11 janvier 2014

Mais qu’est-ce que la dignité humaine?

«Si les juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz, c’est parce que c’était gratuit»
Pierre Desproges, sketch «Les juifs».

C’est au nom de la dignité humaine que le spectacle de Dieudionné est interdit par le Conseil d’Etat français. Cependant il n’y a pas de définition juridique de ce qu’est cette dignité, ni de jurisprudence claire à ce sujet. Le terme doit donc être déduit des circonstances, voire réinventé en prenant quelques sources dans les dictionnaires.


hollande,france,dieudonné,desproge,coluche,juifs,arabes,humour,racisme,dignité humaine,nain,Dans le cnrtl.fr, bon dictionnaire en ligne, en voici la définition principale:

«Sentiment de la valeur intrinsèque d'une personne ou d'une chose, et qui commande le respect d'autrui.»

Cela ne simplifie pas les choses, du point de vue judiciaire. Commander le respect d’autrui est une forme de contrainte, une chose imposée. On dit: «Son comportement impose le respect», ce qui signifie: on ne peut pas faire autrement que de le respecter, toute autre attitude de notre part serait une souffrance pour nous-même, voire impliquerait une menace ou un risque.

Cependant on ne peut obliger autrui à penser comme on le souhaite. Idéalement le respect devrait être automatique. Mais ce n’est pas le cas. L’irrespect reste du domaine de la liberté et n’est pas pénal. Ce qui est pénal c’est la diffamation ou la contrainte. Blaguer sur la Shoa, sur l’esclavage, sur le viol, sur le cancer, sur l’homme préhistorique, sur la police, sur le mâle blanc hétérosexuel, tourner les homosexuels en objets d’hilarité comme dans La cage aux folles, rire des blondes, déconner sur les arabes comme Coluche le faisait, affirmer que l‘intégrisme catholique ou musulman devraient être éradiqués, est-ce de la contrainte ou de la diffamation? Non. Tout au plus trouve-t-on dans l’humour de l’irrespect. Ce qui est d’ailleurs le propre de l’humour: transgresser et provoquer. Tourner en bourrique. Même Fernand Raynaud tournait en ridicule un plombier (Qui c’est?). Et les spectateurs de Coluche blaguant sur le viol, étaient-ils donc indignes?
hollande,france,dieudonné,desproge,coluche,juifs,arabes,humour,racisme,dignité humaine,nain,
L’irrespect n’exclut pas le sentiment de la valeur d’une personne. Si l’on ne me respecte pas, il suffit que moi-même et quelques personnes importantes pour moi me respections. Le reste ne m'appartient pas. L'irrespect n'est pas une diffamation ni une contrainte physique. Ce n'est pas pénal.

Le délit dans l’humour serait d’inciter les spectateurs à attaquer des juifs, ou des musulmans, ou des catholiques. Les actions réelles: violence, contrainte, diffamation, menaces, sont de l’ordre du pénal. Mais on ne peut pénaliser un comportement, qui ne contient ni violence ni appel direct à la violence, sous le prétexte d’irrespect de la dignité. On ne peut non plus condamner sur un éventuel risque de délit, ce qui revient à inverser le temps et à inverser la présomption d’innocence. Il y a ici confusion entre le droit et la morale civile. Le motif de l’interdiction ne mentionne d’ailleurs aucune raison pénale réelle qui relèverait de l'une des quatre que je cite ci-dessus.

Le fond de la décision française consacre une confusion des termes et consiste en un déni de la présomption d’innocence. Quand à la notion de valeur, c’est là aussi quelque chose de très relatif. La solidarité en cas de catastrophe est une valeur positive pour un groupe humain. Mais la solidarité des gangsters est négative pour la société. Il n’y a pas de définition fixe, universelle et pénalement utilisable de la valeur d’une personne. Sauf peut-être l’intégrité physique qui, si elle est attaquée, suppose violence et contrainte.

Le motif de la dignité humaine avait été invoqué une première fois pour interdire le lancer de nain. Le nain en question en faisait son job, et ne voulait pas de cette interdiction. La gauche française de l’époque, autoritaire, avait décidé, une fois de plus, de ce qui était hollande,france,dieudonné,desproge,coluche,juifs,arabes,humour,racisme,dignité humaine,nainbien pour les gens, contre leur avis. A cet aune, on pourrait interdire bien des activités qui éveillent chez le spectateur un sentiment de ridicule ôtant la valeur d’une personne: les clowns en premier, les acteurs comiques comme Pierre Richard, les humoristes qui se gaussent de tout, par exemple. Et les hommes-canons, puisqu’eux aussi sont lancés (c’était la raison d’interdire le lancer de nain: le fait d’être lancé était dû à sa petite taille, ce qui causait l’indignité). On pourrait aussi interdire le saut eh hauteur, où le sportif se jette lui-même en l’air.

