22 décembre 2013

Solstice: une symbolique de la lumière

Il y a deux fêtes de la Saint-Jean. La plus citée est la Saint-Jean d’été, le 24 juin. C’est le moment de la plus grande force de la lumière solaire pour l’hémisphère nord. Non seulement le jour est long mais la lumière produit la chaleur qui fait pousser les végétaux vers l’extérieur. C’est la fête de Jean le baptiste, le convertisseur d’âmes, l’artisan de la mutation, celui qui annonce la lumière proche.


noel,lumière,symbole,symbolique,obscurité,saint jean,christianisme,nature,marx,sartre,humain,masculin,fémininDiverses symboliques se rattachent à la lumière. Elles sont des expressions d’un lien entre la conscience humaine, corps et esprit, et la nature en tant qu’expression de l’univers, entre le microcosme et le macrocosme. Lumière et chaleur ont cette puissance, qu’elles communiquent au monde, de s’affranchir de l’attraction terrestre, de se détacher le la Terre mère et de transformer le monde en agissant sur lui. C’est symboliquement une fête plutôt masculine avec son feu qui se dresse et les plantes qui jaillissent vers l’extérieur comme des phallus.

La Saint-Jean d’hiver est fêtée le 27 décembre. Un peu après le solstice d’hiver, alors que le soleil commence à remonter dans le ciel après les quelques jours de profonde plongée immobile dans l’obscurité. On peut imaginer l’ébranlement symbolique de ce nouveau mouvement, même si ce n’est pas réellement un mouvement puisque ce n’est pas le soleil qui bouge. On peut l’illustrer par analogie avec une vague dans son creux, au tsunami quand la mer se retire, et qui accumule une incroyable puissance pour se reconstituer et déferler. Monter n’est pas la même chose que descendre. On le sait au printemps, quand la force éclôt et s’accroche à la vie, alors qu’en comparaison la période symétrique de l’automne est une forme d’abandon, ou un lâcher prise.

Le solstice d’hiver est ce moment d’inversion si capital. Quand tout est abandonné, quand la chute est à son terme, le mouvement repart en direction de la lumière. Noël est une fête de la lumière, calée sur l’ancien culte de Mithra qui perdura jusqu’au troisième siècle de notre ère. Le christianisme a repris cette date avec la symbolique de la vie qui revient. La lumière recommence à illuminer le monde.

La symbolique appliquée à l’humain permet d’apprécier le solstice d’hiver comme une période plutôt féminine, une période de creux comme le sexe de la femme, qui est à l’intérieur et non à l’extérieur. Au profond du ventre de la femme la vie va germer et prendre forme. Est-ce vraiment la date de la naissance de Jésus? Cela n’est pas important. noel,lumière,symbole,symbolique,obscurité,saint jean,christianisme,nature,marx,sartre,humain,masculin,fémininLa pédagogie du symbole prime sur le réel. En ce sens le christianisme est plus qu’une simple religion au sens marxiste d’opium du peuple, d’aliénation ou de «soupir de la créature opprimée»: c’est une pédagogie associé à des rituels d’apprentissage. La Saint-Jean d’hiver est la fête de Jean l’évangéliste, celui qui annonce la lumière en accomplissement. Si la force de l’été est une conversion, une mutation suite à la plénitude du cycle de l’énergie, la force de l’hiver est l’annonce du renouveau, la lente fermentation, l’espoir dans l’ombre.

La lumière rend visible. C’est ce qui attend le monde après sa gestation dans l’obscurité bienfaisante de la matrice. Cette vision cyclique est toujours applicable aux phénomènes et à l’émergence de toute vision ou conscience. Notre époque, quoiqu’en disent certains, est puissamment masculine. Tout est mis dans le visible, même la vie privée. Tout est dans l’action, dans la volonté transformatrice, dans l’autodétermination, dans la consommation, dans la jouissance rapide - qui est à la fois la beauté reproductrice et la désolation relationnelle de l’homme. Des femmes prennent à leur compte la puissance symbolique masculine: elles découvriront ce qui y est rattaché. Les hommes semblent moins empressés de prendre à leur compte l’abandon féminin à ce qui est en dehors de nos volontés. Ne vivant pas l’accouchement, marqueur fondamental, leur corps ne leur enseigne pas cette disposition. La poésie peut la leur enseigner, dans une certaine mesure. Mais il leur est difficile d’associer ensemble la poésie et la guerre ou l'exploration conquérante.

