16 juin 2014

Mort pour Facebook

La rivière est Vilaine. C’est son nom. Elle coule en Bretagne. Une rivière, un fleuve au vrai, qui se noie dans l’Atlantique. De nombreux affluents lui donnent par endroits des profondeurs impressionnantes: jusqu’à 6 mètres de fond.


facebook,défi,eau,resto,vilaine,décès,vélo,C’est le cas là où un jeune homme de 19 ans s’est noyé. Attaché à son vélo. Il répondait à un défi Facebook. Le nom du défi: «A l’eau ou au resto». A l’eau? Rien à voir avec Nabila. Le défi? Se jeter à l’eau, froide si possible, avec ses habits ou quelque chose de spécial, et demander à trois amis de faire pareil. S’ils ne remplissent pas le défi, s’ils se «dégonflent», ils devront payer le resto.

 

 

Le jeune homme s’est fait filmer dans sa tentative - la vidéo devant ensuite être postée sur Facebook au titre de preuve de sa prestation. Il a plongé avec son vélo, attaché à sa cheville par une corde de un mètre pour ne pas le perdre. Il n’a ‘as perdu son vélo. Il a perdu la vie. Le vélo l’a emporté au fond. Mort noyé sous les yeux de deux camarades qui n’ont pu le sauver.

Il y a quelques temps un autre jeune homme a plongé dans la mer tête la première, dans un petit fond: il est aujourd’hui hospitalisé, peut-être paralysé à vie.

Le désir de se mettre en danger ou en scène fat partie d’une création de son identité et d’un dépassement de soi. A 17 ans les adolescents Masaï vont lutter contre un lion avec une simple lance: rite de passage de l’enfance à l’adulte. Ici, sur Facebook, on trouve certainement un même élan à se surpasser, mais l’enjeu est nettement moins grandiose. Se jeter dans l’eau vous fait éventuellement gagner un repas au restaurant, pas une considération sociale ni un diplôme de survie. A moins d’en mourir, les héros sont petits bras. Mais bon, c’est parfois par le petit qu’on apprend le grand.

Si le désir de dépassement et le besoin de prouver socialement sa valeur sont très humains, rien n’empêche de répondre à des défis avec un minimum de réflexion. Si l’on me mettait au défi de courir un marathon, je déclinerais l’invitation. Je ne tenterais même pas de m’entraîner. Ce n’est ni dans mes ambitions ni dans mes capacités. Pas cap pour ça.

Dans ce défi Facebook, le fait de nommer trois autres personnes doit être considéré comme un voeu, pas comme une contrainte. Car non, nous ne sommes «pas cap» de tout. Et il n’y a aucune honte à cela. Nous n’avons pas plus l’obligation de payer le resto si nous ne remplissions pas le défi. L’injonction nominative n’a aucune valeur si nous n’en avons pas décidé par nous-même. Nous restons libres de choisir le domaine que nous estimons assez important pour mettre notre vie en danger.

Dans ce défi FB, avec des vidéos mises en lignes, les héros ne sont pas ceux qui se jettent dans l’eau froide. C’est inconfortable mais pas impossible. On oublie vite ceux qui sautent et que nous ne connaissons pas. Les amis du réseau ne sont pas des amis mais des modules viraux. Le héros c’est le réseau lui-même qui rend viral et diffuse rapidement des exploits qu’un groupe aléatoire a décidé de montrer. Le réseau est visité, les créateurs du défi font le buzz, et les internautes regardent défiler les vidéos l’une après l’autre. L’exploit, si c’en est un, est bien plus de réunir autant de gens pour un enjeu aussi maigre que de plonger sans réfléchir.

Il serait intéressant de savoir si, depuis ce décès, la page a été davantage visitée. Page qui pourrait être sous-titrée: «A l’eau ou au resto, ou mourir pour Facebook». Ça a quand-même plus de gueule, non?


