12 février 2014

L’Europe, un vaste marché

Le Marché Commun puis l’Union Européenne se sont mis en place sur l’idée de créer un marché ouvert des biens, des marchandises et de la culture, sans plus de taxes et de règles nationales. Le but était de favoriser les échanges commerciaux, source de développement économique.


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Après tout l’Europe était déjà un marché à l’époque de la civilisation gauloise. Les déplacements se faisaient par terre et par mer. Ils étaient longs et difficiles, en particulier du fait de l’insécurité et des nombreux péages rencontrés - comme autant de charges administratives.

Le Moyen-Âge fut également un temps d’échanges intra-européens et sur tout le pourtour méditerranéen. Les étudiants voyageaient beaucoup et leurs déplacements furent, selon Jacques Verger, à l’origine de la formation des universités. Celles-ci étaient fréquentées essentiellement par des étudiants non natifs des villes universitaires. On se déplaçait pour acquérir du savoir, mais aussi pour les pèlerinages, et bien sûr pour le commerce. Au vingtième siècle, après plus d’un siècle de nationalismes divers, l’Europe reprenait le chemin du grand marché économique.

On aurait pu s’en arrêter là: faire tomber les barrières douanières et simplifier les échanges. Mais pour que cela fonctionne une monnaie unique devenait nécessaire. En effet les monnaies nationales, si elles donnent plus de marge de manoeuvres à un pays, induisent également des torsions dans les échanges. Il suffit d’une dévaluation pour qu’un pays exporte davantage alors que ses partenaires commerciaux subissent eux négativement cette sorte de dumping monétaire. L’euro mettait les pays à égalité et dans l’obligation de performances économiques réelles.
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Dans le même temps, l’unification et la simplification des échanges a imposé d’unifier nombre de législations civiles et de règlements techniques. La Commission de Bruxelles a permis cette unification sans avoir à passer par des votes de parlements, forcément longs et compliqués.

On aurait pu à nouveau s’en arrêter là: unifier la part des législations et règlements utiles au marché unique. Mais comment justifier que les marchandises soient mieux traitées que les humains? Comment admettre la libre circulation des marchandises sans inclure celle des humains, comme cela se fait déjà à l’intérieur de chaque pays? N’est-ce pas un mouvement normal que d’agrandir toujours le cercle géographique? Si au Moyen-Âge italien chaque ville ou région avait ses frontières, ses milices et sa monnaie, la création des Etats-nations a agrandi l’espace géographique des citoyens. L’Europe a donc inclus la suppression des barrières entre pays membres.

Elle se trouve aujourd’hui entre la souveraineté nationale et la création des Etats-Unis d’Europe, soit une entité supranationale.




europe,suisse,union,projet,votation,immigration,souveraineté,bruxelles,moyen-âge,gaule,commerce,marché,barroso,L’enjeu du 9 février: la souveraineté?

C’est là que les choses se compliquent. Car dans une entité européenne globale on pourrait imaginer la ruée de millions d’habitants d’une région pauvre et moins développée vers une autre, plus riche et mieux développée. Les disparités industrielles et économiques ne disparaissent pas avec la suppression des frontières. Une telle ruée serait-elle gérable pour la région hôte?

Après le vote suisse de dimanche, beaucoup d’européens se sentent en accord avec la souveraineté nationale, qui inclut la limitation de l’immigration et la préférence nationale. On le savait déjà, c’est encore plus visible aujourd’hui.

On peut comprendre la nécessité de réciprocité dans les échanges entre les pays. Un pays qui dénonce des obligations contractuelles faillit à ses engagements et dégage son partenaire de ses propres obligations. C’est ce que Barroso a rappelé. On ne peut donc lui reprocher ses propos, qui sont logiques et légitimes du point de vue européen.

La position suisse après le vote de dimanche établit avec force une autre légitimité, dont les effets se heurtent au projet commun. Cette légitimité est celle de la souveraineté, de l’appartenance géographique et historique, de la mutualité morale issue d’un sentiment commun, du patriotisme, et simplement aussi de la proximité. Cette légitimité se heurte au désir tout aussi légitime d’empire, soit d’une vaste structure dont la grandeur peut garantir (en principe) la prospérité, la liberté et la paix. Car quelles que soient les critiques portées à l’encontre de l’Europe et de son fonctionnement bruxellois, on ne doit pas oublier ce projet, cette mission même, de l’Union Européenne.

