11 février 2014

Questions de genre (2): ceci n’est pas une pipe

A part contrôler les sexualités (voir billet), les études de genre ont-elles une utilité? Celle de tenter un décloisonnement. J’en faisait état précédemment et c’en est probablement le principal intérêt: dire qu’un métier ou qu’une manière d’être n’est pas figée dans le marbre d’un sexe ou de l’autre. Les comportements sont plus ouverts que les déterminismes biologiques.


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Chercher ce qu’il y a de commun aux deux sexes, décloisonner, m’intéresse. Je n’ai jamais accepté d’être enfermé dans une image figée. C’est une nécessité personnelle, d’où la phrase fétiche que j’ai empruntée à Alphonse Allais: «N’être qu’un, oui, mais lequel?». Nous avons des facettes, qui peuvent s’exprimer alternativement ou successivement selon les situations rencontrées ou l’interaction avec d’autres personnes. Le goût tenace de la liberté ne laisse qu’une place discutable à la conformité dans ma vie. Je n’y suis pourtant pas rebelle par principe - la rébellion pour la rébellion n’est à mon sens qu’une posture esthétique. C’est plutôt que la conformité pose des chaînes qui rapidement me pèsent.

Cela peut sembler contradictoire avec la recherche des éléments différentialistes qui caractérisent chaque sexe «en-soi», qui suggéreraient l’idée d’un déterminisme figé. J’accepte cette contradiction. Il y a une articulation à trouver entre le figé, le déterminé, et le fluide, le mobile. Par exemple, bien que la structure du corps humain soit répétitive et largement déterminée morphologiquement et génétiquement, nous sommes tous différents - ou du moins nous ne sommes pas seulement la morphologie et l’adn, pas seulement blanc ou noir, pas seulement ouverts ou fermés, pas seulement généreux ou avares, etc.

La pensée binaire - noir OU blanc - continue à dominer notre représentation du monde. Les réactions après la votation en Suisse sur l’immigration sont symptomatiques de cette binarité: il y aurait d’un côté les humanistes, ouverts, généreux, et de l’autre les xénophobes, ceux qui font honte, «les autres» quoi. Les bons d’un côté, les mauvais de l’autre. Les humanistes, tout à leur auto-célébration défaitiste, tout à se rassurer: «Ce n’est pas ma responsabilité, ce sont eux!», ne réalisent pas qu’ils parlent des partisans du oui comme les racistes parlent des noirs: comme d’une espèce à laquelle on n’appartient pas. Une sous-humanité en quelque sorte. Et l’on voit que la pensée binaire et forcément antagoniste produit les mêmes effets tant chez les racistes que chez ceux qui s’en défendent.


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Ceci n’est pas une pipe

Or le réel est peut-être plus vaste que ce que nos perception nous montrent. A preuve, deux individus peuvent avoir deux perceptions différentes de la même chose. «La carte n’est pas le territoire». Cette phrase célèbre est attribuée à Alfred Korzybski. Ce scientifique de la première moitié du XXe siècle pensait que les causes de la première guerre mondiale tenaient dans des antagonismes nationaux, et que ces antagonismes étaient le résultat de notre manière de penser et de voir le monde, une manière binaire et antagoniste. Cette forme de pensée imprime toutes les théories modernes: révolutionnaire, marxiste, anti-capitaliste, fasciste, féministe, et l’on voit aujourd’hui encore des penseurs s’obstiner à rechercher et construire des théories fondées intimement sur la pensée binaire. Or celle-ci ne peut rendre compte de la réalité. Elle n’est que l’expression du «j’aime» ou «j’aime pas», du besoin de domination, de la simplification de la complexité.