Image Ifremer, la Vilaine

 

 

 

15:07 Publié dans Divers, société | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : facebook, défi, eau, resto, vilaine, décès, vélo | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

@Hommelibre C'est une nouvelle forme du jeu de l'avion mais là on y perd la vie, ou une imitation de la Chaine Saint Antoine qui prédisait mille et un malheurs à celui qui n'écrirait pas un texte sous forme de prières pour faire suivre à trois personnes différentes
Ce qui prouve s'il en était besoin que Facebook n'est qu'un réseau qui joue avec la santé mentale et la vie des jeunes abonnés ou alors c'est une nouvelle forme dérivée du suicide
Si les émissions Défis proposés par différentes chaines TV mènent à ce résultat autant les supprimer surtout quand on voit l'état physique proche du collapsus de certains participants qui sont prêts à mettre leur vie en jeu juste pour le plaisir du paraitre.
On a critiqué Koh Lanta mais ces nouvelles émissions sont carrément débiles et le mot est faible surtout que les gourous sont peut-être membres de sectes et dans ces milieux là plus on est de fous plus on rit ,c'est bien connu !
Merci pour votre blog et toute belle soirée

Écrit par : lovsmeralda | 16 juin 2014

La Scientologie est connue pour lancer des défis aux adhérents et toute secte qui se respecte aura à cœur de ruiner la santé et la joie de vivre à chaque membre.

Écrit par : lovsmeralda | 16 juin 2014

"A 17 ans les adolescents Masaï vont lutter contre un lion avec une simple lance: rite de passage de l’enfance à l’adulte."

précision sur les Masaïs.

