18 mars 2014

Ukraine: la mémoire courte

Barak Obama s’est-il trop précipité à vouloir défendre le nouveau pouvoir ukrainien? Un pouvoir qui n’a en l’état aucune légitimité démocratique, et qui a pris ses décisions - dont la suppression de la langue russe - sous la pression des ultra-nationalistes de la place Maïdan? Ou bien n’avait-il plus d’autre choix pour limiter les dégâts et éviter de perdre l’Ukraine dans un mouvement qui l’avait dépassé?


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Lors de la fin de l’ex-URSS, l’Ukraine avait été l’un des enjeux est-ouest. Aujourd’hui le premier ministre par intérim à Kiev, Arseni Iatseniouk, millionnaire adoubé par la classe des décideurs économiques occidentaux, annonce que l’Ukraine ne cherche pas à entrer dans l’Otan.

Ah que, en voilà une nouvelle! Quelqu’un avait-il laissé entendre le contraire pour avoir ainsi besoin de se justifier - et tenter de ne pas perdre tout l’est du pays? Pas directement, mais c’est évidemment dans l’air car les régions russophones pourraient suivre la Crimée. L’expansionnisme américano-européen a tout fait pour, allant jusqu’à associer l’Ukraine à des manoeuvres de l’Otan il y a quelques années. Cet expansionnisme a deux faces: le racolage de l’Union Européenne vers les pays de l’est, jusqu’à l’Arménie qui est en Asie mineure, et l’influence de Washington pour intégrer les Etats baltes à l’Otan malgré les promesses faites à l’époque de la fin de l’ex-URSS de ne pas s’immiscer à l’est. L'Otan semble d'ailleurs dans une dynamique d'encerclement de la Russie (image 2). La demande russe de faire de l'Ukraine une zone neutre a du sens.

Or ces promesses semblent oubliées et l’occident a la mémoire courte. Car la pression expansionniste a été constante. La Révolution orange en était déjà le signe, comme l’écrivait en juin 2005 dans Libération Véronique Soulé (extrait):

«Kaskiv est déjà un vieux militant. Il a participé au mouvement étudiant du début des années 90, réclamant l'indépendance de l'Ukraine. En 1999, on le retrouve à la tête de Liberté de choix, une coalition de 350 ONG dispersées à travers le pays, qui milite pour une campagne présidentielle honnête. Il suit ensuite des séminaires, sur la démocratie et sur la «technologie» des actions de protestation. Début 2004, enfin, il participe à laukraine,russie,usa,europe,ue,poutine,obama,otan,fascisme, création de Pora, qui se fixe pour objectif de forcer Leonid Koutchma à une présidentielle transparente. A ses débuts, Pora, le cousin des jeunes activistes serbes d'Otpor et des Géorgiens de Kmara, est financé par le German Marshall Fund, une fondation américaine très bien implantée à l'Est, qui dispose d'un bureau régional à Bratislava.»


La réponse du berger à la bergère

L’occident n’a donc pas tenu ses promesses. Que l'ouest ukrainien n'aime pas l'est russophile et phone, ok. Que Ianoukovitch ait mal manoeuvré, ok. Mais pourquoi tout casser et instaurer un pouvoir douteux, sans légitimité, quand on est à un an des nouvelles élections? Pourquoi renverser un pouvoir qui refuse l'accord avec l'UE? Où est la révolution démocratique dans ce foutoir? L’agression contre la démocratie en Ukraine, que l'on suppose préparée par l'occident (se rappeler McCain venant soutenir les manifestants de Maïdan) c'est l’histoire de conte de fée d’une «révolution pacifique, pure, faite de héros», qui a tourné à la catastrophe et a accéléré la mise en lumière de la géostratégie en oeuvre. L’ouest de l’Ukraine avait donné à Hitler des bataillons fascistes pour combattre les russes, la division SS Galicie. L’un des leaders du fascisme ukrainien de la deuxième guerre mondiale, Stepan Bandera, a été nommé «héros national» par l’ancien président Viktor Iouchtchenko,«héros» de la Révolution orange avec Ioulia Timochenko, ex-dirigeante ayant fait fortune dans le gaz suite à l’indépendance du pays. Les descendants spirituels de ces bataillons fascistes étaient sur la place Maïdan, et le parti Svoboda, une composante dure du mouvement, s’appelait auparavant le parti nationaliste ukrainien. Cette phalange, alliée à Secteur Droit, mouvance ultra-nationaliste, avait capturé une escouade des forces spéciales de police. On n'a pas à faire à des enfants de choeur.

C’est donc sur un terrain préparé à cet extrémisme fascisant que le coup d’Etat contre un président élu s’est produit, avec le soutien des européens et des Etats-Unis. Etait-ce bien le plan ou le mouvement est-il allé trop loin, forçant les occidentaux à défendre l’indéfendable, et à monter dans la surenchère pour masquer leur propres agissements?

Si l’objectif est de dépecer la Fédération de Russie pour l’affaiblir et se servir de ses réserves énergétiques, le plan est bloqué. Il l’a été en Géorgie, il commence à l’être en Ukraine. La Crimée, c'est la réponse du berger à la bergère. Je regrette que les Etats-Unis et l'Europe endossent ce masque de cannibale. Je n'ai aucun plaisir à ce constat. Mais je préférerais qu'ils disent la vérité et ne pas se cachent pas derrière des Droits de l'Homme qui pourraient bien n'être qu'un paravent. Je ne demande pas des saints au pouvoir. Je suis même disposé à reconnaître que selon les situations l'application des Droits fondamentaux d'un pays peut varier. Mais j'aimerais juste qu'on dise la vérité. Et là, je crois que les dirigeants occidentaux ne la disent pas.

16:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (46) | Tags : ukraine, russie, usa, europe, ue, poutine, obama, otan, fascisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"Et là, je crois que les dirigeants occidentaux ne la disent pas."
Personne et jamais. Sauf dans les cas exceptionnels où ils peuvent en tirer un profit stratégique majeur.
Lamentable hypocrisie de la politique américaine et européenne, d'autant plus que cela n'aboutira pas à un profit ...

Écrit par : Mère-Grand | 18 mars 2014

Johann: "Je suis effaré par la politique étrangère de la France. Chirac était un gauchiste comparé aux choix politique actuels."

Non c'était un gaulliste. Et à l'instar de son mentor, c'était un dirigeant qui croyait en la voix de la France. Qui pensait que la France pouvait ne pas s'aligner systématiquement sur la position américaine. Depuis, la France est dirigée par des sages suiveurs. Et la France est une colonie américaine.

Écrit par : Kad | 20 mars 2014

Les putschistes de Kiev vont tout faire pour envenimer la situation. Poussés par des irresponsables qui ne visent que la gloire.

Je suis effaré par la politique étrangère de la France. Chirac était un gauchiste comparé aux choix politique actuels.

Mère-Grand, à propos de mensonges, je vous recommande le documentaire suivant en trois parties, presque 5 heures, mais passionnant de bout en bout:

http://www.youtube.com/watch?v=Ric8BhBDm0Q

Les deux autres parties dans la liste de droite.

Écrit par : Johann | 18 mars 2014

CONFERENCE – DEBAT

À l’occasion de la sortie du livre

Au péril des idées

Par,

Tariq RAMADAN et Edgar MORIN

Jeudi 20 mars 2014

18h30

UNI BASTION B106

Genève

Écrit par : Gérard | 18 mars 2014

Depuis Octobre 1917, les Soviétiques n'ont pas cessé de déplacer les populations à l'intérieur de cet Empire.
Voila le résultat, après des décennies.
Et comme dirait la publicité ... "Et c'est pas fini !" ...
Prochaine cible ... la Moldavie ?

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 19 mars 2014

Tout d'abord, je constate qu'un ''pouvoir'' a renversé le pouvoir précédent, qui était un ''pouvoir de corruptions''... Mais dans quel but ce nouveau pouvoir l'a-t-il renversé ?
Oui, ce pouvoir n'est pas un pouvoir démocratique... c'est un pouvoir qui s'est montré le plus fort, par la force !
D'autre part, si plus de 90 % des habitants de Crimée ont demandé le rattachement à la Russie, je trouve tout naturel qu'elle soit rattachée, démocratiquement, à la Russie
Et enfin, je ne vois pas la raison réelle où l'Europe, et l'Amérique, veulent sanctionner la Russie. Vouloir sanctionner la Russie, c'est d'une part, ''se tirer une balle dans le pied''... et d'autre part, c'est de recréer un climat détestable envers la Russie.
Allons nous vers une nouvelle ''guerre froide'' ?

