04 novembre 2014

Pour un nouveau Situationnisme

Dans une discussion hors-ligne je soutiens l’usage du mot «discrimination» dans son sens premier. Il s’agit d’une opération mentale intelligente qui vise non seulement à établir des différences entre les objets du monde, mais à les qualifier en les comparant afin d’appliquer une stratégie adaptée. C’est ma manière de définir le Situationnisme, loin du Situationnisme historique des années 1960 soutenu par Guy Debord: chaque situation est à la fois générale et spécifique, et nous pouvons y donner la meilleure réponse possible si nous sommes capables d’évaluer ce qui est en jeu.


Situ1.jpgTout n’est pas équivalent

Je n'attribue pas la même force ni exactement le même sens aux mots «distinguer» ou «différencier», d'une part, et «discriminer» d'autre part. Je trouve malheureux le fait que le mot discriminer prenne aujourd’hui une tournure négative. C'est une erreur profonde sur le sens et sur la charge émotionnelle associée au sens.

La discrimination est initialement associée au discernement. Elle est une opération mentale d'intelligence. Elle conduit à appliquer, si nécessaire, des stratégies différentes selon les besoins et situations. Par exemple, dans une même classe, on doit à la fois tenir compte d’un acquis collectif et des difficultés spécifiques à chaque élève. Il n’y a pas de réponse unique pour tous, sauf dans de grandes lignes, mais des stratégies individualisées fondées sur la capacité à comprendre le problème et les besoins, le fonctionnement et les portes d’entrée dans l’univers de l’élève. Le thème souffre déjà largement débat. 

La discrimination inclut donc l'idée d'adaptation. C'est une sorte de situationnisme réel, non politique: chaque situation étant spécifique et générale à la fois, seule la discrimination (la séparation intelligente) permet de nuancer les actions à mener ou les postures à tenir. C'est une forme active de séparation des objets entre eux - séparation qui est peut-être le point commun de différents termes dont le sens est proche: différencier, distinguer, discriminer, discerner, sont toutes des opérations indispensables pour comprendre le monde et s’y mouvoir physiquement ou intellectuellement, et nécessitant une séparation et une comparaison entre les composants.

Le «crime» de la discrimination serait, à notre époque, de considérer que toutes les choses ne sont pas équivalentes, dans une sorte de relativisme généralisé et absolu, pire même: de les hiérarchiser, puisque c'est aussi là une spécificité de la discrimination. Plus qu’une simple différence, elle établit des niveaux d’importance ou de valeur. Certaines choses sont plus importantes, nécessaires, graves, légères, que d'autres. La justice discrimine, elle évalue selon des critères et aussi selon la gravité d'un délit et les circonstances où il a été commis. Or la différence simple n'établit pas cette hiérarchisation. Voler un bonbon ou voler 50 milliards de dollars c'est toujours un délit: voler est voler. Le principe est le même: on s’approprie quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre, sans son accord et à son préjudice. Mais la gravité attribuée à l’acte et les conséquences que l’on en tire sont différentes. Ce n'est pas la simple différence qui fait appliquer des peines différentes à des délits différents, c'est la capacité à reconnaître des niveaux spécifiques d'importance et d’atteinte aux valeurs de la société, et d'en tirer les conclusions adéquates.

 

 

Situ2.jpgHiérarchies et privilèges

De même, pour les personnes, certaines sont plus aptes, plus adaptées, plus compétentes, plus ajustées, de meilleur jugement, que d'autres, selon les domaines. Reconnaître ses vrais amis de ses ennemis est aussi une forme de discrimination, avec des conséquences et des stratégies adaptées à chacun. La force du mot «discriminer» s'étiole quand il n'y a plus que le sens négatif. Ce sens négatif est un hold-up dû à une posture idéologique et politique, et non pas à une véritable quête sémantique. Le refus de la hiérarchie est générateur d'une idéologie égalitariste dont la conséquence est une relativisation voire une négativation de la différence et des conclusions auxquelles cette différences nous conduit. Or il existe des hiérarchies! 

J'ai longtemps refusé les hiérarchies. Cela à cause de ma démarche anti-autoritaire et de mon côté rebelle. Aujourd'hui j'en suis en partie revenu. Les hiérarchies existent. C'est leur usage qui peut poser problème, pas leur réalité même. Elle conduisent à des traitements et des attitudes différentes. Pas à des privilèges, car le problème est plutôt à ce niveau. Mais il faut admettre que le professeur est hiérarchiquement ailleurs que l'élève et que s'ils ont les mêmes droits juridiques il n'ont pas la même place dans une mise en scène morale et de la transmission. L'enfant n'enseigne pas le parent ou professeur, malgré le discours bêtifiant de Khalil Gibran qui ne sert que l'enfant roi, et la démission des adultes dans la prise d'une position hiérarchique.

Discriminer ouvre parfois la porte au jugement de valeur. Je ne suis pas inféodé au besoin de poser de tels jugements. Mais là encore j'ai appris qu'ils ont parfois lieu d'être. Un metteur en scène qui dit qu'une prestation d'acteur est bonne ou mauvaise fait un jugement de valeur nécessaire (il doit toutefois étayer ce qu’il veut dire par bon ou mauvais, ou utiliser d’autres mots dont la finalité sera identique: approuver ou désapprouver la prestation de l’acteur). Un enseignant aussi. Un parent aussi. Ces jugements de valeurs posent des exigences et des matières à réflexion. Chacun reste d'ailleurs libre de le prendre ou non.

Le jugement est parfois trop vite dégainé, ou mal à propos, ou exprimé comme une agression ou une défense. Mais s'en priver c'est comme se priver d'un examen médical pour un médecin. La différence est que l'examen médical n'évalue pas la personnalité, et c'est cela qui dérange dans le jugement de valeur. Et pourtant, toutes les attitudes, raisonnements, réactions, etc, groupées sous la notion de personnalité, ne sont pas équivalentes en terme de fonctionnement et aussi en terme de valeur bonne ou non. Nous devons pouvoir évaluer notre propre comportement, non seulement en terme de différences, mais aussi d'efficacité, de bien ou de mal, d'adapté ou non, et définir des priorité. C'est de la discrimination. 

 

 

Situ3.jpgVers un nouveau Situationnisme

Tout cela sert de marqueurs. L'indifférenciation généralisée, le non-jugement, se développent dans une société qui cultive un triple refus: refus toute norme collective, refus de cette forme d'interaction qui est que nous nous évaluons mutuellement, refus des hiérarchies qui se mettent en place par déjà les simples différences de compétences. C'est au fond une grande peur qui est derrière cela. La peur d'être jugé c'est la peur de devoir rendre des comptes. Mais nous ne sommes pas capables de nous évaluer entièrement nous-mêmes. Même en écriture, où je me donne beaucoup de liberté, j'ai des références en auteurs et en styles.

La discrimination va avec le sens critique. Mais, hélas, celui-ci n'est plus un objectif en période d'hyperconsommation. 