Bien plus qu’une question de xénophobie le vote de dimanche met en exergue l’enjeu deurope,suisse,union,projet,votation,immigration,souveraineté,bruxelles,moyen-âge,gaule,commerce,marché,barroso,e la souveraineté. Cette souveraineté est dérangeante parce qu’elle rencontre donc l’assentiment de nombre d’européens. Elle appuie sur la fracture déjà constatée entre les élus et les citoyens. La réaction de Bruxelles sur l’électricité - et d’autres peut-être à venir - est un signal à l’égard des européens bien plus qu’une véritable sanction à l’encontre de la Suisse. Bruxelles choisit de geler une négociation relativement secondaire et montre aux membres de l’UE que l’on circonscrit le virus suisse.

Le vrai enjeu qui apparaît depuis quelques jours est bien la souveraineté - et le type de croissance souhaitée. C’est sur ce thème que l’on pourrait peut-être dépasser le clivage et la détestation survenue depuis dimanche, voire l’autoflagellation de certains suisses comme j’en faisais la parodie dans mon précédent billet.

Notre pays a mis les pieds dans le plat, un plat que les européens n’osent jamais vraiment aborder. Pour l’Europe, la notion de souveraineté et d’immigration, donc de maîtrise de son développement, est diabolisée. Un jour peut-être les pays abandonneront leur souveraineté. Mais une telle étape, si elle a lieu, devrait passer par une réflexion sur l’Europe des régions, sur l’équilibre des zones de développement économique, sur la forme politique et les institutions que pourraient prendre un si grand espace. Comment préserver les cultures, les particularités, les espaces d'autonomie, l'équilibre politique local/global? Comment éviter une «genderisation», une indifférenciation culturelle de l'Europe, dominée par une super-étatisation, sans non plus tomber dans le complexe d'Astérix?

A ce point de vue les élites européennes sont avares de propositions. Au fond une partie des suisses a donné le signal fort d’une réflexion globale à mener. A moins qu’ils n’aient besoin de redigérer leur modèle et leurs engagements. Une manière aussi de dire que le progrès n’est pas que dans une seule direction.

16:27 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : europe, suisse, union, projet, votation, immigration, souveraineté, bruxelles, moyen-âge, gaule, commerce, marché, barroso | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Très juste et il est intéressant de consulter l'interview de Colin Crouch
sur le site du magazine Books (books.fr) dont voici un extrait tout à fait parlant:

"Qu’est-ce qui ne fonctionne plus ?
Les démocraties occidentales continuent, certes, à organiser des élections qui, dans la majorité des cas, conduisent à la formation de gouvernements légitimes. Cependant, les thèmes politiques abordés au cours des campagnes électorales ne sont plus déterminés par les citoyens : ils sont définis par des spécialistes de la communication. Ce sont eux qui contrôlent les débats politiques. Naturellement, ils sélectionnent des problèmes que les partis sont encore en mesure de résoudre. Mais ce ne sont pas les problèmes essentiels. Ceux-là, les partis les évitent, car ils sont sûrs d’échouer s’ils interviennent sur un terrain qu’ils ne contrôlent pas.

Les partis sont-ils les seuls fautifs ?
Non. C’est la démocratie elle-même qui est défaillante. Tout indique qu’elle ne fonctionne qu’au niveau national. Toute tentative pour l’introduire à une échelle supranationale afin de résoudre les problèmes du monde se solde par un échec. Le meilleur exemple est celui de l’Union européenne, qui n’est assurément pas un modèle de démocratie. La volonté d’étendre la démocratie au-delà de l’échelon national se heurte à de grandes difficultés. Les décisions, pourtant peu astreignantes, du G8 en sont une illustration."

"La démocratie est de plus en plus une coquille vide."
Books 03/2009 (nouvelle série) disponible sur le site.

Colin Crouch est sociologue Il enseigne à la Warwick Business school.
C'est par ailleurs un homme de gauche naguère membre du parti travailliste.

Écrit par : montagnard | 12 février 2014

Bonjour Hommelibre

Je pense que la dissolution des identés ne peut-être évitée.

Cela dit Dame Europe pourrait faire mieux dans le rayon communication...se rendre plus attrayante également, cesser de menacer pour un pêt de travers...

