28 janvier 2014

Viol: loi marocaine abrogée

On se souvient peut-être du drame d’Amina, jeune marocaine violée qui s’était suicidée plutôt que d’épouser son violeur. Cet événement avait mobilisé de nombreuses énergies au Maroc. Aujourd’hui on peut dire qu’Amina n’est pas morte pour rien: les députés ont abrogé cet article de loi.


maroc,amina,viol,loi,famille,islam,coutume,députés,mariage,consentement,individu,constitution,tunisie,Pourquoi un homme ayant violé une femme pouvait-il échapper aux poursuites en épousant sa victime? Il est possible que ce soit une loi familiale: le viol est vécu comme une atteinte à la famille tant la virginité est sacralisée dans la coutume, comme elle l’a été dans les pays chrétiens. Le mariage après le viol annulait en quelque sorte le préjudice et le crime.

 

Mais que penser de la femme qui devait ensuite vivre avec son agresseur? Cela ressemblait à une double peine. Pour l’homme, s’il échappait aux poursuites, ce mariage n’était probablement pas une libération puisqu’il devait vivre sous le regard d’une femme et d’une famille qui connaissait son crime, avec une femme qu’il n’aurait peut-être pas épousée de son propre chef. 

 

On peut penser ce que l’on veut de la sacralisation de la virginité féminine, la question n’est pas là. Chaque société se donne ses règles et ses stratégies de survie et de développement. Celle-ci a aussi du sens en terme de prévalence de la famille sur l’individu et de garantie d’une filiation issue de l’époux, ce qui a ou a eu son importance dans les questions d’héritage, entre autres.

 

Mais la mort d’Amina a mis en lumière que l’individu et son consentement ont une valeur primordiale. C’était en partie déjà le cas puisque la loi reconnaissait qu’il y avait viol, même si les conséquences pénales étaient transformées en conséquences civiles. Les députés marocains ont fait un pas de plus vers la primauté de ce consentement mutuel, sans transformation possible.

 

«Après un feu vert du gouvernement islamiste et un vote favorable à la chambre des conseillers en mars 2013, les députés, à l'unanimité, se sont à leur tour prononcés en séance plénière en faveur de la suppression de cet alinéa.»

 

 

Cette évolution est due non seulement au suicide d’Amina mais aussi à la nouvelle Constitution marocaine de 2011, qui consacre l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. 

 

Au Maroc, comme en Tunisie aujourd’hui, le droit constitutionnel, national, tend à remplacer le droit tribal et la coutume. Cela s’accompagne d’une plus grande place donnée à l’individu par rapport au groupe. C’est une évolution assez semblable à celle qu’ont connu les pays d’Europe, entre les multiples juridictions régionales qui prévalaient au Moyen-Âge et les juridictions nationales aujourd’hui.

 

 

 

08:14 Publié dans Politique, société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maroc, amina, viol, loi, famille, islam, coutume, députés, mariage, consentement, individu, constitution, tunisie | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

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