30 janvier 2014

Concours d’élégance à l’Elysée

Que tirer de l’épisode final du couple présidentiel? De quoi Valérie Trierweiler et François Hollande sont-ils les miroirs? De la vie des gens. Mais grossie démesurément. Ils illustrent la démesure de la fonction telle qu’elle est perçue en France, mettant à mal l’incertaine pertinence du slogan «président normal».


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Normal, oui, mais à la puissance X. Au point où chaque geste, chaque parole, devient un incendie ou un orage tropical. Il a beau se défendre, FH, affirmer qu’il s’agit de sa vie privée, qu’il ne fera aucun commentaire: les choses lui échappent et il y contribue. Il y contribue parce qu’il est homme de coulisses et non de devant de scène: il ne sait pas vraiment tenir ses mots.

 

Sur le devant, c’est son air empesé, son ton monotone, son regard dépourvu de flamme qui prévalent. En coulisse, c’est le rieur, celui qui fait des confidences malgré lui, le copain aux petites phrases rigolotes - enfin croit-il. La dernière petite phrase en date concerne Valérie Trierweiler. 

 

Mais remontons d’abord en arrière. Au 9 janvier précisément. Ayant appris que la liaison de FH allait être montrée à la face du monde et de la France, VT a, on le sait, été hospitalisée. On imagine le choc. Elle n’allait pas bien. On la comprend. Cela ne l’a pas empêché d’écrire un nouveau tweet assassin, qui est curieusement passé presque sous silence et qu’elle a rapidement retiré. Il en existe cependant des copies d’écran. Le contenu est d’une élégance de circonstance: 

 

«J’avais pourtant choisi un type moche pour être tranquille. Tous des salauds!»

 

Bon, d’accord, elle était très fâchée. On dit des bêtises quand on est très fâché. Même les hommes disent des bêtises, genre: «Toutes des salopes». Même la concubine du président peut dire des bêtises.

 

On imagine que ce tweet n’a pas mis son concubin dans les meilleures dispositions. Il pensait avoir été choisi pour son intelligence, son éventuelle physionomie irrésistible (hum...), ou sa place en politique - fichtre, un possible futur président doit attirer bien des dames, Julie Gayet en est témoin. Il suffit d’entendre cette dernière parler de FH avec des étincelles dans les yeux, trouver admirable sa simplicité, être à ses pieds comme la pèlerine s’avançant pieds nus devant la statue du Christ, pour se rendre compte que l’image sert d’appât, du moins l’image que la femme se fait de l’homme de pouvoir. Si j’étais une femme, je préférerais peut-être aussi un homme de pouvoir, aisé, enarque, plutôt qu’un balayeur de rue tuberculeux. Le choix est rarement cornélien. Quoique: l’amour fait parfois perdre la raison.

 

 

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La guerre à distance

 

Revenons à VT. On assiste depuis quelques jours à la reconstruction rapide de son image. Voyage humanitaire, interviews tous azimuts, grandeur d’âme. Bref, pas de petite phrase assassine. Sauf un autre tweet, anodin en apparence: «Toute ma gratitude va à l’extraordinaire personnel de l’Elysée. Je n’oublierai jamais son dévouement ni l’émotion au moment du départ.»

 

On sent un peu la marquise déçue, mais on le serait à moins. Ce tweet, diffusé publiquement sans que l’on sache apparemment pourquoi, sert en fait sa storytelling. Il la montre sous un jour gentil, remerciant le bon petit peuple élyséen pour son dévouement. Mais pas un mot sur François. En contraste du bon peuple ému et dévoué à sa maîtresse, on imagine FH froid, cassant, impatient de la voir déguerpir. Cela fait partie de la reconstruction de son image: montrer qu’elle n’est pas aussi violente qu’on le pensait, qu’elle fait du bien aux enfants en Inde, qu’elle est sensible et capable de gratitude (donc humble, s’abaissant au niveau du petit peuple dévoué), que c’est lui le salaud. Tout l’art est ici de tenir en équilibre entre la posture de victime, ce qui attire la sympathie, et la femme forte et sans rancune, ce qui attise l’admiration.

