31 janvier 2015

La présentation

Le concours de nouvelles d'Edilivre«48 heures pour écrire», est presque terminé. Le thème du concours était: le courage. En deux jours les candidats devaient écrire un texte d'au maximum 10'000 signes (3-4 pages). Deux jours, c'est peu, même pour seulement 10'000 signes. Avec plus de temps et de recul j'aurai modifié certains passages. Mais l'expérience est un bon exercice de style.

Les dix finalistes sont en ligne ici. N'en faisant pas partie je publie ici la courte nouvelle que j'ai écrite pour le concours, intitulée: «La présentation».



La présentation

 

 

Autour d’elle, des murs gris et jaunes. Un boulevard monotone comme un matin d’automne. Les trottoirs ? Mouillés. Elle marche depuis ce matin. Elle marche pour ne pas réfléchir. A dix-sept ans, en terminale, proche d’obtenir son baccalauréat, elle refuse d’aller au lycée. L’épreuve est insupportable. Une épreuve qu’elle a déjà subie pourtant, avec toujours la même peur au ventre. Cette fois elle n’ira pas. Tant pis pour le bac. 

 

Elle n’a rien dit en partant. Sa mère lui a souhaité une bonne journée. Son père était déjà dans les files de voitures. Elle a fait semblant de prendre la rue qui mène au lycée. Puis elle a tourné dans une autre rue, puis une autre. Elle connaît le parcours. Il mène au canal. Elle y vient parfois à l’heure du déjeuner. Elle regarde les péniches, et les ombres des poissons dans l’eau trouble. Elle connaît un pêcheur qui lance des lignes entre les bateaux. Il vient tous les jours. Il parle peu, reste attentif aux mouvements du bouchon. Il remonte quelque fois d’étranges poissons qu’elle ne mangerait pour rien au monde. Charlotte craint cette eau sale : odeur de vase, vidange régulière des communs des navigants. Pas de quoi faire envie. Un jour elle a demandé au pêcheur s’il mangeait les poissons. Il a répondu oui. Elle n’a pu cacher un haut-le-coeur.

 

Pour la première fois son coeur était haut. D’ordinaire il est en bas. Mangé de peur. Elle n’ose rien. Ne prend jamais de risques. Sa grande peur est qu’on ne l’estime pas. Elle craint d’être raillée, jugée par ses camarades. Excellente élève dans les épreuves écrites elle perd toute contenance devant un public. Ce matin elle doit présenter le résumé d’un livre. Elle connaît bien ce livre. Elle l’a lu et relu. Elle s’est préparée devant un miroir, a fixé des postures d’assurance, s’est exercée à prolonger l’expiration pour écarter l’angoisse.

 

Mais au réveil elle n’est plus lucide. La peur, une peur intense, douloureuse, danse dans son ventre. A quel moment décide-t-elle de renoncer ? Au petit-déjeuner. Pendant qu’elle mange sa mère lui demande si elle est prête. Elle répond oui. Avec trop de force. Sa mère la regarde et insiste :

 

- Tu es sûre ?

 

Elle ne répond pas. Sa peur grandit. Elle regarde ailleurs. Cherche un point de fuite. Sa mère insiste encore.

 

- Tu es sûre ?

 

Elle bredouille rapidement qu’elle est en retard, s’habille, sort en murmurant un au-revoir désespéré. Sa mère ne comprend pas ses angoisses. Elle dit qu’elle s’écoute trop. Inutile de lui parler : c’est à chaque fois une nouvelle défaite. Elle doit décider toute seule de ce qu’elle fera. Et elle décide de sauter l’épreuve orale. 

 

Depuis une heure elle marche sur ce boulevard gris et jaune. Elle arrive au canal. Lentement une péniche remonte le faible courant. Sur le pont un homme debout, droit comme un I majuscule, manie la barre. Comment peut-on se tenir aussi droit ? Comment fait-il pour affronter le danger ? Le marinier semble fier - du moins c’est ce qu’elle interprète. Elle, elle penche la tête - elle toucherait ses orteils si elle le pouvait - dès qu’un professeur la questionne. Elle approche du pêcheur. Ne dit rien.

