23 janvier 2015

Ne pleure pas Jeannette

J’en viens à cette petite musique insistante, riche en variations baroques. J’ai d’abord hésité à la considérer comme importante. Elle ressemblait à un dommage collatéral de l’attentat contre Charlie. Mais sa diffusion répétée a fini par coller aux événements comme une tique à un promeneur.


charlie,attentat,jeannette bougrab,charbJe veux parler de Jeannette Bougrab dans le rôle de veuve éplorée. Elle occupe largement les médias depuis le 7 janvier. Pleurs, gorge serrée, attaques de la part de et contre la famille du dessinateur Charb. Charb, son amour comme elle l’appelle sur presque tous les plateaux de télé. Je n’y étais pas et je n’en sais rien. Pourquoi ne la croirais-je pas? Parce que la famille de Charb conteste formellement qu’il y ait eu relation amoureuse entre eux?

 

Cela ne suffit pas. Il est possible qu’ils soient restés discrets pour se protéger - et pas seulement se protéger des potentiels tueurs mais aussi des proches. Allez savoir. Mais alors pourquoi annoncer cela après sa mort? Annonce démentie par la famille qui demande à madame Bougrab de faire preuve d'un peu de réserve? Qui dit vrai dans ce pugilat par médias interposés? Et qu'avons-nous à faire de l'agenda amoureux de cette ancienne ministre?

 

Rien. Aucune importance pour nous. Cela participe simplement à l’impudeur moderne. La télé devient comme le divan du Dr Freud. On choisit entre le psy et le téléspectateur. Le premier coûte, le second peut éventuellement rapporter. Parler à des millions d’inconnus serait une nouvelle thérapie?


 

Mais voilà: j’ai une méfiance instinctive ou intuitive devant certains comportements. Jeannette se fourvoie-t-elle dans ce déballage? A mon sens, oui. Qui suis-je pour prétendre cela? Un simple humain tenté par la lucidité plus que par les romans de gare. Un humain qui ne peut cacher son étonnement en lisant la course effrénée de madame Bougrab vers les plateaux télé, alors qu’aucun proche, aucun membre des familles des victimes ne s’étale devant la presse - à part les rares survivants au carnage, ce qui se comprend.


Etonnement aussi à lire que nombre de personnes se disent touchées par Jeannette. Il suffit d’une larme à l’oeil pour toucher la part de la population gouvernée par l’émotion. On ne vérifie guère: ces gens-là n'ont pas besoin de vérité, ils semblent surtout avoir besoin de pleurer sur eux-mêmes par procuration. Foutue époque victimaire! Une once de dignité serait bienvenue.

 

Que vient faire là cette tentative de règlement de comptes par téléspectateurs interposés? Si elle dit la vérité, son acharnement à pleurer sur elle-même la discrédite. La réserve eût été de mise, d’autant que son histoire n’apporte aucun éclairage utile à la société - condition qui justifierait ce déballage insistant de vie privée. On touche ici, peut-être, à un pathos personnel ou à un conflit familial plus qu’à un remake de Roméo et Juliette. Charb n'étant plus là pour confirmer ou infirmer, Jeannette a encore de l'espace médiatique devant elle. 



14:47 Publié dans Politique, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : charlie, attentat, jeannette bougrab, charb | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Plusieurs photos circulent, notamment de Charb avec la fille adoptive de Jeannette, qui ne laissent pas beaucoup de doute. Jeannette Bougrab avait le tort d'etre de droite, a mon avis c'etait pourquoi cette histoire restait assez secrete. Et puis vous ne lisez pas la presse people, la famile appreciait beaucoup l'ancienne petite amie... C' est une histoire somme toute banale. Je ne vois pas pourquoi cette femme meurtrie n'aurait pas le droit de temoigner. Certains amis de Charb, qui n'appreciaient visiblement pas cette relation, ont dit qu'en parlant ainsi, elle violait le dessinateur post mortem. Odieux.

Écrit par : Magali | 24 janvier 2015

Le cadavre encore chaud faire tout les plateaux télé, c'est assez spécial. Loin d'être calmée par la famille, elle replonge encore plus dans l'hystérie et l'indécence par Paris Match interposé. Elle va bientôt nous déballer toute sa vie : drôle d'époque ! Sans doute une Trierweiler bis qui ne s'intéresse qu'à elle-même.

Ou alors, comme l'instinct nous le crie, cette nana n'est pas clair...

http://www.panamza.com/160115-suicide-charlie-bougrab

Comme d'habitude, on ne saura jamais

Écrit par : Sub | 24 janvier 2015

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