Écrit par : Will | 19 mars 2014

C'est à Chypre qu'ont commencé les hostilités :

L'histoire devra sans doute un jour revenir en détail sur l'influence des choix imposés par Berlin tant lors de la restructuration de la dette grecque que lors du plan chypriote sur les événements qui se déroulent aujourd'hui en Crimée et en Ukraine. Mais il est évident que cette influence n'a pas été mince. A présent, l'Europe est coincée par sa dépendance au gaz russe. La vision à courte vue de Berlin a réveillé l'ours russe. Le faire rentrer dans sa grotte ne sera pas aisé.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20140319trib000820799/comment-le-sauvetage-de-chypre-a-ouvert-la-voie-a-la-nouvelle-guerre-froide.html

Écrit par : pli | 19 mars 2014

Remonte à mon souvenir l'affaire de Cuba et des missiles soviétiques ! Et maintenant l'UE et les USA voudraient nous faire croire que finalement cela n'aurait pas d'importance de faire de l'Ukraine ou de la Crimée une base avancée de l'OTAN ? Tant de mauvaise foi, c'est vraiment prendre les gens pour des imbéciles. Messieurs apprenez l'Histoire !
Plutôt que d'avoir poussé l'ours russe à réagir n'eut-il point été plus profitable de songer au développement économique de l'Ukraine et d'en faire un plaque vivante entre les deux blocs, une plaque active, dynamique et finalement stabilisatrice.

Écrit par : uranus2011 | 19 mars 2014

Ne manquez pas d'aller consulter le dernier billet de David Laufer sur le sujet sur la plateforme 24 heures : totalement surréaliste !
Voici mon commentaire à son billet, au cas où il ne le publierait pas, (ce qui arrive un peu trop souvent, comme d'hab chez ceux qui n'arrêtent pas de se proclamer du bon côté de la démocratie...):

"Rarement lu une analyse aussi à côté de la plaque que la vôtre. Vous rendez-vous compte que vous avez écrit : "Milosevic n'a pas envahi le Kosovo pour des raisons géo-stratégiques, mais pour conserver le pouvoir." Alors que vous avez travaillé dans la presse à Belgrade ? Il n'y a pas un mot, pas une idée, rien à quoi on pourrait se raccrocher pour vous expliquer quoi que ce soit. Vous êtes inquiétant, David Laufer.
Vous rendez vous compte une seule seconde que Nikita Khrouchtchev, Ukrainien, a offert, un soir qu'il était saoul, la Crimée à l'Ukraine. Pour raisons pratiques, et sans référendum. Et de toute façon, à l'époque de l'URSS, cela ne changeait rien. Alors quand la CIA veut annexer l'Ukraine à l'OTAN (après avoir magouillé avec l'UCK marxiste-léniniste tendance Enver Hodja pour séparer le Kosovo de la Serbie...) ?
Et encore une petite question dans vos grandes certitudes : le fait que la première mesure du gouvernement ukrainien soit d'interdire le russe, vous en pensez quoi ?
Drôle d'idéologie que la vôtre. Les souverainistes seraient fachos, vous l'adorateur des magouilles de la CIA, un progressiste ?

Écrit par : Géo | 19 mars 2014

@Géo
Il me semble avoir vu votre commentaire là-bas. Est-ce qu'il l'aurait sucré ? Comme il a sucré ce que je lui ai balancé: quelques preuves de sa mauvaise foi.

Et maintenant, il a fermé les commentaires. Un vrai stalinien ce Laufer !

Écrit par : petard | 19 mars 2014

"Ne manquez pas d'aller consulter le dernier billet de David Laufer sur le sujet sur la plateforme 24 heures : totalement surréaliste !"

J'ai lu. Commentaires fermés. Déjà. Vous aviez raison, votre commentaire n'y est pas. C'est triste de voir des gens qui se disent de "gauche" être plus à droite que la droite. Ils ne sont pas capables de prendre du recul et d'analyser la situation en termes politiques et économiques et encore moins stratégique. Qu'ils lisent une première fois les écrits de Karl Marx! Ils sont juste capables d'ânonner bêtement les mêmes rengaines qu'on trouve ici et là, comme quoi Poutine = Hitler, sans avoir peur de capitaliser les points godwin...

Rarement vu un commentaire si imbécile, un tel ramassis de contre-vérités et de débilités et finalement de haine, et Géo je vous trouve encore très gentil dans votre réponse. Avez-vous remarqué qu'il souhaite en conclusion que Poutine soit assassiné par un agent de la CIA et son cadavre exposé aux photographes? Difficile de faire pire dans l'ignominie.

Pas la peine de lui souhaiter en retour un court-circuit cérébral, c'est déjà fait. Les démocrates ont du souci à se faire.

Écrit par : Johann | 19 mars 2014

Y avait-il un second commentaire? Celui-ci y est encore:

«Depuis qu'il a attaqué la Crimée»

Nous ont dit: «depuis qu'il a récupéré la Crimée»

TOUT, TOUT nous sépare. Donc perpétuellement on dira: C'est pas moi, c'est lui, c'est pas nous ce sont eux, etc...

Écrit par : petard | 19/03/2014

Écrit par : Johann | 19 mars 2014

L'union étrangère prépare des sanctions contre la Russie. Foutaises. Elle va se sanctionner elle-même. Ne pas livrer les navires commandés par la Russie: un millier de postes de travail qui disparaissent! Pour l'instant la Russie reste sereine, patiente, très patiente. E responsable. Elle n'a pas arrêté un vice-"ministre" (vice est le mot qui convient) se présentant en Crimée. Elle n'a pas coupé l'approvisionnement en gaz de l'Ukraine, ni des pays de l'union étrangère.

Les fascistes ukrainiens aspirent à une guerre. Parce que ce sont des fascistes. Ils autorisent les militaires ukrainiens à utiliser leurs armes. Ils veulent en faire des martyres pour avoir des motifs de guerre. Pas si fou, les militaires concernés ne le veulent pas. Raté!

Et les "sanctions", si sanctions il y a, quelle légitimité? A-t-on demandé l'avis des peuples? Les peuples rien à cirer. Ce sont les tyrans qui décident seuls dans leur coin. Même pas l'avis des parlements. Et ça se dit "démocrate"? Fermez vos gueules les peuples, on ne vous a pas sonné.

Écrit par : Johann | 19 mars 2014

Le nouveau pouvoir de Kiev pourrait en effet être tenté par une politique du pire. Cela lui redonnerait un semblant de force et de légitimité aux yeux de la rue, car il a dû en perdre beaucoup après le référendum: tout se passe sans lui, il est hors-jeu.

Écrit par : hommelibre | 19 mars 2014

LE CONSEIL FEDERAL EST DEVENU FOU !

Berne suspend les négociations de libre-échange avec Moscou
La décision a été prise en raison des «difficultés autour de la Crimée». Elle a été communiquée à Moscou. Pour M. Schneider-Ammann, il s'agit du «premier signal formel»

Et dire que la Suisse a été le premier pays à reconnaître le Kosovo.

AUX FOUS ! AUX FOUS ! AUX FOUS !

Écrit par : petard | 20 mars 2014

Pardon pour ce double commentaire, j'ai envoyé trop tôt. Je voulais aussi dire qu'on ne peut pas comprendre la problématique sans savoir que Kiev est le véritable berceau des peuples slaves. C'est là qu'au Moyen-Âge est née, entre l'Occident et l'Orient, une civilisation qui a ensuite conquis les territoires plus à l'Est et au Nord. De là est née la Russie. Autrement dit, le peuple russe descend du peuple ukrainien. D'ailleurs on parle de russophones et ukrainophones. Mais ces deux langues sont très proches, comme des dialectes. Ils se comprennent plus ou moins en général.

Puis il y a eu d'autres brassages de population. Les Tatars de Crimée sont les descendants des Tatars arrivées là avec les troupes mongoles et sont aussi issus de divers brassages ethniques. A part en Crimée, province russe offerte à l'Ukraine, les russophones d'Ukraine sont surtout arrivés durant l'occupation impérialiste soviétique. Mais peut-on dire qu'il ne sont pas chez eux pour autant ?