On pourrait dire que la langue évolue. Mais je ne crois pas que la dérive du sens du mot «discrimination» soit une simple évolution de la langue. Je pense que cette dérive révèle une configuration socio-politique complexe et mal assumée, ainsi que des peurs individuelles. Je pense qu'en retirant au mot «discrimination» son sens d'intelligence et d'adaptation, on jette le bébé avec l'eau du bain. La peur du mot, c’est la peur de l’autre et la peur du jugement. Le jugement de valeur est donc bien là, caché, tapi derrière la porte d’un langage émasculé. Ce n'est donc pas pour préserver une langue comme elle était avant que je tiens à certains mots, c'est parce que je suis en désaccord avec l'idéologie qui est derrière certains changements. Une preuve de cette idéologie et d'un refus, plus que d'une évolution de la langue, est que l'usage d’un mot comme «discrimination» mot soulève des polémiques, alors que s'il avait simplement perdu son sens initial il laisserait indifférent, comme un mot vieillot.

Un nouveau Situationnisme tente de trouver l’équilibre entre les normes collectives et les situations particulières. Il propose de modifier profondément l’esprit humain fait de clanisme, de rigidités idéologiques et de manichéisme conceptuel. Il ne refuse pas la mise en scène des relations humaines ni leur marchandisation, mais veille à ce que la liberté de choix prévale sur les contraintes du groupe. Le spectacle de soi et du monde n'est pas considéré comme une aliénation puisque dans cet espace chaque acteur reste libre de ne pas s'identifier à son rôle - c'est la force du spectacle et ce qui fait son succès phénoménal. Le corps, la marchandise matérielle ou intellectuelle que nous produisons, la société même, ne sont que des objets transitionnels qui permettent le mouvement: la projection et/ou le retrait de son être intime. C'est d'ailleurs grâce à ce mouvement, à cette possibilité de projection ou de retrait, que la consommation n'est plus une négation du choix individuel. En ce sens le nouveau Situationnisme ne propose aucune théorie politique ni aucune idéologie. Il ne reproche rien à la société en elle-même puisqu'elle n'est que la projection des mises en scènes individuelles. Pour ajuster en permanence la projection ou le retrait il faut être capable de discrimination.

Le nouveau Situationnisme est ontologiquement individualiste. Il ne se prive d’aucun mot utile et cherche, en chaque occasion, dans chaque situation, à faire oeuvre de discrimination, d’intelligence et d’adaptation et proposant une compréhension et des réponses adéquates et non des réflexes idéologiques. Le nouveau Situationnisme soutient l’égalité juridique des humains, mais s’oppose à l’égalitarisme en tant qu’idéologie et nouveau terrorisme intellectuel. Il n'exclut rien et use de tout à bon escient.


08:31 Publié dans Liberté, Philosophie, Politique, Psychologie, société | Lien permanent | Commentaires (37) | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Vous devriez lire, ou relire, "De la misère en milieu étudiant". Il suffit de remplacer le mot "étudiant par celui de "Blogueur"... (pas "Déblogueur", bien sûr).

Écrit par : Déblogueur | 03 novembre 2014

Je ne connaissais pas ce texte, Déblogueur. Je suis en train de le lire sur le net.

Cela trouve toujours une résonance. L'analyse, dans ses grandes lignes, pourrait être exposée pour décrire le monde aujourd'hui. Il est à la fois visionnaire, éveilleur, et terriblement excessif, même dans la notion de fascination pour la pensée.

Pensée et écriture fortes. Mais si empreintes d'idéologies, de déterminismes "révolutionnaire", dont on sait aujourd'hui qu'ils servaient une bonne part d'ambitions personnelles. Etre leader se mérite, ici le sens de la formule et la posture imprégnée de colère transcendée, génère hypnose et admiration.

Aujourd'hui, bien qu'ému par cette lecture - pour son énergie, pas pour sa politisation - je regarde autrement. Ce discours ne couvre pas un vide quelque part sous les pieds. C'est d'ailleurs porté à l'analyse dans le texte. Je pense qu'il y a lieu d'avoir une posture critique, à la fois spectaculaire et fondamentale, sur les discours encore dominants. Il y a trop de non-dits, de non vérifié. La réponse différente pour moi est que je condamne pas la société. Le monde n'est pas si mauvais ni si vain. C'est à moi de trouver ma force de vie.

A ce point de ma lecture je vois une contradiction fondamentale dans ce texte, entre la totale liberté de l'individu pour s'émanciper de tout ce qui est produit par le système pour sa propre survie, et la proposition d'un système socialiste qui par nature sera contraignant.

Je pense que ce qui a changé depuis ce texte c'est la posture. La nouvelle n'est pas encore bien assurée ni définie, pas valorisée socialement parce qu'elle démonte même le mythe de la posture "révolutionnaire" de ce texte.

Pourtant je reconnais qu'il va très loin dans son objectif.
Restons critiques.

Écrit par : hommelibre | 03 novembre 2014

Par contre je ne saisis pas bien votre superposition étudiants/blogueurs. Pour ma part, pour clarifier ma position, je trouve dans les blogs une part de liberté et de représentation d'un monde.

La profusion des échanges et publications est troublante pour l'esprit. Les niveaux, arrimés à des critères, à une "discrimination". Mais le net ne s'arrête pas à cela. Serait-ce une application collective de la pensée des situationnistes?

Jusqu'où alors faut-il faire remonter l'analyse critique et la déconstruction des dogmes et modes déjà presque réactionnaires. Aujourd'hui, le ton de ce pamphlet, je le vois dans le Front National, seul porteur encore d'une colère qui veut se penser. Mais la lutte fondamentale contre la communication de l'émotion n'est pas prise en compte. Les modèles reproduits reprennent les vieux patrons, dont souvent le ton a servi de programme.

Nous devons refuser cette communication de l'émotion, où un jour on fera une loi pour une seule situation réelle ou ressentie, mais mise sur le net et qui devient une certitude (indignation) collective. Pas le moindre sens critique, de simple observation critique des images. La consommation excitée comme une cocaïne. Jamais de recul. Aujourd'hui, 100'000 signatures pour une cause. Demains, 150'000 pour une autre. Il n'y a pas de fil visible.

Écrit par : hommelibre | 03 novembre 2014

Complément sur le sujet:

la marchandisation est une liberté et non une aliénation. Dans un spectacle de type nazi, les acteurs n'ont pas le choix de leur rôle. S'ils prennent une distance ou refusent d'adhérer à la mise en scène, ils sont éliminés. C'est parce que le spectacle a un but idéologique.

Quand le spectacle est commercial, l'acteur reste libre d'adhérer ou non. Il peut jouer au tyran sur scène ou au bureau puis rentrer chez lui en monsieur toutlemonde.


Dans la question de la prostitution, le rapport marchand est également une liberté, et non un esclavage. C'est une erreur conceptuelle et idéologique des abolitionnistes que de comparer le fait de louer un service sexuel avec un esclavage.