Alfred Korzybski avait compris qu’aucune théorie fondée sur la binarité n’apporterait de solution durable aux problèmes du monde et qu’au contraire, elle ne ferait que prolonger les problèmes et générer de nouvelles guerres. Il a donc oeuvré à élargir dans la pensée la représentation que nous nous faisons du monde, à la sortir de la croyance que notre perception est LA vérité, LA réalité. Cela passait par la mise en échec de la binarité, du OU/OU (ou noir ou blanc, ou humaniste ou xénophobe). De ses travaux sont issus ceux de Henri Laborit sur les modes réactionnels de base (fuite, agression ou inhibition), vulgarisés dans l’excellent film de Alain Resnais: «Mon oncle d’Amérique». A sa manière Paul Watzlawick, de l’école de Palo Alto, suivait le même objectif dans ses recherches sur le langage: sortir du monde fini de la pensée binaire. Edgar Morin et sa recherche sur la pensée complexe fait également partie de ce courant de fond qui est encore trop peu pensé.

genre,sémantique,générale,situationnistes,allais,différentialisme,adn,binaire,pipe,magritte,stéréotypes,rambo,biologie,culture,maternité,Ce que l’on pense du monde n’est pas le monde. Le peintre Magritte avait illustré cela dans son tableau: «La trahison des images». La pipe n'est pas une pipe. Ce n’en est qu’une représentation. Les adeptes de la Sémantique générale initiée par Korzybski, préfigurant les situationnistes des années 1960, décrivaient ainsi un tabouret: «C’est un objet formé d’un carré, auquel sont fixées quatre barres, qui sert à s’asseoir, entre autres...» Le «entre autres» est très important puisqu’il laisse la porte ouverte à de nouvelles définitions du tabouret. Il peut servir d’estrade, d’escabeau. Un enfant peut le poser à l’envers et imaginer un bateau sur une mer démontée.



Sexes et genres: fixés ou décloisonnés?

D’un côté je partage la démarche de décloisonnement des rôles sociaux. Mon goût de la liberté s’y retrouve. De l’autre je ne peux concevoir la liberté et la fluidité que comme relatives à des balises fixes. Le mouvement seul ne semble pas être en mesure de produire des formes viables. La mémoire même est l’histoire de la répétition des caractères fixes et de l’influence du mouvement sur eux.

Je pense que les éléments communs aux femmes et aux hommes sont nombreux, alors que les éléments de différenciation le sont beaucoup moins. Y a-t-il même des caractéristiques propres à chaque sexe? Je le pense. Pour les hommes il y a la force physique, qui fait d’eux des guerriers et les différencient sensiblement des femmes. Toutefois cette force pourrait n’avoir été développée que par le besoin que la société avait de formater des hommes forts pour défendre le clan. La répétition et l’intention culturelle aurait produit des gènes adéquats pour fabriquer des muscles et d’autres hormones. La culture aurait-elle également fait fabriquer la testostérone, hormone importante dans la détermination des caractères masculins et dans la production de sperme? C’est plus difficile à envisager car on entre ici dans le mécanisme reproductif biologique et non plus dans l’instauration d’un rôle par besoin du clan.
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Autre chose qui me paraît aussi bien plus incontournable : la maternité. C’est le pôle différencié par excellence.

Si les femmes avaient fait la guerre, si elles étaient mortes au champ de bataille, la survie de l’espèce aurait été compromise. Il suffit de très peu d’hommes pour féconder un groupe de femmes (donc beaucoup d’hommes peuvent mourir), alors que chaque femme ne fait qu’un enfant par année. La maternité doit être protégée. C’est biologique. Dès lors les rôles se distribuent autour de cette polarité. Il y a bien quelque part des caractères fixés et/ou fixant. Ces caractères ont modelé la culture dans le but de réaliser ce pour quoi ils étaient faits. La notion de genre, prolongement des différentiations sexuelles, ne doit pas en être découplée et privée de tout caractère spécifique. On nierait l'importance de la différentiation sociale dans la construction et la pérennité des civilisations.

On aurait pu certes moins typer les rôles, moins cloisonner. Mais peut-être que l’économie de cloisonnement a été perçue et expérimentée comme plus performante qu’une autre. Au surplus les rôles ont été cloisonnés dans certains domaines, pas dans tous. Par exemple, a contrario de l’image fausse de la femme taiseuse et soumise, les femmes ont toujours travaillé, à la ferme, dans l’artisanat, entre autres. Toutes les femmes ne sont pas physiquement fragiles et n’ont pas besoin d’une forte protection masculine. Tous les hommes ne sont pas des Rambos. Il y a eu des femmes dirigeantes et des hommes poètes. L’éventail des possibles est plus ouvert qu’on ne le pense.