Bref, la situation est très complexe, les liens qui rattachent les Ukrainiens et les Russes sont bien plus proches qu'on ne semble le croire en Occident. Et en tout cas ça ne se limite pas au "méchant russe qui veut occuper le territoire des pauvres ukrainiens" qu'on lit dans nos médias. Avec l'Ukraine, les euros-atlantistes ont touché au pré carré russe. Et ça, c'est une très mauvaise idée.

Écrit par : Kad | 20 mars 2014

@ Kad, j'ai bien deux commentaires reçus de vous, mais l'un des deux n'arrive pas à se mettre en ligne. S'il ne vient pas de lui-même d'ici la matinée, je l'ajouterai dans votre commentaire visible, en respectant la chronologie.

Écrit par : hommelibre | 20 mars 2014

C'est bon Kad, le premier comm était là mais il s'est positionné plus haut, avant le comm de Johann auquel il répondait. Mystères de l'informatique.

Écrit par : hommelibre | 20 mars 2014

"Non c'était un gaulliste."

Oui, bien sûr, mais je raisonnais en termes relatifs. Le gaullisme en matière de politique étrangère est plus à gauche que le p"s" actuel.

Autrement d'accord sur tout ce que vous avez écrit. Il y a de nombreux ukrainiens en Russie et ça ne pose pas de problème. Par contre même des Russes de l'ouest de l'Ukraine deviennent anti-russes! Et ne songent qu'à quitter le pays fut-ce comme réfugiés...

Écrit par : Johann | 20 mars 2014

@hommelibre: j'ai compris c'est parce que j'avais répondu à Johann. En tout cas merci ;)

Écrit par : Kad | 20 mars 2014

Je recommande vivement de lire les commentaires publiés sous cet article du Figaro (eh oui, j'en viens à consulter ce site devant la propagande anti-russe systématique du Monde):

http://www.lefigaro.fr/international/2014/03/19/01003-20140319ARTFIG00369-les-vingt-huit-s-inquietent-des-represailles-de-moscou.php?pagination=3#nbcomments

Et notamment:

"Les occidentaux vont être obliger d'annuler les sanctions car certains politiciens Russe ont demander a Poutine d'aider l'Iran pour la bombe nucléaire !Ils vont même plus loin en disant que si les occidentaux ne retiraient pas les sanctions , la Russie peut vendre les têtes nucléaires aux Iraniens !
Le 19/03/2014 à 23:25"

Merci qui?

Écrit par : Johann | 20 mars 2014

@Johann
Je m'y emploie, bien qu'avec réticence: vous connaissez ma méfiance envers toutes les théories du complot.

Écrit par : Mère-Grand | 20 mars 2014

David Laufer, Philippe Souaille... deux personnes que j'aime plutôt bien. Tout le monde a son point de vue. Mais là je trouve qu'ils martèlent des points de vue qui ne sont pas plus étayés que ça. Le factuel est très léger, et pour les suivre il faudrait croire les yeux fermés. Pour eux la messe est dite, et seule une bonne guerre - pas trop chaude quand-même, des fois que la casserole déborde jusqu'ici - fera plier le "monstre" russe.

Souaille devient franchement agressif et méprisant. L'humanisme doit avoir plusieurs visages. Il traite ses opposants de fachos par principe: c'est l'hôpital qui se moque de la charité.

Écrit par : hommelibre | 20 mars 2014

Pour Laufer et Souaille les choses sont simples: tous ceux qui ne sont pas dans leur camp du "bien" sont des fachos. Les démocratistes Lumiéristes du camp du "bien" considérant que seules leurs révolutions sont légales.
On l'a vu avec le Kosovo, la reconnaissance de la Suisse avait été "envoyée-pesée" en quelques heures.

Écrit par : petard | 20 mars 2014

C'est marrant, je m'apprêtais à écrire un commentaire mettant en lumière la correspondance entre Laufer et Souaille et je tombe sur les vôtres...
Je vous ai déjà écrit qu'il y a une 40aine d'années, j'étais militant à l'extrême-gauche, chez les maos. Et nous avions d'énormes difficultés à correspondre avec ceux qui normalement auraient dû être proches de nous : les trotskistes. Et je retrouve les mêmes tares chez ces deux-là...
Il y a depuis longtemps qu'on devrait s'intéresser à la typologie psychologique des politiques...

Écrit par : Géo | 20 mars 2014

Il est surprenant de voir une telle dichotomie entre l'idéal annoncé et le comportement réel. Cet écart produit une grosse tension qui produit elle-même une rigidité. Cette rigidité confine à la dictature.

J'ai avancé dans ma vie dans le sens d'aligner l'idéal avec le comportement. Je n'ai pas encore fini mais j'ai fait du chemin dans ce sens. Alors les gros écarts, comme ici, sautent aux yeux.

Mon sentiment, de ce que je connais de lui, est qu'il est dans un rapport constant de pouvoir et de force avec le monde. On peut l'être plus ou moins, mais avec des espaces plus paisibles, ou avec des rapports de pouvoir qui n'empêchent pas le dialogue et le respect mutuel.

Je me demande s'il ne règle pas un très vieux compte. Ou bien c'est son caractère. D'accord sur l'étude de la typologie des politiques.

Écrit par : hommelibre | 20 mars 2014

Mère-Grand: Merci! Pour vous rassurer: il n'y a pas de "théorie", juste des faits et encore des faits. Et des témoignages. Le tout parfaitement documenté. Avec des sources multiples. Même moi y ai appris des choses nouvelles. Les conséquences de ces faits, c'est pour après. Restons d'abord rationnel.

Écrit par : Johann | 20 mars 2014

"Il traite ses opposants de fachos par principe: c'est l'hôpital qui se moque de la charité."

Freysinger peut donner des leçons de démocratie et de respect de la constitution à plus d'une personne.

http://ofreysinger.ch/61-ukraine

C'est le monde à l'envers.

Écrit par : Johann | 20 mars 2014

"Et nous avions d'énormes difficultés à correspondre avec ceux qui normalement auraient dû être proches de nous : les trotskistes."

Diriez-vous autoritaires, psycho-rigides, incapables d'argumenter, d'analyser, dogmatiques? Si oui, nous pensons la même chose. Difficile de changer de type de caractère. Je ne lis plus souaille. Bon débarras.

Écrit par : Johann | 20 mars 2014

"J'ai avancé dans ma vie dans le sens d'aligner l'idéal avec le comportement."

Bravo!

"Il faut vivre comme on pense, sinon on finit par penser comme on a vécu."

Aussi à méditer:

http://www.slate.fr/lien/49587/SANTE-cinq-regrets-avant-mourir

Avant qu'il ne soit trop tard...

Écrit par : Johann | 20 mars 2014

@Johann,
J'ai besoin d'une explication de texte.
En lisant ce passage, j'ai tiqué, mais probablement parce que j'ai mal compris :

"Les occidentaux vont être obliger d'annuler les sanctions car certains politiciens Russe ont demander a Poutine d'aider l'Iran pour la bombe nucléaire !Ils vont même plus loin en disant que si les occidentaux ne retiraient pas les sanctions , la Russie peut vendre les têtes nucléaires aux Iraniens !
Le 19/03/2014 à 23:25"
Merci qui?"

Est-ce que cela veut dire que c'est la faute des occidentaux, si Poutine se retrouve à livrer des têtes nucléaires aux Iraniens ? J'espère que Poutine est plus fort que ça, qu'il fait une autre analyse de la situation
et qu'il n'est pas dans une vengeance irréfléchie.
J'ai beaucoup de peine à suivre ce raisonnement, qui impliquerait que désormais, à cause de l'affront immense que les Occidentaux ont fait à la Russie, c'est parti pour une guerre nucléaire ou du moins une course aux armes nucléaires et que les Occidentaux l'ont bien méritée.

Si Poutine répond à des sanctions économiques en livrant des armes nucléaires à un état théocratique imprévisible, on pourra juste dire : Merci Poutine. J'espère que cet homme aura l'élégance d'assumer ses actes, sans chercher à se défausser sur les lâches occidentaux.

Si Poutine a désormais, aux yeux de certains, carte blanche, j'espère qu'il se montrera à la hauteur et qu'il fera la démonstration de sa réelle supériorité en se conduisant en personne responsable et capable de calmer les plus excités de ses partenaires.

Écrit par : Calendula | 20 mars 2014

J'espère que Poutine se montrera bien plus diplomatique que ce que l'on pense !
La Russie, c'est un pays qui est sorti d'un totalitarisme absolu... ne l'oublions pas !
Il lui faudra du temps pour devenir un État démocratique, et un ''État de droit'' où seront (comme chez nous, plus ou moins) respectés les droits de l'homme !