Ma proposition de situationnisme réhabilite le rapport marchand, la marchandisation si décriée par les situationnistes marxistes des années 1960, et renverse les concepts d'alors qui ont dominé la société pendant plusieurs décennies (et encore en partie aujourd'hui). Le commerce (et la marchandisation qui lui est liée) est un contrat, et par ce fait il est une liberté.

Écrit par : hommelibre | 04 novembre 2014

J'aime bien lorsque vous dites "dans la question de la prostitution, le rapport marchand est également une liberté, et non un esclavage", car c'est tout faux, précisément. Car la vraie question relative à la liberté dans la prostitution ne se trouve pas dans le rapport marchand lui-même, mais dans la situation qui a conduit à son existence.

Ainsi, la prostituée n'est probablement pas libre car elle est sous la domination d'un souteneur ou d'une addiction. Le client non plus, d'ailleurs, dont la misère sexuelle le réduit à payer pour l'assouvissement de son plaisir.

Enfin, l'essence même du situationnisme est de dénoncer, de manière radicalement critique, la société du spectacle et ses rapports marchands. Guy Debord l'avait bien pressenti, en 1967 déjà (La société du spectacle). L'histoire lui a donné raison, ne serait-ce que dans la propagation de la pornographie qui constitue la forme la plus aboutie du sexe marchandisé et abrutissant.

Et juste pour dire, les situationnistes des années soixantes n'étaient pas marxistes du tout.

Écrit par : Déblogueur | 04 novembre 2014

Pas marxistes? La critique de la société était bien inspirée du marxisme, à ma connaissance. La notion même d'aliénation est marxiste. Elle sert à fabriquer des victimes à la chaîne et à dénier aux individus le fait qu'ils décident de leur vie. On n'aliène pas son corps, on ne le cède pas en tant que propriété, on ne se dépossède pas en louant sa force de travail, on ne devient pas étranger à soi.

Je suggère un nouveau situationnisme, en partie inversé car au contraire de l'analyse d'alors, je propose que le rapport marchand soit réhabilité, qu'il soit perçu comme une liberté et non comme une aliénation.

J'ai toujours eu quelques difficultés à considérer que le mot désigne la juste chose chez Debord, car son analyse critique est empreinte de nombreux jugements sur la valeur même de la vie des humains (comme par exemple les étudiants se préparant à former les petits cadres du système - quel mépris pour les gens qui font tourner le monde).

Ce que j'ai de commun avec le situationnisme de l'époque est le mot, même si j'en définis un contenu un peu différent et si je le dépolitise. Le situationnisme se place à distance de toute idéologie rigide. Il évalue les circonstances pour en extraire quelque chose d'à chaque fois spécifique. Qu'est-ce donc qui le fonde, s'il n'y a pas une forme de théorie permanente et globale? Sa fondation n'est justement plus dans la théorie mais dans l'attitude, dans l'ajustement des éléments en présence, dans l'adaptation. C'est pourquoi il ne peut être qu'individualiste. Ma lecture du situationnisme tient compte de manière plus précise du mot "situation", qui est un concept extrêmement mobile et qui donne la primeur à la réponse individuelle sur les conditions extérieures.

J'ai aussi en commun la notion de spectacle. La représentation de soi en terme de valeur marchande ne devrait plus être perçue un problème. L'argent est une monnaie d'échange, mais ce peut être aussi le troc, l'affect, tout peut être monnaie d'échange. L'intérêt du spectacle, comme je le précise avant, est la liberté de l'acteur, alors que Debord, sur le même mot et ce qu'il représente, y posait un diagnostic d'aliénation.

Cette liberté de l'acteur rend le spectacle performant. On peut se former à être dans le commerce, et terminer sa carrière comme ingénieur. Il n'y a plus d'adhésion intime et définitive à une identité professionnelle unique. La location de sa force de travail et de son corps est donc une liberté et non une aliénation car elle permet cette mobilité au cours de sa vie.

Mais le pouvoir s'arrête en effet au contrat de travail. Il ne s'applique pas aux décisions de l'entreprise, sauf à être indépendant, et il ne permet pas de décider de l'évolution de l'économie. Mais aucune forme de pouvoir - même l'autogestion - ne permet de maîtriser les échanges et donc le marché.


Pour ce qui est de la prostitution, pas d'accord. Tout le monde est dans une situation qui l'amène à chercher un revenu.

Écrit par : hommelibre | 04 novembre 2014

Oups, envoyé trop vite. Je complète la dernière phrase.

La prostitution n'est un problème que s'il y a contrainte par une tierce personne. Il s'agit alors de crime. Mais la prostitution librement choisie, celle dont je parle, est du ressort du choix individuel. Les conditions ont amené une femme à se prostituer? Elles ont aussi amené un homme à travailler à la mine. Dans cette ligne de pensée toute activité rémunérée devrait être assimilée à de la prostitution. Même dans l'autogestion, le fait qu'une assemblée générale prenne une décision est assimilable au patron.

Non, je ne considère pas les conditions initiales comme conduisant les humains à l'esclavage. Je ne considère pas non plus le client comme asservi à son propre désir.

Je suis dans la ligne de l'ancien situationnisme et je le pousse dans sa logique en considérant comme base de réflexion que l'humain est libre.

Écrit par : hommelibre | 04 novembre 2014

Un véritable plaisir que de lire un texte si bien pensé sur un sujet si intéressant, repris par des réponses de même niveau.

Écrit par : Mère-Grand | 04 novembre 2014

Merci Mère-Grand.

Écrit par : hommelibre | 04 novembre 2014

Le concept de liberté ne me semble pas être de nature binaire, on ne peut pas dire : soit je suis libre, soit je ne le suis pas.
Il y a tout un nuancier. Si on se crispe sur le besoin de liberté, on va au-devant de grosses frustrations.
Ma propre adaptation consiste à me concentrer sur l'adéquation entre mes capacités et les buts que j'aimerais atteindre. Comment me donner les moyens d'arriver, dans un temps raisonnable, à une situation qui me soit
non seulement acceptable, mais proche d'un idéal.

La liberté totale n'existe pas, on est en permanence soumis à des obligations.
Un célibataire est certainement plus libre qu'un père de famille, une personne du troisième âge avec une bonne retraite est probablement plus libre qu'un célibataire qui doit pointer au chômage.
Même en vacances, je ne suis pas totalement libre, puisque ce temps est limité ou parce que je n'ai pas les moyens de m'éclater dans un lieu paradisiaque.
Le cas du travail rémunéré est intéressant, emblématique.
Et la prostitution est probablement l'exemple le plus fort, puisqu'elle peut avoir lieu sous une contrainte absolue, ou dans une situation proche de l'esclavage, ou bien sous le contrôle de tierces personnes avec prélèvement d'un fort pourcentage sur les gains, ou encore dans le cadre une auto-entreprise qui rapporte gros, ce qui est évidemment la forme la plus souhaitable pour une personne ayant choisi d'exercer ce métier.