On le voit, cette notion de dignité est davantage une arme dans les mains du pouvoir qu’une réelle indignation morale. Mais dans un pays qui chevauche l’indignation comme un sport, pour tout et rien (Indignez-vous!), cela ne devrait pas étonner. Par contre il faut s’inquiéter de ce précédent qui instruit le comportement individuel comme répréhensible avant qu’un délit soit commis.



Toujours dans le cnrtl.fr, la dignité est aussi qualifiée comme ceci:

«Attitude de respect de soi-même, fierté. Comportement traduisant ce respect.»

Dans un pays où le président lui-même n’a pas de fierté, au point de se cacher pour aller voir sa présumée maîtresse, ou pour laisser sa concubine donner des consignes de vote contre son ex-femme, on ne devrait pas invoquer la dignité humaine.

L’attitude de François Hollande en scooter, ou contre la Syrie, ou quand il fait une blague sur l’Algérie, est indigne. L’exemple vient de haut. Quand donc Hollande sera-t-il interdit de parole pour éviter aux français le spectacle de son indignité? La gauche française s'est moralement tiré une grosse balle dans le pieds. Juifs, musulmans, noirs, homos, femmes, immigrés, elle est aujourd'hui synonyme d'interdit de parole - enfin sauf pour casser du catho, si possible mâle et blanc.



Coluche et le viol:



Les juifs par Desproges:




Coluche et les homosexuels:



Coluche sur les juifs:

 

 

 

 

 

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Les contes de Crocodile River

 

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14:58 Publié dans Humour, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : hollande, france, dieudonné, desproge, coluche, juifs, arabes, humour, racisme, dignité humaine, nain | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Merci pour les vidéos; on dira ce que l'on voudra, cela fait du bien de voir des choses du temps où les gens étaient drôles...

Écrit par : Géo | 11 janvier 2014

Ouais, parce qu'en fait tout est là. On peut rire de tout avec n'importe qui n'importe quand. A condition que ce soit drôle...
Ce qui n'est pas souvent le cas lors des émissions avec des comiques suisses...

Écrit par : Géo | 11 janvier 2014

Et à part ça, le leitmotiv des fans de Dieudonné, c'est "on a le droit de se moquer des Noirs, des Arabes, pourquoi pas des Juifs.
Qui ose se moquer des Noirs et des Arabes, sans blague ? (à part moi, bien sûr...)

Écrit par : Géo | 11 janvier 2014

«La liaison présumée de François Hollande régale la presse»

C'est là qu'on la voit, la presse du système. De véritables crevures ces journalistes qui n'hésitent pas à poignarder dans le dos leur politiquement correct de président.

Beurk ! c'est dégueulasse, même si je n'aime pas Hollande.

Les porcs, ça mange vraiment de tout !

Il y a un bouquin qu'il faut lire absolument: «La tyrannie médiatique» de Jean-Yves Le Gallou, même si pour cette merde de presse, c'est de la lie d'extrême droite.
En tous les cas c'est bien écrit, dans du vrai français !

Écrit par : petard | 11 janvier 2014

Hier soir, j'ai suivi en partie l'émission "Ce soir où jamais" intitulé : Faut-il interdire les spectacles de Dieudonné ?
pluzz.francetv.fr/videos/ce_soir_ou_jamais.html‎

Les 8 invités étaient très excités et par instants, c'était insupportable. On se serait dit à "Infrarouge".
Le côté intéressant malgré tout : les positions étaient variées et il y avait même un représentant de la LICRA.
Une telle émission permet d'entendre la complexité du cas présent et se demander effectivement, ce qui a changé par rapport à l'époque joyeuse de Desproges ou de Coluche.
Un des arguments a pro-interdiction était : les spectacles de Dieudonné ne sont pas des spectacles, mais des meetings politiques. Selon certaines personnes sur le plateau, le spectacle incriminé "Le Mur", est différent des précédents, car il serait entièrement consacré à la mise en accusation des juifs.
A cette aune, les spectacles précédents apparaissent comme plus humoristiques, au sens que Dieudonné s'y serait moqué de communautés diverses et variées.