Écrit par : Will | 20 mars 2014

Calendula: ce n'est pas à moi de vous dire ce qu'il faut penser ou comprendre. Peut-être devriez-vous aussi consulter le programme de "Svoboda" pour vous faire une idée sur les désirs de nucléarisation, entre autres.

En ce qui concerne l'Iran, la possession de l'arme nucléaire permet la dissuasion et serait un facteur de paix. Plus d'un analyste l'a affirmé. A moins que vous pensiez que certains pays soient prêts à se suicider et leur population avec eux?

En ce qui concerne les excités, vous devriez plutôt regarder ce qui se passe du côté de Kiev et de ses soutiens.

Si vous pensez que l'Iran est imprévisible, vous manquez de connaissances sur ce pays. Etes-vous déjà allée en Iran?

Voyez comme les yankees fichent la paix à la Corée du Nord...

Écrit par : Johann | 20 mars 2014

«Est-ce que cela veut dire que c'est la faute des occidentaux, si Poutine se retrouve à livrer des têtes nucléaires aux Iraniens ? J'espère que Poutine est plus fort que ça, qu'il fait une autre analyse de la situation
et qu'il n'est pas dans une vengeance irréfléchie.»

Parce que les sanctions des USA et de l'UE, suites à leurs propres provocations: «je te gifle parce que c'est légitime, mais ta gifle en retour est une agression», sont d'une parfaite légitimité et limpidité.

Alors que Poutine n'avait pas encore plié ses JO de Sotchi, les Occidentaux lui ont pissé dans les bottes avec le coup d'Etat de Kiev... et maintenant il faudrait qu'il tende la joue ?

Écrit par : petard | 20 mars 2014

@Johann,
S'il faut avoir été dans un pays pour pouvoir en dire quelque chose, on ne serait pas en train d'écrire ici au sujet de la situation internationale ;-))
Etes-vous déjà allé en Ukraine ?
Et si même j'avais été en Iran, il y a 5 ans ? 10 ans ? 30 ans ? La situation évolue beaucoup.
Nous, les commentateurs, nous ne pourrons jamais prétendre à l'expertise en tout. Nous sommes réduits à nous informer par personnes interposées et à nous forger une opinion grâce à cela. Comment faire autrement...
Si on n'est pas né de la dernière pluie, on se souvient d'événements et de décisions politiques de certains pays. Qualifier l'Iran d'imprévisible n'est pas très audacieux de ma part. Qui peut prétendre comprendre ce qui se joue en ce moment, avec les changements à la tête de ce pays?

L'idée de la dissuasion nucléaire ne m'est effectivement pas étrangère. C'est un jeu de poker qui demande du sang-froid.
Si Poutine se retrouve à livrer des têtes nucléaires à l'Iran, par effet de rétorsion envers des pays occidentaux, de deux choses l'une : c'est juste pour faire peur et ça ne porte pas à conséquence, soit c'est pour permettre à l'Iran de changer de statut géopolitique. L'Iran peut utiliser la menace de ses armes en échange d'autre chose p.ex. des concessions ou pour les tirer sur malgré tout sur des ennemis ou des amis d'ennemis, le plus loin possible. Il est également possible de les donner à des alliés.
C'est peut-être une très bonne idée, mais c'est malgré tout un sacré pari.

Les armes nucléaires comme facteur de paix ? Est-ce un paradoxe contre-intuitif ou une fuite en avant ? Est-il probable que le si l'on multiplie le nombre de pays détenteurs d'armes nucléaires, on diminue le risque de guerres en général et de guerres nucléaires en particulier ?
Je préfèrerais ne pas tester cette hypothèse en grandeur nature.

La Corée du Nord est effectivement un gros problème. Pensez-vous que les Yankees s'abstiennent d'intervenir à cause de l'arme nucléaire, que les nord-coréens détiennent fort probablement ?

Écrit par : Calendula | 20 mars 2014

@petard,

Bien sûr que de tendre la joue n'est pas une option. L'humiliation d'un adversaire est effectivement une tactique périlleuse, surtout si l'adversaire est susceptible.
Poutine et son gouvernement ont cependant choisi de passer directement ( en environ 48 heures) à la case "troupes spéciales" et référendum. C'est expéditif et plutôt original.
Comme je n'ai pas applaudi les diverses et récentes interventions américaines hors de leurs frontières, je ne me découvre pas d'admiration particulière pour l'option musclée dont il est question ici.
Si les russes ou d'autres, comme moi, ont pu trouver les agissements interventionnistes des Yankees condamnables, comment se sentir dans son bon droit en agissant de façon similaire ?
Je sais : vous allez me dire que dans le cas de la Crimée, il y a une justification historique de par la proximité des deux peuples en cause.
Cet argument m'inquiète pour tous les pays qui ont évolué à l'intérieur de l'Empire russe ou qui ont une population russophone de plus ou moins récente implantation.
Cela donne à penser que l'indépendance récente serait moins respectable ou bien que la proximité d'une grande nation implique un profil bas et une danse sur des oeufs ( cela s'appelait "la finlandisation" , autrefois).
Je peux m'y soumettre, m'en accommoder, mais pas l'applaudir.

Écrit par : Calendula | 21 mars 2014

«Poutine et son gouvernement ont cependant choisi de passer directement ( en environ 48 heures) à la case "troupes spéciales" et référendum.»

En combien de temps, le nouveau pouvoir ukrainien est-il venu aux affaires ? Et par une révolution parfaitement légale bien entendu.

Quand Obama dit qu’il est hors de question d’intervenir en Ukraine, il ne se moque pas du monde entier, mais bien de lui même. Oser avoir l’idée même d’une hypothétique intervention c’est prendre ses rêves pour des réalités.

Plus que Bush, cet homme est le plus idiot des présidents de l’histoire américaine. Voyez-vous, Obama menace la Russie d’isolement. Il veut aller plus loin et de viser des secteurs clé de son économie après les sanctions individuelles. La Russie doit comprendre qu’une escalade supplémentaire ne fera que l’isoler davantage de la communauté internationale, a-t-il affirmé lors d’une courte intervention à la Maison Blanche. Moscou a répliqué et, les responsables américains en rient. Rira bien qui rira le dernier car, cette arrogance finira bien un jour…

La liste russe vise neuf personnes à qui l’entrée en Russie est désormais interdite. Elle concerne trois conseillers de M. Obama, Caroline Atkinson, Daniel Pfeiffer et Benjamin Rhodes. Le chef de la majorité démocrate Harry Reid, le chef républicain de la Chambre John Boehner, le président de la commission des Affaires étrangères au Sénat, Robert Menendez, ainsi que le sénateur conservateur John McCain, la sénatrice démocrate Mary Landrieu et le sénateur Daniel Coats sont aussi visés.

La seule vraie chose à faire pour les Américains et leurs sous-fifres, c’est de rétablir la paix en Ukraine après avoir mis sur place le chaos. Ce n’est pas à Moscou de le faire mais, plus les russophones seront en danger à Donetsk, à Odessa et ailleurs, plus Moscou aura la légitimité de les défendre. Après, faut pas qu’ils recommencent à pleurer comme ils le font maintenant avec la Crimée…

Écrit par : petard | 21 mars 2014

@petard,

Vous écrivez ceci :
"La seule vraie chose à faire pour les Américains et leurs sous-fifres, c’est de rétablir la paix en Ukraine après avoir mis sur place le chaos."

