24 novembre 2014

La détestation des patrons

Elle se porte à merveille chez nos voisins hexagonaux. Ce n’est pas le seul pays où l’on constate cette haine mais elle est ici bien trempée, ancrée et toujours réalimentée. Les français ont la culture de la détestation des patrons.


patron,employé,ouvrier,travail,entreprise,haine,bible,adam,eveAujourd’hui encore, à Florange, des syndicalistes CGT portent des pancartes où il était écrit: «Sarkozy hier, Hollande aujourd’hui se prosternent devant les patrons». Mais qu’ont-il donc à toujours surfer sur ce clivage, cette division belliqueuse de la société française? La «guerre civile» menée par la gauche contre le patronat depuis de XIXe siècle a marqué la pensée politique française, qui en porte les stigmates encore aujourd’hui. Le stéréotype du «petit» face au «gros» est resservi à chaque occasion. Le petit étant forcément victime du gros. François Hollande lui-même a joué ce jeu de guerre interne au pays quand il a déclaré qu’il n’aimait pas les riches. Quel climat détestable. Détestés, vus comme des ennemis de classe: on se demande pourquoi les patrons restent en France.

Certes, les patrons décident et les employés et ouvriers appliquent les décisions: ils ont un pouvoir que d’autres n’ont pas. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils en abusent. Certes les patrons sont présentés comme d’affreux exploiteurs et leurs salaires donnent le vertige. C’est peut-être vrai pour quelques-uns d’entre eux. Mais enfin, s’il était simple de diriger une entreprise et de créer des emplois, pourquoi donc les employés ne créent-ils pas eux-mêmes leur propre entreprise? Pourquoi ne vont-ils pas eux-mêmes au charbon, avec les risques de vacances perdues, de faillite, d’épuisement, et parfois - quand -même - de gain intéressants, bref tout ce qui fait le sel de l’entrepreneuriat?

De la petite exploitation individuelle ou familiale à la multinationale, c’est l’entreprise qui crée de la richesse. C’est elle qui génère des places de travail. C’est elle qui paie des salaires selon un contrat et dans un encadrement légal qui protège employé et employeur. Le monde du travail est un monde d’inégalité: les compétences et les formations varient et les salaires avec elles, les domaines d’activités ne sont pas rétribués à l’identique, et le sentiment d’être à la merci de celui ou celle qui décide reste forte, surtout en période de crise. Ces inégalités ne sont cependant pas arbitraires.

Le monde du travail est-il voué à cette oppositions constante d’intérêts entre le pôle de décision et les employés? Au Japon l’entreprise a longtemps été vénérée comme une deuxième famille. On n’imagine pas cela en France. On y gagne son argent mais on n’y met pas sa foi ni son enthousiasme. Il existe des personnes pour lesquelles l’activité professionnelle répond à un idéal personnel. Mais pour celles-ci, comme pour celles qui ne font qu’y gagner de quoi vivre, le travail reste souvent synonyme de peine et d’obligation. Dans la mythologie biblique, Adam et Eve sont chassés du paradis où ils avaient tout à portée de main, et doivent se mettre à bosser en punition de leur transgression. Potentiellement ou explicitement le monde du travail contient la notion de peine, même de souffrance. De plus, l'esprit français est imprégné de hiérarchie comme il l'est de monarchie ou de puissance politique. Hiérarchie sociale, hiérarchie économique: regardons la déférence parfois excessive, voire l'obséquiosité ou la servilité avec laquelle certains parlent à ceux qui ont plus de pouvoir ou plus d'argent. Plutôt que d'admirer la réussite on la jalouse bien que l'on s'y soumette, et la détestation vient peut-être comme une manière d'évacuer le trop-plein de soumission.

Qui part au boulot en chantonnant aujourd’hui? Qui se réjouit d’avoir un job et prétend le faire avec conviction? Se rendre au travail avec en tête l’idée que l’on va nourrir l'ennemi (le patron) ne peut que créer une tension et une frustration. Pourtant, au vu du petit nombre de travailleurs indépendants, il faut se rendre à l’évidence: très peu d’humains en sont capables.

Alors quand je lis parfois que l’égalité économique consisterait en ce que les employés dirigent leurs entreprises, je me demande comment des personnes qui n’ont pas su créer la leur veulent s’occuper de celle des autres. L’addition des incompétences ne crée pas le talent. A défaut de ce talent, et sans pour autant tomber dans l’idolâtrie du chef, on pourrait en finir avec cette détestation des dirigeants.

Reste à trouver comment gérer son ressenti sur les écarts de salaires pharamineux.


15:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : patron, employé, ouvrier, travail, entreprise, haine, bible, adam, eve | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Merci pour cette phrase pertinente : "comment des personnes qui n’ont pas su créer la leur veulent s’occuper de celle des autres"
Ne devrait-on pas punir les gens qui prennent les places de travail aux autres au lieu d'en créer? Je rigole, mais c'est un peu ça: on veut punir les employeurs, ou sous-entendu les dirigeants (qui ne sont en fait que des employés), pour avoir créé des poste de travail.
Les entreprises ne se limitent de loin pas à distribuer des salaires. Elles versent des impôts (y compris les impôts que l'Etat confisquera par la suite auprès des employés), des primes d'assurance et de sécurité sociale et elles.

Hollande est carrément hypocrite quand il dit qu'il "n'aime pas les riches" alors qu'il faut tout pour enrichir l'Etat et ses sbires.

