03 octobre 2014

Sarkozy en pelleteuse mécanique

En 2017 les français pourraient avoir à choisir entre François Hollande, le lymphatique débonnaire, et Nicolas Sarkozy, l’agressif nerveux. Si Marine ne s’en mêle pas. A ce point de la course, rien n’est gagné - ni perdu - pour ces deux candidats. 


2017,élection présidentielle,nicolas sarkozy,françois hollande,alain juppé,valerie trierweiler,Hollande: délesté

On ne peut exclure une remontée de François Hollande. Visiblement il a amélioré sa communication et son gouvernement commence à articuler un programme un peu plus audible, classique de gauche: préserver le modèle social. Il s’en faut encore beaucoup et le budget 2015 est un modèle de double langage. D’importantes baisses d’impôts sont annoncées, mais d’autres mesures atténuent sensiblement ces baisses. Ou aussi: réduction des fonctionnaires dans certains ministère et augmentation dans l’Education nationale. Un budget très statique comme le relevaient des invités de C dans l’air il y a deux jours.

Je ne parierais pas sur ses résultats politiques pour imaginer une remontée de François Hollande, mais plutôt sur une amélioration de son image. Maintenant qu’il est délesté de l’empoisonneuse, sa communication sera peut-être moins brouillée. Je doute d’ailleurs que les accusations contre Hollande sur les «sans-dents» portent durablement à conséquence. 

Le trait est grossier, digne de la vulgarité de l’ex-concubine tueuse, et sans garantie qu’il ait lui-même exprimé ces mots, ou s’il l’a fait qu’il y ait mis ce qu’elle laisse implicitement entendre. L’étalage impudique du livre de Valérie Trierweiler n’est pas une quête de vérité mais un règlement de compte commis par un auteur aux contours psychologiques troubles.

Certes je pense que François Hollande n’est pas à sa meilleure place comme président. Mais rien ne permet de penser qu’il échouerait face à Nicolas Sarkozy s’ils sont au deuxième tour.

Car Sarkozy revient et à mon avis en pire. J’aimais bien son énergie en 2007. J’ai cru en lui. Je regrette que l’on n’ait pas pris le temps de faire un bilan plus objectif de son quinquennat que ce que fait le PS, qui invoque toujours ce passé pour justifier sa propre impuissance. Une vision uniquement émotionnelle d’un bilan politique est forcément tronquée et partiale. Aujourd’hui Nicolas Sarkozy reste avec une image négative collée sur lui. Ce bilan peut être encore fait pendant la campagne de 2017, mais l’impact en sera amoindri à cause du biais électoral.

 

 

2017,élection présidentielle,nicolas sarkozy,françois hollande,alain juppé,valerie trierweiler,La pelleteuse

Je crois que le pire ennemi de Nicolas Sarkozy c’est lui-même. Depuis l’annonce de son retour en politique il n’a eu de cesse d’attaquer, d’évacuer, de casser. Avec Juppé, avec Bayrou, ses mots sont cassants, blessants, excessifs. Il a relancé sa machine habituelle: j’occupe tout l’espace, je cogne, je casse et je gagne. Mais n’est pas Napoléon qui veut. Sarkozy fonctionne comme une pelleteuse mécanique: il casse et arrache tout sur son passage. Il a besoin de laisser le paysage derrière lui comme un champ de bataille dévasté, lui-même se mettant en sauveur et tenant sa capacité à agresser pour preuve de sa compétence.

Il faudra évidemment voir son programme. Hollande aura contre lui un bilan maigre. Les choix se feront aussi dans la perspective de plus d’Etat - programme de gauche mais impossible à payer - et moins d’Etat - programme de droite douloureux qu’aucun candidat n’osera vraiment porter. La France n’est pas l’Angleterre. Hollande, s’il contribue à gommer l’image monarchiste du président, laissera une impression très peu lisible à cause de cela justement. Sarkozy, par son manque de recul - il n’a visiblement pas fait l’introspection que sa défaite appelait - peut faire fuir ceux qui n’ont pas encore oublié son côté clivant, excluant, agressif.

Sur les personnalités, les deux hommes sont dans un mode narcissique accentué. Nicolas Sarkozy en histrionique qui s’étale avec complaisance sur lui-même, enfoncé dans le fauteuil, les santiags sur la table, et l’on devine ce que son retour porte de désir de revanche et de justification personnelle. François Hollande en refoulé qui tente de rehausser son image par la dépersonnalisation - en particulier quand il ne parle plus de volonté politique et de désir personnel mais de devoir présidentiel. Sarkozy mise toute sa politique sur sa personne, Hollande sur sa non-personne.

Rien n’est joué, même si la gauche partira avec un sérieux handicap. Mais malgré son état de décomposition idéologique, ne pouvant offrir comme identité autre chose qu’un malheureux «Je n’aime pas les riches» ou qu’un féminisme accusateur, elle reste un réservoir électoral important.

Alain Juppé critiquait hier soir sur France 2 l’immobilisme du gouvernement. Il a sorti là, un peu rapidement peut-être, ce qui sera l’un des axes d’attaque de la droite en 2017. Un des thème de campagne pourrait donc être: l’escargot contre la pelleteuse mécanique. 