 

- Tu as un problème aujourd’hui, dit le pêcheur. 

 

- Qu’en savez-vous ?

 

- D’habitude tu ne viens pas si près. D’habitude tu me demandes si le poisson mord. Aujourd’hui tu viens près et tu ne parles pas. C’est quoi ce problème ?

 

Charlotte hésite. Parler de ses peurs à un inconnu ! Et que lui dire ? Qu’elle saute le cours ? Il la questionnerait sur ses raisons. Elle devrait parler d’elle. Ce qu’elle déteste le plus. Pourtant elle le fait. Les yeux fixés sur les remous du canal elle raconte cette peur terrible. Comme une crucifixion. Parler devant les autres c’est partir pour l’enfer. Le pêcheur l’écoute. Son bouchon flotte, immobile. Après la confession de Charlotte le silence est revenu. Il fouille dans son sac de toile, cherche une improbable contenance au fond des coutures, avant d’avouer :

 

- Moi aussi j’ai toujours eu peur. Peur de tout. Pas seulement des autres mais de tout ce qui peut arriver. J’ai tout raté à cause de cette peur. Aujourd’hui je passe mon temps à pêcher. 

 

Cinq phrases. Jamais le pêcheur ne parle autant. Charlotte n’aime pas cet étalage de sentiments. L’homme ajoute :

 

- Tu veux, toi aussi, pêcher des poissons chimériques dans l’eau trouble d’un canal ? Tu veux être comme moi : le même qu’à quinze ans ? Avec la même peur jamais affrontée ?

 

- Quel âge avez-vous ?

 

- Cinquante-et-un ans. Et je n’ai pas bougé. Si tu ne bouges pas tu continueras à souffrir. Cela ne cessera jamais. 

 

Charlotte se lève.

 

- A quelle heure ta présentation ? demande-t-il.

 

- A dix heures.

 

- Tu as encore le temps d’aller. 

 

- Non !

 

Charlotte quitte le bord du canal. Elle marche d’un pas rapide vers le parc proche. Les arbres ont pris les couleurs du boulevard. Dans une allée, un banc. Autour, des oiseaux mangent des graines oranges. Elle s’assied sur le banc. Un instant dérangés les oiseaux s’écartent puis reviennent. L’un d’eux, plus effronté ou affamé, se perche sur sa chaussure. Charlotte l’apostrophe. Après tout un oiseau n’est pas un humain. Il ne pense pas, il ne juge pas. Elle n’a rien à craindre. Elle entreprend de lui résumer le livre. Tourné vers elle, tête penchée et bec en l’air, il la regarde. Elle parle d’abord de manière neutre. Puis elle s’anime. Elle ajoute les yeux et les mains. L’oiseau est attentif. Les autres cessent de manger. Imaginez-la parler aux oiseaux dans ce parc ! Imaginez ces oiseaux qui l’écoutent avec attention. Charlotte termine son résumé, les regarde et éclate de rire. Elle rit si fort qu’ils s’envolent plus loin. 

 

Elle se lève. Pense à l’épreuve orale qu’elle va manquer. A ses notes qui vont baisser. Elle a besoin d’en parler. A qui se confier ? Elle appelle son oncle. Son oncle préféré. Lui peut entendre. Il la soutient depuis qu’elle est petite. Elle tape le numéro sur son téléphone portable.

 

- Allô ?

 

Elle sourit.

 

- Paul ? C’est Charlotte.