Peu d'humoristes ont le génie de Coluche ou de Desproges. Il est presque cruel de les mettre en avant, car ils avaient un côté innovateur et une solidité cohérente. Et nous étions peut-être plus insouciants, à l'époque, mais il se peut que j'enjolive le passé...
Devenir leader politique, en ayant une formation d'humoriste, n'est pas une entreprise facile. (Même Coluche y avait laissé des plumes et il n'avait pas de hautes prétentions, malgré le coup de la candidature-gag aux présidentielles.)
A cause de tout ce ram-dam, les tribulations de Dieudonné nous sont rapportées par le menu et il n'en sort pas grandi. Son rapport à l'argent est compliqué et j'ai de la peine à l'admirer pour ça.
Les médias ont le chic de déterrer des histoires peu reluisantes, mais également de rappeler des gestes publics marquants (copinage sur scène avec M. Faurisson).
Au fond, la relation entre sa vie sur scène et sa vie tout court est un facteur qui influe sur la drôlerie du discours de Dieudonné.

Écrit par : Calendula | 11 janvier 2014

"Même Fernand Raynaud tournait en ridicule un plombier (Qui c’est?)."

Et les douaniers...

http://www.dailymotion.com/video/x8eeqs_fernand-reynaud-le-douanier_fun

Écrit par : Johann | 11 janvier 2014

Les humoristes en exemples faisait de l'humour point Dieudonné lui fait des spectacles qui sont de la politique militantiste. Ce n'est plus pareil. Quand à l'interdire c'est lui donne une importance qu'il n'a pas.

D.J

Écrit par : D.J | 11 janvier 2014

Desproges l'avait bien dit, "on peut rire de toute mais pas avec n'importe qui" !

Écrit par : Corto | 11 janvier 2014

"on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui" !"

ça voulait aussi dire, pas avec n'importe quel public.

C'est toute une alchimie. Il faut un mode d'emploi dûment agréé par la communauté pour faire de l'humour politiquement correct sur le dos des juifs.

L'exercice est compliqué et l'humoriste a intérêt à avoir passé son "master" sur le sujet avant de se lancer. Me semble que Coluche serait recalé aujourd'hui. Desproges... c'était plus finement amené. Après chaque "grosse" vanne il lâchait un truc du genre: "v'savez... j'ai rien contre ces gens-là".

D'ailleurs, quand Finkielkraut ou Claude Weill (dir. de la réd. du Nouvel Observateur) prétendent que l'on peut rire de tout, même des juifs, ils posent de sérieux préalables.

Claude Weill (hier chez Calvi C'dans l'air):
«Il y a quelque chose que l'on appelle le second degré, tout le monde sait très bien de quoi il s'agit. On peut plaisanter sur les juifs, sur les noirs, sur n'importe qui tout dépend du niveau de connivence qu'on noue avec son public. C'est le second degré.
lorsque pierre Desproges commence son spectacle en disant il y a un israélite qui s'est glissé dans la salle, personne ne pensait que Desproges était en train de faire un meeting antisémite.»

Bon, ben, "connivence avec le public", ok, ok. J'imagine:

Règle No 1: établir la connivence… tester son public...

«Salut les gars ! Vous êtes en forme ? V'z'êtes venu pour vous marrer ?
Super ! super !
D'abord on va faire un truc. Je vais vous raconter une petite histoire, toute bête, toute conne. Une histoire de mec qui trompe sa gonzesse de journaliste avec une actrice...
Alors voilà… je vous la fait d'abord au 2e degré…. parce que bon, je vous prends quand-même pas pour des cons, non ça va pas, hein!
Mais si je vois que vous n'avez pas capté comme il faut capter… ben tant pis, je vais être obligé de vous réciter "Martine chez le docteur" ou "Martine chez les ch'tis"»...

Etc, etc, etc.

Le plus piquant dans les arguments/injonctions de Claude Weill, c'est qu'il n'a même pas réussi à citer texto les propos exacts de Desproges. C'est dire, qu'il écoute ou qu'il entend ce qu'il veut.

Quand à Finkielkraut, je trouve toujours très drôle, lorsqu'il s'étrangle d'indignation quand un contradicteur le remet à sa place. Tout comme quand Eéisabeth Lévi entre en transe quand quelqu'un lui lance qu'il y a trop de… à la télé.

Écrit par : petard | 12 janvier 2014

excusez moi c est beaucoup d "écrits pour pas grand chose ......
bon dimanche
dany Lemaitre

Écrit par : dany lemaitre | 12 janvier 2014

excusez moi c est beaucoup d "écrits pour pas grand chose ......
bon dimanche
dany Lemaitre

Écrit par : dany lemaitre | 12 janvier 2014

D'accord avec votre synthèse, Pétard. Je trouve la position de Claude Weill tirée par les cheveux et comme vous dites, il a probablement écouté Desproges, qui balance fort, un peu rapidement.