"CHAPITRE VII
CHASSEURS MASAI A LA LANCE LES BRAVES DES BRAVES
C'est au cours d'un séjour dans une petite communauté Masai, non loin du lac Magadi, que j'assistai à ma première chasse à la lance. La nuit précédente un lion avait franchi le « borna » haut de six mètres qui entourait le village, pris une vache et sauté par-dessus la barrière avec la vache dans la gueule. Je sais que cela ne paraîtra pas croyable car le lion ne pesait pas plus de quatre cents livres et que la vache en pesait sans doute près du double. Un lion peut cependant réaliser cet exploit sans plus de peine que n'en a un renard à emporter un poulet. Le lion possède un talent particulier pour se glisser partiellement sous le cadavre et en faire passer le poids sur son dos tout en tenant la gorge de la vache dans sa gueule. Lorsqu'il saute la barrière, la queue du lion devient absolument rigide et semble agir comme un balancier. Les Masai m'ont assuré qu'il n'est pas possible à un lion privé de queue de réaliser cette performance.
Je m'étais préparé à partir le lendemain matin sur les traces des lions mais les moran de cette communauté me dirent avec un certain mépris que mon aide n'était pas nécessaire. Ils prendraient eux-mêmes la situation en main. A l'époque, j'avais peine à croire qu'un groupe d'hommes pouvait tuer un lion adulte avec des lances. Je demandai si je pouvais les accompagner et emporter mon fusil. On m'en accorda poliment la permission. Ce soir-là, je chargeai ma carabine à répétition 416 R:gby (10 % 57) ne mettant pas en doute que c'était à moi que reviendrait le soin de tuer les lions que nous pourrions rencontrer. Nous nous mîmes en route au lever du jour. Je suivais les hommes armés de lances. Ils étaient dix, bien musclés, dont aucun ne mesurait moins d'un mètre quatre-vingts. Afin d'avoir la liberté de ses mouve¬ments, chaque homme avait enlevé son unique vêtement, longue pièce d'é-ofîe drapés sur les épaules, et en avait enveloppé son bras gauche. Ils portaient leurs boucliers aux couleurs brillantes en équilibre sur 98 CHASSEUR DANS LA CRÉATION
l'épaule. De la main droite ils tenaient leur lance. Les guerriers por¬taient leur coiffure de plumes d'autruches, comme s'ils partaient en guerre, ainsi que des bracelets de fourrure aux chevilles. A part cela, ils étaient entièrement nus.
Nous relevâmes les traces du lion et les moran se mirent à le traquer. Le lion s'était repu de la vache pendant la nuit et il était couché dans un épais fourré. Il y lancèrent des pierres au hasard jusqu'à ce que les sauvages grognements du félin montrassent qu'il avait été touché. Lorsque les moran eurent repéré le félin à ses furieux grondements, ils commencèrent à lancer des pierres à bon escient ; les buissons se mirent alors à s'agiter. Le lion surgit soudain à cent mètres de nous et partit en bondissant à travers la plaine, son ventre gonflé de nourriture balancé de droite et de gauche par la course.
Les Masai l'attaquèrent aussitôt, lançant leurs cris sauvages tout en volant au travers des hautes herbes jaunes. Le lion, encore lourd de son repas plantureux, n'alla pas loin. Il s'arrêta et se retourna pour tenir tête. Les hommes aux lances se déployèrent pour l'encercler. Le lion se tenait au milieu du cercle, regardant de côté et d'autre, grondant à faire, figer le sang dans les veines des hommes qui s'approchaient lentement de lui avec leurs lances.
Le lion les laissa venir jusqu'à une quarantaine de mètres. J'aurais pu affirmer, à ce moment, qu'il se préparait à charger. Il tenait la tête basse, juste au-dessus de ses pattes de devant écartées. Ses postérieurs étaient légèrement bandés de façon à pouvoir lancer ses pattes de der¬rière loin en avant et réaliser le saut maximum après son départ. Il enfonça ses griffes dans le sol, tout à fait comme un coureur à pied enfonce les pointes de ses souliers pour être sûr de ne pas glisser à sa première foulée.
Je concentrais mon attention sur la courbe inversée de sa queue qui n'annonçait rien de bon. Au moment de charger, un lion donne toujours, à intervalles très rapprochés, trois saccades à la touffe de poils qui termine sa queue. A la troisième saccade il arrive sur vous avec une rapidité effarante, allant si vite qu'il a l'air de n'être qu'une petite partie de sa véritable masse.
Les hommes aux lances savaient aussi bien que moi que le lion se préparait à attaquer. D'un geste qui parut spontané tous les bras tenant les lances reculèrent ensemble pour le lancement. Les hommes étaient dans un tel état de tension nerveuse que les muscles bandés de leurs épaules avaient de légères contractions qui faisaient jouer le soleil sur les fers de lances. Vous auriez pu leur enfoncer des clous dans le corps sans qu'aucun d'eux le sentît.
Soudain le bout de la queue du lion commença à donner ses sac¬cades. Une, deux, trois ! Il chargea alors le cercle des chasseurs ; aussitôt une demi-douzaine de lances volèrent à lui. Je vis l'une d'elles plonger dans son épaule et l'instant d'après le fer traversait son pelage du côté opposé. Cela ne l'arrêta nullement dans sa foulée. Sur sa route se trou-