La force se doit d'être rassurante et non le contraire

La force se doit de parler, d'échanger et d'écouter son peuple

La force se doit d'être de bonne foi, juste et incorruptible

Petit abcd'r du savoir-vivre :-)

Écrit par : absolom | 12 février 2014

Bonsoir Absolom, Il peut y avoir une sorte de bain commun mais on peut aussi préserver des régions, plus grandes peut-être que les régions françaises actuelles, en leur donnant un réel pouvoir. Elles recouperont des territoires comme l'ensemble de PACA-Languedoc, Pyrénées Aquitaine, etc. Le but est une gestion des certains poste sur le terrain et pas de trop loin. Les citoyens gardent le sentiment d'être actifs et responsables d'une partie de leur région de vie. Un artisan travaille dans sa région, il reste en partie administré par sa région. Une région serait comme un Etat américain.

Les régions linguistiques resteront. Donc une partie de l'identité d'origine. Il faudrait étudier quel pouvoir leur attribuer.

Des élections proportionnelles dans les régions et des grands électeurs au niveau européen, par exemple. L'Etat serait fédéral, avec des postes précis non extensifs.

Écrit par : hommelibre | 12 février 2014

On pourrait instaurer une vraie initiative populaire en Europe. L'actuelle est mieux que rien, mais au final les citoyens ne votent pas leur proposition. Il y a eu un premier cas de cette sorte en novembre ou décembre.
Une Europe fédérale, un mixt de la Suisse et des Etats-Unis, serait intéressante. Comme le souligne Montagnard plus haut une démocratie intégrale ne fonctionne plus à l'échelon d'un continent.

Écrit par : hommelibre | 12 février 2014

"Une Europe fédérale, un mixt de la Suisse et des Etats-Unis,"

Une Europe dictatoriale serait plus juste. De plus, pour faire un mixt de la Suisse et des E.U, aussi faut-il avoir une mentalité compatible. Ce qui n'est pas le cas!

Écrit par : Patoucha | 13 février 2014

@hommelibre,

Ce passage a particulièrement attiré mon attention:

"Comment admettre la libre circulation des marchandises sans inclure celle des humains, comme cela se fait déjà à l’intérieur de chaque pays? N’est-ce pas un mouvement normal que d’agrandir toujours le cercle géographique? "

Le piquant de la situation actuelle est la dépendance commerciale de la Suisse avec l'Union Européenne. Cette idée qu'on pourrait être totalement et purement indépendants me semble tenir du phantasme. Continuer à exporter et à faire marcher les services et le tourisme au même niveau, tout en réduisant la main d'oeuvre de façon significative me semble tenir d'un numéro de magie.
Personne ne connaît les chiffres des futurs contingents, mais pour ne pas trahir la volonté populaire, il faudra bien qu'ils ne soient pas laxistes.
Nous avons pas assez de chômeurs pour combler le vide. Et il faut compter le temps de la formation aux métiers pointus.
Je ne suis pas chef d'entreprise et ne travaille pas dans l'industrie d'exportation, mais je sais que la richesse de ce pays repose sur ce commerce-là, entre autres.
Je suis très étonnée d'apprendre sur les blogs et dans les commentaires qu'un grand nombre de nos concitoyens de droite est désormais anti- économie réelle. Pour ces personnes, la souveraineté est un bien supérieur.
Je suppose que dans la réalité, ces personnes sont heureuses de la prospérité et des performances économiques de la Suisse, mais elles mettent tout cela sur le compte d'un génie intrinsèque et non sur la capacité de gérer la complexité du monde actuel.
Tout ce que nous entreprenons a un prix. Rester propre et bien coiffé, alors qu'on doit mettre les mains dans la pâte n'est pas possible. S'imaginer n'avoir que les bons côtés de traités internationaux a un côté irréaliste.
La prospérité demande un sacré travail d'équipe. En Suisse, plus qu'ailleurs, nous savons tenir compte d'une multitude de paramètres en même temps.
C'est cette capacité-là qui fait que je ne suis pas réellement inquiète pour notre avenir. Comme je suis plutôt pour la décroissance, le OUI ne me fait pas peur. On peut réduire la voilure.