Que l’on soit ou non chrétien, se plonger dans cette compréhension symbolique relie à plus grand que nous, à des nourritures au-delà de nos théories et de nos politiques. Le solstice d’hiver et la fête de Noël sont ces moments précieux que l’univers nous donne pour écouter ce qui se dit dedans, quand nos volontés se mettent au repos et que nous acceptons, dans la froidure, de ne pas être maîtres de tout. Cette attitude est la condition pour qu’un nouveau cycle commence. Certaines approches politiques refusent la notion de cycle, considérant que l’humain y est trop assujetti à la nature alors qu’il devrait, comme disait Sartre, inventer son chemin - au prix de se couper de la nature. Je crois de mon côté qu’il faut voir dans les cycles, dans les répétitions, le rituel d’apprentissage qui, peu à peu, fixe les briques de l’évolution.


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Mardi:

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00:18 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : noel, lumière, symbole, symbolique, obscurité, saint jean, christianisme, nature, marx, sartre, humain, masculin, féminin | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

coucou Homme Libre,
y'a le feu cheminée aussi en ce moment,ça doit être une période féminine en effet, et le feu de broussaille en été dans tout ça??? bref je crois bien qu'on se consume toute l'année, lol, en tout cas j'en profite pour vous faire des bizzzouxxx de fin d'année et bonnes fêtes, a+++

Écrit par : Sarah | 22 décembre 2013

Merci pour vos bons billets 2013, @Homme LIBRE. Celui sur le solstice termine en feu d'artifice...Trêve de plaisanterie : oui Noël dans la complexe histoire des religions ( comment elles s'engendrent) est totalement issu du solstice. Tout a fait symbolisé par la naissance du Christ qui nait en décembre et meurt à Pâques pour renaitre: cycle de la Vie.A l'image du cycle de la nature. Encore que chez les chrétiens orthodoxes cela soit vu différemment et qu'il faudrait encore un article pour expliquer..Alors longue vie aux blogs qui... expliquent dont le vôtre!

Excellentes Fêtes de fin d'année et au bon plaisir de lire vos articles 2014
SN

Écrit par : sylvie neidinger | 23 décembre 2013

Merci à vous Sylvie, qui, dotée d'une bonne patience d'exploratrice, aimez aussi parcourir de nombreux chemins et nous y inviter. Entre l'Histoire ancienne et la moderne, entre l'anecdote qui révèle et l'analyse des comportements politiques, j'aime vous y suivre et partager votre défense d'une forme de liberté.

Joyeux Noël et Bonnes fêtes à vous aussi!
Et à la suite!
:-)

Écrit par : hommelibre | 23 décembre 2013

Coucou Sarah,

Le feu de broussailles... chaud chaud, on s'y brûlerait la langue... Et quand on croit faire ce qu'il faut pour l'éteindre il brûle encore plus fort!
:-)))

Vous avez raison de souligner qu'il y a différents feux. Une idée globale ne contient pas tous les aspects et toutes les nuances. Je pose ici des balises un peu abstraites, des directions ou tendances, mais femmes et hommes ont les deux aspects dans des répartitions variables.

Je vous souhaite tout ce que vous-même souhaitez de bon pour vous et vos proches. En espérant continuer à retrouver votre sourire, votre humour, et votre manière agréable, espiègle et attentive de prendre les gens.

Bonnes fêtes, et des bizzzouxxx comme s'il en pleuvait!!!
Heuuuuu, ça ne va pas éteindre le feu de broussailles, ça...

^¿^

Écrit par : hommelibre | 23 décembre 2013

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet ...

Votre texte met le doigt sur l'essentiel des rythmes célestes qui nous touchent forcément même si on l'oublie facilement. Vous faîtes bien de le faire resurgir.

Par contre je suis surpris que vous ayez mis l'accent sur les fêtes chrétiennes, puisque des célébrations étaient préexistantes au christianisme un peu partout dans le monde.

Notamment le "Jul" chez les scandinaves, comme la coutume du sapin décoré chez les celtes. D'ailleurs, pour certain le terme "Noël" en est issu. Le terme gaulois noio signifiant « nouveau » et hel signifiant « soleil », = noiohel et signifierait « nouveau soleil » !

Cela n'enlève rien à votre description symbolique des solstices...

Une des coutumes , bien plus tardive, est celle du jeu des Mystères. Mélange de christianisme et de paganisme tout ce qu'il y a de populaire. Cela évoque ces soirées autour du feu, où l'on se raconte des histoires qui fascinent. L'hiver , la nuit étant le moment où l'on va chercher les ressources de l'esprit pour que la lumière et la chaleur se perpétue l'intérieur.


Bonnes fêtes à vous HL !

Écrit par : aoki | 23 décembre 2013

Bonsoir Aoki,

En effet il y avait encore à développer. J'ai d'abord pensé parler du "Nouveau soleil". Mais la source me paraissait moins solide, ou il aurait fallu faire une étude sur les origines du mot Noël.

Vous me donnez envie d'y revenir un de ces prochains jours!
:-)

Bonnes fêtes à vous aussi Aoki.

Écrit par : hommelibre | 23 décembre 2013

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