Comme si les américains et les européens devaient maintenant intervenir en Ukraine pour rétablir la paix ! Ce pays est décidément une sorte de moulin ! On y entre sans façons ...
Je me déclare incompétente pour décider qui doit faire quoi, car je ne comprends pas tous les tenants et aboutissants. J'ai bien sûr, comme vous, lu et entendu beaucoup de choses et ai compris que l'Ukraine fait partie des pays, qui sont dans une situation particulière. Bien au chaud en Suisse, je ne peux pas me satisfaire intellectuellement et intuitivement de cette conception de l'indépendance à géométrie variable.
C'est probablement idiot, mais voilà, il me semble qu'il y a des principes qui devraient s'appliquer à tous. Y compris aux américains : trouver des solution diplomatiques, au niveau gouvernemental, avant une intervention militaire.
Je pense surtout aux citoyens ukrainiens moyens ( pas les nervis de droite, qui ne doivent pas représenter le 100% des personnes ayant commencé à manifester à Kiev). Ils ont vécu dans un pays mal géré et en ont assez. Comment le leur reprocher ? Ils sont les principaux perdants de toute cette histoire.
La réflexion sur la légitimité d'un soulèvement ou d'une révolution est effectivement une question délicate. Si on décrète que tout soulèvement est à priori illégitime, on fige les situations sur une longue durée et on fait le jeu de gouvernants corrompus et népotistes.
Je vois une différence fondamentale entre une politique d'état, qui repose également de facto sur des alliances avec des états extérieurs et des mouvements de foules, de "masses populaires", qui sont manipulées, téléguidées ou inspirées ( où passe la frontière?) par des personnes ou groupes charismatiques, plus ou moins infiltrés.
La responsabilité des gouvernements est importante au début d'un soulèvement : il faut trouver des réponses pour éteindre l'incendie au plus vite. Parfois, ce n'est pas possible.
Les russophones sont donc en danger. On peut y répondre par des solutions démocratiques, une négociation à l'intérieur du pays. Nous connaissons des pays avec des minorités linguistiques respectées. L'intervention militaire n'est pas l'unique solution pour résoudre ces statuts-là.

Écrit par : Calendula | 21 mars 2014

«Comme si les américains et les européens devaient maintenant intervenir en Ukraine pour rétablir la paix !»

...intervenir diplomatiquement s'entend. Calmer le jeu, ou autre synonyme... Obama devrait inviter Poutine à déjeuner... ou a jouer au golf... et les Allemands devraient cesser de jouer à "Deutschland über alles".
C'est quand-même un comble, l'UE a été décidée pour établir la paix en Europe. Et c'est elle qui fout le bordel avec des sanctions ridicules et dangereuses contre la Russie.

Cette "affaire" ukrainienne n'a pas commencé il y a quelques semaines. Les USA, c'est déjà un moment qu'ils mijotent l'annexion de l'Ukraine à l'OTAN. (Vous trouverez toutes les infos exhaustives sur ce sujet sur de nombreux sites. Et puis, il faut se donner la peine de relire l'Histoire récente de l'Ukraine avec notamment l'épisode Ioulia Tymochenko (pas si Blanche-Neige que ça). Bref, il y a toute l'info "utile" qui circule, mais c'est sûr c'est difficile de trier et de ne pas tomber dans le piège de la désinformation.
En ce moment c'est la guerre de l'info des deux côtés, mais si l'on reprend les choses chronologiquement, ce sont bien les Occidentaux qui ont "semé la beuse" en premier.

