23 avril 2014

Evdokia

On la surnommait Dounia. On connaissait son père, Antonov, militaire dans l’armée russe. Evdokia (ou Avdotia) Konstantinova Antonova est née à Saint-Petersburg en 1809. Que s’est-il passé lorsqu’à 24 ans, elle fut remarquée par le prince caucasien Louka Stépanovitch Guédianov?


alexandre borodine,russie,tsar,alexandre II,evdokia,prince,katya,rimski-korsakov,saint-petersburg,Elle devait être belle. Lui avait 62 ans. On ne sait s’il y eut un simple rapport hiérarchique, une attirance ou même de l’amour. Ou un opportunisme partagé? De cette relation elle conçut un enfant. A l’époque on ne pouvait se marier avec des origines sociales si différentes, et encore moins avoir un enfant hors du mariage. L’enfant fut enregistré au nom d’un domestique du Prince, Porfiry Borodine.

Le prince prit soin de la mère et de l’enfant. Il la fit rencontrer un médecin militaire qu’elle épousa, et lui offrit une maison et une pension. L’enfant et la mère ne manquaient de rien. Avant de mourir sept ans plus tard, le prince Guédianov couche Alexandre Porfiryevich Borodine sur son testament.

Alexandre Borodine reçoit une bonne éducation. Il apprend en autodidacte à jouer du piano et de la flûte. Il étudie également la chimie et la médecine et tente de faire de la recherche. Il publie des articles scientifiques. Bien que ne disposant que de peu de moyens on lui doit une réaction chimique découverte avec un autre chimiste, processus qui porte le nom de réaction de Borodine-Hunsdiecker.

Il n’oublie jamais la musique cependant. C’est en travaillant en tant que médecin qu’il rencontre le musicien Moussorgski. L’affinité est immédiate. Moussorgski l’introduit dans le groupe des 5, dont fait partie Nikolaï Rimski-Korsakov. Le groupe des cinq perpétue la musique russe populaire dans ce que l’on appelle alors le mouvement romantique nationaliste russe. Ce mouvement participe au Renouveau russe dans les beaux-arts. 

Le petit groupe exerce une forte influence sur son époque, se détache des standards de la musique «officielle». Les temps sont au changement: le tsar Alexandre II abolit le servage. A peine couronné tsar, Alexandre II est confronté aux armées françaises et anglaises. C’est la guerre de Crimée, province russe depuis 1774. Le tsar perd la guerre. Il entame alors une série de réformes libérales et augmente la démocratie sous la monarchie. En plus de l’abolition du servage il crée une administration par provinces et districts dotées d'assemblées élues au suffrage indirect, comme les sénateurs en France. Il réforme l’enseignement, sépare le primaire de la tutelle de l’église, crée plus de 10’000 écoles, dont certaines ouvertes aux enfants des milieux les moins favorisés. Il réforme la justice et la rapproche des pratiques européennes.

En même temps naissaient de nouveaux courants philosophiques ainsi que le radicalisme politique, qui accouchera plus tard de la révolution russe.


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Borodine ne produit pas beaucoup d’oeuvres musicales mais il baigne dans le milieu artistique. En 1861 il rencontre la pianiste Ekaterina Sergueïevna Protopopov, qu’il épousera et avec laquelle il aura une fille, Gania. Il crée aussi une école de médecine à Saint-Petersburg, la première qui soit ouverte aux femmes. Il est aussi connu pour son esprit distrait. Un jour il demande à sa femme: «Katya, dit moi, pour l'amour de Dieu, quel est ton nom?»

Son oeuvre majeure est Le Prince Igor. Il décède d’une crise cardiaque en 1887, à 53 ans, sans avoir pu l’achever. C’est son ami Rimski-Korsakov qui en terminera la composition avec Alexandre Glazounov.

Ce romantique russe s’est aussi fait connaître par une oeuvre qui sera célèbre, le poème symphonique «Dans les steppes de l’Asie centrale». Le thème mélodique, simple, rythmé comme par le pas d'un cheval, se répète puis s’entremêle, monte en puissance, redescend, et suggère un chapelet d’images claires et belles.


Et Evdokia? Elle a élevé Alexandre avec attention, accompagnée de son mari. Je n’ai pas trouvé la date de sa mort. Son destin est marqué par son fils, dont la musique, toujours vivante aujourd’hui, nous parle de l'âme de cette nation-soeur, pont entre l'Europe et l'Asie.

 

 

Dans les steppes de l’Asie centrale:

 

 

Sources:

http://fr.rbth.com/chroniques/2013/11/29/alexandre_borodi...

http://www.symphozik.info/alexander+borodine,26.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_II_de_Russie#Les_g...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Borodine

http://www.columbiasymphony.org/pdf/borodin,%20tyzik,%20k...

 

 

11:19 Publié dans Art et culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : alexandre borodine, russie, tsar, alexandre ii, evdokia, prince, katya, rimski-korsakov, saint-petersburg | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Coucou Homme Libre,

whouhh quelle chevauchée symphonique avec le vent qui fouette le visage,
c'est magnifique,
bonne soirée, bizzzouxxx!!!

Écrit par : Sarah | 23 avril 2014

Coucou Sarah,

Oui n'est-ce pas?
Ça me fait plaisir que vous aimiez.
Bonne soirée!
Bizzzouxxx!!!

Écrit par : hommelibre | 23 avril 2014

Vous connaissez les danses Polovtsiennes, extraites du Prince Igor? je suis (re)tombé dessus l'autre jour en zappant, c'est très joli

https://www.youtube.com/watch?v=t8C8frqCKKg

D'ailleurs le thème principal a été repris par Hollywood ;-)

https://www.youtube.com/watch?v=P0c3od7KynE

Écrit par : Mikhail Ivanovic | 24 avril 2014

Merci Mikhail. Oui, j'aime beaucoup, elles ont une musicalité particulière, sont entraînantes. Et pour Hollywood, j'avais déjà écouté une version seulement instrumentale, et le thème musical est familier, mais je n'avais pas fait le lien! :-)

Merci, bonne journée.

Écrit par : hommelibre | 24 avril 2014

Les commentaires sont fermés.