13 novembre 2014

Philae : le jour d’après

Le jour d’après? Un peu de casse, une chance incroyable et quelques détracteurs.

Hier soir les ingénieurs n’avaient pas reçu toutes les données de Philae via la sonde Rosetta. Le petit robot n’était plus relayé pendant quelques heures. C’était normal, mais dans les conditions où l’atterrissage a eu lieu l’inquiétude demeurait.


philae,rosetta,comète,esa,chury,atterrissage,mission,recherche,spatiale,univers,Aujourd’hui deux séries de données ont plutôt rassuré les responsables de la mission et tous ceux et toutes celles qui y ont contribué. D’une part, le robot fonctionne et fournit des données. Il a même envoyé la toute première image prise à la surface d’une comète. Cette image ESA montre un environnement chaotique. 

D’autre part, selon les premiers essais, huit instruments (sur dix) déjà testés fonctionnent. D’autres tests suivront pour les deux autres. Enfin le problème des pieds-harpons semble ne pas être résolu et Philae n’est pas arrimé solidement.

Selon les données reçues voici ce qui semble s’être passé, selon les ingénieurs. A l’atterrissage le robot avait une «petite rotation». Le système de stabilisation, soit une roue à inertie, aurait-il eu un bug? Au moment de l’atterrissage sur le site prévu, le robot aurait rebondi, peut-être à cause de la rotation. Ce qui expliquerait les oscillations du début de la transmission. 

De plus il ne pouvait plus compter sur le dispositif d’éjection de gaz pour le plaquer au sol (dispositif en panne), et ses pieds-harpons ne se sont pas déclenchés. C’était le pire scénario car un rebond pouvait envoyer Philae dans l’espace. Heureusement il est retombée une, voire deux fois sur le sol gelé. Il semble maintenant s’être «coincé» entre des rochers, sur une pente assez forte. De ce fait il n’est pas posé sur ses trois pieds. Sa situation est précaire.

Que des pannes surviennent après un voyage de 10 ans dans l’espace, c’est compréhensible. Des tests pré-atterrissage ont eu lieu mais les pieds-harpons ne pouvaient être testés avant que le robot se pose. Il n’empêche: celui-ci s’est posé au moment et à l’endroit prévu. Même si, à cause des rebonds, il s’est finalement arrêté environ 1’000 mètres plus loin que prévu. Ce qui lui fait recevoir moins de lumière pour recharger ses batteries. Le programme scientifique devra donc tenir compte de ces inconvénients, et c’est la plus grand bémol posés aujourd’hui à la bonne réalisation de la mission. Philae devra parfois être mis en mode hibernation quand la lumière manquera pour recharger ses batteries.

Sans arrimage le forage du sol de la comète est compromis. Toutefois il semble que la majeure partie du programme prévu pourra être tenue. Et surtout, l’atterrisseur s’est posé dans le bon sens: il aurait pu se retrouver sur le dos, annulant toute opération scientifique. Cette expérience sera déjà instructive pour l’envoi d’autres robots dans l’espace. Je rappelle que le choix du mode d’atterrissage a été motivé par la très faible gravité de la comète et par la distance. Un moteur n’aurait pas été manœuvrable alors que les signaux mettent près de 30 minutes à nous parvenir.

 

philae,rosetta,comète,esa,chury,atterrissage,mission,recherche,spatiale,univers,Certains trouvent totalement inutile d’envoyer un robot sur une comète. J’ai relevé ces commentaires sur des portails différents:

⧫ «Sans ses godasses, le robot ne peut pas travailler (forage du sol pour prélever des échantillons), donc considéré comme perdu. Ce nouveau chômeur a quand même coûté 1.4 milliard d'euros. A ce prix on pourrait aider des millions d'humains nécessiteux. Au lieu de faire les plans sur la comète, l'Europe ferait mieux d'avoir les pieds sur terre, de surcroît quand les Etats sont lourdement endettés.»

