04 août 2014

Mère porteuse: son enfant handicapé est refusé par les parents adoptifs

Beaucoup de parents préfèrent un bébé de bonne qualité - je veux dire, de manière provocatrice, en bonne santé - à un enfant malade. Il n’y a pas lieu de s’étonner ni d’en être choqué. Quels parents ne désirent pas des enfants sains et porteurs des meilleures conditions? Et qui ne souhaite pas choisir ces conditions, si c’est possible?


mère porteuse,thaïlande,trisomie 21,australiens,parents,sperme,ovule,marchandisation,reproduction,mariageBébé sur catalogue

L’enfant n’est plus aujourd’hui un don de la nature: c’est un choix. Et qui dit choix dit élargissement de la notion de marché. On peut par exemple choisir le donneur de sperme dans certains pays. Au Danemark la société spécialisée Cryos communique de nombreux détails sur le donneur non anonyme:

«Sur un site Internet multilingue, les clientes peuvent combiner les caractéristiques afin de dénicher le géniteur idéal, et commander en ligne. Outre les critères classiques– couleur de la peau, groupe sanguin, diplômes–, il y a les options: arbre généalogique, entretien avec le donneur sur ses souvenirs d’enfance, reproduction d’un message manuscrit, «test d’intelligence émotionnelle», photo de monsieur lorsqu’il était bébé.»

Certains pensent que leur bébé ressemblera au père, comme sur cette image du site imgur.com. Ce qui n’est pas automatique. Mais après tout, des parents fertiles n’ont-ils pas eux aussi des rêves et des ambitions pour leurs enfants? Une femme qui rencontre une homme et fonde une famille ne suit-elle que ses sentiments? N’a-t-elle pas aussi des options inconscientes qui sont cochées dès la première rencontre: taille de l’homme, santé, capacité protectrice, etc, et vice-versa pour les hommes? Consciemment ou non, je crois que nous choisissons.

Avec l’extension du phénomène des mères porteuses la possibilité de choix augmente. Intervient alors une notion sur laquelle la société se construit: la liberté individuelle, et donc la liberté de choix.

 


Le cas récent de la Thaïlande

Ce qui s’est passé en Thaïlande en 2013 est parfaitement dans cette ligne actuelle. La liberté individuelle, le libre choix de vie, incitent à choisir son bébé. La marchandisation de la procréation, pour laquelle dans certains pays tant le donneur de sperme que la mère porteuse sont payés, crée un nouveau domaine d’offre et de demande. Si au 

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Danemark un donneur reconnaît vendre régulièrement son sperme pour payer son loyer - même au-delà de la limite légale, ce qui augmente le risque de consanguinité dans les populations, une mère porteuse thaïlandaise espérait quant à elle payer l’éducation de ses enfants et liquider ses dettes avec cette grossesse, payée 16’000 dollars par un couple australien.

Après trois mois de grossesse la mère apprend qu’elle porte des jumeaux, une fille et un garçon. Et que ce dernier est atteint de trisomie 21. La mère refuse d’avorter: ses convictions bouddhistes s’y opposent. Après l’accouchement les parents australiens vont prendre la fille qui est en bonne santé, et refusent le garçon.

La femme thaïlandaise l’élèvera donc elle-même.

Choquant? Immoral? Non: c’est le prix de la liberté moderne. Si l’on partage l’idée que tout est une question de choix, le genre par exemple, si l’on admet l’équivalence ontologique du mariage homosexuel par rapport au mariage hétérosexuel, on doit accepter logiquement la PMA (Procréation Médicale assistée) et la GPA (Grossesse Pour Autrui, soit les mères porteuses), et donc l’on en vient naturellement au choix de son bébé: choix de la mère porteuse et choix du donneur de sperme.

Dans le cas du don de sperme la femme peut bien sûr prendre un donneur anonyme. Mais alors l’enfant ne saura jamais qui est son géniteur, et l’on sait que c’est une cause de souffrance. Dans le cas de la mère porteuse on sait toujours d’où elle vient. Le choix peut être économique - une grossesse indienne coûtant moins cher qu’une grossesse américaine, mais le choix se posera de manière inéluctable.

