09 février 2014

Questions de genre (1): la politique orwellienne

La société de complémentarité est suspectée d’encourager à l’inégalité des sexes parce qu’elle favorise des stéréotypes ou des modèles de comportements fixes et cloisonnés. Dans l’imagerie dominante matraquée depuis quelques années, une femme ne pourrait être autre chose que mère et boniche, un homme que héros et maître absolu. Quelle imagination! L’univers manichéen  et simpliste de la bande dessinée est entré dans la sociologie.


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Comparons les deux systèmes d’organisation sociale connus: le système de relatif cloisonnement, et de répartition des rôles et espaces de pouvoir, connu sous le nom de «patriarcat», dont la complémentarité entre femmes et hommes est un des piliers, et celui du décloisonnement des rôles, appelé aussi «égalité» ou «parité», dont l’indifférenciation des sexes et genres est un autre pilier.

Le système de répartition cloisonne, parfois de manière étanche, l’accès à certains champs d’activité. On ne peut pas être ET père ET aventurier, par exemple, comme on ne peut être ET mère ET aviatrice ou ET femme ET maçonne. Le cloisonnement est entre autres un moyen de développer la performance et l'identité individuelles ou catégorielles. Penser par catégorie a fait avancer la connaissance du monde et ne peut être évacué des processus cognitifs. Au XXe siècle on a entamé une période de décloisonnement: les métiers et les fonctions dans la société ne sont plus réservés aux unes ou aux autres. Ils sont accessibles à tous et toutes, ou presque. Cela va même plus loin puisque non seulement les activités professionnelles sont décloisonnées, mais on tente aussi de décloisonner la structuration sexuée de l’individu. Il n’y aurait pas de femme en soi, pas d’homme en soi. Ces identités seraient des choix individuels ou imposés par la société. Ainsi  Judith Butler parle du genre performatif : « L’humain ne naît pas avec un genre fixe et naturel, mais ce genre se réalise jour après jour à travers les normes et les contraintes, et c’est de cette répétition quotidienne qu’il tire son apparente stabilité cohérence et naturalité qui sert ainsi de base au cadre hétéronormatif et hétérosexiste. »

Il est possible que l’on touche ici les limites du décloisonnement. Il y a une intrusion dans l’intime. La théorie de Butler peut même être considérée comme un abus psychologique ou un viol de l’intime. Mais aussi une question non réglée : quelle est la part de la culture et celle de la nature dans notre espèce? On voit que Butler, et d’autres féministes lesbiennes américaines promotrices de la déconstruction des genres, refusent qu’il y ait un lien, une continuité entre le sexe biologique et le genre culturel. Elles refusent que le biologique puisse être en quelque sorte la raison majeure du genre culturel. Un homme devrait pouvoir se déclarer femme selon son propre désir, en dehors de toute causalité naturelle, de toute appartenance catégorielle biologique, de tout unité psycho-corporelle de l’humain. La preuve en serait l’homosexualité et le transgenre.

En réalité ce ne sont pas des preuves car si l’homosexualité se développe chez des personnes hétérosexuelles, celles-ci, une fois ancrées dans leur orientation, ne redeviennent pas hétérosexuelles - ou de manière exceptionnelle. L’attraction homosexuelle ne semble pas être un choix fluide mais un impératif, une caractéristique figée, une attraction plus forte que la volonté. Il n’y a donc pas la fluidité de choix que suppose Judith Butler. La seule fluidité serait la bisexualité, mais je n’ai connu aucune personne bisexuelle s’affirmant homo ou trans. La norme sociale étant établie par le plus grand nombre, quelques pourcents de personnes bisexuelles - ou homosexuelles - ne peuvent annuler la prévalence hétérosexuelle et lui être opposée de manière égalitaire. Il genre,orientation sexuelle,biologie,culture,femme,homme,féminisme,lgbt,homosexualité,butler,norme,poiuvoir,libéralisme,marxisme,foucault,orwell,1984,queen,mercury,coming out,égalité,patriarcat,père,mère,paranoïa,hétérosexuel,émancipationn’y a égalité que d’individus devant la justice et les droits civiques fondamentaux, mais il n’y a pas d’égalité quantitative ni dans la finalité reproductrice - celle-ci étant la caractéristique majeure, irréductible, de l’hétérosexualité.