 

Elle lui demande s’il peut garder un secret. « J’ai toujours gardé tes secrets, répond-il. - Tu ne diras rien à maman ? - Rien. Mais dis-moi, est-ce donc si grave ? » Elle raconte son aventure du matin. Cette peur qu’elle n’a jamais su arracher de son coeur. Il se tait. Laisse parler. Charlotte passe de la colère aux larmes en racontant la peur qui la dévore. Elle demande enfin ce qu’elle doit faire. Son oncle parle avec douceur. Il a connu cette difficulté. Un regard suffisait à lui donner le sentiment de mourir. Aujourd’hui il est professeur. Il parle beaucoup. Il affronte les regards. Charlotte dit : « C’est plus facile pour les garçons, vous avez l’habitude de vous confronter ». Il répond non, que les garçons ont les mêmes angoisses. Elle demande : « Comment fais-tu ? » Il dit que quand il sent la peur il porte son regard droit devant lui vers le fond de la classe. Il respire, imagine qu’on lui veut du bien. Il prend son temps. Pense aux gens qu’il aime. Plus jamais il ne laisse place au jugement. On l’aime ? On ne l’aime pas ? Quelle importance. Il y a autour de lui au moins trois personnes qui l’aiment vraiment. Cela suffit amplement. Elle dit : « Moi je t’aime vraiment, oncle Paul ». Il dit qu’il le sait. 

 

Il dit aussi que quoi qu’elle fasse il l’aimera. Même si elle passe sa vie à pêcher au bord d’un canal ou à parler aux oiseaux ! Elle rit, elle rit et s’anime, dit au revoir, ferme son téléphone. Elle quitte le parc et presse le pas. Elle remonte le boulevard aux murs gris et jaunes. Elle veut essayer. Affronter sa peur. Droit dans les yeux. Elle accélère, arrive au lycée, entre en classe. Le professeur est une femme stricte. Elle fait remarquer son retard. Demande si elle a une raison valable. Charlotte présente ses excuses. Non, elle n’a pas de raison. Elle ne dit rien sur sa peur, rien sur le pêcheur ni sur son oncle Paul.

 

- Eh bien vous arrivez au bon moment. C’est à vous. 

 

Charlotte pose ses affaires et monte sur l’estrade. Son cœur se fige. La peur vient de la saisir. Alors que le professeur lui demande si cela va, elle se tait. Elle a peu de temps. Dans moins d’une minute on lui dira de regagner sa place et elle sera notée avec un zéro. Une minute ! Elle pense aux oiseaux. Elle revoit la scène dans le parc. Imagine ses camarades comme s’ils étaient ces oiseaux, comme s’ils l’écoutaient l’oeil tourné et le bec en l’air. Elle pense à l’oncle Paul. Regarde au fond de la classe. Avant elle regardait les élèves au premier rang. Terribles, ces yeux si proches, ces souffles qu’elle entendait ! La distance l’aide. Elle allonge sa respiration. Cela ne suffit pas. Elle pense au pêcheur. Elle ne veut pas pêcher des poissons chimériques dans un canal pendant le reste de sa vie. Elle imagine alors qu’elle plonge dans le feu, qu’elle va hurler, que ses camarades la jugeront mal. Qu’ils sont stupides. Elle a si mal qu’elle oublie leur jugement. Elle doit se lancer ou mourir maintenant. Elle doit plonger.

 

- Ce matin j’ai parlé avec des oiseaux. A cause d’eux je suis en retard. 

 

Elle attend les réactions. Rien ne vient. Elle continue. 

 

- Je leur ai raconté une histoire. Ils ont beaucoup aimé. Avant, je suis allée au bord du canal. J’ai parlé avec un pêcheur. Je ne vous dirai pas de quoi, c’est très personnel. Maintenant je vais vous raconter l’histoire.

 

Charlotte est entrée dans sa présentation. Pas de manière directe, trop formelle, mais par une astuce. Elle parle lentement pour ne pas sombrer. Ses camarades pensent que c’est une forme de rhétorique. Ils sont intéressés par l’histoire. Intéressés par la forme. Elle termine après vingt minutes intenses. La classe applaudit. Elle n’entend plus rien. Elle n’écoute même pas les commentaires du professeur. Elle prend ses affaires, sort de la classe et court jusque dans la rue. Son visage déborde de larmes, larmes d’angoisse, de libération et de bonheur mélangés. Elle appelle son oncle.

 

- Oncle Paul, j’ai osé !

 

Elle rit, pleure, rit encore, se raconte. Puis elle raccroche et dit à voix haute :

 

- A ma mère maintenant.

