02 octobre 2014

La carpe et la poissonnière

Une empoisonneuse! Le mot est de Serge Raffy. Il raconte entre autres cet épisode, inouï, du discours de campagne 2012 au Bourget, où François Hollande, alors candidat, n’a pas cité une seule fois le nom de Ségolène Royal dans son historique récent du parti socialiste.


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Un petit film projeté avant son discours retraçait l’histoire du PS. Or Ségolène n’y apparaît quasiment pas. Sa campagne de 2007 est même passée à la trappe. Elle n’existe plus. Pourquoi un parti qui veut donner des leçons de démocratie en arrive-t-il à réécrire sa propre histoire dans un réflexe purement stalinien?

D’abord parce que les staliniens sont toujours présents au PS. On le sait avec les ministres de l’Education nationale successifs, qui veulent gommer le passé et imposer une nouvelle religion d’Etat laïque-féministe.

Ensuite parce que Ségolène Royal, «la Reine-mère» comme la surnomme Serge Raffy, fait de l’ombre à Valérie Trierweiler. Celle-ci aurait exigé de ne plus trouver de mention de son ex-rivale, finaliste de l’élection présidentielle de 2007. VT a même demandé à Serge Raffy, lors d’une interview en 2009, de ne pas écrire une seule ligne sur Ségolène dans ses livres sans quoi elle-même refusait d’être citée.

Sur le plateau de C à Vous le 29 septembre Serge Raffy, biographe du président et Rédacteur en Chef du Nouvel Obs, raconte comment le baiser forcé de la victoire imposé à François Hollande avait mis celui-ci mal à l’aise, l’avait presque pris en otage. Il mentionne également les scènes mémorable faites par la Trierweiler. Il parle d’hystérie, et c’est elle qu’il qualifie d’empoisonneuse.

Pour la petite histoire (qui a malheureusement rejoint la grande avec le déballage intime de la poissonnière), cela montre une Trierweiler violente, enragée, dominatrice, stalinienne, revancharde, tyran, peut-être borderline quand on voit comment elle s’humilie elle-même dans son livre pour accréditer l’image victimaire. Bref, en réalité tout sauf l’image de victime idéale, de femme bafouée qu’elle tente de vendre. Une vraie féministe, quoi: elle joue sur tous les tableaux. La séparation fut une blessure? Une blessure narcissique, certainement. Mais enfin, supporter une telle furie, il fallait le faire. Avec moi elle aurait dégagé au bout de trois jours. Ils se sont servis mutuellement l’un de l’autre. Personne n’est victime.

 

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Serge Raffy donne aussi des pistes intéressantes pour mieux comprendre François Hollande. C’est un homme totalement pudique. Personne ne sait ce qu’il ressent. D’où le titre du livre: «Moi, l’homme qui rit». Ce titre est emprunté à Victor Hugo. Celui-ci avait écrit «L’homme qui rit», histoire d’un homme balafré dont on croit toujours qu’il rit, et par conséquent dont on ne connaît jamais les vrais sentiments. Un film a été tiré de l’oeuvre de Hugo.

Donc François Hollande ne parle pas, ne communique pas clairement, se cache, se retient. Il a tout de la carpe. Le concubinage avec la poissonnière a dû être souvent rock’n’roll...

Du coup la discrétion de Fanfrelande s’explique mieux. Il ne supporte pas de s’étaler en public. D’où cette apparente froideur, cette rigidité, ce formalisme, ce discours convenu et sans âme. Le communiqué qu’il a fait diffuser pour annoncer sa rupture est dès lors parfaitement juste dans le ton et dans la forme:

«Je fais savoir que j'ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler.»

Ce communiqué a été beaucoup critiqué: «goujat», «macho» font partie des noms d’oiseau dont on a affublé FH. La poissonnière le cite elle-même dans son livre: 18 mots froids. Ce disant elle ne fait qu’un copié-collé des commentaires de journaux. Elle reprend après-coup ce qui fait mouche en le présentant comme sien, comme originel. Procédé intellectuel très discutable. Or l’annonce de Hollande ne pouvait pas être autre. Il dit «Je» plutôt que «Nous»: c’est une évidence. C’est lui qui rompt, il dit «Je» parce qu’il en assume la décision et la responsabilité. Dire «Nous» aurait été prolonger le couple et installer une forme d’intimité à laquelle il se refuse justement.

Il n’y exprime aucun sentiment, aucun regret, n’y met pas un mot pour son ex-compagne? Mais cela ne nous regarde pas! Il ne l’a pas mêlée publiquement dans un déballage intime, signe de sa forme de respect envers elle. L’associer, c’eût été raconter les bons moments pour lui rendre hommage, mais aussi faire état des scènes qu’elle lui a faite. 

Et puis, quand Ségolène Royal a annoncé à la télévision sa séparation d’avec FH, elle n’a pas été plus diserte. Personne ne lui a reproché d’être discrète et laconique.

Donc la carpe a agi correctement sur ce coup, et l’on a tort de lui reprocher ce communiqué. C’est un mauvais procès dû à l’intoxication féministe des esprits et des médias. Le ton, les mots employés par FH, en font le propos le plus juste depuis le début de son quinquennat. Il a voulu séparer l’intime du politique. La poissonnière s’est vengée d’une place qu’elle n’a pas eu, celle d’impératrice. Et au passage a fait fortune en salissant son ex. Ce n’est pas une victime, c’est une tueuse.

Fanfan avait besoin d’une tutrice pour être président. Il paie maintenant la facture. Il paie à cause de sa propre personnalité. 