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vait un des moran, un très jeune homme dont c'était la première chasse. Le garçon ne fléchit pas d'une ligne. Il se raidit pour recevoir la charge, tenant son bouclier devant lui et s'inclinant légèrement en arrière afin de mettre tout le poids de son corps dans son coup de lance. Le lion sauta sur lui. D'un seul coup il fit sauter le bouclier des mains du jeune moran comme s'il était en carton; puis, se dressant et lançant ses pattes en avant, il tenta d'agripper l'indigène.
Celui-ci mit deux bons pieds de lance dans le poitrail du lion. Mortellement blessée, la bête sauta sur lui, lui enfonçant ses griffes dans le ventre pour s'assurer une prise, tout en saisissant l'épaule du garçon entre ses mâchoires.
Le jeune guerrier s'effondra sous le poids du gros félin. Les autres moran se trouvèrent aussitôt rassemblés autour du lion mourant. Trop rapprochés pour jouer de la lance, les hommes se servirent de leurs simis à double tranchant, lourds couteaux mesurant environ soixante centimètres de longueur. S'écartant les uns les autres à coups d'épaule, ils taillaient comme des déments, frappant la tête du lion. En quelques secondes ils avaient coupé cette tête en morceaux, en commençant par le museau ; ils tranchaient trois ou quatre centimètres à la fois. Je vis un homme donner un coup terrible qui ouvrit en deux le crâne du lion, mais j'aurais de la peine à dire si l'animal était encore vivant à* ce moment-là.
Il m'avait été absolument impossible d'utiliser mon fusil pendant la bataille. Dans des cas semblables, un homme armé d'un fusil est un danger. Dès que les guerriers frénétiques commencent à encercler le lion, l'homme au fusil ne peut tirer sans avoir de grandes chances de les toucher.
J'examinai le garçon blessé. Ses blessures étaient proprement effroyables, mais cela paraissait le laisser complètement indifférent. Je le recousis avec du fil et une aiguille, procédé auquel il ne fit pas plus attention que si je lui avais caressé le dos.
La peau du lion était percée en tant d'endroits par les coups de lanc'es et les entailles qu'elle n'avait plus aucune valeur en tant que trophée. Ce n'était plus qu'une masse de poils d'un jaune sale, hachée et sanguinolente. La dignité et la majesté du noble animal avaient complètement disparu. Il ne restait qu'une misérable dépouille.
A notre retour au manyatta (village) Masai, on pressa le blessé de manger de grandes quantités de bœuf cru, puis on lui donna du sang de bétail en guise de purgatif afin qu'il puisse continuer à se bourrer. Quelques autres moran avaient été griffés par le lion, mais ils ne firent rien pour se prémunir contre l'infection, si ce n'est laver à l'eau leurs blessures. Je découvris plus tard que certaines communautés masai font macérer dans l'eau une racine de buisson appelée « olkilorite » qui lui donne la couleur du permanganate de potasse. Elle semble agir comme un antiseptique et favoriser la guérison.
J'espère que le garçon s'en est tiré. C'est lui, sans aucun doute, qui
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fut ce jour-là à l'honneur et les jeunes filles le contemplaient avec tant d'admiration que, s'il a survécu, il n'a pas eu de peine à trouver la fiancée de son choix.
Les Masai estiment que le plus courageux exploit qu'un homme puisse réaliser est de saisir un lion par la queue et de retenir l'animal afin que les autres guerriers puissent l'approcher avec leurs lances et leurs simis. Tout homme qui a réussi quatre fois cet exploit a droit au titre de « melombuki » et prend rang de capitaine. Il existe aussi une tradition qui veut que tout homme gagnant ce titre soit prêt à com¬battre tout être vivant. Je ne pense pas que plus de deux Masai sur mille deviennent jamais melombuki, encore que l'émulation des moran pour atteindre à cet honneur soit des plus ardentes. J'ai vu plusieurs de ces « tirages de queue » au cours de chasses au lion chez les Masai et je me demande encore comment les hommes qui s'attaquaient à cette performance arrivaient à en sortir vivants. Je me rappelle une chasse à laquelle avaient pris part cinquante chasseurs à la lance, sinon plus. Ils avaient levé deux lions et une lionne. Les animaux avaient essayé de gagner des broussailles touffues mais les guerriers leur coupèrent la route. Les lions se retirèrent dans un petit bosquet près d'un cours d'eau sablonneux et à sec. Lorsqu'il en a la possibilité, un lion poursuivi gagne presque toujours le lit desséché d'un ruisseau, au-dessus duquel est suspendue la voûte de verdure des buissons. En quelques minutes les moran avaient entouré le fourré et commençaient à s'avancer pour la bataille.
Comme se refermait le cercle des guerriers poussant des cris, les lions, dans leur abri, commencèrent à gronder. Puis, le plus gros des animaux bondit à Fimproviste hors du couvert et prit sa course pour retrouver la liberté. C'était un beau spectacle que de le voir foncer dans le lit du ruisseau, la queue basse et au grand galop. Il se dirigeait droit sur deux moran qui levèrent leurs lances et se préparèrent à sup¬porter la charge. Mais le gros mâle n'avait pas envie de se battre ; il voulait seulement s'échapper. D'un bond puissant il passa par-dessus les deux chasseurs, rejetant de côté l'un d'eux d'un coup de son flanc.