Écrit par : Calendula | 13 février 2014

Et l'espace de l'AELE, n'en fait-on pas partie ? A-t-on à s'en plaindre ? Alors pourquoi pas l'autre, l'EEE ? Ce sera l'objet d'une votation populaire dans les trois ans et cette fois on y entrera, ce sera la seule solution pour sortir du psychodrame du 9 février et de la déflation qui s'en est suivie. D'ailleurs l'initiative est à l'étude, la recherche des signature commencera d'ici le mois de juin (c'est mon petit doigt qui me l'a dit !!!)

Écrit par : JAMES FAZY | 13 février 2014

Un espace de libre-échange en Europe! Cela avait été la grande promo pour l'EEE à l'époque! Et c'est la réflexion qui avait démontré que la CEE de l'époque nous mettait une carotte devant le nez pour nous piéger, nous faire entrer, puis après se "dictaturiser". La preuve est là 20 ans après!

Les discussion étaient fortes, il y avait l'AELE dans laquelle nous étions qui voulait que son modèle persiste, qui persiste d'ailleurs. Puis certains pays du Nord ont quand même penser que la solution était d'adhérer, la Suède, la Finlande, qui aujourd'hui ont de fortes majorités qui le regrette.

Nous avons échappé au pire car les 22 milliards de contributions annuels que nous aurions dû verser annuellement, sans recevoir de subvention retour nous aurait mis sur la paille depuis longtemps!

Écrit par : Corélande | 13 février 2014

Tout à fait Hommelibre...

J'avoue parfois passer un peu vite sur ce que j'écris sans développer, sale manie d'égoïste :-(

Toutefois un but commun, accepté par chaque protagoniste, me semble impératif pour la réalisation de cette vaste entreprise. Au risque d'en décevoir plus d'un, la "richesse matérielle" comme simple carotte n'y suffira pas.

Toutes les religions du monde condamnent la cupidité, ce n'est probablement pas pour rien, que l'on y croie ou pas. Le capitalisme pur et dur mettra Europe en échec, en d'autres termes à feu et à sang. Le peuple est fatigué de savoir que certains naissent avec tant de milliards dans le berceau alors que d'autres naissent avec tant de poussière dans leur assiette...et si les choses ont apparemment toujours été ainsi dans l'histoire (le riche & le mendiant), il est peut-être temps de changer cela.

A mon humble avis, nous nous trouvons actuellement au dernier "calvaire" chance que nous présente la Vie...

Quitte à faire sauter tel ou tel verrou à simple fin d'oxygénation, il est de l'intérêt de l'europe à changer de mentalité...à commencer par ne plus menacer, car de nos jours ceci ne sert à plus rien.

Comprenne qui pourra :-)

Écrit par : absolom | 13 février 2014

l'EEE n'est pas l'UE !
Etre membre de l'EEE, ce n'est que "naturaliser" les bilatérales est cesser de mener une politique hypocrite. C'est aussi avoir des droits pour négocier sur un pied d'égalité plutôt que de les mendier, ce que fait la Suisse depuis son refus d'y adhérer !

Écrit par : jAMES FAZY | 13 février 2014

@ JAMES FAZY

L'AELE est un stade de coopération, la CE en est une autre. La différence réside dans l'ambition politique de cette dernière.

Notamment, comme le dit ce billet, "L’euro mettait les pays à égalité et dans l’obligation de performances économiques réelles." Le problème pour l'UE est d'avoir eu les yeux plus gros que le ventre, en intégrant dans la communauté des états aux performances économiques ne disposant ni du même niveau, ni d'une même culture. C'est bien ceci d'ailleurs qui est à l'origine de ces flux massifs de population qui fait peur. Le processus a été bien trop large et rapide pour permettre une intégration harmonieuse d'économies si différentes.

La souveraineté dissolue dans une supra nation, est une grosse perte pour le peuple. La tête de cette superstructure bien trop éloignée des besoins du corps des populations. Cela fait des années que le parlement européen prend des décisions qui ne correspondent pas à la sensibilité populaire. Les OGM n'en sont qu'un exemple parmi d'autres.

C'est la loi des milieux financiers et des multinationales qui gouverne l'Europe alors qu'ils s'agit d'entités complètement hors sol. Alors qu'une souveraineté permet de penser que le peuple dispose encore la capacité de mettre des filtres sur ce qui gouverne son quotidien.