Le choix professionnel est un des choix les plus difficiles dans une vie. Comment savoir à 15-16 ans ce qui pourrait nous convenir et amener un certain épanouissement ?
Bienheureux les jeunes, pour lesquels la réponse est claire ! Et bienheureux ceux qui sont capables d'entreprendre la formation ou le parcours qui mènent à ce but.
Dans ce cas, la liberté n'entre pas forcément en ligne de compte, mais justement la situation : le jeune se trouve-t-il au bon endroit, au bon moment, avec les capacités et les ressources nécessaires ?
Etre jeune dans certains pays du Sud de l'Europe signifie, en ce moment, être au chômage ou s'expatrier, en quête d'un job, juste pour gagner de quoi manger. ( et je ne parle pas des migrants arrivant de plus loin)
Ce genre de considération fait passer l'aspiration à la liberté en arrière-plan...

Sommes-nous esclaves de notre travail ou le travail nous rend-t-il libres ?
Ca dépend du travail, n'est-ce pas ?

Etre son propre patron pourrait représenter le summum de la liberté. Mais je crois comprendre que cela amène plein d'obligations fastidieuses.

Écrit par : Calendula | 04 novembre 2014

Trouvez-vous particulièrement bêtifiante la pensée de Khalil Gibran d'adressant aux parents pour leur dire que l'enfant qui est un "appel de la vie à la vie ne leur appartient pas"? Enfants mariés de force par leurs parents ou auxquels on imposerait une carrière de ceci ou cela simplement parce qu'on les "verrait" bien musiciens, ou médecins: carrières faire valoir au service des parents?

De sa fillette: elle "m'a" fait une grippe?!

Il existe une hiérarchie naturelle que les enfants entre eux discernent non en enviant mais en s'en laissant imprégner voire entraîner.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04 novembre 2014

J'aimerais insister encore un peu sur un passage particulier de ce long billet.
Hommelibre écrit :
"On pourrait dire que la langue évolue. Mais je ne crois pas que la dérive du sens du mot «discrimination» soit une simple évolution de la langue. Je pense que cette dérive révèle une configuration socio-politique complexe et mal assumée, ainsi que des peurs individuelles. Je pense qu'en retirant au mot «discrimination» son sens d'intelligence et d'adaptation, on jette le bébé avec l'eau du bain. La peur du mot, c’est la peur de l’autre et la peur du jugement. Le jugement de valeur est donc bien là, caché, tapi derrière la porte d’un langage émasculé. Ce n'est donc pas pour préserver une langue comme elle était avant que je tiens à certains mots, c'est parce que je suis en désaccord avec l'idéologie qui est derrière certains changements. Une preuve de cette idéologie et d'un refus, plus que d'une évolution de la langue, est que l'usage d’un mot comme «discrimination» mot soulève des polémiques, alors que s'il avait simplement perdu son sens initial il laisserait indifférent, comme un mot vieillot."

Ce glissement de sens soulève-t-il véritablement une polémique ? Le grand public s'y intéresse-t-il vraiment ?
A mes yeux, ce mot a glissé vers un sens négatif, parce qu'il contient le mot "crime" et parce qu'il existe beaucoup d'alternatives : distinction, séparation, discernement, classification, hiérarchisation, jugement.
Il est certes possible que ce mot (qui est semble-t-il également un terme de rhétorique) ait un côté trop technique pour l'usage de tous les jours, il ne ferait pas partie des mots courants dans son sens initial.
Faut-il en conclure qu'on ne pratiquerait plus la distinction fine, qu'on ne porterait plus de jugements, qu'on ne classifierait pas les personnes et les événements et que, partant, tout deviendrait équivalent ?
J'en doute fort ! Il me semble que nous sommes dans une société très compétitive et que nous sommes en permanence en train de scruter ce qui se passe et de prendre position, d'établir des classements, de faire des évaluations de toutes sortes et de nous exprimer à ce sujet.

Par ailleurs, je pense que ce mot a subi l'influence de l'anglais, langue dans laquelle il semble signifier, en premier lieu, "traitement injuste."
Deux exemples trouvés en ligne.

Oxford Dictionnaries:

1The unjust or prejudicial treatment of different categories of people, especially on the grounds of race, age, or sex: victims of racial discrimination discrimination against homosexuals

2Recognition and understanding of the difference between one thing and another: discrimination between right and wrong [count noun]: young children have difficulties in making fine discriminations


Merriam-Webster :

:the practice of unfairly treating a person or group of people differently from other people or groups of people

: the ability to recognize the difference between things that are of good quality and those that are not

: the ability to understand that one thing is different from another thing


Il serait intéressant de savoir comment les lecteurs du blog perçoivent ce mot.
Comment l'utilisent-ils ? Quelle est leur relation de francophones à ce mot ?
Leur semble-t-il que ce mot et l'évolution qui tend à lui enlever son sens premier est emblématique de notre société, de son émasculation, pour citer hommelibre ?

Écrit par : Calendula | 06 novembre 2014

Votre proposition est intéressante. Mais cela ne me fait pas changer d'avis. Le deuxième définition du premier exemple est explicite:

"Recognition and understanding of the difference between one thing and another: discrimination between right and wrong [count noun]: young children have difficulties in making fine discriminations"

Les mots-idées-pratique que vous donnez: "distinction, séparation, discernement, classification, hiérarchisation, jugement."

C'est un train. La loco c'est: jugement. C'est à ma perception ce qui définit la discrimination: tout le train. Je suis d'accord avec vous sur le fait que nous discriminons presque tout le temps. Et je veux dire que ce n'est pas un mal, mais une nécessité. Sans jugement il y a une suite de fonctions dépourvues de ce qui donne le sens. Et le sens c'est le produit immanent de la capacité de discriminer.

Le mot crime n'est qu'un outil. Un juge au tribunal (encore le jugement) doit distinguer les éléments du crime, pour cela il les sépare, avec discernement, il les classifie, organise les priorités, et porte le jugement: scelle le sens de cet ensemble de fonctions. Il sépare le degré de gravité d'un acte, donc l'intention en plus de l'acte, et prend à la fois conseil de la règle (la loi), des conseils de personnes, de son intuition.

C'est au fond positif puisque cela devrait amener à une justesse et une justice. Mais il est difficile d'en donner un exemple, une image, alors qu'il est si facile de donner une image de la discrimination en son sens négatif.

Écrit par : hommelibre | 06 novembre 2014

"Il est certes possible que ce mot (qui est semble-t-il également un terme de rhétorique) ait un côté trop technique pour l'usage de tous les jours"

C'est ce qui a probablement amené au naufrage du premier sens de l'adjectif "conséquent", qui a aussi souffert de l'abandon de l'apprentissage du latin par une grande partie des nouvelles "élites". Mais quel dommage pour un mot si précieux pour la pensée.

Écrit par : Mère-Grand | 07 novembre 2014

Si j reviens sur cela: "Sans jugement il y a une suite de fonctions dépourvues de ce qui donne le sens. Et le sens c'est le produit immanent de la capacité de discriminer.", j'ai envie d'ajouter que la discrimination (au sens premier) est une fonction très élevée de l'activité psychique. Il n'y a pas d'autre mot pour désigner cette finalité.