 

 

Limite

Y a-t-il une limite à cette marchandisation et au choix individuel? Difficile d’y répondre en liant les deux. La marchandisation de l’humain est proscrite, mais la liberté individuelle est souhaitée. Interdire la marchandisation c’est limiter la liberté de procréation. Et si l’on interdit la PMA et la GPA, qu’en sera-t-il des couples hétéros infertiles? La marchandisation les concerne également.

mère porteuse,thaïlande,trisomie 21,australiens,parents,sperme,ovule,marchandisation,reproduction,mariage,«Le terme technique est “don” d’ovocytes mais, pour les jeunes femmes asiatiques, céder ses ovules à un couple stérile peut rapporter assez d’argent pour se payer une voiture d’occasion ou un semestre à l’université. Les lois du marché qui régissent les prix du coton, du cuivre et d’autres matières premières sont aussi celles qui permettent actuellement aux femmes asiatiques d’exiger 10 000 à 20 000 dollars [environ 7 700 à 15 400 euros] pour leurs ovules, aussi appelés gamètes ou ovocytes. Les femmes appartenant à d’autres groupes ethniques touchent en général environ 6 000 dollars [4 600 euros] quand elles arrivent à vendre leurs ovules.Le personnel des cliniques explique que la prime accordée aux femmes asiatiques reflète la pénurie de donneuses par rapport au nombre croissant de couples asiatiques stériles qui veulent un enfant qui leur ressemble.»

On remarque que dans les pays où vendre son sperme ou ses ovules est autorisé, l’ovocyte se paie bien plus cher que le sperme. Il y aurait une raison morale discriminant femmes et hommes:

«Aux États-Unis, le don de gamètes est rémunéré. Mais cette rémunération est nettement supérieure pour les femmes (l’équivalent de 3 000 euros environ par don d’ovule) que pour les hommes (entre 35 et 70 euros pour un échantillon de sperme convenable). Comment expliquer une telle différence ? La procédure médicale est-elle plus lourde et contraignante pour elles ? Pas vraiment. Les femmes subissent certes un traitement hormonal pendant six semaines et un acte de chirurgie pour prélever l’ovule. Mais l’homme doit, lui, signer un contrat où il s’engage à fournir un ou deux échantillons hebdomadaires de sperme pendant un an, chaque « livraison » devant être précédée d’une période d’abstinence sexuelle de 48 heures. Autre explication possible : la loi de l’offre et de la demande ferait que l’ovule serait un bien beaucoup plus rare, et donc plus cher. Mais là encore, ça ne tient pas : si les femmes produisent un petit nombre d’ovules, il existe un grand nombre de candidates au don, alors que les banques de sperme ont du mal à trouver de bons candidats.

mère porteuse,thaïlande,trisomie 21,australiens,parents,sperme,ovule,marchandisation,reproduction,mariage,En fait, l’enquête de Rene Almeling montre que les significations attachées au don de gamètes sont très différentes selon qu’il s’agit d’ovules ou de sperme. Les professionnels du marché de la fertilité conçoivent le don d’ovules comme un véritable cadeau, un geste altruiste d’une femme qui souhaite aider un couple. Tandis que le don de sperme est présenté comme un travail. Alors que l’on tolère largement que les hommes ne soit là que pour l’argent – « Soyez payés pour ce que vous faites déjà ! », dit une publicité –, les candidates au don qui se montreraient trop ouvertement « intéressées » sont écartées par les agences. Elles subissent d’ailleurs un examen psychologique dont les hommes sont dispensés.» 

 

Les appareils présentant un défaut peuvent être renvoyés au fabricant ou au détaillant. Verra-t-on ainsi un droit de retour après délai pour bébés porteurs d’anomalies? Et pour rentabiliser la grossesse, des femmes en viendront-elles à suivre des traitements hormonaux afin de multiplier le nombre de bébés qu’elles peuvent porter?

D’accord, l’exemple de l’araignée comme mère porteuse est quelque peu excessif...

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Faudrait que le père et la mère porteuse se soumettent à des analyses qui diraient lequel des deux est le porteur du gêne!

'Ecoeurée!

Écrit par : Patoucha | 03 août 2014

D'autres "progrès" sont annoncés !

Voie basse, césarienne ou utérus artificiel ? (I/II)

http://tinyurl.com/o7z64uh

Pour en finir avec l'accouchement : l'utérus artificiel ! (II/II)

http://tinyurl.com/pll32hj

Écrit par : jaw | 04 août 2014

J'avais bien raison de l'écrire, un homme est une femme comme les autres.

"Une femme qui rencontre une homme et fonde une famille ne suit-elle que ses sentiments?"

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 04 août 2014

Bonjour: il conviendrait de savoir si la mère portait l'enfant des australiens( embryon des parents biologiques implanté dans mère porteuse) ou si la mère avait fourni l'ovule. Juridiquement, cela doit faire une différence. Cela montre que ces situations n'ont rien de simple, et que d'autres cas de ce genre risquent de surgir....

Écrit par : pfff | 04 août 2014

@Homme libre ,

Bonjour,

Merci pour ce billet bienvenu...vraiment!