Écrit par : Ben Palmer | 24 novembre 2014

A propos, il paraît que les femmes dirigeantes souffriraient de dépression à cause d'une société trop "misogyne"
http://www.terrafemina.com/emploi-a-carrieres/actu/articles/50996-les-femmes-dirigeantes-davantage-victimes-de-depression-que-les-hommes-.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+TerrafeminaNews+%28TerrafeminaNews%29

Écrit par : spartacus le rebelle | 25 novembre 2014

Le patronat français est en bonne partie particulièrement crétin et rétrograde, y a qu'à voir les têtes d'enclumes à la tête du MEDEF depuis de nombreuses années pour se faire une idée. De plus, nombre d'entre eux n'ont pas du tout créé la boite qu'ils dirigent, ils ont hérité ou ont été parachutés dans une CAC40, comme Messier J6M, énarque qui ne connaissait rien du secteur de Vivendi et a fait un nombre impressionnant de conneries.

La plupart des boites françaises ont été créées il y a longtemps, plusieurs décennies, à la différence de champions comme Microsoft, Google, Apple...dont les dirigeants sont de réels entrepreneurs et créateurs.

Écrit par : pli | 25 novembre 2014

@pli: Vous vouliez vider votre sac? C'est fait. Vous mélangez un peu dirigeants et fondateurs/propriétaires. La plupart des grandes entreprises sont des SA, dès lors les dirigeants ne sont que des employés, les propriétaires sont les actionnaires.

Mais la question est "Faut il détester les patrons?" Oui ou non?

Écrit par : benpal | 25 novembre 2014

@spartacus: Dans l'article référencé je lis:
"Ces symptômes dépressifs seraient le résultat du poids des responsabilités pesant sur les épaules des femmes dirigeantes : la possibilité d’embaucher, d’accorder des augmentations, et en particulier de licencier, serait notamment responsable de ce mal-être. Les hommes ayant des responsabilités similaires semblent moins en souffrir, d'après cette étude."

A priori, cela n'a rien à voir avec une prétendue misogynie, une pure invention pour pointer sur "les coupables". Si les femmes souffrent plus que les hommes (qui souffrent aussi!) sous la responsabilisé, on ne peut leur donner qu'un seul conseil, le même conseil que mon médecin m'a donné quand je lui ai expliqué que ça me faisait mal quand je tapais ma tête contre un mur: "Si ça vous fais mal, arrêtez de le faire".

Mais très franchement, je ne crois rien dans ce genre d'études. Ce genre d'études est souvent mandaté par des personnes ou institutions qui veulent à tout prix prouver qqch et sont prêts à payer pour cette preuve.

Les femmes sont bien capable de résister à la pression, à endosser des responsabilités (élever un enfant en demande) et de supporter le stress.

En insinuant que les femmes souffrent dans le management plus que les hommes on fait exactement ce qu'on accuse les autres de faire: la discrimination.

En me basant sur les résultats de cette étude, je n'ose pas imaginer les souffrances d'une femme catapultée dans une position de responsabilité sous la contrainte d'un quota pour femmes!

Écrit par : benpal | 25 novembre 2014

La question est : les patrons français sont ils détestables ?

Réponse : Souvent, trop.

Le dire n'est pas vider son sac, c'est montrer la réalité de la situation, point barre. Ne psychologisez pas l'avis des autres, l'astuce est trop grossière pour passer inaperçue.

Écrit par : pli | 25 novembre 2014

J'ai eu deux patrons dont il ne faut plus jamais me parler ... un du PS et l'autre d'un parti que j'abhorre encore plus (le parti surtout) !

Les autres étaient très sympa même si je me suis faite licencier plusieurs fois avec les motifs suivants : restructuration, déménagement et - cerise sur le gâteau - coûte trop cher mais aucune critique sur mon travail : exactement le contraire !

Le grand défaut de certains patrons est principalement qu'ils sont ... narcissiques et imbus d'eux mêmes : à côté, la secrétaire n'est rien avec laquelle ils sont obligés d'être agréable ce qui - pour quelques uns - est compliqué: leur égo les rend prisonnier de leur personnalité, ils ont de la peine à s'en défaire.

Écrit par : Lise | 25 novembre 2014

@benpal

Bien entendu que cette étude n' a rien de "scientifique" .
Prendre des milliers de personnes pour affirmer de façon péremptoire que les femmes souffrent sous entendu d'une société pseudo-misogyne, c'est pas ce que j'appelle de la science.
Bien sur il y a des femmes qui arrivent tout à fait à gérer la pression comme leurs homologues masculins, je pense notamment à Marissa Mayer PDG de yahoo qui a installé une chambre pour son bébé au sein de son bureau, bravant au passage le regard des gens. Elle a tout a fait raison de montrer que même proche de ses enfants, la mère peut tout à fait remplir ses fonctions. Mais force est de constater que d'un côté comme de l'autre mère signifie une femme qui est déchue de sa responsabilité.

Écrit par : spartacus | 25 novembre 2014

@ Spartacus : vous avez cité Marissa Mayer comme exemple d'une femme remplissant ses fonctions de PDG et de mère, je comprends sans adhérer.

Si elle veut démontrer que c'est possible, cela l'est mais avec une certaine arrogance : je suis PDG et je fais ce que je veux !

Un bébé n'a rien à faire dans un bureau, que ce soit dans une chambre à part ou non pour une raison d'équité : une nursery/garderie pour tous les enfants pas encore en âge scolaire serait nettement préférable dans les entreprises, les enfants resteraient proches de leur mère tout en vivant dans une structure adaptée à leurs besoins.

Écrit par : Lise | 26 novembre 2014

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