 

Piqué au vif, FH a rebondi sur ce dernier tweet. C’est le Canard Enchaîné qui rapporte cette phrase lâchée devant ses collaborateurs: «S’il y a des gens qui souhaitent quitter l’Elysée pris par l’émotion, ils doivent me le dire dans les prochains jours.» La vache! Et que je te balance la Valérie dans le talus. Elégance pour élégance. 

 

Et hop, la bataille d’après-rupture envahit l’espace public. Au fond c’est une Commedia dell’arte. La commenter a quelque chose de jouissif tant on peut laisser s’exprimer son propre imaginaire. N’est-ce pas un peu fait pour? Tant qu'ils donnent du foin, mangeons-le. Soyons voraces! Si eux-mêmes ne tenaient pas à étaler leur vie ils s’y prendraient autrement.

 

 

 

valérie trierweiler,françois hollande,rupture,salauds,moche,émotion,élysée,président,gayet,Garder ses larmes

 

Mais hormis l’anecdote d’une histoire de couple comme il en existe des millions, hormis le fait que l’on n’en sait peut-être que le 1 pourcent et que le reste est démesurément grossi, et tenant compte de ce qu’une histoire de couple n’est jamais réductible à une image d'Epinal, j'en fais une réflexion plus personnelle.

 

Bien ou mal, chacun conduit sa vie comme il l'entend et comme il en a besoin. Derrière l'image que l'on se fait des gens il y a leur réel que l'on ne connaît pas. A l'intérieur même d'un couple on ne connaît pas tout de l'autre. Et puis je ne saurais prétendre faire mieux que VT et FH dans la même situation - même à un degré d'exposition infiniment moindre.


Je pense aussi qu'il n’est pas bon de montrer ses larmes tous azimuts. Pas celles-là en tous cas. Après le choc, après les larmes, il y a une parole. Et dès qu'il y a une parole il y a une appréciation, une interprétation ou un jugement. Et ceux qui compatissent seront soudain obligés de prendre parti dans une histoire qui ne leur appartient pas. On aime les victimes tant qu'on y a un bénéfice: se sentir supérieur, compatissant, ou toute autre chose agréable à vivre face à la détresse que le destin flanque sur l'autre. Au-delà elles deviennent gênantes, sauf à s'en distancer par l'humour ou la férocité. Une manière d'échapper à ce qui fait miroir.


Garder ses sentiments et rester zen dans un tel cas est chose très difficile. Ici on voit bien le ressentiment de part et d'autre sous les apparences détachées. Quoi qu’on ajoute ensuite, ce sera interprété. Tant la petite phrase de François Hollande que les tweets et interviews de Valérie Trierweiler sont dérangeants. Ils sèment la confusion. 

 

On ne devrait parler de certaines choses qu’aux amis les plus proches, sauf si son expérience a valeur générale et montre un fait de société. Cela ne me semble pas être le cas ici.

 

 

 

PS: On me signale le tweet du 9 janvier comme étant un possible fake. Selon mes procédures habituelles de vérification, je n'ai rien vu qui le démente ou le démonte. Si la preuve d'un fake est établie, je le signalerai. Cela ne change toutefois pas l'esprit de ce billet et des éléments qui se répondent: le tweet pour le personnel de l'Elysée, la phrase de Hollande mentionnée par le Canard et repris par de nombreux médias, y compris Terrafemina.

 

 

 


Commentaires

Ce n "était pas le moment cette affaire est lamentable le FRANCE est dans le déclin....avouer une rupture devant le national et meme l international..c est trop .....

FRANCAIS nous n 'avons pas le moral jamais une bonne nouvelle.....la vie privée c "est quoi montrer une image?????..laquelle.....face à un chomage grandissant....l'envie d une jeunesse.....

Je soutiens son ex n" a t elle pas quitter son mari.....pour cet homme....le
livre qui va suivre sera plein de confidences surement.....en attendant faire le deuil pour elle va etre douloureux........dany lemaitre

Écrit par : dany Lemaitre | 30 janvier 2014

Ce qui est rigolo, c'est que les nanas sont naïves à un point inimaginable.