L'autre moran fit entendre un claquement de langue de désappro-bation, d'abord parce que les deux jeunes gens avaient laissé le lion s'échapper, mais aussi parce que celui-ci refusait le combat. J'ai sou¬vent remarqué que les vieux lions aux très belles crinières répugnent plus à se battre que les jeunes mâles ou les lionnes. Il en est de même pour les éléphants. Un vieux mâle à la belle ivoire est plus peureux qu'un jeune ou qu'une femelle. Je suppose que l'âge leur inculque la prudence. Il m'a également semblé que les lions sont capables de dis¬cerner les jeunes moran encore inexpérimentés et ils dirigent résolu¬ment leurs attaques contre eux. Peut-être n'est-ce là que le produit de mon imagination ; toutefois ces jeunes gens sont sujets à hésiter; ils manquent d'assurance dans leurs gestes et je crois que les lions savent le déceler.
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Autour du fourré, les chasseurs se pressaient et se bousculaient les uns les autres dans leur désir d'être les premiers à verser le sang. On distinguait clairement dans les broussailles les deux derniers lions ; ils se tenaient épaule contre épaule et tous deux poussaient des gronde¬ments discordants. Lorsque les moran furent à dix mètres des animaux les lances commencèrent à voler. L'une d'elles atteignit aux reins la lionne qui sortit du fourré en poussant un hurlement de fureur et de souffrance. Elle resta un instant dressée sur ses pattes de derrière, agitant celles de devant, comme le cimier d'une armure. Puis, elle se laissa retomber pour mordre la lance plantée dans son flanc. A ce mo¬ment, un des moran jeta sa lance et, bondissant en avant, la saisit à la naissance de la queue. Jamais un moran ne prend un lion par la touffe de poils de son extrémité ; un lion peut raidir sa queue comme un canon de fusil et il suffirait d'un battement pour rejeter un homme de côté.
Immédiatement les camarades du moran foncèrent, taillant à coups de simis. Dans des moments comme celui-là, les chasseurs à la lance finissent par atteindre à un degré de fureur aveugle. Ils ont l'air de tueurs-automates. Leurs visages n'expriment rien. Ce n'est pas un travail d'équiDe, chaque homme ne cherchant qu'à tuer pour son propre compte.
La lionne enfonçait ses postérieurs dans le sol afin de trouver un point d'appui pour avancer tandis que le tireur de queue la faisait reculer. Tout à coup la lionne se dressa sur ses pattes de derrière, donnant des coups de patte de droite et de gauche, contre les hommes qui l'entouraient. Bien que je visse ses coups porter, les hommes tenaient bon. Ils me dirent par la suite que, sur le moment, ils ne sentent jamais la douleur des coups de crocs ou de griffes ; ils ont atteint un degré trop élevé d'excitation. Le lion ne paraît pas plus qu'eux res¬sentir la souffrance. Les deux adversaires continuent le combat jusqu'à ce que l'un d'eux tombe, privé de sang.
La lionne s'affaissa lentement. Tout ce que je pus voir alors fut le miroitement des lames des simis tandis que les hommes, dans leur aveugle délire, tailladaient en tous sens. Lorsqu'ils en eurent fini, la tête de l'animal était découpée en lanières. Dans le corps étaient plantées une douzaine de lances et il avait l'air d'une sanglante pelote d'épingles.
Le bruit qui venait de l'autre côté du bosquet m'apprit qu'un autre groupe de chasseurs était aux prises avec un second lion. Je vis un guerrier s'agenouiller et tendre son bouclier d'un air de mépris pro¬vocant. L'instant d'après le lion avait sauté dessus, jetant l'homme à plat ventre. Le guerrier, allongé au sol, tentait vainement de donner un coup de lance tandis que le lion déchirait l'épaule qui s'offrait à lui. Je criai aux autres hommes de reculer et de me laisser tirer, mais, rien ne pouvait dominer le bruit des sauvages cris de tête des guerriers et les profonds grondements du lion tandis qu'il lacérait l'homme
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étendu sous lui. Je vis deux lances plonger dans le corps du lion, puis les moran tombèrent à coups de simis sur la bête furieuse.
Avant de mourir, outre le guerrier gisant sous le bouclier et dont il avait ouvert l'épaule, le lion avait gravement blessé un des moran qui l'attaquaient. Je fis ce que je pus pour les blessés. Tous deux portaient de profondes déchirures causées par les griffes et les crocs et perdaient énormément de sang. Comme je recousais les blessures d'un des hommes, il jeta un coup d'œil négligent aux terribles entailles et fit entendre le même claquement de langue dédaigneux que le moran qui avait vu le premier lion lui échapper. Par son attitude, le guerrier semblait dire : « Quel gêneur ! » cependant que, dans une situation comme celle-là, un blanc serait devenu fou de douleur.
Il est assez étrange que je n'aie jamais entendu parler d'os broyés par les dents des lions. Les blessures n'intéressent jamais que la chair, Sans doute les crocs du lion sont-ils assez éloignés l'un de l'autre pour se refermer autour des os. Cependant lorsqu'un lion saisit un homme à l'épaule, les crocs se rejoignent souvent dans le corps de la victime : si vous versez du désinfectant dans un des orifices de la blessure, il ressort par l'autre.