 

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Serge Raffy parle de lui comme d’un reblochon: la croûte est dure, l’intérieur est mou. Il voit en Hollande le premier président susceptible de désamorcer la dérive monarchiste française. Ce serait plutôt un président à la scandinave, sans éclat, gestionnaire. Un président maternant. La question se pose alors de sa compétence personnelle à diriger le pays. La configuration idéale pour un président devrait être: ferme à l’intérieur et souple à l’extérieur. Or ce n’est pas le cas. 

En ce sens l’épisode Trierweiler, bien que ressortant de la sphère privée, est révélateur d’une incompétence émotionnelle pouvant rejaillir sur les affaires de l’Etat. Et c’est le cas: il n’a pas su faire taire la gorgone et se retrouve éclaboussé de venin et de boue. Il ne sait pas convaincre ses propres troupes des raisons de sa nouvelle ligne politique.

Je comprends mieux le personnage sous l’angle de la pudeur. Il n’empêche que sa politique, qui devient enfin plus réaliste, est grevée par la première moitié du quinquennat: le budget 2015 ne peut réaliser de vraies économies ni relancer la croissance, parce qu’il ne peut d’un coup lâcher la bride aux entreprises - moteur de l’indispensable croissance - sans augmenter les impôts ailleurs ni démanteler en partie l’Etat providence. Or la pression fiscale est déjà limite en France. Sa marge de manoeuvre est très étroite.

La relance sera lente, forcément lente, probablement insuffisante, car FH ne peut mettre le paquet sans casser temporairement l’emploi, comme en Espagne ou en Angleterre. Sa politique est condamnée à ne faire avancer la France qu’au rythme d’un filet d’eau, là où il faudrait un torrent. Selon le journaliste FH veut traiter la France comme une porcelaine. Il est vrai que les grands équilibres ne se gèrent pas comme on conduirait une pelleteuse. Mais à force d'être prudent rien ne se passe.

La politique initiée par François Hollande reste discutable - mais la droite n’aurait guère plus de marge de manoeuvre - et je continue à penser qu’il n’a pas la bonne configuration de personnalité pour être président d’après ce qu’il montre. Par contre je modère ma critique sur la personne, par respect pour sa pudeur intime. Dans cette ligne de pudeur son communiqué de rupture était en réalité, et contrairement à l’opinion aujourd’hui répandue, respectueux de son ex-compagne. Le lui reprocher est un mauvais procès.


A écouter, sur France Inter: 

 

 

 

Commentaires

J'aimerais bien comprendre de quel droit la Rottweiler s'était permis de demander n'importe quoi au sujet de la mère de ses enfants, à François Hollande, bien que mou ... cela ne se fait.
Du moins entre femmes de bonne famille.
Visiblement, la Rottweiler ... ne possède pas l'éducation requise.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 02 octobre 2014

Une question d'éducation, j'ai le même sentiment. Plus un caractère assez extrême. Il y avait une sorte de mésalliances entre eux: lui très pudique, elle si impudique. Mais Hollande n'avait pas le pistolet sur la tempe, il a trouvé ses avantages dans cette relation, au moins pour un temps. Ils avaient besoin l'un de l'autre pour arriver au sommet.

Mais accepter de gommer les traces de Ségolène même dans l'historique du parti, là c'est too much. Il devait s'imposer. Il n'a pas tranché, il a mélangé le privé et le public, il a ouvert la porte à cette confusion qu'elle a ensuite reprise à son compte avec son livre.

Quel gâchis sur le dos de la France!

Écrit par : hommelibre | 02 octobre 2014

Peut-ête faudrait-il exiger d'un candidat à la présidence d'un pays qu'il soit un peu plus (ou mieux) que "ordinaire". Autre possibilité, que le régime mis en place ne mette pas son "ordinarité" (ou médiocrité personnelle) en lumière.

Écrit par : Mère-Grand | 03 octobre 2014

Hollande n'est pas un homme antipathique. On sent qu'il a une bienveillance de principe envers les autres, une absence de mépris ou de sentiment de supériorité. D'où ses succès électoraux dans la campagne corrézienne, un univers à mille lieux sans doute de ses références culturelles et familiales. D'où sa victoire face au clivant, agressif et arrogant Sarkozy. Mais dans le même temps, on sent aussi chez lui une certaine absence de curiosité pour ce qui est différent. Il sait et même il ressent certainement qu'il faut aider les pauvres, donner de l'emploi aux ouvriers, écouter les doléances des campagnards, respecter les femmes, défendre les homosexuels contre les discriminations, soutenir les classes moyennes, sans trop attaquer les riches, mais on voit bien que tous ces gens, dont les besoins et les habitudes sont bien éloignés des siennes, ne le fascinent guère. Il est assez significatif qu'il ait avoué une fois ne jamais lire de romans. D'où cet absence de flamme, d'incarnation dans le discours. D'où cette froideur, cette gravité compassée qu'on ressent quand il s'agit d'aborder des sujets qui devraient normalement aller sur le terrain de l'émotionnel. D'où ces postures d'Homme D'Etat surjouées quand il s'agit de déclarer la guerre, de rendre hommage à des anciens combattants, ou de démêler sa situation familiale. ça n'en fait pas un butor sans coeur, mais cela donne un aspect évanescent et fuyant à sa personnalité, qui contribue encore un peu plus à brouiller son message politique (qui n'avait pas besoin de cela). Il est pareil à un acteur qui connaîtrait à la perfection son texte mais qui jouerait sans passion de peur de sombrer dans le mauvais goût.

Écrit par : F-Cat | 03 octobre 2014

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