La paranoïa orwellienne

Je lis sur un blog féministe: «J’ai appris à l’université que l’hétérosexualité est une construction sociale dans un cours sur l’homosexualité.» Cela résume assez bien la question. La présence de tels cours à l’université ne saurait à elle seule valider une théorie. Elle ne saurait pas plus légitimer le fait que les cours sur l’homosexualité sont des entreprises de déconstruction, des agressions contre la norme hétérosexuelle. Les groupes intéressés à mener cette agression, les LGBT, sont directement associés aux féministes par le lesbianisme et c’est donc le masculin qui est visé dans cette théorie.

Le philosophe Michel Foucault, dans ses études sur la sexualité, constate l’importance prise par le sexe depuis le XVIIIe siècle. Foucault visait à émanciper le discours sur les sexualités dites périphériques, ou minoritaires.

«La sexualité n’est ici qu’un exemple d’un problème général que je poursuis depuis plus de quinze ans et qui me poursuit depuis plus de quinze ans. C’est le problème qui détermine presque tous mes livres. Comment dans les sociétés occidentales, la production de discours chargés (au moins pour un temps déterminé) d’une valeur de vérité est-elle liée aux différents mécanismes et institutions du pouvoir ?» (in Sexualité et vérité)

On doit réaliser que le XXe siècle fut largement sous l’emprise de penseurs marxistes ou marxisants, dont la seule grille d’analyse était la relation au Pouvoir. L’hérétosexualité serait normative? C’est l’oppression orchestrée par le Pouvoir. L’émancipation par rapport au Pouvoir consisterait en une sexualité totalement libérée et définie uniquement par l’individu. Quel est ce «Pouvoir» oppressif? Actuellement on ne sait plus. C’est un peu le «Pouvoir» selon Orwell, un pouvoir façon 1984, caché, diffus, omniprésent. Considérer le trouble légitime que l'homosexualité suscite dans la société (je ne parle pas ici des agressions qui sont des crimes) comme l'expression d'une oppression homophobe participe à la vision paranoïaque d'un pouvoir orwellien.

Le libéralisme sous-jacent à la liberté individuelle, et en lutte contre ce pouvoir, est en réalité un marxisme déguisé et décomposé, où la norme collective n’est plus une classe - quoique la volonté de s’appuyer sur des minorités sexuelles dites opprimées montre que la collectivisation n’est pas loin. La norme collective n’est plus que la somme de normes individuelles multiformes, sans théorisation ou réalité sociologique particulières. Mais l’aboutissement de l’émancipation sexuelle privera ce marxisme-là de tout support idéologique dès que toutes les minorités seront émancipée.

Les femmes sont bien sûr considérées comme une de ces minorités aliénées et opprimées, laissant entendre que pendant les millions d’années de civilisation en construction elles n’auraient jamais choisi volontairement de statut.



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Cette vision des femmes fait bien sûr l’impasse sur le fait que les hommes aussi seraient, dans la même idéologie, opprimés sexuellement: la doxa ne peut admettre les hommes que comme oppresseurs, pas comme opprimés. D’autre part en établissant un lien artificiel entre condition féminine, lesbianisme et transgenre, on donne à des ultra-minorités une caisse d’amplification incroyable et hors du réel. Et bien sûr, par le glissement opéré dans les années 1960, les hommes seraient les oppresseurs. On a ainsi créé de toute pièce un nouveau stéréotype aussi absurde que simpliste et relevant plus d’une sorte de réflexe et d’automatisme de la pensée que d’une démonstration: la domination masculine. A cela s’est ajouté le culte généralisé des victimes face à une oppression invisible: on peut maintenant tout mettre dans ce schéma: victime (toutes)-hommes oppresseurs.