C'en est déconcertant. Plus c'est gros, plus ça passe.

Écrit par : pli | 30 janvier 2014

coucou Homme Libre,gros fou rire par "le balayeur tuberculeux", un peu plus et il avait la peste bubonique mdrr, bonne soirée!!!bizzzouxxx!!!

Écrit par : Sarah | 30 janvier 2014

Non, vraiment : le tweet du 10 janvier est lamentable.
V. Trierweiler est une journaliste professionnelle et elle utilise tweeter comme une collégienne de 13 ans.
On peut être en colère, on peut se défouler auprès de ses amies au sujet du salaud qui nous a larguées, mais ne pas s'abaisser à se montrer mesquine en public.
Ce tweet m'apparaît comme un boomerang : son contenu justifie la séparation. C'est comme si V.T. n'avait été là que dans l'espoir de ne pas avoir de rivale ou alors pour la place prestigieuse.
J'ai beau essayer, je n'arrive pas à changer d'opinion au sujet de Madame Trierweiler. Impossible de me joindre à ceux qui voient en elle une figure de proue de la cause de toutes les femmes évincées par une rivale.

Existe-t-il des lieux pour se désintoxiquer de twitter ?
Comme avec la cigarette, il serait malin de ne pas essayer, même une seule fois.
Serions-nous vraiment plus mal, si twitter n'existait pas ?

Écrit par : Calendula | 30 janvier 2014

En fait il y a maintenant un problème de crédibilité, qui va au-delà de la vie privée car il engage d'autres rapports sociaux, dont la vie commune sans contrat. Honnêtement j'ai pensé comme on me l'a fait remarquer que ce tweet peut être un fake. Mais mes vérifications ne l'ont pas démontré. Quand bien-même la suite est tout aussi équivoque.

On apprend aujourd'hui que FH lui offre un dédommagement: son loyer et une aide pour ses enfants. A quel titre pour ses enfants à elle? Elle a un ex-mari banquier, c'est à lui de payer s'il y a à payer. On apprend aussi qu'elle savait pour Julie Gayet, selon le photographe qui est un ami de FH. On tombe bas, et l'union libre n'a plus aucun cadre. On "répudie" et on paie. C'est de plus en plus un mauvais plan comm.

J'y reviens demain dans une suite parce que je trouve cela symptomatique de la perte de valeur actuelle des gens et des liens.

Écrit par : hommelibre | 31 janvier 2014

Il serait intéressant d'avoir des statistiques sur la durée des unions sans et avec contrat de mariage.
Sachant qu'un mariage sur trois finit en divorce dans un laps de temps relativement court ( est-ce 10 ans?), le concubinage ne doit pas se mesurer à une institution très vaillante ! ;-))
Le critère qui importe sont les enfants. Vivent-ils avec leurs parents d'origine ou pas ? Ou en est-on au troisième mariage avec tout ce que ça comporte de complexité ?
Je vis depuis 30 ans avec le même homme sans être mariée. Je n'ai pas besoin de cette institution. En quoi a-t-elle encore un sens, alors que tout le monde divorce ?
Le problème se trouve dans la capacité à endurer les conflits et probablement dans le fait de se marier trop jeune. A mon avis, on est en devenir en tout cas jusqu'à 30 ans. On doit finir de se former ou de trouver un job stable, surmonter tous les défis qui se posent. On stresse, on change.
Ca tient à notre mode de vie, pas à la biologie.

Écrit par : Calendula | 31 janvier 2014

Le premier tweet était un million de fois plus important que celui-ci, évidemment nul puisque venant d'une nulle. Ce qu'il y a de bizarre, c'est tout le monde à cette époque a pardonné à Hollande son immense faiblesse. La trahison était totale, gigantesque, énorme et aucun homme politique de cette importance n'avait subi une telle humiliation, et au début de son mandat en plus. Toutes les discussions sur l'affaire Gayet etc sont inutiles à partir de cette analyse. C'était avant qu'il fallait parler de tweet...