 

 

Commentaires

De votre présent article un premier mot pose un point d'interrogation: François Hollande est-il, indiscutablement, de façon évidente "débonnaire"?

Le deuxième point concerne l'"image" du même François Hollande: notre époque n'est-elle pas précisément victime des "images": la forme, le physique, l'apparence au détriment de l'être de chacun?

Ecrivant à propos de la littérature en général Cocteau insistait sur le fond, la forme, ensuite. Ensuite, seulement.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03 octobre 2014

Je ne suis pas du tout d'accord avec le début de ton article, John.
Les deux mâles, vont œuvrer, pour qu'enfin, une Femme !, conduise la France.
D'ailleurs, à la fin de l'article, je me dit la même chose.
Je ne suis pas d'accord.

Marine Le Pen représente un risque, je le veut bien.
Néanmoins, au prix des efforts consentis par l'UMPS ... elle y parviendras en haut du sommet.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 03 octobre 2014

Sarkozy est une bénédiction pour les gens de gauche, parce qu'il se fera écraser par Marine le Pen. Ne voteront pour Sarko que les zélotes de son clan... Pour le reste de la droite, ce sera "Tout sauf Sarko" donc Marine. Au 2ème tour, Union Sacrée contre le Fasciiiisme, Groupons-nous et demain ce sera...Valls.

Écrit par : Géo | 03 octobre 2014

@ Myriam:

Débonnaire, il voudrait en donner l'image, c'est mon impression. Il est probablement plus angoissé qu'on ne l'imagine. D'accord avec vous sur la question du fond et de la forme, en théorie, cependant il me semble que pour les deux hommes la forme brouille le fond. Et eux-mêmes jouent beaucoup de l'image. Ils s'y enferment.

Écrit par : hommelibre | 03 octobre 2014

@ Victor-Liviu:

Ce n'est qu'un scénario. Les choses Sont encore très ouvertes. MLP peut continuer à progresser mais je n'ai pas le sentiment qu'elle va créer une adhésion assez forte. Malgré le ras-le-bol de beaucoup de français, ils pourraient bien se replier sur les valeurs (partis) traditionnels.

Mais c'est à voir, j'explore des hypothèses.

Écrit par : hommelibre | 03 octobre 2014

Et voilà pourquoi Sarko est un cadeau pour la gauche : http://www.lesobservateurs.ch/2014/10/03/nicolas-sarkozy-metissage-enrichit-les-societes-consanguinite-les-tue/

Écrit par : Géo | 03 octobre 2014

La consanguinité à l'intérieur d'un peuple, cela n'existe pas. Il faut de très petites communautés pour être consanguins. Ou des familles.

Écrit par : hommelibre | 03 octobre 2014

J'ai toujours trouvé que Sarko était un pitre stupide et que c'est cette stupidité qui attirait nombre d'électeurs aussi stupides. La politique de Hollande est moins pire mais reste catastrophique en voulant satisfaire la droite conservatrice allemande qui en train de fusiller l'économie européenne avec ses conceptions économiques complètement erronées.

Écrit par : pli | 03 octobre 2014

pli@ "mais reste catastrophique en voulant satisfaire la droite conservatrice allemande qui en train de fusiller l'économie européenne avec ses conceptions économiques complètement erronées."
vous pensez que 2000 milliards de dette, ce n'est pas assez ? Vous avez raison ! Il faut couler la France, qu'il n'en reste plus rien et qu'elle ne se relève jamais. C'est bien ça, votre idée ?

Écrit par : Géo | 03 octobre 2014

Géo

Au sortir de la 2WW les dettes étaient bien plus élevées et alors le monde ne s'est pas effondré. Qu'est ce que vous en savez du niveau de dette qui pose problème ? Même le FMI et aussi des économistes allemands reconnaissent que la politique actuelle dans l'Euro tue toute croissance et donc possibilité de rembourser les dettes.

Écrit par : pli | 04 octobre 2014

Toutes les économies de l'Euro plongent, y compris celle allemande du fait de l'ordo-libéralisme borné.

Écrit par : pli | 04 octobre 2014

Pli@ Au cas où vous auriez raison, votre raisonnement donne une fois de plus raison à ceux qui ont toujours dit que l'on ne peut créer une monnaie unique sans remplir quelques conditions communes : les mêmes conditions de production (le même droit du travail en particulier), la même fiscalité, la même politique économique et une banque centrale avec des droits. Comme la Suisse ou les USA avec leur monnaie respective...
Donc merde à l'Europe !

Écrit par : Géo | 04 octobre 2014

Si il y a sortie de l'Euro ça risque d'être sport. La droite conservatrice allemande en portera toute la responsabilités. Il est évident qu'une monnaie unique sans mise en commun d'autres aspects économiques ne peut pas fonctionner.

Écrit par : pli | 04 octobre 2014

"Il est évident qu'une monnaie unique sans mise en commun d'autres aspects économiques ne peut pas fonctionner."
Il faut tout simplement une politique économique commune et il faut que certains membres, même s'ils se prennent pour le phénix des hôtes de l'Europe, respectent les décisions communes. Autant dire tout de suite que l'UE ne peut exister...

Écrit par : Géo | 04 octobre 2014

Les commentaires sont fermés.