J'aime assez Finkelkraut pour ses idées en général et son analyse, mais il faut aussi compter le réflexe communautariste. Idem pour Elisabeth Levy, que je connais un peu pour avoir passé sur une émission avec elle. Son magazine est un des rares à oser une liberté de parole assez large. Elle-même assume sans trop de problème tout débat.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2014

@ Calendula: je me pose la même question: "se demander effectivement, ce qui a changé par rapport à l'époque joyeuse de Desproges ou de Coluche." Parce qu'il y a là un vrai "changement climatique" dans la parole.

Il y a eu le refus, surtout de la gauche mais en partie de la droite française aussi, de débattre ouvertement de l'immigration parce que Le Pen en parlait. Je me souviens de refus d'aller sur un plateau si Le Pen y était. Lâcheté, impuissance des politiciens qui se sont repliés derrière une posture "morale" ou de "bons sentiments"?

Pour la gauche, les immigrés sont le nouveau prolétariat dont elle veut capter les votes (pour ceux devenus français et si les autres votent un jour en France). Il ne s'agit plus de position techniques, raisonnables, analysées, mais d'une suite de réactions émotionnelles, d'indignations sur commande, comme dans l'affaire Leonarda. La gauche aime l’auto-flagellation.

On ne peut donc parler de tout en France. De plus s'il faut parler de «l'étranger» le passé n'est pas digéré. L'affaire Dreyfuss, le pétainisme auquel la gauche (dont Mitterrand) collabora d'abord, la guerre d'Algérie, ou même l'attitude de la France envers l'Allemagne après la première guerre mondiale, attitude qui a renforcé l'humiliation allemande et qui a probablement renforcé le besoin de revanche de l'élite germanique, sont des épisodes dont les pouvoirs français, tous, tentent de se débarrasser en les évitant. La gauche, symbole de liberté à une époque, ne fait pas mieux que la droite. Le passé trouble de la France dort dans un placard, mais il ne dort que d'un oeil.

Il n'y a guère que l'esclavage qui est évoqué ouvertement depuis peu, mais au prix d'une culpabilisation et d'une responsabilité mise sur les seuls européens (Taubira reconnaissant ouvertement que l'on ne traite pas de l'esclavage arabo-musulman pour ne par traumatiser les beurs...). Cette univocité crée d'évidence un malaise qui s'ajoute à d'autres.

Il faut bien écouter le ministre Vincent Peillon, dont j'ai mis des vidéos précédemment: l'objectif est de faire passer le socialo-communisme par la culture, faute d'y arriver par la politique. L'écologie et le féminisme sont par exemple deux branches du communisme recyclé. Il faut détruire ce qui est l'identité traditionnelle française: la famille, le christianisme, entre autres, et s'agenouiller devant l'étranger parce que l'on a fauté. L'expiation est infinie et illimitée, d'où Hollande et Désir proposant le retour de Leonarda ou de sa famille au mépris de la loi française. Discuter de l'étranger, quel qu'il soit, autrement qu’en battant sa coulpe, serait du racisme ou de l'exclusion. Ils devraient aller voir le racisme entre africains en Afrique, ils verraient que l’Europe est gentillette à côté.

La révolution culturelle à venir, et qui semble avoir déjà commencé, devra entre autres remettre en question les attitudes d'évitement et la culpabilisation. Les tabous devraient tomber, sauf que le pouvoir socialiste en crée d'autres au fur et à mesure. Aujourd'hui dire par exemple que les prostituées sont peut-être libres dans leur choix, vaut d'être considéré comme un esclavagiste. On voit comment le féminisme socialiste participe à la destruction de la société et impose aux gens comment ils doivent être et penser. L’oligarchie intellectuelle socialiste veut éduquer les masses...


Sur Dieudonné, moi il ne me fait pas rire. Même du temps du duo avec Elie. Et je trouve aussi sa position sur l'esclavage univoque: il ne parle pas, à ma connaissance, de la traite arabo-musulmane. Il a un parti pris que je ne peux pas accepter.

En ce qui concerne la critique de son spectacle, je ne l'ai pas vu donc je n'en sais rien. Doit-il passer un examen pour voir si l'Etat lui accorde de parler, s'il a bien équilibré les vannes contre tout le monde? Non, cela je ne le pense pas. La liberté d'expression ne s'arrête qui si l'on incite ouvertement à la violence contre quelqu'un, individu ou communauté. Et l'on doit rendre le risque que le public est assez grand pour ne pas prêter à Dieudonné des propos qu'il ne tient pas.

