir. 

 

Un autre signe de la Niña est également connu: la surabondance de pluies sur l’ouest du Pacifique. Ce n’est pas le cas depuis le dernier épisode de La Niña en 2010-2012. On ne constate pas de continuité de La Niña qui pourait expliquer la durée de ce hiatus. Les épisodes sont même moins importants depuis une quinzaine d’années qu’il y a cinquante ans, comme le montre l’image 1 (cliquer pour agrandir - Niña en bleu).

 

 

 

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Les affirmations concernant l’effet des alizés sur le réchauffement sont donc discutables. Si toutefois cette hypothèse se vérifiait on pourrait se demander si l’accélération des alizés  est aléatoire ou si elle exprime une sorte d’adaptation de la Terre, une sorte de rétroaction négative régulatrice. 

 

De plus, pour confirmer cette hypothèse du réchauffement ralenti par les alizés, il faudrait disposer des relevés depuis plusieurs siècles et les comparer avec l’évolution du climat et du réchauffement en cours depuis la fin du petit âge glaciaire. Ou même depuis l’optimum climatique médiéval. Ou depuis plus loin dans le passé (image 2), car si l’on observe la reconstitution des températures sur 10’000 ans, on voit que le réchauffement actuel s’inscrit dans une longue séries d’oscillations. 

 

On ne peut totalement exclure le fait que le climat soit en cours de «rattrapage» vers le haut et que la norme sur laquelle se basent les prophètes du Giec aujourd’hui, soit la période d’avant 1980, ne représente qu’une période anormalement fraîche du climat de la Terre. L’Holocène connaît de nombreuses oscillations des températures, qui furent à différentes périodes globalement plus élevées qu’aujourd’hui. Les réchauffements de l’optimum médiéval et du XIXe siècle ne pouvant s’expliquer par l’activité humaine, force est de chercher d’autres causes.

 

L’évaluation des températures du passé, estimées d’après les carottages de glace du Groenland Gisp 2 (image 2), montre que notre époque est une des plus fraîches depuis 10’000 ans. Le réchauffement actuel - quelle que soit sa réalité et son origine - est-il donc normal, utile même, comme un ajustement nécessaire?

 

 

 

 

A suivre: Et les volcans?


12:00 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : climat, réchauffement, giec, alizés, hiatus, pause, optimum médiéval, gisp 2, oscillation, la nina | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Vous n'expliquez pas par quels phénomènes les alizés pourraient s'accélérer ou freiner. Et quelles sont vos sources ?

Écrit par : Géo | 07 février 2015

Désolé de vous répondre si tard Géo, j'étais hors ligne.

Je propose un lien dans mon billet, mais il en existe beaucoup sur le sujet. Le premier est celui-ci, que je pensais avoir inséré:

www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20140211.OBS5907/mystere-du-hiatus-global-ce-sont-les-alizes-qui-refroidissent-la-terre.html


J'ai noté que cette hypothèse des alizés est à plusieurs reprises mentionnée au conditionnel.
Les alizés sont connus pour être assez réguliers, mais avec des variations. Selon les sources c'est le réchauffement de l'océan Atlantique qui accélérerait ces vents, selon d'autres ce serait seulement le différentiel entre les températures continentales et celles de l'océan. La différence de gradient de pression entre la zone équatoriale et la zone tropicale explique aussi l'existence des alizés.


Info contradictoire à celle de mon billet: les alizés ne seraient pas plus rapides:

"Depuis les années 1990, la thèse adoptée par une grande partie de la communauté scientifique affirmait que ces phénomènes s’intensifiaient. La différence de réchauffement entre le continent et l’océan accélérerait les alizés, qui à leur tour renforceraient les upwellings, refroidissant ainsi les eaux de surface. Une théorie mise à mal par les récents travaux des chercheurs de l’IRD et de ses partenaires publiés dans la revue Progress in Oceanography. Dans leur nouvelle étude, menée au large de l’Afrique du Nord et de l’Ouest, les scientifiques ont passé en revue les relevés de vents des 40 dernières années et les données des modèles météorologiques le long du littoral ibérique et ouest-africain. Ces résultats ne montrent pas d’accélération éolienne à l’échelle régionale susceptible de refroidir significativement les eaux côtières. Bien au contraire, les images satellitaires et les mesures in situ de la température des eaux de surface montrent une tendance nette à la hausse dans l’ensemble de la zone, au rythme de 1 °C par siècle. Ce nouveau jeu de données infirme donc l’hypothèse d’un renforcement de l’upwelling du courant des îles Canaries."

www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/actu/d/oceanographie-si-upwellings-etaient-train-diminuer-49631/

Mais il s'agit ici seulement des eaux côtières d'Afrique du Nord.


Les tableaux que j'ai postés dans le billet proviennent de données de la NOAA américaine:

www.cyclonextreme.com/meteorologieelnino.htm

J'ai perdu le lien pour le deuxième tableau. Je vais le retrouver.

Écrit par : hommelibre | 08 février 2015

Merci pour vos précisions. En parlant d'Afrique du Nord, j'en reviens à mon dada, la nouvelle orientation des dunes que traverse la route de l'Espoir, de Nouakchott vers l'Est. Il vous suffit d'aller voir sur Google Earth. Les anciennes dunes sont phagocytées par un vent qui souffle 20° plus au sud. C'est très visible. Cela indique un changement majeur dans les répartitions de courants atmosphériques, comment le nier ? Mais si l'orientation des dunes est davantage N-S, cela indique que soit la composante E-W est plus faible, ce qui serait difficile à comprendre, la terre continuant de tourner à la même vitesse, ou que la taille de la cellule de convection appelée convergence inter-tropicale a diminué. Ce qui ne va pas dans le sens d'un réchauffement, en tout cas dans cette zone. C'est un peu simpliste, probablement. Mais comme l'est la "fourchette" aux échecs, qu'on applique au super-joueur qui vit dix coups à l'avance mais n'a pas vu qu'il suffisait à son adversaire de placer son cheval entre sa dame et son roi...

Écrit par : Géo | 08 février 2015

pli @ Plus de nouvelles de vous et vos doutes sur le côté scientifique des critiques que l'on peut faire au GIEC. Je viens de lire que selon Bertrand Kiefer, réd'chef de la revue médicale suisse, 1500 à 2000 personnes mouraient en Suisse suite à des erreurs médicales.
Question : pensez-vous que les scientifiques du GIEC sont mieux formés scientifiquement que les médecins suisses ? Répondez, svp, cela m'intéresse...

Écrit par : Géo | 08 février 2015

Sur le tableau du bas, celui du Gisp 2, il manque le XXe siècle. La courbe doit monter comme pour l'optimum médiéval. J'ai pris ce tableau pour ce qu'il montre du passé.

Écrit par : hommelibre | 08 février 2015

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