05 janvier 2015

Il y a viol et viol

Susan Patton est citoyenne américaine. Qualifiée d’ultra réac, elle a défrayé récemment la chronique au sujet du viol. Elle a en effet déclaré sur CNN que tous les viols ne sont pas identiques et que certains ne devraient pas être ainsi qualifiés: «Ce ne sont plus des viols avec la menace d'un flingue ou d'un couteau. Il y a viol et viol. Je crois qu'il s'agit surtout de femmes qui ont beaucoup bu et qui couchent avec un homme, une relation qu'elles regrettent le lendemain. Pour moi, ce n'est pas un crime, ce n'est pas un viol. C'est une expérience d'apprentissage».


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Expérience d’apprentissage? Ces propos ont choqué les milieux féministes. Y a-t-il vraiment de quoi en faire un fromage? En partie, car le sujet est sensible et forcément polémique. On pourrait lire dans ces propos comme une condamnation des femmes sous emprise de l’alcool. Susan Patton précise cependant vouloir responsabiliser les femmes qui, selon elle, devraient limiter leur consommation d’alcool.

Les réactions de féministes s’appuient sur le fait qu’une femme sous emprise d’alcool ne peut être capable de discernement et ne peut donc donner un consentement valable. La question est de savoir à quel degré d’alcool la personne perd sa lucidité: un verre? Deux? Faut-il fixer un 0,5 ‰ à partir duquel les relations sexuelles seraient interdites? C’est ce que suggère à sa manière cette réaction recueillie sur un forum:

«Sans doute faut-il croire que l'homme est dans son droit de disposer du corps d'une femme si elle est saoule. De là à dire que le corps de la femme saoule est un objet quand celui de la femme sobre ne l'est pas, il n'y a qu'un pas. Question : à partir de quel taux d'alcoolémie, le corps de la femme se transforme-t-il en objet ?»

Autre question: coucher avec un homme éméché est-il une agression sexuelle? Si un homme a bu, et si une femme couche avec lui, elle le viole, dans cette logique. Eh bien non. Je n’ai rien trouvé dans ce sens. Femmes et hommes ne sont pas traités à égalité sur ce coup. On pourrait invoquer une raison à cette «discrimination»: les femmes supportent généralement moins bien l’alcool que les hommes. C’est connu et c’est physiologique. On n’y peut rien: nous ne sommes pas égaux face à l’alcool. Un verre fait plus d’effet à une femme qu’à un homme.


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Mais ce n’est pas la raison invoquée. La raison: le consentement doit être manifesté. On est d'accord. Mais si une femme éméchée dit oui, cela veut-il dire non? Doit-on infantiliser les femmes une fois de plus et les considérer comme irresponsables? Et à partir de quel degré d’alcoolémie la femme est-elle incapable de donner un consentement lucide? De plus les femmes sont-elles égales entre elles? Non, pas plus que les hommes. On le voit dans un repas de fête: certaines femmes supportent mieux l’alcool que d’autres. Cela se complique!

Il faut dire qu’aux Etats-Unis la paranoïa féministe est féroce. J’ai déjà mentionné le fait qu’un regard appuyé et un peu trop long est passible d’une condamnation pénale. Le consentement affirmatif, exorbitant, devient progressivement la norme:

«La Californie est le premier État à avoir fait de cette pratique une loi, que doivent appliquer les universités publiques comme privées. Les détails de cette réglementation varient selon les endroits, mais le fond du concept consiste à systématiser la progression d'une rencontre sexuelle, étape par étape. Le consentement ne peut être sous-entendu –même au sein d'un couple établi. Il doit être statué de manière affirmative– à chaque échange sexuel, pour chaque acte, à chaque moment».

Donc, en couple, plus question de caresser votre partenaire sans avoir eu d’abord son consentement explicite. Pour chaque acte, à chaque moment. On imagine le délire:

- Je peux caresser ta main?

- Oui mon amour.

- Et ton bras?

- Oui.

viol,susan patton,alcool,ivresse,sexualité- Et maintenant puis-je caresser tes seins?

- Oui.

- Et te faire un bisous dans le cou?