Pour moi l'interdiction est une manifestation de cet esprit totalitaire dont la France sait être championne. Ce qui doit nous questionner, c'est ce qu'est devenue la gauche, sous l'influence du féminisme castrateur et judiciariste, des tiers-mondistes culpabilisants, ou de supposés humanistes condescendants avec les "victimes" migrantes, pendant qu’elle lâchait la classe ouvrière parce que la lutte des classe a échoué. La victimisation, et son pendant culpabilisant, qui sont le fond de commerce, ne peuvent pas fonder une théorie politique durable. D'où la fuite en avant répressive (intellectuellement aussi, comme de stigmatiser d'homophobe ou de facho les cathos opposés au mariage pour tous) de cette mouvance.

C'est bien là qu'il faut oser une révolution culturelle. Mais la gauche ne peut plus la porter, assise qu'elle est sur les lambeaux de ses acquis de 68 ou d'avant, et la droite ne s'autorise pas encore à devenir une force révolutionnaire (culturellement) en France, car elle devrait aussi faire une remise en question d'elle-même.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2014

@ Dany: je ne pense pas que c'est pour "pas grand chose*. Au contraire, ce sont des points essentiels dans l'application de la démocratie, et le débat actuel illustre tous les débats antérieurs qui ont manqué.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2014

@hommelibre,

D'accord avec vous sur beaucoup de points, mais je n'arrive pas à faire tous les liens que vous proposez entre ces points.
Ou dit autrement : dans notre réalité, il y a des amorces de toutes sortes, toutes celles que vous citez, mais beaucoup finissent comme des pétards mouillés.
Selon moi, ces phénomènes que vous évoquez ne sont pas tous issus des mêmes germes et n'iront pas à terme. Certaines mouvances vont se casser la gueule, simplement parce qu'elles ne tiendront pas face à la réalité. Je pense au féminisme enragé.
La réalité est plus cruelle et plus plastique que tout scénario élaboré par l'esprit humain.

Prenons l'exemple de l'écologie : en ce moment, ce mouvement d'idées est en panne. A mon avis, nous ne vivons pas sous l'écoterrorisme.
Nous sommes assis chacun dans notre voiture individuelle (de préférence une grosse 4x4 , qui n'arrive pas à croiser l'autre de la même taille dans des rues qui sont asphaltées et pour lesquelles la Smart serait suffisante)bloqués comme des nazes dans des bouchons tous les matins. Tout le monde s'en accommode, c'est le moindre mal.
Certes, il est devenu banal de trier ses déchets et on a remplacé les ampoules à incandescence par des ampoules basse consommation ou des LED, les frigos consomment moins d'électricité qu'auparavant etc. Une partie des idées écologiques ont bien été transformées en actions concrètes. J'imagine mal que l'on puisse regretter un progrès dans la gestion de nos ressources.
Ensuite, il y a tout ce qui reste à faire, toutes les polémiques sur les projections alarmistes et la responsabilité de l'activité humaine. Je connais vos positions et je ne les partage pas complètement.

L'exemple le plus évident d'une gestion catastrophique est l'état actuel de la pollution en Chine.
Les décisions à prendre sont de nature politique et le combat sera forcément idéologique, au sens noble du terme : il va falloir prendre des décisions basées sur des idées, prendre des responsabilités basées en partie sur des hypothèses et être visionnaire. Ca veut dire être courageux, mais pas téméraire.
La Chine ne voudra pas prendre de décisions radicales et je pense qu'elle va simplement laisser les choses aller jusqu'à leur terme naturel : l'épuisement. Personne ne pourra les en empêcher, parce que c'est le pays le plus grand et le plus peuplé de la planète. Ou alors : changement de régime et les Chinois prennent les choses en mains et trouver des solutions originales qui leur conviennent. Pour le moment, il y a une expansion du côté de l'Afrique, mais ce n'est pas non plus une solution définitive.

Est-ce que l'écologie est forcément lié au féminisme et au communisme ?
Et si c'était un réflexe de survie ou le signe de l'incapacité de rester inactif devant une situation objectivement dégradée?
Je pense p.ex. à la surpêche industrielle. Elle n'est rendue nécessaire que par la volonté humaine de faire du profit immédiat, en raclant tout ce qu'il y a à prendre, même ce qu'on ne peut pas manger et pour cela, aller de plus en plus profondément avec ses chaluts.
Vouloir s'opposer à type de pratiques, vouloir qu'il reste des poissons dans les océans paraîtrait naïf et vaguement anti-libéral ou carrément communiste ? Je sais que ce n'est pas ce que vous avez voulu dire !