Écrit par : petard | 21 mars 2014

lien invalide

Enfants et Divorce Les enfants ont besoin des deux parents


En 1997, déjà, alors que ce profilait l'idée d'un divorce par consentement mutuel, on parlait de distinguer le couple conjugal et le couple parental, ce dernier étant indéfectible, assosti du maintien del'autorité parentaéle conjointe.
10 ans après, le nombre de divorces a explosé ainsi que le nombre d'enfants déchirés et séparés progressivement de leur père!
Et si le divorce n'était plus la solution?
L'Hebdo - N° 39, 25.9.1997.
Durant un quart de siècle, le divorce apparaissait comme la panacée pour sortir des conflits conjugaux. Credo: «Nous avons raté notre mariage, réussissons au moins notre divorce.» Ce vent est en train de tourner. Des voix s'élèvent pour dénoncer le détricotage de la famille et décrire la perte d'identité qui en découle. Emergence d'une nouvelle sensibilité.
Des psys se battent pour réhabiliter les liens familiaux. On peut en ricaner. Ces Américains sont incroyables, vous ne connaissez pas la dernière? L'Etat de Virginie vient d'introduire un contrat de mariage à option, qui, depuis le 15 août dernier, permet aux jeunes couples de s'engager selon une formule légère ¬ le mariage actuel ¬ ou une sorte de pacte solennel, que l'on ne peut briser avant deux ans de réflexion. L'idée est de «forcer les couples à s'interroger sérieusement sur leur compatibilité à vivre ensemble avant de se marier et de fonder une famille», selon les termes de Tony Perkins, le républicain qui a proposé la modification légale. Un gadget bien-pensant? Une ingérence insupportable dans la liberté individuelle? Une manière pernicieuse de culpabiliser les couples de «deuxième ligue»? Voire.
Aux Etats-Unis, ces temps, les études n'en peuvent plus de tirer les sonnettes d'alarme. A les en croire, le divorce, ce «fléau social, est lié à nos problèmes les plus désastreux ¬ la délinquance, la pauvreté, la violence, la dépression, la mauvaise santé et le suicide, pour ne nommer que les plus évidents», assène Diane Sollee, fondatrice d'une récente Coalition pour le mariage, la famille et l'éducation des couples, qui unit en cette même cause des féministes radicales, des chrétiens conservateurs, des scientifiques et même des New-Yorkais branchés. A l'ordre du jour des séminaires et conférences organisés, les travaux de Barbara Dafoe Whitehead, qui vient de publier ce qui est déjà un best-seller polémique: «The divorce Culture» (Editions Knopf). L'auteur y dénonce l'approche consumériste des relations humaines et lance un appel pour que soit revalorisé l'engagement à long terme. Notre idéologie, dit-elle dans une interview sur l'internet, «est orientée sur les intérêts et la satisfaction des adultes, parce qu'elle souligne l'importance des choix individuels. C'est super, mais les enfants ne bénéficient pas de cette liberté de choix et n'éprouvent pas le même enthousiasme pour le changement».
D'autres chercheurs délaissent la fibre morale pour brandir des arguments censés toucher les convaincus du divorce jusque dans leur chair. «Etre un non-fumeur divorcé est à peine moins dangereux que de fumer un paquet de cigarettes par jour en restant marié, clame David Larsen, président de la recherche au fort honorable Institut national de la santé, dans les colonnes du magazine "New-York". Tous les types de cancers terminaux touchent les individus divorcés des deux sexes, blancs ou de couleur, plus fréquemment qu'ils ne touchent les gens mariés.»
N'en jetez plus. Sans être aussi caricatural qu'outre-Atlantique, un discours nouveau sur le divorce émerge en Europe aussi. Même en Suisse, on s'alarme de l'incroyable perte d'identité induite par les familles qui se décomposent pour se recomposer ailleurs. Que les langues se délient actuellement n'est sans doute pas un hasard. Ces temps naissent les premiers bébés d'une génération dont même les grands-parents sont parfois divorcés (en Suisse, 4,3% des plus de 65 ans étaient divorcés en 1990). De leur côté, les divorcés de la première heure expérimentent souvent douloureusement leur deuxième, voire troisième rupture. «Il y a tellement de tiers dans chaque famille, que les liens se diluent, estime Gérard Salem, psychiatre lausannois spécialisé dans les traitements de la famille et auteur du livre tout récemment réédité "L'approche thérapeutique de la famille". On n'a plus de vocabulaire pour désigner les rapports entre les divers membres d'un foyer. Cela entraîne un désarroi considérable, une sorte de vide identitaire, une décalcification de l'être... Je crois que le mouvement de balancier ne peut que revenir vers une revalorisation de la durée, de l'engagement. C'est une question de survie de l'espèce.»
Gérard Salem n'est pas seul à tenir ce langage. Prenez Maurice Hürni. Le psychiatre et sexologue lausannois, auteur de nombreux travaux sur le couple et thérapeute au centre Pro Familia, énonce des convictions que personne n'a très envie d'entendre: «Le divorce a été un acquis précieux pour la liberté individuelle, mais il est devenu une caricature de lui-même, une monstruosité humiliante et destructrice.»
De la dynamite pure. Quoi? Voilà des analystes censés soigner les bobos de nos âmes, payés pour nous cajoler dans le sens du poil, qui se permettent de dire qu'avec nos 38% de couples destinés à divorcer, nous fonçons la tête dans le mur?
Maurice Hürni n'a pas toujours pensé en termes aussi violents. Quand il s'est formé à la thérapie de couple, dans les années 80, il a appris, comme le voulait l'air du temps, que mieux valait un divorce réussi qu'une mauvaise entente ¬ constat qui garde sa pertinence, mais revient «à choisir entre la peste et le choléra» comme il le relève aujourd'hui. Il s'agissait alors de valoriser l'épanouissement personnel et si celui-ci fleurissait mieux hors du couple, tant pis, séparons-nous, cela vaut mieux pour tout le monde et, par ricochet, pour l'enfant aussi. Facile, rassurant, déculpabilisant. Le hic, c'est que dans la réalité quotidienne de sa pratique, Maurice Hürni n'a cessé de voir se dessiner une image du divorce nettement moins lumineuse.
Dans son cabinet défilent des adultes qui se débattent toujours avec la séparation de leurs parents. D'anciens gosses qui se sont trouvés pris dans le traditionnel filet de haine tissé par des parents en rupture. Ils ressassent ces souvenirs de week-ends annulés pour des rhumes bénins, de chantage où la visite se négocie contre la ponctualité de la pension alimentaire, où le gosse a peur de s'amuser chez l'un, de peur de décevoir l'autre... «La psychanalyse s'est beaucoup focalisée sur l'image du père, relève Maurice Hürni, mais elle a beaucoup négligé la relation entre les deux parents. Or, cette relation, l'enfant en est issu, il l'observe, la soigne, y puise son énergie. Et la tension l'empêche d'évoluer, puisqu'il s'abîme à trouver des stratégies censées ramener ses deux parents ensemble. C'est pathétique de voir cet espoir que les enfants gardent des années durant.»
Un confrère thérapeute confirme cette douleur, lui qui voit souvent de jeunes «kamikazes»: «Dans un foyer reconstitué, l'enfant d'un premier lit se pose soudain en ange gardien du parent évincé. Il fugue, échoue à l'école, se détruit parfois en drogue ou délinquance. Il se sacrifie pour venger ce père ¬ c'est souvent le cas ¬ qui n'a plus sa place. Les enfants sont d'une loyauté extraordinaire...» Maurice Hürni constate aussi un phénomène nouveau: l'arrivée massive en consultation, depuis peu, de jeunes gens entre 20 et 25 ans, mûs non pas par la révolte contre l'autorité parentale ¬ une donnée à laquelle l'analyse est rompue ¬ mais un mépris absolu pour ces géniteurs qui continuent à se chercher au fil de relations successives. «C'est très désarçonnant», lâche Hürni, un brin laconique.
De l'avis unanime des professionnels du conflit conjugal (thérapeutes, assistants sociaux, médiateurs...), il convient de distinguer clairement les divorces sans enfant ¬ estimés relativement anodins, une affaire privée entre deux individus qui laisse somme toute peu de séquelles ¬ et les divorces qui déchirent une famille. Dans ce deuxième cas, à en croire Hürni, «nous banalisons totalement l'effet irrémédiable du divorce».
Or qu'en sait-on de cet effet irrémédiable? L'une des choses statistiquement démontrées, c'est qu'apparaît actuellement une «culture du divorce», dans la mesure où il y a une hérédité sociale: les enfants de familles séparées divorcent plus que les autres (voir graphique p. 14) et la boule de neige s'emballe: 70% des personnes divorcées se remarient... pour redivorcer plus tard, dans 60% des cas. Quant aux enfants, il semble que le plus profond traumatisme provient de l'éviction du père. De plus, le conflit autour du divorce a souvent des effets désastreux, dans la mesure où l'enfant s'en sent coupable et se voit régulièrement acculé à choisir son camp. En gros, ce n'est pas tant l'événement du divorce, mais la relation parentale tumultueuse avant et après qui influe sur le comportement.
Pourtant, le discours dominant continue de relativiser l'impact du divorce. Le professeur de psychologie Meinrad Perrez, spécialiste de la famille à l'Université de Fribourg, se demande si les comportements répertoriés dans la littérature ¬ échec scolaire, agressivité... (lire encadré ci-contre) ¬ ne sont pas à «comprendre comme effets secondaires de la vision négative du divorce dans notre société» (dans «Le divorce et ses conséquences», Universitätverlag Freiburg). En somme, il suffirait de divorcer plus pour que le divorce devienne plus léger... La sociologue genevoise Laura Cardia-Vonèche, auteur de nombreux ouvrages sur les nouveaux modèles familiaux, partage cette vision. «Je pense qu'il est très difficile de déterminer quels maux sont engendrés par quelles causes, estime-t-elle. Car chaque relation familiale est unique, on ne peut jamais généraliser.» Sa recherche se focalise donc prioritairement sur des données objectives et quantifiables, sur la situation économique des familles monoparentales par exemple, ou sur les lieux d'accueil pour la petite enfance. Quant à l'impact psychologique, «on peut le voir de deux manières, dit-elle. On peut dire que 13 633 enfants mineurs touchés par le divorce en 1995, c'est une catastrophe. On peut dire aussi que, puisque cette situation est aussi étendue, elle devient sans doute moins lourde à assumer. Question de regard».
C'est justement cette détermination à banaliser le divorce qui commence à courir sur le fil de ceux qui sont les plus directement confrontés à la souffrance. Comme Jean Vallet, directeur du Service de protection de la jeunesse vaudois. Depuis 29 ans qu'il voit défiler des mômes en rupture, il ne peut s'empêcher de constater que leur nombre augmente parallèlement à celui des divorces: 3669 mineurs l'année dernière, dont 65% à 75% vivent séparés d'au moins un de leurs parents. Mais ce chiffre-là, personne n'a envie de l'entendre. Jean Vallet: «J'ai récemment donné une conférence où j'ai dit que le divorce était un important facteur de fragilisation de l'enfant. Vous auriez dû voir mon auditoire! Des fusils à la place des yeux. Il y a des évidences qu'actuellement on refuse d'affronter.» Alors, quand le bientôt grand-père enfourche son cheval de bataille et réclame que l'on parle plus ouvertement du déchirement pour l'enfant, même ses collègues lui tapent amicalement dans le dos, sur l'air de «Toi, t'es un dinosaure d'un autre temps. D'ailleurs, tu as ritualisé le dîner en famille le dimanche soir, c'est dire...»
Il n'est guère difficile d'imaginer pourquoi nous tentons tous de nous voiler la face. D'une part, il suffit à chacun d'ouvrir son carnet d'adres-ses personnelles pour constater que, décidément, les divorcés sont quelques-uns. Et qu'ils n'ont pas forcément très envie d'entendre que la chair de leur chair ne trouve pas cela «extrêmement épanouissant au niveau du vécu». Plus profondément, la banalisation du divorce participe à cette idéologie de la liberté individuelle issue de la Révolution française, renforcée évidemment au travers de l'expérience individualiste des années 70, puis de la philosophie hédoniste qui lui a succédé. D'une certaine façon, l'idée dominante veut que «la famille» soit un concept de vieux débris réactionnaires, alors que «les familles» ¬ avec toute la nébuleuse des recompositions à la carte ¬ passe pour une idée ouverte, nouvelle, décontractée.... «Nous en arrivons aujour-d'hui à un dogme aberrant, relève encore Gérard Salem. Nous sommes obsédés par l'idée qu'il faut "se protéger", ne pas "s'aliéner"... Mais bon sang, on ne vit pas pour être protégé! Etre dépendant n'est pas une maladie!»
Loin des débats de spécialistes, quelques signes avant-coureurs indiquent que le vent est peut-être en train de tourner. Gérard Salem relève qu'il voit de plus en plus de couples qui demandent non pas une aide au divorce, mais qui cherchent à sauver les meubles. «Je crois que l'idée passe enfin que le divorce ou la rupture ne résout pas tout, hasarde Gérard Salem. Souvent, on reproduit le même schéma avec le partenaire suivant, transportant son problème de couple en couple.» C'est dans ce sens que travaille aussi l'Institut de la famille, à l'Université de Fribourg, qui organise depuis trois ans des cours de «prévention au divorce» pour enseigner aux couples l'art de vivre ensemble (lire en page 21). Et en Valais, à Saint-Maurice, s'est ouvert cet été une «Maison de la famille», d'inspiration religieuse mais ouverte à toutes les approches pluridisciplinaires, qui entend fournir un lieu de réflexion, de rencontre, de recherche, sur «le dysfonctionnement de la cellule familiale». Les statistiques elles-mêmes indiquent un léger ralentissement des séparations précoces, de celles qui interviennent dans les quatre premières années de mariage. Peut-être est-ce là un premier signe que les vingt-trente ans ont tout sauf envie de reproduire les amours successives vécues par leurs parents. Gérard Salem, encore: «Je vois arriver des adolescents déchirés, car une fille les attire, mais ils ne veulent pas trahir leur amie attitrée, avec qui "ils construisent"... Moi à leur âge, comme toute ma génération, je ne me posais pas ce type de questions. Je cherchais à accumuler les expériences!»
En attendant, la voie réaliste consiste à tenter au moins de mieux gérer les ruptures. C'est dans ce sens que va la future nouvelle loi sur le divorce (lire encadré ci-contre), actuellement en discussion auprès des chambres fédérales, qui insiste sur une philosophie de base. «Il faut absolument que les divorces se passent de la manière la moins traumatisante possible pour l'enfant, explique Jean-François Perrin, professeur de droit à l'Université de Genève et membre de la commission d'experts qui ont élaboré le projet. Pour ce faire, il convient de permettre aux parents de ne pas se déchirer devant un tribunal, de se séparer par consentement mutuel et de garder l'autorité conjointe sur l'enfant.» L'idée est de dissocier le couple conjugal, libre de ses amours et attachements, du couple parental, qui, lui, serait indéfectible. Dans la situation actuelle, où 85% des enfants sont attribués à leur mère, le père, comme dit Jean-François Perrin «est transformé en irresponsable payeur et va refaire sa vie, en se lavant les mains de sa première union et des enfants qui peuvent en être issus. Nous vivons dans un système totalement archaïque par rapport aux autres pays européens.» Anticipant sur la nouvelle loi, de nombreux juges, comme le relève une étude de Perrin, entérinent déjà des conventions de divorce, où les deux conjoints s'engagent à prendre en commun les décisions majeures concernant leur(s) enfant(s).
Malgré le réseau de médiateurs - une cinquantaine en Suisse romande - qui aident les parents en conflit à trouver un terrain d'entente autour de l'enfant, l'objectif reste difficile à atteindre, tant il est vrai que les mères se laissent rarement convaincre de céder une parcelle de pouvoir sur l'enfant. Mais tout l'enjeu réside là: réhabiliter le rôle du parent biologique, que l'on a sans doute trop vite évacué au profit d'un «beau-père» ou «père de substitution». Ainsi, il est par exemple impossible de retrouver dans les statistiques fédérales le nombre d'enfants qui vivent dans un foyer recomposé: ils sont inclus dans les 91% d'enfants «vivant avec leurs deux parents», biologiques ou pas. Pourquoi ne pas faire la distinction? «Trop délicat» relève Werner Haug, responsable de la Division emploi et population à l'Office fédéral des statistiques. Ce flou est emblématique du peu de cas que l'on fait des vraies filiations familiales. Comme le relève Nicolas Duruz, responsable du Centre de la famille et enseignant en psychologie à l'Université de Lausanne: «Même si la fonction de père et de mère est une construction sociale, il ne faut pas minimiser les liens de sang. Accepter une ressemblance physique, un lien indestructible avec une famille, c'est accepter que l'enfant a un ailleurs que l'on ne contrôle pas.»
Renata Libal

