18 septembre 2014

Traversée du lac : le bluff de Luc Barthassat

Surprise lors du débat sur la traversée de la rade, organisé par la Tribune de Genève. Le Conseiller d’Etat à la mobilité, Luc Barthassat, a fait quelques annonces spectaculaires. N’a-t-il pas plongé en plein populisme?


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Ce Conseiller d’Etat, en plein charity show, très occupé à se montrer en minishort jaune sur les réseaux sociaux et à faire sa pub avec un seau d’eau sur la tête, a déjà balayé le vote à venir. 

Mardi il a fait un pas de plus. Il affirme que les travaux de la grande traversée du lac peuvent commencer en 2025. C’est un magicien ce Barthassat. La Berne fédérale a remisé tout projet de ce genre pour longtemps, et voilà que lui le sort de son chapeau comme un glaçon d’un seau de champagne.

J'imagine qu'une telle annonce doit reposer sur un projet élaboré. On attend qu’il nous en donne la teneur et le mode de financement. S’il dit vrai, l’initiative lancée par le PLR pour cette traversée est inutile. Ne les aurait-il pas mis au courant? Et s’il ne leur a rien dit, serait-ce qu’il n’avait rien dans ses poches? Ne serait-ce qu’un bluff? C'est vrai que si je regarde son short jaune, il n'y a pas grand-chose... dans les poches. Mais peut-être dans son cahier jaune. Vite écrit sur un coin de table? Il y a quoi dedans: la liste des courses? 1: passer à l'épicerie racheter des glaçons?

 

Ecoulement de la nappe phréatique

Selon monsieur Barthassat, le tunnel diminuerait l’écoulement de la nappe phréatique de 70%. Là encore il ne donne pas de source à son chiffre et n'explicite pas ce qu'il veut dire par écoulement. Techniquement, le creusement de tunnels est bien maitrisé. On construit aujourd’hui dans toutes les sortes de terrains. Les coulis injectés en sections divisées offrent une étanchéité testée, sûre et reproductible. C’est le cas pour le CEVA, qui traverse la nappe du genevois (dérogation fédérale obtenue).

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La réalisation de la section du Val d’Arve à Carouge illustre la technique:

«La position géographique de l’ouvrage en fait sa particularité. En effet, située en bord d’Arve, la tranchée couverte se trouve dans la nappe phréatique d’eau potable du Genevois et dans les dépôts alluvionnaires de la rivière alpine. (...) Les manchettes d’injection ont été positionnées sur les 3 mètres d’épaisseur du radier injecté, où un coulis de bentonite / ciment a été mis en oeuvre.»

La technologie de traversée des nappes phréatiques est donc déjà à l’oeuvre à Genève. A l’heure actuelle, le percement de la nappe est réalisé dans la plus grande sécurité. Les opposants font mine de ne pas le savoir. Pourquoi?

La nappe en question est celle du Genevois (ou de l'Arve) dans sa pointe nord, dans le quartier des Eaux-Vives (Image 2, Etat de Genève). Elle contribue, avec d'autres nappes régionales, à approvisionner les genevois à hauteur de 20% de leur consommation, le lac fournissant pour sa part 80% de la consommation d'eau potable. Cette nappe a une épaisseur de 30 à 90 mètres, sur une surface de 30 km2. Elle est prise entre des couvertures glaciaires étanches datant de plusieurs dizaines de milliers d’années. Selon le service de géologie de l'Etat de Genève: 

«Pour la région genevoise, on s’accorde à penser que la dernière phase glaciaire importante a duré de -40’000 à -13’000 ans avant l’époque actuelle. Durant cette période, il s’est accumulé jusqu’à 120 mètres de dépôts glaciaires par dessus la molasse et dans les anciennes vallées creusées dans cette molasse.»

Une nappe se remplit et se vide. Ici l’écoulement (la vidange) se fait par trois nappes superficielles. Selon un article de 1981 signés par Gad Amberger, Ulrich Siegenthaler et Pierre Verstraete publié dans Eclogae Geologicae Helvetiae:

«Ces exutoires sont souterrains vers des nappes situées à des niveaux moins élevés. Ils ne donnent pas lieu à des sources pouvant être jaugées. Vers le nord, l'écoulement naturel se fait vers la nappe superficielle du lac, située dans des graviers de terrasse et des remblais. A l'autre extrémité, un second écoulement se produit vers la nappe du Rhône par un sillon dirigé au nord-ouest entre Soral et Avully. La troisième voie d'écoulement connue se trouve sous la vallée de la Laire et se dirige également vers la nappe du Rhône.»

rade,tunnel,traversée,geneve,luc barthassat,lac,geneve,votation,nappe phréatique,La nappe a donc plusieurs écoulements, et le tunnel du CEVA n'est pas accusé de réduire le mouvement de la nappe.