Elle groupe des sous-fonctions (distinction, séparation, etc), et les unit dans cette chose immatérielle et si indispensable: l'appréciation organisée et complexe du sens d'une situation ou d'une configuration humaine. Trier, séparer, classifier, etc, c'est seulement agir. Discriminer, c'est agir juste.

S'il a pris un sens négatif, c'est bien parce que ce mot représente davantage qu'une simple classification et séparation. Il comportement le jugement, au sens d'avoir du jugement, en positif. Et en négatif, avoir du jugement devient commettre un jugement excluant. En positif, il concerne une compétence mentale de celui qui discrimine.

Écrit par : hommelibre | 07 novembre 2014

Ce qui m'intéresse, c'est l'usage ou la nécessité d'utiliser le mot "discrimination" et "discriminer" à chaque fois que l'on opère une activité de comparaison - jugement - classification et si on est entré dans un monde trop féminisé et pusillanime, en ce qui concerne les activités de discrimination.
J'aimerais proposer un exemple de "discrimination" qui pourrait être un usage positif, mais il me semble que dans le domaine scolaire, ce mot n'a jamais été utilisé pour décrire le processus de notation, sélection:

En tant qu'enseignante, je n'arrête pas de faire des épreuves et récitations notées. Les grilles de barèmes classifient et hiérarchisent les résultats et partant, les élèves qui ont passé l'épreuve en question, qu'ils appellent d'ailleurs des évals (pour "évaluations").
Je me fais donc une image de leurs compétences, de la façon dont ils ont suivi le cours, dont ils ont travaillé pour l'épreuve ou la récitation. Par ailleurs, cela me permet de me faire une image de ma propre capacité à faire passer des notions, à motiver les élèves à travailler. Il y a une phase d'interprétation des résultats.
Ensuite, on essaye de s'améliorer, et dans le meilleur des cas : trouver d'autres démarches, activités, aides pour progresser.
Pour autant, je n'appelle pas cela de la discrimination, ni personne d'ailleurs !
Je montre à chaque fois à la classe l'ensemble des résultats, en mettant le barème avec les petites croix au rétro-projecteur. Les élèves sont à chaque fois confrontés au fait de se retrouver (certes de façon anonyme) dans le classement.
Je ne trouve pas cela émasculé. Les élèves ne sont pas à l'abri de l'évaluation permanente et cela dans toutes les matières.

Ce qui me sidère, c'est de voir la quantité d'émissions à la télé, dont le principe est de classifier, chercher le meilleur ou le moins bon. Ca commence par "Les reines du shopping", pour passer par "Questions pour un champion" et pour terminer avec "A bon entendeur".
Toutes les émissions-concours, qui testent le savoir encyclopédique sont étonnantes, à une époque, où on aimerait les supprimer à l'école. A la télé, on récompense ce savoir avec des centaines ou milliers d'euros !

Écrit par : Calendula | 07 novembre 2014

Par discriminer je comprends également léser.

Dresser un barrage d'accès à un étudiant "pas de notre monde, de notre milieu, de notre "classe", des nôtres (familles)! dont on ne veut pas en exigeant à l'admission de la part de ces étudiants des performances ou des connaissances non adaptées au domaine d'études choisi et qui ne leur seront par la suite pas utiles.

Les barrages d'accès dénoncés pat quelques audacieux courageux ne sont pas une légende.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 07 novembre 2014

@ Myriam:

C'est la versant négatif de la discrimination. Mais si l'école doit montrer, en principe, une égalité des chances, la vie privée ne le fait pas. Ainsi chacun appartient à un milieux, à une classe, à un monde, Et chacun exclut. L'ouvrier pauvre exclut le riche, le riche exclut le pauvre, l'intellectuel exclut le manuel de ses cercles de pensée, le manuel exclut le philosophe, le philosophe exclut souvent le politique, etc. "Nous ne sommes pas du même monde" n'est pas une maxime raciste, c'est une revendication identitaire fréquente dans tous les milieux.

Question: l'exclusion peut-elle être justifiée dans certains cas?


@ Calendula:

Les opérations que vous décrivez me paraissent ressortir de l'évaluation. Il n'y a pas à mon sens de discrimination ici. La discrimination vient après, quand il faut orienter selon les résultats. Les filières scolaires, scientifique ou littéraire par exemple, sont des discriminations. Discriminations utiles puisqu'elle permettent, en principe, d'intégrer les bonnes personnes aux bons endroits.

Mettre la bonne personne au bon endroit au bon moment, ou lui donner les bons outils relativement à ses compétences personnelles, son niveau de réussite et ses difficultés, sont des exemples de discrimination dans son versant positif. Dans ces deux cas il y a plus qu'une évaluation: il y a un jugement.

Dans un groupe de candidats de niveau équivalent tous critères confondus, on évalue qui est le plus compétent, on juge que c'est un tel ou une telle, et on élimine les autres. Si l'on ne discriminait pas, si l'on ne portait pas un jugement objectif et intuitif, on ne pourrait choisir un candidat que par tirage au sort ou sur de petites différences qualitatives. Choisir des vendeuses femmes dans un magasin de lingerie est une forme de discrimination. Mais quelle femme irait acheter un soutien-gorge dans une boutique où il n'y a que des hommes?

Écrit par : hommelibre | 07 novembre 2014

L'exclusion peut-elle être justifiée dans certains cas? Il faut commencer par être très précisément au clair. Le fondateur du scoutisme estimait qu'ensemble fils de prince et de salarié s'enrichissent. Un enfant ayant une mauvais influence sur un autre? Le directeur d'un collège secondaire me déclara que ce n'est pas tant qu'un enfant a une mauvaise influence sur un autre mais ce qui se passe lorsque ces deux enfants sont ensemble. Je crois qu'il faut faire extraordinairement attention et, pour ma part, si je redoutais malgré tout l'influence d'un enfant sur mon enfant je protègerai mon enfant en le plaçant dans un excellent institut pour ne pas exclure l'autre car pour être certaine de ce qui se passe il me faudrait tout connaître sur l'existence affective et socio-économique de lui/elle et sa famille. Puis toutes les autres situations... Je ne suis pas à même de répondre sinon: faire extrêmement attention. Bonne nuit, hommelibre.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 07 novembre 2014

@hommelibre,
En partie, l'évaluation scolaire sert à effectivement sélectionner les profils, à discriminer selon le sens que ce mot contient.
Au sortir de l'Ecole Primaire, il faut obtenir certaines notes, pour pouvoir aller dans le niveau le plus fort au C.O. Ensuite, il faut confirmer ses résultats.
Pour obtenir un certificat de maturité, il faut avoir réussi tout un parcours, en ayant choisi un profil scolaire, selon ses goûts et ses capacités. Pareil pour l'obtention d'un CFC.
Peu d'élèves apprécient ce processus et ils y voient des actes de discrimination négative. le système fonctionne ainsi depuis toujours et pour beaucoup, l'école est un lieu de malheur.