Dans les années 1970, je ne voulais pas avoir d'enfants, parce que le monde me semblait si désespérant et les perspectives si sombres : le Vietnam, le Biafra, les tensions avec l'URSS, le choc pétrolier etc. On avait plein de raisons de trouver que tout allait mal. Mettre au monde des enfant me semblait idiot et irresponsable.
Aujourd'hui, je lis la liste de vos inquiétudes à la lumière de mon pessimisme d'alors et je pense que Desproges et Coluche, entre autres, sont venus dans les années 80 pour nous aider à vivre avec les soucis.
Coluche a mis en route "Les restos du coeur" - quelle initiative incroyablement positive et concrète et dans un sens si simple. C'était une action politique, qui permettait un regard critique sur la réalité sociale
déjà difficile.
Un humoriste qui oeuvre concrètement pour le bien de ses contemporains peut rire de tout et il rirait surtout de lui-même. Rire de soi est certainement la forme d'humour la plus aboutie.
"Lorsque j'entends la musique de Wagner, j'ai soudainement envie d'envahir la Pologne." (je cite de mémoire) est une des phrases les plus drôles que j'aie jamais lue. Le "je" de Woody Allen est ce qui libère cette phrase de toute dimension moralisatrice ou victimaire et la rend tellement forte.

Écrit par : Calendula | 12 janvier 2014

HL@ "elle lâchait la classe ouvrière parce que la lutte des classe a échoué."
Confusion : la classe ouvrière a lâché la gauche parce que la gauche ne la défendait pas contre l'immigration et sa conséquence, le dumping salarial. Vous avez inversé les causes et les effets...
Ce lâchage par la classe ouvrière a provoqué ce que vous dénoncez, une fuite en avant dans le progressisme sociétal, les rêves des bobos parisiens...
Glorification de l'homosexualité, du soi-disant multiculturalisme mais vraie négation des valeurs européennes (idéologie d'origine étasunienne; les USA aujourd'hui dominés par les descendants des anciens esclaves qui ADORENT les Européens...), protection des déviants quels qu'ils soient, y compris les assassins contre la normalité bourgeoise, etc, etc...

Calendula@ Je n'ai pas lu de critique contre l'écologisme dans ce billet. De toute façon, les écolos de gauche sont des escrocs. Être écologiste, c'est admettre avec Philippe Roch que la Terre se trouve bien avec une population de trois milliards d'habitants. C'est pas très compatible avec le culte de l'humain des gens de gauche, qui eux pensent toujours que ce qu'il faut pour nous, c'est du béton, du béton et encore du béton pour loger les millions d'étrangers qu'ils veulent nous imposer.

Et à part ça, vous vous trompez sur les Chinois. Leur système n'est pas démocratique, et cela a le gros avantage de changer très vite. Et la pollution de leurs villes ne fait plaisir à personne...

Écrit par : Géo | 12 janvier 2014

Scuse : et cela a le gros avantage de pouvoir changer très vite.

Écrit par : Géo | 12 janvier 2014

Dans les meeting politique, on entend des gens applaudir et s'enflammer.

Dans le fameux spectacle maintenant interdit aux plus de 18 ans, on entend des gens rire après chaque vanne. C'est quand même une grosse différence.

Alors on se doute que Dieudonné ne fait pas rire tout le monde. Qui en serait capable ? mais la réalité est qu'il fait rire et que les autres ne sont pas forcés d'acheter un billet.

D'ailleurs, il faut m'expliquer comment il est possible d'être choqué par les sketches de cet humoriste alors qu'il est complétement absent des médias depuis déjà plusieurs années.

Ensuite, condamner quelqu'un pour ce qu'on pense qu'il pense me paraît complétement absurde. D'ailleurs quand Dieudonné dit avec son petit sourire habituel "je ne suis pas antisémite mais... je me réserve le droit de l'être un jour", je trouve qu'il fait justement bien ressortir toute l'absurdité de ceux qui prétendent pouvoir condamner d'autres gens pour leurs pensées ou simplement coller une étiquette définitive. Bien sûr, cette subtilité passera complétement au dessus de la tête de 80% des gens qui hurleront immédiatement au nazi. Voilà où on en est.

A quelqu'un qui critiquait Dieudonné, j'ai demandé si la personne avait déjà vu un de ses sketches. La réponse ne s'est pas fait attendre : "Ah ça non, jamais je n'irai en voir un !".

C'est symptomatique. On parle sur des sujets que l'on ne connaît absolument pas et qu'on ne souhaite d'ailleurs pas connaître. Car la réalité c'est que les gens veulent juste hurler avec la meute, se défouler sur leurs congénères peu importe le prétexte ou le sujet et insulter, condamner à tout va. C'est le "diviser pour mieux régner" érigé en stratégie d'état, les gens se servent de bouc émissaires les uns aux autres, au lieu de tous se retourner vers les vrais coupables.

Ce que je constate c'est que les gens ne débattent plus, ils se battent.