Écrit par : Géo | 31 janvier 2014

Heureusement qu 'il y a des salopes pour posseder quelques hommes pas assez d 'ailleurs......très bonne journée......
dany Lemaitre

Écrit par : dany Lemaitre | 31 janvier 2014

"Heureusement qu 'il y a des salopes pour posseder quelques hommes pas assez d 'ailleurs."
On se croirait chez Bretecher : les Frustrées...

Écrit par : Géo | 31 janvier 2014

«je trouve cela symptomatique de la perte de valeur actuelle des gens et des liens»

C'est pas pour rien qu'il a fossoyé l'institution du mariage en humiliant la majorité des Français à peu près "normaux".

Écrit par : petard | 31 janvier 2014

De l'art d'exploiter, jusqu'à la corde, un non-événement. Les français s'en fichent, les suisses devraient faire de même et basta.

Écrit par : Déblogueur | 31 janvier 2014

Si Mme VT ne sait pas se comporter, c'est son problème : elle avait déjà utilisé Twitter pour encourager l'adversaire de Ségolène Royal, ce qui avait déjà déplu - paraît-il à FH - et là elle ne se montre guère sous un jour meilleur.

Elle avait reconnu "devoir dorénavant tourner 7x son pouce avant de "twitter" : apparemment elle ne l'aurait pas fait.

A Geo : c'est exactement ce que je pensais !

Écrit par : Lise | 31 janvier 2014

Calendula @ "Je n'ai pas besoin de cette institution"
Attention au décès de l'un des deux partenaires. Par exemple, les comptes communs que la banque bloque jusqu'à l'obtention du certificat d'héritier. Je suis exécuteur testamentaire d'une succession dont je suis sans nouvelle depuis plus de trois ans.(Tribunal d'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois). Vers octobre 2012, une série de lettres de lecteurs subissant le même préjudice (défaut de certificat d'héritier) dont une de Philippe Barraud, ancien réd en chef de la Gazette de Lausanne et blogueur sur 24 heures : toujours rien pour ce qui me concerne...
L'administration suisse n'est plus du tout fiable. Ce pays a d'ores et déjà perdu une grande partie de ce qui faisait sa qualité.
Donc, pas de mariage = beaucoup de précautions à prendre pour le survivant. Et cela ne s'apprend pas à l'école...

Écrit par : Géo | 31 janvier 2014

@Géo,
Le cas que vous soulevez (décès d'un des deux concubins) est effectivement le point où le bât blesse. Je comprends l'idée de la sécurité et je l'approuve tout à fait. Toutefois, il me semble que le divorce relativise la sécurité matrimoniale.

Je suis partie sur l'idée que chacun avait son job et gérait sa fortune de façon autonome et qu'il ne compte pas sur l'héritage de l'autre. C'est un pari peut-être téméraire.
Mais il y avait pire, avant la nouvelle loi sur l'autorité parentale partagée : Etant mère célibataire devant la loi d'alors, j'étais la seule à détenir l'autorité parentale. A priori, le deal était inégal pour le père, qui avait reconnu ses enfants. Il a décidé de me faire confiance. Difficile pour moi de faillir, face à un tel défi. Il fallait que je sois à la hauteur de ses attente.
On a eu de la chance, car à présent, les enfants ont 20 ans, on n'a pas eu à se séparer avant leur majorité et elles seront nos héritières directes.
Mon compagnon n'a pas voulu se marier à cause des impôts supérieurs pour les couples mariés et moi par superstition. Je ne voulais pas compromettre un équilibre avéré par des changements de statut. Nos motivations se sont rejointes dans une alliance objective de longue durée.
Je n'ai pas l'impression d'avoir contribué au déclin des valeurs occidentales en vivant ainsi. En fait, je n'ai pas du tout pesé sur le système judiciaire de ce pays et n'ai contribué à enrichir aucun avocat.

Écrit par : Calendula | 31 janvier 2014

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