Écrit par : Calendula | 07 novembre 2014

Soit. Peut-être l'équilibre est-il quelque part entre le malheur et le courage. Il en faut pour se défaire du malheur. Raison de plus pour savoir évaluer avec finesse les besoins de l'élève et d'ajuster les outils selon ce dont il semble avoir besoin. Je pense qu'un médiateur discrimine beaucoup dans son travail, c'est-à-dire qu'il va jusqu'à porter un jugement sur les meilleurs outils dans un moment donné pour une personne donnée.

Malraux disait: "On n'est pas artiste à 15 ans". Aujourd'hui il se retournerait dans ses chaussures à voir tous les produits de consommation de moins de 15 ans qui sont présentés sur les petits écrans. Malraux posait une balise discriminante, une étape nécessaire. Cette démarche-là, codifiée dans les sociétés qui nous ont précédé (l'armée et la guerre, ou la lutte avec le lion pour un ado Masaï, peuvent être vus comme des rites de maturation), par des étapes associées à un âge par exemple, semble difficilement admise aujourd'hui. La liberté individuelle prévaut sur les ossatures culturelles de groupe qui assuraient une certaine cohérence.

Discriminer ce n'est pas seulement différencier. C'est poser un regard, un jugement - donc forcément supra-individuel - sur quelque chose de très individuel et mobile. C'est une forme d'art de la compréhension de l'autre, une adaptation à l'autre tout en maintenant des repères qui nous sont propres. Etre de bon jugement: c'est précieux.

Mais le débat est très large sur ces questions.


@ Myriam:

Il y a encore beaucoup de contextes dont il faut tenir compte, autour du sens de certains mots qui ont pris une tournure très politique. Exclusion en est, comme discrimination. On sait que l'exclusion commence par l'intimité. Une intimité profonde avec une autre personne, dans un moment donné, exclut d'autres personnes pour un moment.

L'intimité crée une séparation, ou du moins une nuance forte dans les relations avec les autres. Les enfants sont par exemple interdit de chambre des parents pendant la nuit. Interdits, donc exclus. Dans une équipe sportive une exclusion est une sanction. Mais dans un jeu télévisé comme Koh Lanta, où l'on est exclu les uns après les autres, ou éliminé mais cela revient à exclure, et bien les participants acceptent et jouent le jeu.

Etre exclu ou se sentir exclu sont deux choses différentes et douloureuses. Mais cela fait partie de l'apprentissage d'une intériorité, d'un espace propre à soi (car si nous ne sommes plus sur l'espace des parents nous devons créer le nôtre).

Écrit par : hommelibre | 08 novembre 2014

@ hommelibre, comment entendez-vous "persona non grata"?

Dans une société, un groupe mais sans forcément "intimité" entre les participants?

Une persona non grata dont on ne veut pas n'est-elle pas une personne exclue(tels ces jeunes paroissiens protestants étudiants qui ne voulaient pas de jeunes apprentis parmi eux en les excluant sans oser le leur dire mais en feignant de parler jargon afin de les décourager)?

Aujourd'hui, hommelibre, vous le savez parfaitement, on joue avec les mots. Interviewé à la radio le ministre français Michel Sapin embarrassé par une question en relevait un mot dont il expliquait pourquoi il était mal choisi ce qui lui donnait la possibilité de ne pas répondre à la question. Après plusieurs mots "mal choisis" on parvint à l'ultime, le mot "compassion"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08 novembre 2014

Les humains ont visiblement l'habitude de se réunir en groupes ayant des intérêts communs. La famille bien sûr, mais là c'est presque obligé. Mais un groupe professionnel, intellectuel, peut créer une connivence et exclure ceux et celles qui n'ont pas cet intérêt. Au nom de l'égalité, tout groupe constitué, même informel, devrait-il accepter tout le monde pour n'exclure personne? Pour moi c'est non.

Dans une course de formule 1, si je n'ai pas d'invitation spécifique, je ne peux pas aller aux stands côtoyer les pilotes. Je suis exclu de cette coterie alors que d'autres y sont admis. Les critères d'admission dans un tel cercle sont discriminants.

Persona non grata, cela existe pour des raisons parfois légitimes. A celui qui n'est pas le bienvenu de respecter le désir de ceux qui l'ont refusé.

Dans ces exemples ont voit que l'égalité est l'égalité de droits, mais pas une égalité absolue ou universelle. Faudrait-il tendre vers cela? Ce serait contraire à la liberté d'association.

On peut aussi être non grata à cause de litiges non résolus, ou pour éviter des collisions entre personnes qui s'excluent mutuellement. On peut ne pas vouloir mélanger tous ses amis. On peut ne pas assumer les tensions résultant de certaines présences. Il y a des exclusions dont nous devons prendre acte comme un fait légitime, et non en développer un réflexe victimaire.

Écrit par : hommelibre | 08 novembre 2014

@hommelibre,
Une dernière intervention au sujet du mot discrimination, car il faut aussi savoir suspendre un échange.

En réfléchissant encore au contexte scolaire, j'ai essayé d'y placer le concept de "discrimination" au sens originel et forcément positif, puisqu'il s'agit de lucidité, de discernement.
En y regardant de près, la discrimination serait un moment, une phase dans un grand processus. C'est le moment d'un diagnostic, suivi d'une prise de décisions, le choix de procédures. Vue ainsi, la discrimination inclut une multitude d'actions et de choix possibles. On est amené à trancher et à agir à petite échelle et à grande échelle, puisqu'il faut arriver à donner forme au parcours de chaque enfant, en tenant compte d'une multitude de facteurs.
Lorsque je choisis de dire "discernement", "évaluation" "hiérarchisation"
"jugement" "diagnostic" plutôt que " discrimination", je discrimine.
En effet, j'essaye de trouver le mot le plus précis à mes yeux et oreilles et également par rapport à mon espoir de communication réussie.
Avec les élèves, il m'arrive d'utiliser des mots qu'ils ne connaissent pas ou des expressions vieillottes. Je le fais exprès, dans l'espoir d'augmenter leur vocabulaire, car ce serait idiot de se restreindre à utiliser les 500-700 mots usuels. (Ils se moquent gentiment de moi, mais ça fait partie du dispositif et j'encaisse sans problèmes. Je leurs dis :vous n'êtes pas venus pour rien, en plus de l'allemand, vous aurez appris un nouveau mot français aujourd'hui !)
Au-delà, avec les adultes, je vais essayer de ne pas utiliser des mots qui pourraient faire obstacle, être trop inhabituels ou détourner le centre du débat. "Discriminer" serait un de ces mots, puisque j'en ai plein d'autres à disposition. Et qui souvent désignent de façon bien plus précise la phase du processus de discrimination dans laquelle on se trouve.