Voici un ouvrage et un auteur dont la fréquentation est indispensable pour les francophones,notamment, parce qu’elle connait très bien l'état du débat en Amérique du Nord: "Le corps-marché"

de Céline Lafontaine

Éditions du Seuil 2014:

http://www.seuil.com/auteur-3559.htm

http://www.seuil.com/livre-9782021038880.htm


"Sang, tissus, cellules, ovules : le corps humain, mis sur le marché en pièces détachées, est devenu la source d’une nouvelle plus-value au sein de ce que l’on appelle désormais la bioéconomie. Sous l'impulsion de l'avancée des biotechnologies, la généralisation des techniques de conservation in vitro a en effet favorisé le développement d'un marché mondial des éléments du corps humain."

Elle est une des rares à essayer de comprendre et de connaitre les conséquences de ces choix,au-delà des a priori "progressistes" dominant encore les médias.

Écrit par : Montagnard | 04 août 2014

Ecoeurée, dégoûtée, etc.. lorsque l'on sait que des femmes prennent le risque de suivre des traitements lourds pour enfanter et des hommes des opérations (la fertilité masculine existant aussi), ce couple voulait donc un enfant sans défaut !

Au fait c'est quoi un enfant sans défaut ?

Un enfant répondant oui sans jamais poser de questions, sans jamais être malade, y compris les traditionnelles maladies infantiles, être premier de classe, faire des études et du sport en terminant systématiquement premier pour ... surtout la fierté de ses parents !

Écrit par : Lise | 04 août 2014

En Italie, les gynécologues qui sont des objecteurs de conscience sont de plus en plus nombreux.

La Russie avait décidé de ne plus proposer des enfants à l'adoption vers des pays qui comme la France, ont adopté le mariage entre personnes du même sexe.

Il y a là une dérive qui met en péril l'adoption des enfants déjà nés, qui n'ont rien demandés à personne, ... , eux !

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 04 août 2014

Je suis d'accord sur le fait de faire appel à une mère porteuse mais je trouve cela révoltant que sous prétexte que l'enfant ne répond pas à nos attentes.
Dans les cas du genre de l'enfant trisomique, je trouve que qu'on devrait prévoir des clauses à l'avance dans le contrat afin d’éviter que cela ne se répercute sur l'un ou l'autre des parties et surtout sur l'avenir d'un enfant car les malformations ou les maladies génétiques se repèrent très bien à l'avance.

Écrit par : Annuaire | 04 août 2014

les acheteurs du bébé, s'il avaient été féconds, n'auraient certainement pas gardé un embryon d'un enfant trisomique, alors pourquoi garderaient t'ils un enfant trisomique d'une femme qui leur loue son ventre, aucune raison, leur donner tort ce n'est que du compassionnel mal placé, de quels droit les gens les dénigrent-t’ils !!!

heureusement qu'ils ont gardé l'anonymat sinon ils seraient harcelé par des imbéciles qui les insulteraient, de quelle droit cette mère parle t'elle de honte à leur encontre.

"Un enfant répondant oui sans jamais poser de questions, sans jamais être malade, y compris les traditionnelles maladies infantiles, être premier de classe, faire des études et du sport en terminant systématiquement premier pour ... surtout la fierté de ses parents !"

un enfant trisomique est loin très loin de cette définition. il ne sera jamais autonome, c'est un boulet pour des parents, qu'on soigne déjà correctement les gens normaux avant de faire de l'humanisme avec des boulets.

le compassionnel d'une mère c'est bien mais c'est toute la société qui aident financièrement ces familles qui ont voulu garder des boulets.

Écrit par : leclercq | 04 août 2014

@Leclerc: J'ose espérer que votre post est du deuxième degré car autrement on pourrait se demander pourquoi à votre naissance on ne vous a pas traité comme ce petit qui est peut-être trisomique mais ne raisonnera jamais comme ça, même si ça coûte à la société.

Écrit par : grindesel | 04 août 2014

si on fait des amniosynthèse pour détecter les trisomiques il y a bien une raison

Écrit par : leclercq | 05 août 2014

Leclerc, il existe des pays ou après chirurgie esthétique et une scolarité adaptée des trisomiques vivent une vie normale travaillent et sont indépendants....ce n'est pas le cas de beaucoup de gens "normaux"...comme quoi on peut se tromper.

Écrit par : pat | 05 août 2014

@ pat

tout dépend à quelle niveau de trisomie ils sont, ils ont tous des problèmes cardiaques à des stades différents, 30ans est en général un maximum, mon épouse en a eu un qui travaillait en usine, mort à 39 ans, il ne s'est jamais mis en couple consciemment connaissant la réalité de son état, celui de cette femme a déjà des graves problèmes à la naissance, ça serait déjà bien s'il arrive à dix ans.

Écrit par : leclercq | 05 août 2014

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