Si l'on regarde ce qui fait la vivacité économique d'un pays, ce sont les réseaux de PME. Je trouve étrange cette tendance à vouloir toujours plus grand dans un sentiment de puissance centralisé, qui va à l'encontre des recettes économiques qui se font dans la multiplicité et dans une taille bien plus raisonnable. Si l'on observe les réglementations imposée dans plusieurs domaines, on s'aperçoit que c'est les grosses entreprises disposant d'énorme fond de roulement qui sont favorisées.
L'Europe évolue dans une sphère déconnectée de la réalité des nations et de ses populations. Assurer l'économie globale c'est bien, mais c'est au profit de qui ?
C'est bien l'esprit de l'AELE et c'est toute la différence. Enfin ... à mes yeux !
Alors que l'UE représente la perte de ce qui fait la qualité et la vivacité de chacun.

Écrit par : aoki | 13 février 2014

L'EEE résulte d'un accord d’association signé en mai 1992 entre les États membres de la Communauté européenne, partie à l’accord conjointement avec chacun de ses États membres, et les États membres de l’AELE. La Suisse ayant refusé par référendum la ratification de ce traité (1992), ne sont concernés que trois pays de l’AELE : l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein. Depuis, la Suisse a toutefois signé de nouveaux accords bilatéraux avec l'UE, mais en dehors du champ de l'EEE.

Écrit par : JAMES FAZY | 13 février 2014

@ Absolom:

La mentalité est en cause en effet. Viviane Reding a affirmé que les anglais sont trop ignorant de ce sur quoi ils doivent voter pour qu'ils soient appelés à un référendum. Quel manque d'élégance, et surtout de pédagogie.

Par contre je pense que les questions économiques restent prioritaires, sans quoi le reste ne suit pas.

Rappelons-nous qu'au milieu du XIXe siècle de nombreux suisses ont fui la famine en émigrant.


@ Calendula:

La décroissance vue sous cet angle, pourquoi pas? Mais pour entre autre la même raison que ci-dessus, la diminution est imprimée comme une souffrance dans la mémoire. Je n'ai pas peur du oui, car soit nous nous adapterons, soit nous réapprendrons à vivre autrement comme vous et Absolom l'écrivez et comme le suggère Géo ailleurs.


@ Aoki:

Montebourg a lancé un pavé dans la mare en soutenant (d'une manière détournée) les ententes entre grosses entreprises pour rester concurrentielles à l'international. Les PME apprécient... En effet les grosses entreprises sont favorisées. Le débat actuel permet de repenser l'Europe (je viens de publier quelques idées), et c'est au fond très positif.

Écrit par : hommelibre | 13 février 2014

@Corléande,

Comme j'ai une certaine connaissance de la Finlande, j'ai un peu sursauté en lisant cela dans votre comm' :
" Puis certains pays du Nord ont quand même penser que la solution était d'adhérer, la Suède, la Finlande, qui aujourd'hui ont de fortes majorités qui le regrette."

Je suis allée vérifier sur des sites finlandais et la forte majorité est en réalité ailleurs. Selon une étude de l'automne 2013, env. 60 % des personnes sondées pensent qu'il y a la bonne quantité d'étrangers dans le pays, 10 % pensent qu'il n'y en a pas assez, 18 % pensent qu'il y en a trop.
Certes, il existe "le Parti des Vrais Finlandais", mais il ne représente pas une majorité sur l'échiquier politique. Il a 39 députés au Parlement, qui en compte 200.
L'article de Wikipedia à ce sujet est intéressant et on comprend que "les Vrais Finlandais" sont un parti politique avec des caractéristiques très originales. Certes, l'affirmation identitaire est primordiale et très claire.
Selon moi, la Finlande n'est pas comparable à la Suisse, en ce qui concerne la décision d'adhérer ou non à l'UE. La situation géographique du pays, son histoire douloureuse avec un grand voisin encombrant auront pesé dans la balance en 1995, bien davantage que des considérations économiques.
On n'allait pas refuser de faire partie d'une grande alliance qui ferait contrepoids- enfin !
La Finlande, qui a une très forte identité et homogénéité linguistique, culturelle et historique est indépendante seulement depuis 1917.
Encore une différence majeure : le pays ne compte que 5 % d'étrangers, en premier lieu en provenance de l'ex-Union Soviétique ou d'Estonie.
(Viennent ensuite les Somaliens, Suédois, Chinois et Irakiens. Donc des réfugiés politiques ou des entrepreneurs chinois, comme partout, ainsi que des gens du pays voisin).
Les étrangers en provenance de l'Union Européenne sont très peu nombreux. Le climat, la langue et l'obscurité du très long hiver ne sont pas très attractifs.
Les Finlandais sont déçus de l'UE, certes, car ils ont l'impression que pas grand mode respecte les règles édictées. Ils sont très disciplinés et "bons élèves". Mais également très réalistes et pragmatiques. Ils n'ont jamais eu la vie facile et ne pensent pas avoir droit à un traitement privilégié. Le pays s'est ouvert et développé d'une façon spectaculaire depuis 1995. Avant cette époque, on ne savait même pas qu'il existait.