 

L’investissement dans le tunnel n’est pas seulement financier

Il est aussi question d'image de la ville internationale, de qualité de vie des citoyens automobilistes ou piétons sur les quais, d'économie pour l'avenir de Genève, d'égalité pour désenclaver la rive gauche, entre autres. La mobilité touche aussi l'emploi. Maintenir les entreprises et les organisations internationales c'est assurer de l'emploi et des revenus. 

Sur le financement de son bluff de 2025, on remarque que monsieur Barthassat n’articule aucun chiffre. Au minimum certaines estimations l’évaluent à 4 milliards. Le TCS, lui, chiffre le tunnel sous la rade à 1’500.- CHF par genevois, soit moins d’un café-croissant par jour pendant une année. Et l'on a, ces dernières années, trouvé de l'argent, beaucoup d'argent, pour différents projets (BCGe, fonctionnaires, par exemple)

Pas de quoi s’affoler donc. Mais face à cette réalité qui contrarie son choix politique, le Conseiller d’Etat Luc Barthassat se fait soudain très actif. Passons sur les feux oranges de nuit pour certains carrefours. Par ce signal il voudrait se montrer favorable à la mobilité. Mais par ailleurs, sous prétexte que les caisses sont vides, il «punit» les usagers des TPG et nous menace tous de bien pire si l’on approuve la traversée de la Rade. En réalité, le magistrat sait probablement que sa revanche TPG sera refusée par le Parlement qui n’acceptera jamais 40 licenciements de chauffeurs.

Et il sait aussi que l’argument des caisses vides ne tiendra pas face au besoin que nous avons tous de pouvoir circuler mieux en ville et déambuler plus agréablement sur les quais, ou en regard de dépenses futures (grande traversée du lac). Sa décision est bien une sorte de punition, mais contre-productive. Les usagers étant encore plus tassés dans les trams aux heures de pointe, il y aura de quoi donner envie de prendre sa voiture. Monsieur Barthassat peut venir dans le 12 ou le 14 pour se rendre compte. Même en minishort jaune... Il mettra sa photo sur Facebook. Saint Luc dans la populace, gardien de la tradition des Verts, assurant défendre Genève contre les progressistes de la traversée de la rade.

La traversée de la rade est un investissement qu’une ville comme Genève doit se permettre pour le bien-être de ses habitants et de tous les usagers de la route. Et si les autorités ne souhaitent pas financer seules ce projet pour alléger la facture de leurs contribuables, qu’on la propose aux caisses de pension. Elle trouveront là un investissement très rentable au vu de l’utilisation élevée qui en sera faite. Ou imaginons un péage électronique ou une vignette. Ce n’est pas si compliqué. D’autres villes le font. Quand on veut, on peut!

 

Oui à la traversée de la rade le 28 septembre

Pour Genève

Pour tous à Genève

 

 

Je termine par ces images du JT sur la gestion de l’eau par les Services Industriels, avec quelques bons conseils en fin de vidéo. 

 

 

 

 

00:30 Publié dans Environnement, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : rade, tunnel, traversée, geneve, luc barthassat, lac, votation, nappe phréatique | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Faire voter au National des motions en faveur des chats, cela il sait y faire.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 septembre 2014

Le PDC et le PLR se sont décrédibilisés en annonçant à grands cris une traversée du lac financée par la Confédération, quelques jours avant que Berne ne démente.

Dans le fond, n'est-ce pas surtout l'origine UDC de cette initiative de traversée de la Rade qui gêne les partis gouvernementaux? Car il faut bien voir que ceux-ci jouent gros: même sur un sujet d'urbanisme et de transport (et non pas sur les thèmes nauséabonds habituels), c'est l'UDC qui dicte l'agenda politique à Genève.

Nappe phréatique, atteinte à l'eau potable... autrement dit, l'UDC va empoisonner nos sources. N'est-on pas en train de ressortir, contre un adversaire constamment diabolisé, la vieille accusation que l'on portait jadis contre les sorcières?

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 18 septembre 2014

Comme le GSsA lors de la votation du Gripen, l'UDC a eu la sagesse de se mettre en retrait dans la campagne pour la traversée de la Rade, laissant le lead au TCS.
Je salue ce flair politique qui devrait contribuer à améliorer l'image du parti dans notre canton.
En face, il n'y a pour ainsi dire rien. Le principal argument du financement vient de tomber avec la reconnaissance que l'alternative proposée par les autres partis coûtera entre 3 et 4 fois plus à Genève.
Ne restera plus que la posture du mauvais perdant qui a déjà annoncé un refus programmé par la majorité des députés de voter les crédits d'études et de lancer nombre de recours.
Voilà qui va sérieusement modifier les rapports de force au parlement lorsque la population lésée sanctionnera ces partis en dérive.

Écrit par : Pierre Jenni | 18 septembre 2014

@ Raphaël:

l'argument anti-UDC, qui était un peu tombé, vient en effet de ressurgir sous la plume d'un opposant, je l'ai lu hier. Or le sujet dépasse de loin les tranchées partisanes, puisqu'il s'agit aussi d'un choix de développement pour Genève.

Écrit par : hommelibre | 18 septembre 2014

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