29 janvier 2014

Tunisie: nouvelle Constitution et nouveau départ

La Constitution votée et signée en Tunisie est probablement un nouveau départ pour le pays. Le difficile processus d’accouchement est à son terme. Il ne manque plus que sa mise en pratique: elle se fera lors des prochaines élections.


tunisie,constitution,démocratie,islam,apostasie,bourguiba,ennahdha,révolution,charia,ben ali,Pendant les deux années de sa rédaction, les difficultés ont souvent fait l’objet d’articles en Europe. On a pu penser à un vol de la révolution tunisienne de 2011. En cause, la forte influence du parti religieux, Ennahdha, qui avait gagné les élections à l’Assemblée Constituante. C’était alors la force la plus organisée du pays.

Mais les convulsions: manifestations, meurtres politiques, positions fermes des «civils» contre les objectifs des «religieux», ont abouti à ce qu’Ennahdha lâche le gouvernement de transition et fasse des compromis majeurs.

Pourquoi de tels compromis alors que ce parti disposait d’un pouvoir sorti des urnes? Plusieurs raisons possibles à cela.

1. Le risque était réel de replonger le pays dans le feu et le sang. Dans ce cas il n’est pas certain que les religieux connaissent un meilleur sort que celui de Ben Ali. On a vu la détermination des femmes et des hommes lors des journées révolutionnaires. Cette détermination n’était certainement pas amoindrie.

2. Le renversement de Ben Ali reposait sur la détresse économique, sur l’absence de débouchés professionnels, sur le désir de prendre le destin en main. Ces élément demeurent dans la population, comme en témoignent de nombreux blogs citoyens. Une constitution trop marquée religieusement aurait été un camouflet au pays et sa durée de vie aurait été comptée dès sa naissance. Le compromis est garantie de stabilité politique et de durée.

3. La Tunisie avait déjà pris goût à une libéralisation du pays sous Habib Bourgiba. Ce passé ne pouvait être balayé d’un revers de main. De plus le tourisme a mis depuis longtemps le pays en contact avec des européens, et de nombreux tunisiens vivent ou ont vécu dans des régimes de démocratie parlementaire. Il y avait donc déjà une culture politique favorable à l’instauration de la démocratie.

On peut ajouter qu’une instabilité politique aurait eu des conséquences déprimantes surtunisie,constitution,démocratie,islam,apostasie,bourguiba,ennahdha,révolution,charia,ben ali, l’économie, ce qui à son tour aurait relancé des révoltes et des contestations violentes du nouveau pouvoir. Raisonnablement, il y avait plus à perdre qu’à gagner pour Ennahdha comme pour l’ensemble du pays, à écrire une Constitution fermée aux aspirations exprimées par la rue en 2011. Le résultat est une forme d’association entre la tradition du pays et les désirs novateurs de plus grande liberté dans les relations sociales.


J’ai déjà mentionné deux avancées de cette constitution ici et ici. En résumé les points principaux sont:


- la charia n’est pas la source du Droit et la religion ne dirige pas l’Etat;
- l’égalité hommes-femmes est inscrite dans le marbre;
- les pouvoirs présidentiels sont limités, le 1er ministre élu par le parlement décidant de la politique;
- la Tunisie est sous régime «civil», terme qui inclut une forme de laïcité sans renier sa tradition musulmane;
- la liberté de conscience est garantie, ce qui interdit à l’Etat de poursuivre des citoyens pour apostasie (reniement de l’islam). Cet aspect est très important puisqu’il introduit deux nouveautés majeures: la libre-pensée peut trouver sa place, les obstacles n’étant plus que culturels et non pénaux; et la place de l’individu grandit par rapport à la culture de groupe.


Ces points fondamentaux laissent présager pour la Tunisie d'une évolution pluraliste menée par les débats et les éventuels conflits intellectuels. Elle marque la fin de l’ancienne culture autoritaire. Maintenant, les mentalités doivent suivre et s’adapter au texte.

Le parti religieux compte gagner les élections pour reprendre du pouvoir, nommer ses administrateurs dans les postes clés, ce qui bien sûr influencera la marche des affaires. Mais la même possibilité est offerte aux partis non-religieux, s’ils savent s’organiser et gagner les élections.

La balle est maintenant dans le camp des idées.



Lire aussi l’article de Mireille Vallette.


13:06 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tunisie, constitution, démocratie, islam, apostasie, bourguiba, ennahdha, révolution, charia, ben ali | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Si un seule exemple de "démocratie" fonctionne dans le monde arabe ce sera une victoire contre l'occident qui lui s'enfonce dans ......

Écrit par : Corto | 29 janvier 2014

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