Notre époque se contente trop souvent de stéréotypes, non pour donner une direction à la réflexion mais pour remplacer la réflexion. Quand je vois par exemple une enseignante dire : «Les garçons aussi peuvent être danseurs», je reste perplexe... Il y a des garçons danseurs depuis des siècles. On n’a pas attendu le féminisme et sa théorie du genre pour que cela existe, et pourtant cette enseignante parle comme si elle venait de l’inventer.


A suivre

Images: 1: Alphonse Allais; 2: Alfred Korzybski; 3: Magritte, La trahison des images; 4: Mon oncle d'Amérique.

Commentaires

"Si les femmes avaient fait la guerre, si elles étaient mortes au champ de bataille"

quel intérêt, pour perdre au combat face à des hommes d'un autre clan.

il y a beaucoup de super guerrières dans les films pas dans la réalité.

ça doit être un fonctionnement des cinéastes pour plaire à la doxa féministe.

exemple le bataillon de la mort engagée pendant 3 jours avec deux tiers d'hommes, et plus réengagé après, ça n'empêche pas les féministes de mentir à son sujet comme d'habitude.

http://clio-cr.clionautes.org/yashka-journal-d-une-femme.html#.Uv_EIkj9_Fo

Cette expérience inédite est cependant un échec lamentable. Le « Bataillon de la mort », exclusivement féminin se fait massacrer au cours de son premier assaut.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_Botchkareva

Le bataillon n'est engagé qu'une seule fois au front les 8 et 9 juillet 1917 à Smorgon, à 110 km au nord-ouest de Minsk. Encadré par des soldats de métier, mais les femmes-soldats paient leur inexpérience par de lourdes pertes1

modification de l'histoire à la mode féministe.

http://www.tetue.net/?article321

" Le bataillon a participé à une grande bataille, près de la ville de Smorgon et subit de lourdes pertes : elles étaient au départ 2 000, mais après trois mois de combat en première ligne, leur nombre est tombé à 250 !"

Écrit par : leclercq | 15 février 2014

surtout que dans cette bataille elles ont été à être engagées.

http://tsaritsa-poley.forumactif.com/t198-les-femmes-combattantes-dans-l-armee-imperiale

" Seules 300 ont été retenues. cette unité a été engagée avec succès les 8 et 9 juillet 1917 en Biélorussie (combat de Smorgon). Ce fut son seul et unique engagement d'ailleurs."

où têtue trouve telle ces 2000 engagées au combat et ces trois mois de combat !!! mystère.

Écrit par : leclercq | 16 février 2014

en fouinant on trouve des choses intéressantes.

http://books.google.fr/books?id=ReWvxz_4zWUC&pg=PT25&dq=smorgon+femme&hl=fr&sa=X&ei=Pf0AU5eFBIPJ0AWrg4CoBA&ved=0CD4Q6AEwAA#v=onepage&q=smorgon%20femme&f=false

lire l'alinea N°33

ce qui est écrit change beaucoup par rapport aux écrits de têtue !!!

Écrit par : leclercq | 16 février 2014

http://sapigneul.superforum.fr/t536-le-bataillon-russe-de-la-mort

celui là devrait apprendre à chercher sur internet au lieu de s'arrêter à un site féministe.

Écrit par : leclercq | 16 février 2014

la vérité c'est que sur 2000 1700 ont préféré faire parti des comités de soldats au lieu de se battre, et sur celles qui se sont battues, une partie s'est débandée donc inapte ultérieurement au combat, et 100 se sont fait tuées donc voilà pourquoi le bataillon n'a jamais été réengagé alors quelles devaient donner l'exmple aux hommes.

Écrit par : leclercq | 16 février 2014

les femmes ont toujours travaillé, à la ferme,

dans les travaux de la ferme les travaux des hommes et des femmes étaient très indifférenciés cause la force physique deux fois plus importante que celles des femmes dans le haut du corps.

"Toutes les femmes ne sont pas physiquement fragiles et n’ont pas besoin d’une forte protection masculine. Tous les hommes ne sont pas des Rambos."

une femme qui a la même force que la moyenne des hommes dans le haut du corps ce n'est plus une femme mais une hommasse comme

http://clio-cr.clionautes.org/yashka-journal-d-une-femme.html#.UwEZGkj9_Fp

Écrit par : leclercq | 16 février 2014

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