Les gosses souffrent? Qu'en sait-on?
Une abondante littérature décrit les nouveaux modèles familiaux, mais peu d'études se penchent explicitement sur les comportements des enfants du divorce. Quelques éléments tout de même.
• Le divorce engendre souvent une baisse des résultats scolaires, ce qui explique la forte présence d'enfants de parents séparés dans les classes pratiques et les redoublements. Ce comportement s'atténue après deux ans chez les filles, perdure chez les garçons. (Zurich, 1983)
• Les garçons tendent à manifester leur souffrance par des troubles du comportement, alors que les filles réagissent par l'angoisse et la dépression. (Allemagne, 1995)
• Le père disparaît. Un quart des enfants ne voient plus leur père après divorce et plus de la moitié le voient au maximum deux fois par mois. Après une décennie de séparation parentale, plus aucun enfant de l'étude ne voit son père hebdomadairement... Plusieurs facteurs en-couragent cet éloignement, comme la distance géographique entre les domiciles ou l'éducation du père, mais c'est surtout l'arrivée d'un beau-père qui marque la rupture de la relation paternelle. (Genève, 1990)
Les enfants ont besoin des deux parents

«Les femmes ne sont pas les propriétaires de leurs enfants»
L'Hebdo - N° 39, 25.9.1997.
Féministe de la première heure, la sociologue française Evelyne Sullerot tire aujourd'hui la sonnette d'alarme dans un livre-brûlot.
«Le grand remue-ménage» va à rebrousse-poil du discours ambiant, qui tend à banaliser le divorce. Pourquoi? Parce que je parle des conséquencees. Aujourd'hui, tout le monde est persua-dé des conséquences dramatiques du chômage. Mais personne ne veut entendre parler des méfaits du détricotage familial, cette rupture des liens familiaux, qui a pourtant déjà commencé à avoir des effets sur la délinquance, l'état psychique des enfants.
Détricotage familial? En France, un enfant sur trois a des pareents séparés (ndlr: En Suisse, 15% des moins de 18 ans ont vécu le divoce parental). Et nous arrivons actuellement à une génération d'enfants dont même les grands-parents sont divorcés. Je voudrais que les jeunes soient moins démolis par cette situation... Notre société doit se rendre compte qu'il y a un problème de lien de génération à génération. Il existe une sorte de continuité longitudinale de la vie. Une transmission qui doit être une transmission d'amour, de connaissances, de principes, de responsabilité. Il faut absolument qu'on la maintienne même si on a une liberté, par ailleurs, sur le plan sexuel ou affectif.
Faut-il apprendre à dissocier le couple conjugal du couple parental ¬ lui indéfectible? Exactement. Je crois qu'une des grandes rrévisions qu'il faut que nous fassions est de comprendre que la parentalité est un lien indéniable, indissoluble, indéfectible, irréversible. Oui, nous avons fait des conquêtes individuelles de liberté et il ne s'agit pas de cracher dessus. Mais la famille, ce n'est pas une simple juxtaposition d'individus où chacun fait ce qu'il veut. Du moment où l'on met un enfant au monde, il y a des responsabilités, par cela je veux dire un amour engagé.
Vous dites que l'on refuse de voir les dégâts engendrés par le haut taux de divortialité... On a étouffé sciemment le ddébat sur les conséquences. On n'a pas voulu voir ce qui allait à l'encontre du grand dogme de la liberté individuelle. J'ai répertorié tous les articles de la presse féminine ¬ sur-tout dans «Elle» et «Marie-Claire» ¬ et le discours est unanime: pour être une bonne mère, il faut être heureuse et épanouie. Donc si vous êtes sentimentalement, sexuellement, amoureusement bien, ce n'est pas la peine de vous forcer à quoi que ce soit.
Une attitude qui remonte à une trentaine d'années? A l'origine, il y a la contraception, danns les années soixante. Une fois surmonté le problème des grossesses non désirées, l'attention s'est naturellement reportée sur le couple. Depuis trente ans environ, peut-être un peu plus, nous sommes obnubilés par le couple. A donc été considéré comme progrès tout ce qui permettait à la fois l'authenticité, la sincérité et la qualité de la relation et donc sa liberté de se séparer. C'était en rupture avec les exigences beaucoup plus lourdes de la tradition, et on a eu une impression formidable de libération, de légèreté et d'authenticité dans les sentiments. Nous avons vécu dans un culte du couple ¬ et quand je dis «nous», j'entends tout le monde, y compris l'Eglise catholique. Puis un grand tournant a été pris quand ce «couplisme» a viré à une morale uniquement individualiste. Surtout chez les femmes. Elles avaient été plus... je ne veux pas dire opprimées, non... mais beaucoup soumises à l'autorité d'une loi qui les dépassait. Obligées de se consacrer aux enfants, d'obéir, etc. Donc, tout ce qui était libération de la femme a été salué comme un progrès. On s'est voilé la face sur les conséquences à terme.
Ces conséquences sont-elles vraiment si graves? On a voulu croire que le divorce devenaitt plus bénin quand il était partagé par le grand nombre. Or, le déchirement familial est un drame intime, qui a, finalement, peu à voir avec l'acceptation du groupe. Les repères, c'est: qui suis-je? qui est mon père? qui est ma mère? Tenez, je m'occupe beaucoup de la prévention contre la toxicomanie. Il est certain qu'il y a environ cinq à six fois plus d'enfants dont le père n'est pas présent parmi les toxicomanes. Un autre exemple: mon petit-fils a fait son service civil comme éducateur, l'an dernier, à Roubaix dans un collège très populaire. Il y avait une classe de 5e où pas unélève n'avait son père à la maison. C'est le «copain de maman» qui signait les carnets. Ces enfants manquent de repères.
Mais il se peut que ce «copain de maman» fasse réellement office de référent paternel, non? Il ne faut pas opposer à un p&egraave;re qui s'en irait dans la nature un beau-père qui, lui, serait là, attentif, sympa et tout. Les dernières enquêtes montrent l'accélération des séparations-recompositions-séparations. Ce beau-père auquel l'enfant s'attache ne va peut-être pas rester très longtemps dans le foyer. Or un père doit être indéfectible. Combien d'hommes vivent avec les enfants d'un autre, alors que leurs propres enfants vivent avec un autre homme? C'est un des effets énormes du phénomène de divorce: la paternité ne parvient plus à s'exercer.
Les méfaits du divorce seraient davantage liés à l'absence du père qu'à la séparation des parents? Disons que l'adolescent vit une pé;riode «border line», où il change de personnalité . L'existence du référent paternel est alors importante, même si ce père n'est pas là tous les jours. Car il continue d'incarner un peu le bien, le mal, l'interdit. On le voit chez les garçons ¬ plus touchés ¬ car ils vont toujours outrepasser la ligne, y aller de plus en plus fort. Comme s'ils pouvaient inciter, par leurs débordements, le père à revenir leur fixer les limites. Outre la problématique du divorce, nous arrivons aussi au moment où beaucoup d'enfants nés de femmes seules arrivent à l'adolescence. Les garçons surtout, souvent couvés par cette mère, ruent dans les brancards et ne demandent qu'à ficher le camp, ne plus entendre parler de ce duo familial. Les filles ont tendance à reproduire le modèle maternel et à rater leur couple, faute de confiance en l'homme.
Avez-vous l'impression que depuis trente ans que l'on divorce à tour de bras, on a appris à divorcer mieux? C'est ce que me disent les jeunes adultess, les 30-45 ans. Ils sont très fiers de la civilisation de coparentalité qu'ils ont faite. Tant mieux.
Vous n'avez pas l'air très convaincue... C'est clair qu'il existe des divorces bieen menés, où les deux parents continuent à jouer leur rôle malgré la rupture. Et même les grands-parents. Il y a des Papi et Mamie avec des adresses différentes, des noms différents, des maisons différentes qui ne voudront pas être réunis. Heureusement, d'autres se rendent compte que leurs affaires personnelles sont moins importantes que l'image, l'affection, la tendresse qu'ils doivent donner à leurs petits-enfants. Ils accepteront de se rendre ensemble aux anniversaires, aux Noëls... Ce sont des choses possibles. Plus: elles sont nécessaires.
Mais vous voyez surtout des gens qui souffrent... A côté du divorce, il y a lees très nombreuses séparations des non-mariés ¬ je ne sais comment les nommer: les déconcubinages? Toujours est-il que ça se passe encore plus mal que le divorce. Pour plusieurs raisons, la première étant que l'enfant va toujours avec la mère et le père n'a aucun droit. Et puis, aucun juge n'est là pour dire: attention, là vous allez un peu fort, il faut tout de même un droit de visite, etc. Ça se fait à la sauvage.
Encore les pères qui trinquent? Oui... Je suis depuis plusieurs ann&eacutte;es assez attentivement les pères après rupture ¬ il y en a des milliers qui ont créé des associations. Et je vois chaque années que les suicides d'après divorce ne sont que des suicides d'hommes. Le divorce semble pour eux bien plus difficile, principalement, quand des enfants sont en jeu. Il ne faut pas oublier non plus que ce sont les femmes, dans trois cas sur quatre, qui demandent la séparation... Et pourquoi la demandent-elles? Diverses études montrent que la cause numéro un est le désappointement... Elles ne supportent pas le quotidien sans la romance. Je m'en suis aperçue aussi quand j'ai fondé un organisme qui s'appelle Retravailler où j'ai reçu 500 000 femmes ¬ dont beaucoup de divorcées. Ces dernières années, très souvent, elles disent: «Je m'ennuie, donc je veux refaire ma vie...»
Vous n'êtes pas tendre avec les femmes... Non. Je crois qu'elles n'ont pas tr&egravve;s bien géré la formidable liberté qui leur avait été donnée. Je pense que tout cela est rattrapable. Mais je voudrais leur dire qu'elles ne sont pas les propriétaires de leurs enfants.
Propos recueillis par Renata Libal
«Le grand remue-ménage», Fayard, 286 pages