 

 

Fin

15:12 Publié dans Art et culture, Divers | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : nouvelle, courage, présentation, lycée | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Texte émouvant qui donne envie de rire avec les oiseaux! Merci!

Écrit par : Michèle Roullet | 31 janvier 2015

Merci à vous Michèle!

Écrit par : hommelibre | 31 janvier 2015

Bon, on devine assez rapidement la fin, comme au début on croit à un drame... mais c'est fort bien amené et en plein dans le thème. Dommage que vous n'ayez pas été sélectionné.

Peut-on lire qq part les nouvelles des finalistes?


PS: qq a déposé un gros caca sur un autre fil de discussion.

Écrit par : Johann | 31 janvier 2015

Merci Johann.
J'ai corrigé le deuxième lien qui conduit aux textes des finalistes. Je le remets ici:

www.edilivre.com/communaute/2015/01/20/48-heures-pour-ecrire-votez-pour-le-prix-du-public-jusquau-25-fevrier-2015/#.VM11GI6fJi-

Écrit par : hommelibre | 01 février 2015

Voilà, j'ai lu les 10 nouvelles sélectionnées... Je ne sais pas sur quels critères la sélection a été faite. Pas sur le français qui est mis à mal dans plusieurs textes, pas sur le style (voir plus bas), pas sur l'adéquation avec le thème qui souvent n'est que très marginal alors qu'il aurait dû être central, pas sur l'originalité, pas sur la morale. Alors sur quoi? Sur la nationalité de l'auteur, le copinage? Car vraiment on peut se poser des questions.

Voici ce que je pense de chacune de ces nouvelles dans l'ordre où je les ai lues:

"Un homme libre" (bien sûr!)

Dès le début il y a ambiguïté sur le titre qui apparaît entre guillemets. Mais tous les titres le sont. Donc a priori pas de second degré. L'accroche est une citation de Dostoïevski: « Si un jour, Napoléon n’avait pas eu le courage de mitrailler une foule désarmée, nul n’aurait fait attention à lui, et il serait demeuré un inconnu. »

Quel courage en effet!

On peut se poser la question de savoir pourquoi le "héros" a un nom russe, mais passons. Le texte est farci de lieus communs.

"Le ciel était lourd, les nuages bas." "La chaleur, pourtant, était étouffante." "il craignait également que la terre [...] ne se dérobe sous ses pieds." "Quelques rayons de soleils isolés perçaient tant bien que mal la couverture épaisse des nuages. Leur éclat blafard dansait sur les canons des fusils." "Les balles pleuvraient avant le ciel." "Cette moiteur qui lui collait à la peau."

Dans plusieurs nouvelles, il y a un truc, il faut ménager un suspense, une interrogation, induire le lecteur en erreur, le mettre sur une fausse piste. Ici c'est effectivement bien fait. En fait cette nouvelle est l'illustration de la citation en exergue. Mais trop facile alors de parler de "courage" et d'"homme libre". C'est même tout le contraire. Quand des soldats allemands ont refusé de mettre une balle dans la nuque des juifs que les nazis voulaient exterminés, eux, oui, ils ont fait preuve de courage. Mais là non. La liberté n'est pas la liberté de tuer.

On va m'expliquer qu'il y a un 36me degré. Et bien je ne suis pas si sûr.

2,5/10


"Une vie ordinaire"

Alors là... Aussitôt lue, aussitôt oubliée. Un texte tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Le courage ici c'est de se lever le matin, d'aller travailler, de bâtir une famille, etc. Et puis la "Mort" vient confesser le mourant (ou le déjà mort...). Le néant. Je ne vois pas ce qui a retenu le comité de sélection. Faudra qu'on m'explique.