La Suède est encore un autre chapitre et je ne le connais que du point de vue finlandais, qui est un peu ironique et teinté d'un complexe d'infériorité parfois un peu mal géré ;-)))

Écrit par : Calendula | 13 février 2014

Et pour terminer, reconnaissons l'erreur historique de 1992 ! Oui nous - le peuple suisse - avons fait l'erreur de ne pas adhérer à l'Espace Economique Européen cette année là ! Aujourd'hui, 21 ans plus tard, on en paye le prix (qui risque d'être très cher), et les deux fois A CAUSE d'un parti réactionnaire qui ne comprend rien à la marche du monde et aux relations internationales.

Écrit par : jAMES FAZY | 13 février 2014

@James Fazy,

Vous avez raisons de souligner la différence entre l'EEE, l'UE et la voies des bilatérales. Pourquoi l'EEE a été rejetée alors que les points des bilatérales n'ont pas eu le même traitement du peuple suisse ? Sans nul doute, que la méfiance d'un diktat l'avait emporté en 1992 et les bilatérales permettaient d'apprivoiser le sujet avec un timing plus humain.

En définitive, aujourd'hui, la crainte d'un diktat est toujours présente, mais je partage largement l'avis d'homme libre sur le fait que le poil à gratter suisse permet de soulever des points importants qui ont été étouffés. La réaction suisse pousse à la réflexion dans toute l'Europe.
Ne nous y trompons pas, les référendums français et hollandais en 2005 ont fais émerger un non à l'Europe ! Bien des populations répondraient de même s'ils étaient consultés.

Écrit par : aoki | 13 février 2014

"Et pour terminer, reconnaissons l'erreur historique de 1992"
Entrer dans l'EEE, n'était-ce pas une reprise automatique du droit européen ?

Écrit par : Géo | 13 février 2014

Il suffit d'étudier le cas du Lichtenstein - le 27ème canton suisse - qui fait partie de l'EEE et qui, je crois, n'a pas à s'en plaindre, bien au contraire !

Écrit par : JAMES FAZY | 13 février 2014

@Géo

""Et pour terminer, reconnaissons l'erreur historique de 1992"
Entrer dans l'EEE, n'était-ce pas une reprise automatique du droit européen ?"

Administrativement pas , mais dans les faits oui. Reste que les bilatérales n'offrent pas une grande différence finalement.

Écrit par : aoki | 13 février 2014

Calendula soyons encore plus précis alors! Les Vrais finlandais ont commencé par avoir 5 sièges au gouvernement pour arriver à 39 en à peine 15 ans.......alors méfiez-vous des sondages, chez eux aussi!!!:-)
Par ailleurs en 2009 ils ont fait une percée très importante avec 10% de parlementaires UE....pas mal en si peu de temps.

Puis le dernier point où je les trouve très proches de nous, c'est très récemment de l'ancienne Athlète; sorry je n'ai plus son nom, qui est dans ce parti qui avait dit que la part des 1,4 milliard que la Finlande a versé pour sauver la Grèce aurait mieux été employé pour construire chez eux 20'000 logements.

Pas mal comme exemplarité de ce qu'il ne faut pas que nous fassions.

Bien à vous et je vous réitère mes excuses si vous ne l'avez pas lu sur le blog en question.

Écrit par : Corélande | 13 février 2014

Bonsoir Corléande,

Je dois m'excuser de ne pas avoir accusé réception de vos excuses, que j'avais bien lues - nous voilà quittes ! J'ai passé tout droit à ce qui me tenait à coeur et comme je n'étais pas vraiment vexée, j'ai oublié d'en reparler. :-) Décidément, cette précipitation est une des caractéristiques du commentaire. Comment faire autrement ? Le travail et les tâches du quotidien ne diminuent pas grâce à internet.