Pour terminer sur Dieudonné, je ne vais pas pleurer pour ce qui lui arrive. Il a choisi la voix et la voie de la provocation et il y a un moment où il faut savoir s'arrêter quand cela dégénère. Ne serait-ce que pour protéger sa famille. Et je ne me fais pas non plus d'inquiétude sur sa capacité à rebondir. Wait and see.

Écrit par : Sub | 12 janvier 2014

Les liens, Calendula, ne sont pas immédiatement visibles en effet. Il faut remonter aux années 1960-70 pour voir ce qui s’est mis en place. L’écologie pourrait ressembler à un réflexe de survie, oui, et cela a pu effleurer quelques-uns de ses représentants. Mais cet aspect est possiblement anecdotique.

Le mouvement écologique pourrait être associé à d’anciens courants de type naturalistes, y compris végétarien. Dans sa continuité actuelle je prends comme point de départ les années d’après 1968. On a connu le retour à la nature, très fort, avec achat de terres au Larzac et ailleurs, vie en communauté et liberté du couple, fin de la famille nucléaire (idéal communiste greffé sur un besoin de liberté individuelle légitime). Il s’est en partie confondu avec le mouvement hippie.

La candidature de René Dumont à la présidence en 1974 est le début de l’écologie politique et de son ancrage à gauche. A l’écologie on ajoutait le tiers-mondisme, la défense des minorités régionales, la réforme de l’organisation sociale dans son ensemble et la lutte contre le capitalisme. Depuis lors ce courant écolo-socialiste domine le mouvement.

Le féminisme est également d’inspiration communiste, et sa lecture manichéenne du couple, faisant glisser l’analyse de classe exploiteur-exploité sur l’homme et la femme, est un discours totalement communiste. Il faut noter qu’à l’époque les mouvement écologistes étaient déjà en cheville avec les féministes, selon le schéma: capitalisme = patriarcat = exploiteurs = démolisseurs de la planète.

Tout cela n’est pas innocent. Ces mouvements ont proliféré sur la révolution culturelle de mai 68, légitime, mais aussi sur la fin de l’exemple soviétique. En effet, si 1956 l’écrasement de la Hongrie n’avait pas encore convaincu tut le monde en occident, l’écrasement du printemps de Prague en 1968 fut le coup de grâce. Les contestataires de 1968 s’étaient identifié aux tchèques. Dès lors il fallait un nouveau champ d’expression du projet communiste. L’écologie et le féminisme en ont été deux particulièrement utiles stratégiquement puisqu’ils semblaient d’abord répondre à un idéal généraliste. En réalité, un idéal manipulé dès ses débuts.


Par rapport aux Restos du Coeur de Coluche, faut se rappeler que Dieudonné à milité activement pour la reconnaissance de l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

Je prépare un autre billet sur des questions non traitées dans celui-ci.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2014

@hommelibre,
Merci pour ces réponses circonstanciées.

Mon propos est de dire que les liens et les évolutions n'obéissent pas à des stratégies linéaires ou préméditées. Qu'il n'y a pas de "complot", mais des alliances de circonstance. Et que certains courants de pensée sont drôlement en panne actuellement. Je ne vois pas de marche victorieuse et inexorable (Le communisme et le gauchisme sont un peu agonisants, non ? Vous pensez qu'ils se réincarnent dans le féminisme.)

Je peux me tromper, car il est difficile de percevoir les grands courants, lorsqu'on est porté par eux, j'en conviens.
Il me semble pourtant que les différents mouvements ne prennent de l'ampleur, que s'il y a un lien avec la réalité des gens. Nous ne sommes pas des moutons ou des veaux, qui suivons aveuglement des meneurs charismatiques. En tout cas pas partout, même si ça arrive de temps en temps, p.ex. dans les années 1930.

Le mouvement naturiste, végétarien, hippie peut être interprété comme réaction à une société de plus en plus mécanisée, même si les racines de ces tendances remontent au moins à Thoreau, au romantisme allemand ou à Rousseau. Pour moi, le lien avec le communisme n'est pas primordial. Les pays communistes n'étaient pas tellement écolos. Ensuite, si dans les pays occidentaux, il y a eu amalgame de toutes les tendances de contestation du "système", c'est un autre moment de l'Histoire.
Vous n'êtes pas sans ignorer qu'aux Etats-Unis, il existe un mouvement de personnes qu'on appelle "survivalistes", qui se préparent avec des armes et des vivres à une catastrophe majeure, un peu dans le style du monde dépeint par "Mad Max 2". A mes yeux, c'est un peu l'aboutissement extrême et pessimiste de l'idée que notre société va à sa perte.