Les chasseurs à la lance m'ont assuré que les armes les plus dange¬reuses du lion ne sont ni les dents ni les griffes proprement dites, mais, ce qu'on pourrait appeler ses ergots. A l'intérieur de chaque patte de devant se trouve une griffe supplémentaire d'environ cinq centimètres de long. Ces griffes ressemblent en gros au pouce de l'homme. Elles sont recourbées et très aiguës. Les ergots sont généralement repliés le long des pattes et il est difficile de les voir, mais il peut les étendre à volonté, au noint qu'ils se tiennent presque à angle droit. Ces deux griffes sont tranchantes comme des serpes et très robustes. Le lion s'en sert pour taillader et, d'un coup de ces terribles crochets, il peut éventrer un homme.
Les lances des Masai sont fabriquées par les forgerons indigènes avec du minerai de fer qu'ils trouvent dans les rivières. Les forgerons ne connaissant pas l'art de tremper le métal, les lances sont malléables, Un homme peut aisément en plier le fer sur son genou. Mais les moran sont capables de lancer leurs engins avec une telle adresse qu'il arrive parfois que la lance traverse l'animal de part en part. Si elle touche un os elle pliera presque à angle droit. Jamais son propriétaire ne redresse la pointe avant d'être revenu au village : la lance pliée est la preuve certaine qu'il a pris part à la mise à mort et il en est grandement estimé.
Au cours de mon séjour dans la réserve j'ai aussi vu des Masai attaquer des léopards à la lance. Je tiens cela pour un plus bel exploit encore que de tuer des lions. Bien qu'un léopard ne pèse pas plus de deux cents livres, il est beaucoup plus rapide et agressif qu'un lion. Les léopards sont des animaux rusés qui demeureront couchés sans bouger jusqu'à ce que vous soyez presque sur eux. Ils chargeront alors soudai-
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nement avec une vitesse et une décision meurtrières. En outre, les léopards vivent dans des grottes et autres sombres recoins tandis que ; les lions préfèrent la brousse découverte. La situation d'un homme rampant au milieu de rochers à la recherche d'un léopard n'est pas des plus enviables.
J'accompagnais un jour trois chasseurs à la lance partis à la recherche d'un léopard qui avait tué leurs chèvres. Contrairement aux nobles lions, un léopard tuera pour le seul plaisir de donner la mort. Ce félin avait abandonné derrière lui plusieurs chèvres mortes sans même se donner la peine d'en manger la chair. Après une interminable ./ poursuite, les moran finirent par repérer l'animal dans une étroite '. bande de hautes herbes. Si le félin avait été un lion, quelques pierres l'auraient fait sortir en grondant ou tout au moins l'auraient obligé, en grondant, à indiquer l'endroit où il se cachait. Mais le léopard est une bête madrée et, quoique nous lui eussions lancé un boisseau de cailloux il ne donnait aucun signe de vie. Je n'avais malheureusement pas emmené mes chiens et il ne nous restait qu'à rabattre l'animal.
N'ayant que trois chasseurs à la lance auprès de moi, il m'était possible d'utiliser mon fusil sans craindre de toucher un des hommes. Je dis aux moran de s'écarter de chaque côté de moi et de rester bien en arrière. Je savais que lorsque le léopard viendrait, il arriverait vite. J'étais sûr que les hommes n'auraient pas le temps de se servir de leurs lances et je n'aurais qu'à peine le temps de tirer au jugé lorsque le félin bondirait. Je mésestimais les moran mais je ne me rendais pas encore compte de leur merveilleuse adresse à manier leurs longs et délicats fers de lance.
Nous marchions lentement dans des herbes montant jusqu'à la ceinture, exactement comme pour faire lever des faisans. Les moran se tenaient à quelques pas derrière moi, leurs boucliers devant eux et les lances dressées pour le lancement. Nous avancions de trente centi¬mètres à la fois, nous arrêtant constamment pour chercher à découvrir le gros félin dans les alentours. La bande d'herbe n'était pas longue mais cette avance au ralenti nous mettait les nerfs à vif, d'autant plus que nous avions tous atteint un degré élevé de tension nerveuse.
Tout à coup le léopard explosa littéralement hors de l'herbe à un mètre environ en avant de moi et sur ma droite. Il fit un grand bond pour m'atteindre, mais, avant que j'aie pu lever mon fusil, le moran se trouvant à ma droite avait transpercé la bête avec sa lance. Le léopard avait à peine quitté le sol que la fine lame s'enfonçait en lui. La lance l'atteignit entre le cou et les épaules, le clouant au sol. Il se tordait en grondant, incapable de se libérer. Aussitôt le moran tira son simi et bondit en avant pour l'achever. J'eus beaucoup de peine à le retenir, mais j'envoyai une balle à l'animal embroché et pus empêcher , qu'une belle peau fût réduite en lanières.
Au.moment de projeter sa lance, le moran prend une position exactement semblable à celle du tireur, le pied gauche légèrement 104