D'accord que l'ascension des "Vrais Finlandais" a été rapide, mais ce genre de parti trouve souvent un plafond, arrivé à un certain pourcentage.

Cette histoire du sauvetage des pays du Sud a été une affaire très douloureuse et touche les Finlandais à un point très sensible : le payement des impôts. Il leur est incompréhensible d'apprendre qu'il existe des pays, dans lesquels l'évasion fiscale est une pratique admise, car chez eux, c'est du sérieux.
Le commissaire des affaires économiques et monétaires de l'UE est le finlandais Olli Rehn. Je l'ai vu à la télévision dans des colères contenues, qui m'ont fait craindre pour sa santé à long terme...

Les Finlandais ne se font pas d'illusions, ils ne pensent pas faire partie d'un système parfait, mais je crois qu'ils sont du genre tenace et habitués à tellement pire. P.ex. au début des années 1990, à la chute de l'ex-URSS, l'économie du pays s'est effondré, suite aux changements profonds des relations économiques. Il y avait près de 20% de chômage pendant quelque temps. Je me souviens avoir lu que pour bien des enfants, le seul repas chaud était celui que l'on reçoit gratuitement à l'école à midi.
C'est vraiment un autre univers et pour ce pays-là, il n'est pas possible de faire cavalier seul.

Écrit par : Calendula | 13 février 2014

Aoki @ "Entrer dans l'EEE, n'était-ce pas une reprise automatique du droit européen ?"
"Administrativement pas , mais dans les faits oui. Reste que les bilatérales n'offrent pas une grande différence finalement."
La grande différence juridique entre UE et CH, c'est tout de même que les citoyens européens n'ont presque aucun droit et que nous en avons quelques-uns, pas que nous reprenions les idioties des fonctionnaires bruxellois. Vous vous souvenez de ces auto-collants que nous devions mettre dans nos voitures indiquant la vitesse maximale possible pour nos pneus : 18okm/h, 190, etc...alors que les autoroutes étaient limitées à 120 km/h ? Imagine-t-on la profondeur de la stupidité de nos autorités - et leur veulerie - pour admettre cette connerie ?
Cette reprise-là des manies délirantes des bruxellois est certes déprimante, parce qu'il n'est jamais agréable de se dire qu'on est dirigés par des singes sous-développés, mais pour le moment l'UE n'a pas réussi à nous retirer le droit d'initiative ou de référendum, ce qui doit être le but ultime de Viviane Reding, notre ennemie n°1...

Alors ma question était en fait la suivante : aurait-il été possible de rentrer dans l'EEE en conservant nos droits constitutionnels ? That's the point...

Écrit par : Géo | 13 février 2014

"ce genre de parti trouve souvent un plafond". Depuis 2008 je ne suis plus si sûre que cela soit une bonne analyse. Tous les paramètres ont changé avec la crise et les peuples Européens ont compris qu'ils n'étaient plus sur les bons rails.
Certes la mauvaise réputation, bien entretenue, des partis "nationalistes" a laissé du temps aux autres partis, mais ils sont tellement mauvais dans leurs obstinations, qu'avec la crise et ses graves conséquences, les Electeurs n'ont plus peurs. (certaine directives acceptées en décembre dernier sont effarantes et planifient l'appropriation du patrimoine des Européens en cas de nouvelle crise; qui parait inévitable).

Les votations UE à fin mai vont être éloquentes et suivant le score "la machine sera en route". Je pense que c'est la meilleure alternative, l'autre étant la guerre civile en Europe! Mieux vaut des nationalistes au pouvoir redonnant leurs souverainetés aux pays européens avant le bain de sang que les soi-disant technocrates UE auraient voulu, semble-t-il, éradiquer à jamais!
Je vous souhaite une belle nuit.