1/10 (parce que je suis gentil)


"Peurs ultimes"

Un des texte les plus courts (1 page 1/3). Première guerre mondiale. La surprise vient de la nationalité du héros. Deux évocations du "courage". Seul le dernier est digne d'intérêt. Qui s'est mal terminé sauf erreur quand cela s'est passé pour de vrai.
Quelques clichés:
"La peur au ventre, le goût infâme de la terre contre mon palet [sic],"

5/10


"Vertiges"

L'un des textes qui m'a le plus intéressé. Sauf que... sauf que le thème principal ici n'est pas le courage, mais la peur. Et qu'en l'occurrence le véritable courage aurait amené une autre fin à l'histoire et... une autre chute. Le courage de dire non. Le courage de ne pas se plier à ce que les autres veulent faire de toi. Et en même temps il semblerait que la "plaisanterie" qui est le tournant de l'histoire soit authentique. Si c'est vrai, quelle bande de crétins!

7/10 (parce qu'à mon avis le thème principal n'est pas le courage et le texte trop long)


"Je n'ai pas le courage"

Un texte ennuyeux au possible. Qui ne tient que par le hat trick de la fin. Donc un conseil: lisez d'abord la dernière page, vous vous éviterez le mal de lire un texte qui n'est que du remplissage. La mise en page laisse à désirer.

Le procédé est connu, mais si mal réalisé ici. Je parie que c'est uniquement sur la base de ce procédé que ce texte a été sélectionné. Pour l'originalité, c'est zéro.

3/10 (parce que je suis gentil et pour le message de la dernière lettre)


Les 5 derniers une autre fois si cela intéresse qqn.

Une dernière remarque: pour moi la nouvelle de John, c'est entre 8 et 9/10.
Il fait vivre ses personnages. Si on a passé des examens, on peut s'identifier. Dans la plupart des nouvelles sélectionnées, c'est - pour moi - impossible. Il me semble que c'est une critère de la qualité d'un texte.

Alors qu'on m'explique le choix du jury...

Écrit par : Johann | 01 février 2015

Waow, super d'avoir pris le soin de lire et d'exposer votre analyse. Moment rare sur les blogs. Merci.
Je souscris à votre lecture. C'est bien que cela vienne de vous plutôt que de moi.
Et je suis honoré de votre appréciation sur mon texte.

J'aime mes personnages. Je les mène d'abord puisque je les crée, puis eux aussi me soufflent des mots à l'oreille et des situations à vivre. Enfin, manière de parler, je veux dire que je ne cherche pas à tout contrôler. Même si un texte se travaille comme on sculpte.

Sur cette nouvelle je ferais encore des retouches mais j'ai souhaité la publier ici comme je l'ai envoyée au concours. La relecture me permet de voir les passages pas totalement épurés ou aboutis.

Écrit par : hommelibre | 01 février 2015

"les passages pas totalement épurés ou aboutis."

En 48h sans connaître le thème à l'avance, c'est normal.


"Et je suis honoré de votre appréciation sur mon texte."

Je suis aussi sincère dans mes "éloges" que dans mes critiques et je n'ai pas l'habitude de faire de cadeaux. Vous l'aurez souvent remarqué... Votre texte se lit facilement, agréablement, il y a une progression, une démarche alors que dans plusieurs nouvelles sélectionnées, on s'ennuie et on a vraiment envie de sauter des passages qui ne sont que du "remplissage", avec par exemple des répétitions à n'en plus finir comme si le lecteur n'avait pas déjà compris. Dans votre histoire, on se demande: mais comment va-t-elle faire?


Alors je continue:

"Les Douze sœurs"

Ohlala. Resucée d'un conte oriental. Comme il y en a des dizaines, voire davantage. On se croit en pays musulman, tout y invite, et patatras à la fin on boit du vin qui "coula à flot tout le jour et la nuit"! Je connaissais des bouches affamées ou gourmandes, des regard égrillards, mais pas des "bouches égrillardes" qu'il ne faut pas "supporter". On connaît déjà l'histoire dès les premières lignes. On sait que cela se terminera bien, que tout les gentils seront sauvés des méchants qui sont... les parents, même pas pauvres, même pas contraint par la nécessité. J'ai vraiment l'impression d'un plagiat. L'évocation du courage? Le courage façon conte à dormir debout.