CHASSEUR DANS LA CRÉATION

en avant pour garder son aplomb. Lorsqu'il lance, il met tout le poids du corps dans son geste. Durant son trajet en l'air la lance semble trembler. La plupart des lances portent, des deux côtés du fer, une étroite arête et je crois que c'est la cause du léger mouvement de rota¬tion de la lance qui s'apparente à celui de la balle tirée d'un canon rayé. Jusqu'à vingt mètres un moran ne manque jamais son but même lorsqu'il s'agit d'une cible mouvante.
Au bout de trois mois je repartis pour Nairobi avec deux pleins chariots à bœufs de peaux de lions. En quatre-vingt-dix jours j'avais tué quatre-vingt-dix-huit lions et dix léopards, record qui, je crois, n'a jamais été approché et, qui, je l'espère sincèrement, ne le sera jamais. Les indigènes avaient rempli de graisse de lion un fût de cent livres et j'avais une pleine caisse d'os «flottants» de lion. Ces os recourbés peuvent atteindre jusqu'à douze centimètres ; on les trouve dans le dernier tissu musculaire de l'épaule. Ils ne sont rattachés à aucun autre os dans le corps de la bête et doivent jouer le rôle de régu¬lateurs pour éviter une torsion de l'épaule lorsque les lions font leurs grands bonds. Ils sont très demandés aux Indes Orientales où on les sertit d'or pour en faire des ornements.
Des lions que je tuai, vingt seulement avaient des crinières de pre¬mière qualité. Les autres étaient des lionnes, ou bien leurs crinières avaient été abîmées dans les fourrés touffus. Si je n'étais venu chasser que de beaux trophées, j'aurais pu rapporter plus de fourrures de grande qualité, mais, je tenais surtout à détruire des mangeurs de bétail, animaux dont la crinière est souvent médiocre, du fait de l'âge ou de leur mauvais état de santé qui pourrait bien venir ce de qu'ils se sont mis à tuer des vaches au lieu de leurs proies habituelles.
En apprenant mon départ les Masai se montrèrent désespérés. Les anciens de la tribu se réunirent et, après de longs palabres, vinrent me faire une proposition. Ils savaient que j'étais un homme utile, ce qui avait une grande valeur à leurs yeux. Ils voulaient m'acheter à la Direction des Chasses. Après mûre réflexion ils avaient fixé le prix à cinq cents vaches. Comme une bonne épouse ne coûte que trois vaches, j'en fus vivement flatté.

le livre a été écrit en 1952

Écrit par : leclercq | 16 juin 2014

Le fameux "t'est pas cap' " , va trop loin.
Pauvre gamin qui s'est crû plus fort.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 17 juin 2014

Facebook n'est qu'un substitut du célèbre serpent/harpon séparant Eve et Adam habillés en habits de chasse comme à l'époque des hommes des cavernes.Les Hygiénistes et Eugénistes ont compris non plus comment mieux manger les humains après leur avoir fait peur mais en diffusant celle.ci pour mieux les harponner.Et cette peur repas quasi quotidien pour certains est devenue appât pour de nombreux désillusionnés du monde relationnel

Écrit par : lovsmeralda | 17 juin 2014

John, auriez-vous l'amabilité de traduire le commentaire de "lovsmeralda" plus que vous le publiez ?