Écrit par : Corélande | 13 février 2014

@ Géo

Par rapport à votre dernière phrase, j'ai l'impression que c'est justement ce point qui ressemble beaucoup aux bilatérales. "Vous respectez les règles où la clause guillotine s'active ... "

En fait la Suisse avec sa démocratie directe est la fois le poil à gratter de l'Europe ( et de Viviane Reding), et en même temps le meilleur modèle du comment fait-on pour vivre ensemble tout en étant différents. C'est d'ailleurs ce qui avait été relevé dans l'émission; "C dans l'air".
C'est pour cette raison que je n'ai pu me résoudre à voter dans un sens où dans un autre. SI la raison l'emportait ce n'était pas plus mal, et si la Suisse continuait à marquer son identité propre et remue le consensus de façade des états européens, cela était tout aussi bien.

Écrit par : aoki | 13 février 2014

Ce matin, le parallèle entre l'initiative de Franz Weber sur les résidences secondaires acceptée par les urbains au détriment des intérêts des cantons montagnards et l'acceptation de l'initiative pour le contrôle de l'immigration par les ruraux devient de plus en plus évident. Rappelons que les Genevois ont refusé la 2ème avec 60% des voix, les Valaisans la 1ère avec 70%...
Rappelons que tous ces petits jeunes ou les vieux schnoques 68ards façon Ueli Leuenberger qui hurlent très fort contre les vieux réactionnaires passent le reste de l'année à militer pour le "développement durable".
"Faites ce que je dis, pas ce que je fais" est visiblement leur devise...

Écrit par : Géo | 14 février 2014

Aoki@ Interview très révélatrice de Luc Ferry au journal de midi. Horreur de la démocratie directe. Le peuple est bon pour élire ses représentants et cela s'arrête là...
C'est vraiment le point central de la différence culturelle et donc politique entre la France et la Suisse. Ce n'est pas la première fois que j'entends cette détestation du scrutin populaire chez eux...même s'ils se prétendent très démocrates...

Écrit par : Géo | 14 février 2014

«...pour le moment l'UE n'a pas réussi à nous retirer le droit d'initiative ou de référendum, ce qui doit être le but ultime de Viviane Reding, notre ennemie n°1...»

Manifestement c'est le prochain objectif de tous les ennemis de la Suisse. À commencer par certains individus bien en vue au PS et au PLR. En somme tous les "adhésiationistes".

Écrit par : petard | 14 février 2014

Comme "JAMES FAZY"... qui nous dit:

" D'ailleurs l'initiative est à l'étude, la recherche des signature commencera d'ici le mois de juin (c'est mon petit doigt qui me l'a dit !!!)"

Son petit doigt ne lui dit pas que l'initiative - s'il y a une - pour l'EEE sera rejetée comme l'UE!

Et comme dit l'autre... "fuck the EU"!

Signé:MÈRE ROYAUME du XXIème siècle JAMES FAZY ! LOL

Écrit par : Patoucha | 14 février 2014

L'intégration silencieuse de la Suisse à l'Union Européenne.
http://lilianeheldkhawam.wordpress.com/integration-suisse-ue/

A lire absolument.

Plusieurs billets de l'auteur.
Extrait:
"Les autorités fédérales ont octroyé à la BNS une liberté qui dépasse le cadre constitutionnel. Rien n’empêche aujourd’hui la BNS – de par le mandat élargi qui lui a été attribué, d’adopter l’euro. Le jour où on l’a autorisée à « s’arrimer » à la zone euro, on a admis de facto le transfert de son indépendance à la BCE, selon l’exact modèle des autres banques centrales européennes voulu par le modèle de l’UEM de M Delors. Les seuls qui pourraient la recadrer seraient les autorités fédérales, mais nous avons vu qu’elles s’étaient déjà engagées de manière déterminante, voire définitive, dans le processus d’adhésion à l’UE. On les voit donc mal s’opposer à l’adoption de l’euro qui constitue aujourd’hui près de la moitié du bilan de la BNS"

http://lilianeheldkhawam.wordpress.com/2014/10/14/la-banque-nationale-suisse-est-elle-en-route-vers-ladoption-de-leuro-partie-1/

Chose intéressante à retenir. La lumière apportée par l'auteur sur notre illusion de souveraineté ou d'indépendance. Techniquement, notre démocratie est déjà vendue par nos Élites Fédérales. La Démocratie à la Suisse est-elle si subtile qu'elle neutralise son propre peuple plus qu'elle ne l'aurait fait dans une médiation de contentieux concernant des pays tiers?
Les consultations populaires ne servent donc qu'à galvaniser le peuple dans son sort d'ignorante victime.

Écrit par : Beatrix | 06 décembre 2014

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