Pas de mot pour le dire
• La «famille» désignant des personnes apparentées, prière de garder ce mot pour les personnes unies par un lien biologique, qu'ils vivent ensemble ou non.
• Pour les variantes postérieures, on peut parler plutôt de «ménage» ou «foyer» recomposé même si les enfants qui y vivent ont justement des familles décomposées... Enfin, ceux d'un «premier lit» du moins...
• La «famille monoparentale» devrait se limiter aux cas de veuvage, sous peine d'éliminer trop rapidement le parent absent.
• Les relations entre adultes sont expédiées sous le terme neutre de «partenaire».
• Quant aux enfants entre eux, ils en sont quittes à recourir aux vocables inventés par Claire Bretécher: ils disent «vrai frère» ou «vraie soeur», «demi» et «faux-demi».
N'essayez pas de savoir comment on nomme le nouveau copain de la mère de son faux-demi...

Écrit par : leclercq | 21 mars 2014

Un GRAND MERCI pour ce document très complet sur l'état de lieux des conflits de séparations et de divorces, où des enfants y sont impliqués, et qui souffrent à tel point que TOUT LE MONDE S'EN FICHE... Cela confirme bien mes constatations sur la problématique que j'ai pu approcher, depuis plus de 20 ans, sur plus de 10.000 cas différents.

On pourrait aussi appliquer l'une des meilleures solutions, avec une nouvelle législation (bien sûr), qui existe pourtant depuis près de 30 ans, c'est la bonne pratique du ''Modèle de Cochem'', du Juge Jürgen Rudolph qui préconise le contact direct juge-parents, sans avocats, mais en collaboration avec des psys et des A.S. super-formés dans le domaine de la souffrance des enfants et de leurs parents.
Ce domaine est tellement délicat et les enfants grandissent si vite qu'il est de première importance que les décisions à prendre doivent être rapides, et de ce fait, par des spécialistes hyper responsables qui connaissent la signification des mots RESPECT - ECOUTE - COMPASSION...
Cette bonne pratique des gestions de conflits, permet actuellement d'approcher les 100 % de résidences alternées... et les parents en redemandent...
Encore merci, cher leclercq ! Je ne manquerai pas de diffuser cet article.

Écrit par : Will | 21 mars 2014

leclercq @ Que vient au diable faire ce commentaire ici ???

Johann @ "Diriez-vous autoritaires, psycho-rigides, incapables d'argumenter, d'analyser, dogmatiques? Si oui, nous pensons la même chose."

Certes, mais aussi brillants intellectuels mais complétement déconnectés du "sens commun". Pas les pieds sur terre...
C'est surtout cet aspect qui m'a frappé. Le sens commun, le bon sens, c'est pour les chiens...

Écrit par : Géo | 21 mars 2014

"C'est le monde à l'envers."
Cela arrive assez souvent si on n'enferme pas les gens dans le carcan d'une dénomination qui tient de l'étiquette. Je ne le dis pas particulièrement à propos de Freysinger. Un exemple actuel est celui des "fachos" de Philippe Souaille, qui avait réussi pendant un temps à se passer du terme.

Écrit par : Mère-Grand | 21 mars 2014

Dans un commentaire récent, je parlais de la Moldavie.
Juncker vient de me donner raison.

http://www.zonebourse.com/actualite-bourse/LUE-doit-parer-a-deventuelles-visees-russes-sur-la-Moldavie-Juncker--18140069/

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 23 mars 2014

"Juncker vient de me donner raison."

C'est ce qui s'appelle jeter de l'huile sur le feu. C'est la fuite en avant. Agression en Crimée? Alors pour l'Irak, il faut utiliser quel terme?

On dirait bien que certains dirigeants sont prêts à déclencher une guerre si ce n'est mondiale, du moins européenne. La Yougoslavie ne leur a pas suffit...

Écrit par : Johann | 23 mars 2014

Johann@ Effectivement, le bellicisme européen est pour le moins inquiétant. Mais Français et Allemands ne sont-ils pas les peuples les plus belliqueux et hargneux de la planète ? Et comme l'Europe, c'est en fait l'Empire franco-allemand, Carolingiens et Lotharingiens enfin réunis pour emmerder le monde...

Écrit par : Géo | 23 mars 2014

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