1/10


"Les bêtes du Diable"

Enfin une histoire qui tient la route. Le courage est bien au centre de l'histoire car il s'agit pour le héros d'aller en territoire ennemi avec tous les risques que cela peut entraîner. Après avoir été dûment prévenu. Le lecteur devinera la fin avant celle-ci, mais cela n'enlève rien au décalage que propose cette nouvelle et à son intérêt. Et on est très content de cette fin qui tient en une phrase exclamative. Bon, mais des hautes herbes en forêt... L'auteur ne doit pas aller souvent en forêt.

8/10


"Franz"

L'histoire est intéressante (n'est-ce pas John?), mais son traitement? Je pense qu'il laisse beaucoup à désirer comme cette introduction où une femme se confie à une inconnue... dont on n'entendra plus parler. Imaginons seulement que ce soit une femme-flic... Se confie. Un lourd secret. D'une durée de 30 ans. Passons. Le courage? Pour moi c'est tout le contraire de ce qui est évoqué ici et la fin est catastrophique. Son droit au bonheur, misère, elle peut faire une croix dessus. Désarmant. Un point positif: c'est bien écrit et ça se lit jusqu'au bout.

5/10


"Tom"

Pauvre de moi! J'ai lu l'histoire hier soir. Et je l'avoue: ce soir déjà si complètement oubliée que j'ai dû faire l'effort de la relire. Oui, pauvre de moi. J'ai compris pourquoi cette histoire est sortie si vite de mon cerveau. Et ça aussi c'est un critère de qualité: se souvenir de l'histoire. L'évocation du courage? Oui, sans doute Tom est "courageux", de même que la voisine. Mais le tout est tout simplement insignifiant. Comme nouvelle et la manière de traiter le sujet.

1/10


"Le Noël de Jimmy"

Après avoir lu "Les bêtes du Diable" (le hasard de l'ordre de lecture), difficile d'entrer dans cette histoire bien moins traitée sur le même thème. On n'apprendra jamais pourquoi le héros se retrouve dans sa situation. On attends une réponse quand son calvaire tire en longueur. Mais c'est tintin. Le récit est à la première personne. Les clichés abondent dès les premières lignes: "La nuit tombe doucement. Le soleil qui brulait mes yeux il y a si peu, est englouti derrière les collines. Mes pas se font lourds, déchirés par le goudron glacé de cette route qui semble ne jamais finir. Le vent rugit comme un fauve et son souffle glacial transperce mes os." N'est pas Giono qui veut.

J'ai aussi retenu "je m’enfonce comme un clou", cela change de la pierre. Le "fil" de "la vie"...

La dramatisation est au maximum. Mais que lui est-il arrivé à notre pauvre héros? Il vécu dans la maison de Tom? La fin est téléphonée, mais c'est très laborieux pour arriver jusque là. A la troisième et dernière page et pas m'eme au début de la page. Le courage? A la dernière page seulement.

3/10 (pour l'idée qui est intéressante, mais le traitement et l'écriture...)


Maintenant je constate que 5 nouvelles ont été écrites par des femmes. Je les ai toutes notées soit à 5 soit en dessous. Trois nouvelles écrites par des hommes et 2 dont on n'a que les initiales du prénom. Je parierais que le jury a sélectionné paritairement 5 femmes et 5 hommes. C'est lamentable. Seule la qualité devait entrer en ligne de compte. Mais bien sûr jamais ce jury ne se justifiera. L'arbitraire quoi.

Intéressant de voir comment écrivent les femmes et les hommes, les sujets traités par les unes et par les autres. Vie domestique vs guerre, violence bien souvent.

Écrit par : Johann | 01 février 2015

"N'est pas Giono qui veut."
:-))

C'est un de mes auteurs préférés. Je lui trouve une forme de grâce.
En écriture il faut réinventer et simplifier, ou alors éblouir, ou tenter la grâce.

"Dans votre histoire, on se demande: mais comment va-t-elle faire?": signe que l'histoire fonctionne. Cool.

Écrit par : hommelibre | 02 février 2015

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