Je n'ai strictement rien compris et ce n'est pas faute d'avoir essayé.

Merci d'avance pour votre collaboration, fort utile.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 17 juin 2014

Voilà la traduction:

Facebook este doar un substitut al celebrului sarpe/harpon separare Ajunul şi Adam imbracat in haine de vinatoare ca la momentul oamenii preistorici utilizau roci ascuţite pentru. Specialişti în igiena bucală şi eugenie nu au inteles mai bine cum să mănânce oameni dupa ce au facut frica, dar în diseminarea-o la mai bine care separa incoltirea.Si aceasta teama mese aproape zilnic pentru unii au devenit momeala pentru multe deziluzionat de lume relaţională

Écrit par : La reine d'Angleterre est un géranium mal peigné | 17 juin 2014

Merci, mais je connais bien la traduction du français vers le roumain ... il était question du sens donné au commentaire.

Merci quand même.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 17 juin 2014

@Victor Dumitrescu,j'ai écris un commentaire sur le blog Vu du ciel vous comprendrez peut-être mieux !

Écrit par : lovsmeralda | 17 juin 2014

Mille excuses, mais toujours absolument rien.
Ce n'est pas grave, je vais eviter de perdre mon temps a tenter de decoder vos messages.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 17 juin 2014

@Victor Dumitrescu comme je ne comprends pas ce que vous ne comprenez pas,on ne va jamais s'en sortir je n'insiste pas/rire
C'est toute la différence entre l'ordi et le vrai téléphone celui qui vous répond et permet de résoudre en moins de temps qu'il n'en faut ce genre de question ,ne pensez vous pas?
Seulement analysez l'attirance du pseudo qui lui sert à hêler du regard ou à harponner celui ou l'autre qui a commenté
Toute belle journée pour vous

Écrit par : lovsmeralda | 18 juin 2014

Mon pauvre Victor,

Tout le monde comprend les messages de Lovsmeralda sans difficulté, c'est vous qui avez un problème. Votre incompréhension est incompréhensible.

Écrit par : La reine d'Angleterre est un géranium mal peigné | 18 juin 2014

Je suis très content pour ceux qui comprennent le message subliminal caché dans les écrits de "lovsmeralda", mais voilà, ce n'est pas mon cas.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 juin 2014

Après relecture de la totalité de l'article, mais également des commentaires chacun pris à part, je constate une fois de plus qu'il n'y a rien à comprendre.

J'avais longtemps, très longtemps hésité à en parler, mais la curiosité l'a emporté sur l'ignorance.

J'ai tenté une mise en lumière, personne ne veut se résoudre à en faire l'analyse, au lieu de quoi, c'est une fois de plus ma personne qui est prise à partie.

J'aurais espéré une explication de la part de l'auteur de l'article, qui en publiant les commentaires, suite à un examen de ceux-ci et en les modérant, aurait pu élucider le cas.

Tant pis.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 juin 2014

@Victor Dumitrescu ou vous êtes de mauvaise foi feignant de ne pas comprendre ou alors testez vous votre don de baleiniers en utilisant le harpon /question pour mieux retenir les gentilles petites baleines
je le dis en riant ne vous en offusquez point/c'est mieux de le souligner on ne sait jamais/surtout par les temps qui eux aussi se mettent à courir pour mieux retenir des humains de plus en plus pressés de courir ce qui va ravir Raymond Devos

Écrit par : lovsmeralda | 18 juin 2014

Madame, j'ai tenté, mais voilà, j'ai échoué dans ma tentative de mieux vous comprendre.

Que cela ne vous empêche pas de continuer.

Bonne lecture des blogs de la plate-forme que la Tribune mets à notre disposition.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18 juin 2014

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