Vous affirmez que l'idéal communiste subsisterait dans la pensée féministe radicale. Vous avez déjà évoqué cela ici même. Il y a effectivement quelque analogie structurelle, p.ex. chez les Femen, qui proviennent d'un pays qui doit être drôlement marqué par cette idéologie.
J'imagine parfaitement que de jeunes femmes puissent trouver une cohérence dans une analyse simpliste des rapports homme-femme. Personnellement, je ne connais pas de telles femmes, mais c'est sûr qu'elles existent.

Qu'est-ce que la dignité humaine ?
Vaste question. Comment respecter toutes les formes de l'affirmation de soi ? Et faut-il le faire !? Dans nos sociétés dites libérales, on a tendance à répondre par l'affirmative.

Écrit par : Calendula | 12 janvier 2014

Vous avez raison Calendula: ces liens ne sont pas très visibles. Je m'attache depuis des années à essayer de voir ce qui agit dans ces mouvements, tant en idéologie qu'en lobbying politique. Quand je vois que le Conseil de l'Europe reprend presque mot pour mot les rapports sur la violence conjugale par exemple, je sais qu'il y a un lobbying. Il y a donc une image de façade, idéale et légitimement indignée pourrait-on dire, et le moteur caché.

La force de ces mouvements est de surfer sur des sentiments au départ diffus dans la population (la mécanisation des rapports humains, etc), et de les amplifier comme s'ils émanaient d'une légitimité naturelle. Alors qu'ils sont en partie construits et téléguidés. Rappelons-nous comment Marcuse à phagocyté le mouvement libertaire, accusant la société de consommation - celle-là même qui donnait la liberté de critiquer!

Complot? Pas au sens habituel. Mais stratégie, oui, je pense, avec une part très déterminée, et une part laissée au hasard. Mais sur certains thèmes le hasard c'est comme une piste de bob magnétique: la marge de spontanéité est encadrée entre deux murs invisibles.

La confusion actuelle dans les discours de société vient peut-être en partie de ce que le mélange entre le déterminé et le tout-venant (comme la peur de la fin du monde qui sert l'écologie) produit des collisions anxiogènes, démotivantes et incontrôlables. L'objectif était probablement de foutre la merde, de tout casser et de voir ce qui allait en sortir, en espérant pouvoir profiter des opportunités.

Écrit par : hommelibre | 12 janvier 2014

@hommelibre,

Il y a des lobbys pour tout, pas seulement pour les histoires de violences conjugales. Si certains lobbys sont plus performants que d'autres, ça a un aspect anti-démocratique.
Je comprends que vous soyez attentif aux dossiers concernant les dispositions familiales ou matrimoniales. Ces derniers temps, il n'y a pas eu seulement des décisions défavorables aux hommes en Suisse.
Le lobbying est partout.
Nous savons très bien qu'au palais fédéral, des lobbyistes de l'industrie pharmaceutique, des banques, de l'industrie, de l'écologie ont la possibilité de s'approcher des parlementaires. Je ne suis pas une spécialiste du dossier, mais de temps en temps, on apprend qu'il y a toutes sortes d'influences plus ou moins occultes, à commencer par les parlementaires qui siègent dans des conseil d'administration. Ca ne me semble pas très communiste, tout ça ...
Nous sommes dans un pays qui vote majoritairement à droite et c'est pourquoi selon moi, les alliés objectifs que vous désignez ( gauche tiers-modiste, féministes radicaux, communistes, écologistes) ne sont pas encore au pouvoir et je n'ai pas l'impression qu'ils aient le vent en poupe.
Mais il est vrai que je me concentre sur la Suisse, puisque c'est ici que je suis citoyenne.

Le problème de la critique de la société libérale est effectivement un sujet épineux. Faut-il se retenir de la critiquer, s'abstenir de cracher dans la soupe ?
Vous citez le cas de Marcuse, que je ne connais pas très bien. Il était peut-être un "fouteur de merde". Que reste-t-il de son influence ?
Difficile de savoir qui il faut faire taire par la force ... Les personnes comme Marcuse auraient-elles dû être muselées ?
Le cas de Dieudonné a fait couler beaucoup d'encre et de salive et c'est bien le signe que dans nos pays, la censure, le déni de parole publique est considéré comme un problème épineux.
Beaucoup de citoyens critiques et de bonne foi ont l'espoir de faire évoluer les choses vers un mieux, de faire jouer des contre-pouvoirs face aux crédos dominants en prenant la parole, en usant du droit d'association et des droits démocratiques offerts par la constitution de ce pays.
C'est lent, il y a des lobbys, le système n'est pas toujours très efficace ou complètement propre-en -ordre, le taux de participation aux votations est trop bas - mais je ne connais pas de meilleur système.

Écrit par : Calendula | 13 janvier 2014

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