Les personnes homosexuelles et trans font partie des troupes opprimées luttant contre le pouvoir - qui est forcément le pouvoir mâle hétérosexuel puisque c’est le seul qui ne serait pas défini comme opprimé. L’aboutissement logique de cette lutte vers toutes les libertés sera le mariage incestueux, la pédophilie et la zoophilie. Alors tous les individus seront libres de choisir leur orientation sexuelle. Car dans la logique marxisante il faut comprendre l’interdit de l’inceste et les autres interdits comme des oppressions normatives du pouvoir. Et ceux parmi les gay qui s’opposeraient à cette libéralisation ne seraient que des conformistes, oppresseurs et normalisateurs, des idiots utiles du pouvoir orwellien. Aucune naturalité ne devrait en effet imposer aux individus un comportement dont le seul fondement serait l’oppression.

On réalise ici que deux voies s’ouvrent dorénavant à la réflexion du XXIe siècle:

- soit une libéralisation totale des moeurs, sans plus aucune limite particulière - la notion par exemple de majorité sexuelle, ou d’espèce, n’étant dès lors que des aspects de l’oppression générale, (mais ce point de vue est trop rejeté par la société «oppressive» pour oser s’affirmer ouvertement, au point où les théories des années 1970 justifiant la pédophilie sont aujourd’hui qualifiées de débordements);

- soit repenser globalement tout ce qui s’est dit depuis plus de 50 ans sur la sexualité et les relations hommes-femmes en enlevant délibérément la référence au pouvoir. On pourrait tenter d’explorer un «en-soi» de la sexualité et de sa finalité, hors du contexte socio-politique, hors du gimmik «oppression», en considérant toutes les injonctions à ce sujet comme des stratégies de survie et de développement de l’espèce. On pourrait en explorer les limites sous un angle anthropologique, sanitaire, spirituel, symbolique, que sais-je!



En finir avec le «coming out»genre,orientation sexuelle,biologie,culture,femme,homme,féminisme,lgbt,homosexualité,butler,norme,poiuvoir,libéralisme,marxisme,foucault,orwell,1984,queen,mercury,coming out,égalité,patriarcat,père,mère,paranoïa,hétérosexuel,émancipation

Car la sexualité, bien que soumise à des nombreuses règles sociales contraignantes, reste de l’ordre du plus intime de l’être avec les sentiments. La mettre en relation aussi étroite et dépendante du pouvoir c’est la vendre au pouvoir, c’est mettre fin à la notion de vie privée.

La révolution culturelle à venir s’emploiera donc entre autres à détacher la sexualité du pouvoir et cherchera dans les injonctions religieuses ou morales une utilité dont le sens est au-delà de l’oppression en tant que but d’une classe dominante sur une classe dominée.

Les Etats n’auront plus à libéraliser ou faire accepter toute pratique parce que cela appartiendra à l’individu et non au groupe. Actuellement la mouvance marxiste du libéralisme des moeurs donne à l’Etat, et au pouvoir de la société, un rôle excessif. Par exemple le coming out, terme utilisé surtout dans la révélation de son orientation homosexuelle, s’apparente parfois à une sorte de confession publique, un déni de son droit à une libre intimité. Il donne à la société un pouvoir exorbitant sur l’individu tout en prétendant justement faire échec au jugement que cette société porterait sur son orientation.