 «Le jouet le plus cher du monde. Ils n'en pouvaient plus d'attendre Noël. Bravo aux ingénieurs d'avoir trouvé comment claquer un max de fric !»

⧫ «1,4 milliards d'euros dépensé pour rien, pendant que les peuples sont plongés dans la misère, par une bande de politicards vendus et corrompus, et cette mission qui est un échec, car le robot va s'envoler et se perdre dans l'espace....»

 «franchement il n'y a pas assez de cailloux sur terre ??? pour chercher un autre dans le trou-duc de la galaxie trouvez un remède pour le SIDA , EBOLA , le cancer, nourrissait les plus démunis, construire pour les sans abris»

 

Un autre rappelle aussi que des gens ont faim en France et que l’argent serait mieux utilisé autrement. Que répondre à cela, qui en appelle à l’émotion et à la culpabilisation? Que l’un n’empêche pas l’autre. Faudrait-il cesser de mettre de l’argent dans la recherche agronomique parce que des populations sont affamées? Faut-il renoncer à construire des camions pour transporter des vivres? Faudrait-il, toutes affaires cessantes, arrêter tout ce qui ne sert pas le salut immédiat de l’humanité?

Non. Ce serait suicidaire. La souffrance des uns ne doit pas faire taire la joie des autres, ni l’esprit d’initiative et de découverte. La recherche spatiale produit des effets sur la vie pratique, et crée des postes de travail. C’est donc peu responsable de rejeter une mission comme celle-ci.

On doit continuer la recherche dans tous les domaines. L’exploration spatiale est une vaste source de découvertes de tous ordres, ne serait-ce que par les progrès technologiques qu’elle suscite.

Et comment ne pas être admiratif devant l’intelligence humaine en action dans une telle mission?

 

 

15:28 Publié dans Univers | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : philae, rosetta, comète, esa, chury, atterrissage, mission, recherche, spatiale, univers | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Aider des milliards d'êtres humains au lieu de dépenser de l'argent inutilement ? C'est une question qui est régulièrement posée après l'échec d'une mission scientifique.

J'ai pour habitude de demander aux détracteurs de ces extraordinaires exploits scientifiques si les pauvres seraient mieux lotis sans la recherche et si les fonds économisés iraient véritablement à ceux qui en ont théoriquement besoin. Comme réponse, c'est en général le grand silence...

Cela dit. il faut quand même s'émerveiller de la capacité humaine à produire des choses et imaginer puis réaliser des scénarios que le citoyen "normal" croit être de la science-fiction.

Écrit par : Michel Sommer | 13 novembre 2014

Oui, bon, les chiens aboient, la caravane passe...
Ou "bien faire et laisser braire"...

Écrit par : Géo | 13 novembre 2014

Sur ce lien, dès les premières minutes, les explications très claires de Marc Pircher, du CNES.

http://www.youtube.com/watch?v=cRDtME4BcBM#t=618

Si le forage n'est pas garanti aujourd'hui, le robot pourra analyser la matière qui sera dégazée quand la comète s'approchera du soleil. Les autres analyses ont déjà eu lieu la nuit dernière, y compris sur le coeur cométaire. Une grosse moisson, déjà un succès - en plus de l'atterrissage qui, sans la panne des harpons et le rebond, s'est passé exactement sur le site prévu.

Le gros problème sera la charge des batteries.

Écrit par : hommelibre | 13 novembre 2014

Remarquez, nombre de types dits libéraux tapent en permanence sur les dépenses publiques en oubliant complètement que la recherche publique, le secteur de la défense aussi, est à l'origine de la majorité des découvertes ou inventions majeures qui ensuite ont été utilisées et adaptées au cas par cas par les sociétés privées qui se sont souvent ainsi faites beaucoup de blé.

Écrit par : pli | 14 novembre 2014

Les commentaires sont fermés.