On est peut-être en train de couper des cheveux en quatre, mais il est tout de même intéressant de mettre le projecteur sur le processus mental qui consiste à opérer des choix, au moment de s'exprimer. C'est de cela que les commentaires sont faits :-)))

Écrit par : Calendula | 08 novembre 2014

@ hommelibre On peut exclure d'un groupe certains qui ont les mêmes intérêts que l'ensemble des participants au groupe simplement parce que l'on ne veut pas d'eux "pas du même monde" ou par rancunes ou rancoeurs variées (l'un sortant avec la fille ou le mec visé, pour exemple) ou que l'on sait l'un ou l'autre plus intelligent ou leste, éloquent, sympathique (comme J. de Nazareth "renvoyé des deux mains" par l'un de ses Maîtres Dr de la Loi)! risquant de faire de l'ombre aux autres (narcissisme et narcissisme pervers, maladie mentale). S'il y a les "critères" d'admission il y a également les "motivations" des uns et des autres.
Peut-il être "dangereux pour nous" d'admettre en notre société des... "moindres"?

On sépara des enfants issus de familles aux QI un peu inférieurs à la moyenne ainsi que leurs propres QI en deux groupes. Les uns demeurèrent dans leurs familles les autres accueillis en familles intellectuelles. Les enfants de ce groupe virent leurs QI augmenter de points... les autres, non.

"C'est ton frère que l'on assassine".

"Vous ne vouliez pas me connaître quand j'étais humilié
Maintenant moi je ne veux pas vous connaître"!

Mais on sait qu'aujourd'hui pour raisons de commodité on a déclaré le sentiment "suspect" (dénoncé par Milan Kundera).

Et le Ministre des finances français Michel Sapin il y a une semaine a déclaré incongru (tel environ 1968 que par d'autres le mot "charité"!)le mot "compassion".

Je reconnais en vos lignes, hommelibre le raisonnement qui ne voit en tout que la nécessité d'avoir le dernier mot pour "nous mettre à l'abri des indésirables"

Hélas!


A méditer

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08 novembre 2014

@ Myriam:

Oui, l'exclusion peut être affaire de personnes qui ne s'entendent pas ou qui ont un litige. Les humains fonctionnent ainsi. Cela peut produire une injustice. Il est je crois assez rare de voir quelqu'un ayant un litige personnel avec une autre personne collègue de travail, lui dérouler le tapis rouge professionnellement.

Par contre il y a des exclusions pour non respect des règles dans un groupe. Si les règles et les risques sont connus de tous l'exclusion n'est pas injuste. Mais cela reste un fait fort, voire grave.


"Je reconnais en vos lignes, hommelibre le raisonnement qui ne voit en tout que la nécessité d'avoir le dernier mot pour "nous mettre à l'abri des indésirables":

Je suis surpris, je n'ai pas l'impression d'avoir laissé penser cela, et mon propos ne contient rien en ce sens. Constater que l'humain discrimine, quand c'est une discrimination judicieuse, est plutôt une bonne chose. Dire qu'il y a des exclusions légitimes ne me paraît pas justifier toute exclusion a priori (mais comme le mot discriminer, le mot exclure est porteur d'un fort bagage politique). Ce faisant, j'espère ouvrir la porte à une réflexion plus large et plus nuancée du monde et des relations humaines. Je refuse que des mots si importants soient rejetés dans un versant uniquement négatif. C'est une politisation du langage à laquelle je me refuse, parce que avec les mots ce sont les comportements humains qui se réduisent à une perspective purement politique.

Écrit par : hommelibre | 08 novembre 2014

@ Calendula:

Oui, je souscris, les opérations que vous décrivez sont dans leur ensemble et leur convergence une discrimination.
:-D

Je n'use pas régulièrement de ce mot, mais d'autres personnes oui. Il a trouvé une place politique forte et abusive. Je ne vais pas l'abandonner parce qu'il est détourné à des fins politiques, de même que je ne vais pas écrire en langage épicène parce que quelques-unes y voient une non-discrimination.

Et il permet un débat approfondi, une réflexion utile.

Écrit par : hommelibre | 08 novembre 2014

@ hommelibre On peut toujours pinailler ou finasser avec les mots mais, autre exclusion par discrimination, pat exemple, la proclamation du principe nazi d'une Eglise déjudaïsée interdisant toute fonction publique aux juifs et chrétiens d'ascendance juive fit entrer en résistance les pasteurs Friedrich Bonhoeffer (qui mourut pendu à trente-neuf ans par les bons soins de la Gestapo) et le pasteur Martin Niemöller.

Soyons sinon gens de foi au moins gens de bonne foi.

Bonne soirée.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08 novembre 2014

Myriam, vous confirmez ce que je dis: il y a des exclusions légitimes, par exemple un joueur de foot peut être exclu du championnat ou de son club s'il commet une agression sur le terrain, et il y a des exclusions malveillantes.

Vous semblez ne voir qu'un seul côté du mot.

Écrit par : hommelibre | 08 novembre 2014

@ hommelibre: vous avez raison. J'ai tendance à ne voir qu'en seul côté de ce mot.

Je m'appliquerai donc.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08 novembre 2014

@ hommelibre Ce fut donc en excellentes dispositions que je m'allai coucher pour être réveillée autour de quatre heures du matin par une voix posant la question: "discrimination"? Une autre répondant: "victimes de (...)!
Il ne me restait plus qu'à ouvrir un grand Larousse vous donnant raison introduisant des mots tels qu'équation qui sont par rapport au langage courant termes de laboratoire. Mais dans l'ensemble ce terme aujourd'hui victimes de discrimination introduit racisme et ségrégation. Cesser de mettre à égalité (les uns et les autres) trier choisir départager...
A Lausanne un concours de danse classique départageait les danseurs.
Ceux d'entre eux qui n'étaient pas retenus formaient ce que les médias appelaient le "déchet"!

Nous masquons la réalité par le moyen du choix des mots.
Supprimons les mots qui dérangent (par Michel Sapin le mot compassion)!
Echappons à ce qui s'appela le "scrupule de conscience" du moment que...

Du moment que je puis signer d'excellents contrats avec la Chine que venez-vous me chanter sur les Droits de l'homme pas reconnus en Chine?
Que pour la prochaine Coupe de Foot au Qatar on compte déjà environ 800 morts en en attendant 4000 d'ici la fin des travaux... du moment que je vais me faire le plaisir d'y aller que voulez-vous que 4000 travailleurs morts représentent pour moi?

On parle de nouveau paradigme pour le monde, soit, mais désormais sans scrupule de conscience, sans éthique, sens de l'autre: égoïsme forcené escalades vaniteuses (prestigieuses) à n'en plus finir hypocrisie (choix d'un mot plutôt que d'un autre)! Sans éducation digne de ce mot le naturel revient au grand galop... Ne balançant plus entre ça et surmoi... A quoi quelqu'un me répondit que "moi, pourvu que je puisse continuer à m'acheter (...) en Chine, le reste ne me concerne pas.

N'entend-t-on pas dire aux enfants qu'ils peuvent quand-même mentir un peu. A eux de pratiquer la discrimination: "un peu"?! La capacité de discernement ne gagne-t-elle pas à être "flexible"?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09 novembre 2014

@ Myriam:

Vous écriviez plus haut: "Je reconnais en vos lignes, hommelibre le raisonnement qui ne voit en tout que la nécessité d'avoir le dernier mot pour "nous mettre à l'abri des indésirables"

Hélas!"