- Oui, mais en m’embrassant tu as touché mon ventre. Puisque tu ne me l’as pas demandé, c’est une agression sexuelle. Je dépose plainte contre toi pour viol. A moins que tu ne demandes pardon et que tu ne me dédommages à l’amiable...

Fini la spontanéité, fini l’amour, la découverte, l’heureuse transgression amoureuse, les baisers volés. Il ne reste que la soumission au consentement aveugle et rigide.

Un homme qui couche avec une femme ivre et inconsciente doit se rendre compte que ce n’est pas approprié (sauf si lui-même est sous l’emprise de l’alcool et perd sa lucidité). Mais faire une connerie en ayant bu, oui, il y a un apprentissage et un enseignement à en tirer, pour ne plus refaire la même chose. Il y a bien une réflexion à porter sur son propre comportement, qu'on soit femme ou homme. Si l’on craint un jugement de valeur, on ne boit pas plus qu’on ne supporte et on assume ses actes. Beaucoup de femmes, selon mon observation, craignent de perdre l’estime d’elles-mêmes. Cette estime est par exemple fondée sur l’idée qu’elles ne sont pas des femmes «faciles» puisque ce terme désigne un comportement sexuel mal vu socialement et considéré comme indigne. C’est pourquoi nombre d’entre elles affirment avoir été abusées après un rapport dont elles ont par la suite honte. Se poser en victime refait une virginité.

De quoi alimenter des malentendus en justice!

Ou de donner envie aux hommes de devenir moines!

 

 

15:52 Publié dans Féminisme, Philosophie, Politique, société | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : viol, susan patton, alcool, ivresse, sexualité | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

@hommelibre

« De là à dire que le corps de la femme saoule est un objet quand celui de la femme sobre ne l'est pas, il n'y a qu'un pas. Question : à partir de quel taux d'alcoolémie, le corps de la femme se transforme-t-il en objet ? »

C'est quoi cet alcotest ?
Dépister ceux qui n'ont pas debourré depuis le 31 Dec ?

Pour répondre à votre question:

Le même taux que pour écrire comme postulat de base :

« ... l'homme est dans son droit de disposer du corps d'une femme si elle est saoule. »

Tout le reste de votre billet c'est du bourre-pipe qui repose la dessus.
J'ai failli rigoler.
...
...
...
A vrai dire j'ai rigolé en me disant que j'ai failli rigoler.

Écrit par : Chuck Jones | 06 janvier 2015

Rien compris à votre commentaire, Chuck.

Écrit par : hommelibre | 06 janvier 2015

@hommelibre

L'ensemble de votre billet, en dehors de la présentation que vous faites de Mme Susan Patton, repose entièrement sur cette proclamation que vous faites au début de votre billet:

« ... l'homme est dans son droit de disposer du corps d'une femme si elle est saoule. »

... ce qui rend le reste de votre billet parfaitement indigeste si l'on refute et s'oppose à votre postulat de base.

Écrit par : Chuck Jones | 06 janvier 2015

Mais enfin, Chuck, ce n'est pas mon propos. C'est une réaction d'une féministe sur un forum. Ai-je manqué de clarté?

La problématique que j'aborde est multiple. Il y a en effet le degré d'alcool ingéré et la capacité à un consentement. Je ne parle pas d'une personne inconsciente. Il y a le besoin de sécurité exprimé dans nombre de revendications féministes. Il y a la désignation des hommes en tant que groupe spécifique, différent du groupe des femmes - ce qui implique une logique de genres différenciée et socialement incarnée. Il y a le risque du maintien d'une victime dans son état par des groupes qui y ont intérêt. Il y a une charge émotionnelle déraisonnable qui pervertit l'appréciation du problème. Entre autres.

Écrit par : hommelibre | 06 janvier 2015

@hommelibre
« C'est une réaction d'une féministe sur un forum. »

J'ai bien compris que le propos que j'ai décrié était lui-même tenu dans le cadre d'une citation, mais je n'ai pas pu m'empêcher de croire que vous développiez un point de vue.

« Ai-je manqué de clarté? »
C'est possible, il a fallu que je vous relise, lentement.
Mea culpa.

Écrit par : Chuck Jones | 06 janvier 2015

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