Un coming out est forcément un acte politique d’allégeance à sa catégorie puisqu’il sert à contrecarrer le Pouvoir. C’est un signe d’un autre pouvoir orwellien, dicté par une oligarchie LGBT invisible sur ses «sujets», imposant même un drapeau volé aux hippies (arc-en-ciel). Un pouvoir et un drapeau ne sont pas venus tout seuls: il y a derrière une organisation qui agende la guerre à l'hétérosexualité et impose des nouvelles normes comme l'égalité de représentation hétéros-homos. Quelle série américaine n'a pas aujourd'hui son homo de service? Or on n'a de compte à rendre à personne sur notre intimité, et la société n'a pas à valider le coming out d'une personne. J'écris valider car sous couvert de tolérance ou de libéralisme on voit à l'oeuvre un paternalisme, une sorte d'autorisation morale qui ne dit pas son nom. Ou encore une forme de politique orwellienne où l'intime est traqué partout comme un élément trop subversif - pour tout pouvoir, fut-il un pouvoir LGBT - pour être laissé au seul individu. Son intime doit être exposé pour être contrôlé. La société est devenue une télé-réalité, une exhibition permanente. Par ce spectacle qu'est le coming out, LGBT et société en général contrôlent les sexualités minoritaires.

En réalité la plupart des individus se foutent bien des coming out et de l’homosexualité par exemple d’un Freddy Mercury, feu chanteur génial du groupe Queen et figure baroque exceptionnelle de la pop music, ou d’autres. Le coming out est une oppression imposée (ou au moins un acte fortement incité) aux personnes homosexuelles par le pouvoir LGBT et ses dictateurs, reconstituant et reprenant à leur compte le schéma dominant-dominé.


A suivre.


PS: désolé pour la longueur, je n'ai pu me résoudre à couper en deux.

Commentaires

Bonjour. Je viens de lire votre long blog, vous êtes qui ? merci de m'écrire en message perso... facebook ? Jill

Écrit par : Jill | 09 février 2014

John est quelqu'un qui gagne à être connu Jill! :)

Écrit par : Patoucha | 10 février 2014

Le regretté Coluche moquait naguère la publicité pour une lessive qui prétendait laver "plus blanc que blanc". Nos progressistes post-modernes inventent quant à eux l'égalité plus égale que l'égalité. Quelle égalité filles/garçons à l'École peut-on en effet bien vouloir vendre aujourd'hui ? Il ne peut s'agir de l'égalité des droits : les filles accèdent aux mêmes programmes, dans les mêmes classes et les mêmes écoles, que les garçons. Il ne peut davantage être question d'égalité des chances : les filles, à tous les niveaux, réussissent désormais mieux que les garçons.

http://www.atlantico.fr/decryptage/abcd-egalite-pouquoi-veritable-faute-vincent-peillon-est-pas-celle-que-on-croit-eric-deschavanne-976373.html#I6OGjroZ6V5tkRUM.99

Écrit par : pli | 10 février 2014

@ Pli:

L'analyse sur le lien que vous proposez paraît pertinente. Argument légitime.

Écrit par : hommelibre | 10 février 2014

@pli

Et pourquoi à votre avis réussissent elles mieux que les garçons ?
Parce que dans cette société on fait tout pour que les hommes/garçons échouent et se fassent piétiner et que les femmes/filles réussissent et les niveler en dépit de la potentialité différente de chacune. Oui osons le dire, nous vivons de plus en plus dans un matriarcat structuré par le patriarcat. Tout ça à cause de la féminisation galopante de la société : école, justice, médias... Alors imaginez ce qu'il en sera quand il y aura plus de femmes ailleurs.

Personnellement je pense que les femmes sont aussi intelligentes et aussi stupides que les hommes, je ne crois pas qu'un sexe soit supérieur sur l'autre en intelligence ou même en connerie d'ailleurs. Les féministes nous le prouvent chaque jour de plus belle ;)

Écrit par : un revenant juste de passage | 10 février 2014

voici ce qu'en pense une classe de primaires au sujet de la théorie du genre,dites les parents vous ne pourriez pas grandir un peu et cesser de prendre au sérieux toutes les rumeurs circulant sur le Net?
Quand on vous dit que la vérité sort de la bouche des enfants!

Écrit par : lovsmeralda | 19 avril 2014

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