En réalité c'est vous qui cherchez à avoir le dernier mot.

Moi je ne fais que soutenir que le mot a au moins deux sens, ce que les dictionnaires attestent, et vous revenez à chaque fois sur le seul sens actuellement utilisé, sens notablement réduit et politisé.

Je soutiens que le mot seul prend un sens plus complet et compréhensible si l'on regarde le contexte où il est mentionné. D'ailleurs ne parle-t-on pas, aussi, de "discrimination positive"? N'est-il pas étrange qu'il faille ajouter le qualificatif "positive" pour rendre à ce mot un sens plus proche de l'originel? Cela, c'est le tricotage du langage à des fins partisanes.

On peut mettre le mot en regard d'un autre: "incriminer". Autrefois il signifiait "déclarer criminel", accuser. Il a toujours ce sens même si d'autres mots aujourd'hui le différencient. Inculper, par exemple, n'est pas encore déclarer criminel, ce qui supposerait une enquête, une instruction, un procès au cours duquel le juge fait preuve de discrimination, soit de séparation intelligente et appropriée des éléments de preuve. De cela il pose un jugement: disculper ou confirmer la culpabilité, et dans ce cas choisir une sanction proportionnée. Il distingue les choses en vue d'une conclusion juste, appropriée à la situation, et en tire des conclusions ainsi qu'une décision applicable.

(Le préfixe "dis-" signifie: séparer, différent, absent).

En réalité, c'est le sens négatif actuel, politisé, qu'il faut questionner. Si discriminer signifie "absence de criminalisation, absence de jugement avant de posséder et d'avoir apprécié tous les éléments, traiter les éléments de preuve avec circonspection et à-propos, différencier ces éléments les uns des autres, approfondir chacun en vue d'évaluer sa pertinence", alors le sens actuel est un détournement du mot.

La notion de "traitement séparé" que l'on voit dans certains dictionnaires ne signifiait pas, initialement, que ce serait au préjudice de la personne. Il y a d'autres mots pour désigner une différence ou une inégalité injuste (toutes les inégalités n'étant pas injustes par nature): exclure, écarter, éliminer, rejeter, forclore, excommunier, assujettir (donc retirer la liberté, condition de l'égalité), évincer, etc.


Selon le cnrtl.fr, les synonymes de discriminer sont:
différencier
discerner
distinguer
reconnaître
séparer.

Rien que des fonctions utiles à la compréhension du monde et des autres, en vue d'agir de manière appropriée et judicieuse.

Écrit par : hommelibre | 09 novembre 2014

P.S. Et parce qu'en blogosphère on nous invitait récemment à démolir le christianisme alors qu'en temps de djihadisme il faudrait du christianisme cultiver le meilleur le langage du cœur... lequel cœur ne déguise ni ne feint... je tiens à dire que notre époque, d'imagologie (Kundera) est exactement ce que dénoncé dans les évangiles: "Nettoyer la coupe de l'extérieur (en l'occurrence possible avec discrimination) mots qui déguisent la réalité, abusent, lèsent et leurrent mots-chimères ou mirages en laissant la rapine qui est à l'intérieur de la coupe" tendance contemporaine (médias qui s'en font le fidèle écho actif) générale en aucun cas qui ne concernerait que nos dirigeants raison pour laquelle il est dit en voyant les défauts de l'autre de prendre garde! que la racine de ce que dénoncé peut se trouver dans notre propre jardin. Si répondant à l'invitation sur blogosphère de démolir le christianisme nous évacuons la charité laquelle n'a jamais signifié jeter quelques pièces dans un chapeau de mendiant... en suivant le ministre des Finances Michel Sapin ne voulons plus entendre prononcer le mot compassion nous évacuons ce qui restait peut-être comme ultime moyen pour nous sortir du bourbier actuel; un bouddhisme pur, simple dépouillé et dépouillé de toute superstition. Au Dalaï Lama on demandait ce qu'il ferait si demain l'on découvrait que la réincarnation n'existe pas. En ce cas répondit-il, si les "scientifiques"! nous prouvaient que la réincarnation n'existe pas mous laisserions tomber cette croyance. En revanche, la COMPPASSION nous ne l'abandonnerons jamais.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09 novembre 2014

Au fait, "avoir le dernier mot" n'est ni un crime, ni une immoralité, ni une faute.
:-)

Écrit par : hommelibre | 09 novembre 2014

Ce n'est pas plus mal que Michel Sapin refuse le mot "compassion", qui ne devrait pas être un mot politique. La politique gère, distribue selon les besoins, mais ce n'est pas par compassion.

Encore ceci à propos de discriminer, suite à votre dernier message.

Discriminer, au sens premier, n'est pas un simple "nettoyage de la coupe" par l'extérieur. Discriminer demande une forme de sagesse, de l'empathie, de l'écoute de l'autre, une réflexion et analyse au service de l'autre (ou de soi-même si l'on doit prendre une décision intelligente et appropriée). C'est tout le contraire d'une rapine.

Écrit par : hommelibre | 09 novembre 2014

@ hommelibre Je n'ai pas écrit que discriminer signifie "simple nettoyage de la coupe par l'extérieur" mais en référence aux évangiles par allusion aux réalités de notre temps au "vocabulaire complice du pire" cité ce passage évangélique qui dit que si le nettoyage, le "faire briller" se fait à l'extérieur de la coupe corruption (rapine) se trouve à l'intérieur de la coupe sans risque d'en être délogée, la rapine, toujours, bien à l'abri.

Nous n'entendons, ne lisons, ne subissons, pour certains, rien d'autre en ces temps qui courent... sans quoi les médias nous mentent.

Il est dit également (évangiles) que ce n'est pas ce qui vient de l'extérieur qui souille l'intérieur mais que ce qui souille à l'extérieur vient de l'intérieur.

Raison pour laquelle lorsqu'il n'était pas question de démolir le christianisme il s'agissait de "purifier ses pensées, ses paroles et ses actes"

parce qu'un être, s'il le veut, ayant appris dès l'enfance sans démissionner par la suite à purifier sa pensée, sa parole et ses actes... cet être parvenu à l'âge adulte au pouvoir est capable d'éthique et de compassion.

hommelibre, en laissant ce dernier mot non à moi-même mais au Dalaï Lama qui a dit qu'il abandonnerait s'il le fallait la croyance en la réincarnation mais jamais qu'il n'abandonnerait la pratique "active" (je le cite) de la compassion.


Contrairement à ce que vous avez écrit, également, je ne suis pas quelqu'un qui cherche à avoir le dernier mot. Si j'avais cette tendance ou penchant en moi la lecture ou l'écoute de personnes en possession de ce même penchant me découragerait fort et je passerais à la culture d'autres choses en moi.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09 novembre 2014

Et bien je pense que, d'une certaine manière, ce qui motive la discrimination en son versant bienveillant, c'est la compassion.

Écrit par : hommelibre | 09 novembre 2014

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