18 décembre 2013

Sexualité et normalité (3): anormal ou immoral?

Il faut ici différencier clairement la question morale de la question de la normalité. Une norme n’est pas une valeur morale mais une valeur de fonctionnement. Par exemple les normes biologiques du pH sanguin ne sont pas angéliques ou diaboliques. Elles indiquent un fonctionnement physiologique. Le partage d’un désir ou d’une sexualité entre adultes consentants n’indique rien sur la morale ou la bienveillance d’une personne.


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Selon la définition de la norme vue dans le billet précédent, certaines choses du domaine de la sexualité sont anormales sans être immorales ni signes d’une pathologie. Commençons par le coït entre personnes de sexe différent. Il est la pratique de référence puisqu’il remplit à la fois la fonction de reproduction, objectif premier de la sexualité, et celui du plaisir, objectif secondaire incitant à le pratiquer pour remplir le premier. On peut comprendre que toutes les philosophies et morales visant à préserver et développer l’espèce aient privilégié le coït.

Pourquoi les morales ont-elles prêché pour l’ensemble des membres d’une communauté? Ne pouvait-on pas d’emblée laisser la liberté à chacun? Quelques hypothèses sont envisageables. Il y a d’une part le besoin de se reconnaître pareils et la difficulté que représente l’acceptation de la différence. Si une femme est attirée par les hommes, ou un homme par les femmes, comment intégrer qu’une femme puisse avoir la même attirance pour une autre femme, et un homme pour un autre homme? Ne pas reconnaître ce trouble serait nier la réalité.

D’autre part il faut penser que l’espèce développe des stratégies pour sa survie. La reproduction est une stratégie fondamentale. On voit dans l’Histoire que les couples infertiles hétérosexuels sont souvent perçus comme ne remplissant pas une fonction de survie. La sexualité, qu’aujourd’hui nous reconnaissons comme appartenant à la sphère privée, a bien une influence sur l’ensemble de l’espèce.

La position de certaines religions est décriée ou taxée de réactionnaire (ce qui ne signifie rien d’utile au débat puisqu’on ne nourrit aucun argument de fond). On est pourtant dans une logique supra-personnelle cohérente quand ces religions définissent la procréation comme but premier de la sexualité. Elles recommandent donc certaines pratiques allant dans ce sens. On pourrait attendre des religions qu’elles ne s’occupent pashomosexualité,hétérosexualité,féminisme,lgbt,sexualité,femmes,hommes,espèce,mariage gay,baettig,religion,morale,normalité,norme,coït, de nos fesses ou qu’elles fassent preuve d’un peu plus de nuances. Mais justement elles ont aussi à s’occuper de nos fesses si nous sommes adeptes. Pour autant nous restons libres de nos choix de comportement.



Prodigieusement normale... ou pas

Si l’on accepte la définition de la normalité vue précédemment - ce qui est normal est ce qui est habituel, régulier et qui concerne la majorité des cas ou des personnes - la suite est nuancée. A part le coït, beaucoup pratiques sexuelles démontrent la prodigieuse normalité... ou anormalité de nos fantaisies en la matière.

Ainsi 90% des hommes et 60% des femmes disent avoir déjà pratiqué la masturbation, mais toutes et tous ne le font pas de manière habituelle et régulière. Normal ou pas? Cela dépend de la fréquence et du nombre de personnes concernées. On n’en sait pas plus ici, mais c'est assez classique pour être normal. La fellation et le cunnilingus sont très normaux: deux tiers des femmes et des hommes affirment les pratiquer régulièrement.

La sodomie flirte la zone d’anormalité statistique: seulement 37% des femmes et 45% des hommes disent l’avoir testée, et ce de manière occasionnelle. L’échangisme est franchement dans la zone d’a-normalité. Dans une enquête différente, 7% des hommes et femmes disent l’avoir essayé. Les chiffres de la bisexualité sont variables. Il semble que hormis les expériences adolescentes avec une personne du même sexe, peu d’adultes se déclarent bisexuels. L’homosexualité représenterait quant à elle environ 4% de la population.



L'ennemi: homme, blanc, hétérosexuel

On peut comprendre que les règles morales aient privilégié les formes les plus habituelles de la sexualité. L’hétérosexualité est la pratique la plus habituelle, ce en proportion écrasante. Elle homosexualité,hétérosexualité,féminisme,lgbt,sexualité,femmes,hommes,espèce,mariage gay,baettig,religion,morale,normalité,norme,coït,est la condition de la reproduction. Un couple homosexuel a besoin de cette altérité sexuelle pour avoir un enfant, au moyen d’une mère porteuse ou du sperme masculin. L’hétérosexualité est la norme, que cela plaise ou non.

Cette norme n’enlève rien à la liberté des personnes homosexuelles. L’intégration de cette orientation est déjà ancrée en Europe depuis des décennies. Le succès de La cage aux folles il y a des années montre que le public hétérosexuel a même développé une certaine complicité avec le fait homosexuel. L’homosexualité n’impose pas plus de discrimination que d’autres critères. Jeune ou vieux, femme ou homme, noir ou blanc, petit ou grand, valide ou handicapé, moche ou beau, riche ou pauvre, sont parmi les différences pouvant générer des discriminations.

Aux Etats-Unis les mouvements pour les droits des gay et des lesbiennes ne s’est pas arrêté à cette acceptation tranquille de la différence. Le partenariat enregistré permet aujourd’hui aux personnes de même sexe d’avoir une reconnaissance civile de leur réalité. Mais cela n’a pas suffi. Dans une démarche victimaire très empreinte du féminisme lesbien d’outre-atlantique, le discours a pris une tournure très idéologique et marxisante. Le patriarcat est devenu, comme par magie, la bête noire des LGBT. Car qui dit patriarcat dit homme, blanc, hétérosexuel. C’est bien cela qui est visé quand on sait que ce mouvement parti des USA concerne les minorités en tant que victimes - dont les minorités raciales également.

La conséquence actuelle est un refus des normes, d’abord de la norme hétérosexuelle, mais aussi de la norme homosexuelle - car l’homosexualité est éminemment normative. La communauté gay a sa culture, ses artistes, ses bars, ses lieux de sexe, ses attitudes, son parler, ses regards. Pour avoir connu quelques milieux homos à l’adolescence, ou nous nous retrouvions avec quelques amis et amies parce que nous en aimions l’ambiance, il est relativement aisé de repérer en une seconde le regard et l’attitude corporelle d’une personne homosexuelle dans la rue.



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Refus des normes, mais pas de refus du communautarisme catégoriel. Les homosexuels restent dans l’idée d’une persécution de catégorie. Ainsi hier lors du débat d’Infrarouge à la télévision romande, un élu homosexuel critiquait le partenariat enregistré parce qu’il fait trop visiblement homo aux yeux des employeurs! Si vous devez cocher la case «partenariat» lors d’une embauche, le patron connaît votre orientation et cela peut être stigmatisant. Le mariage permettrait d’éviter d’être reconnu comme homosexuel. Etrange refus de soi alors même que l'on revendique une visibilité sociale plus grande.

Pourquoi vouloir normaliser un mode de vie différent, en particulier par le mariage, tout en faisant tout pour rester indétectable et victimaire en tant que catégorie? Une telle contradiction n’a de sens que dans l’idéologie LGBT, dont le psychiatre Dominique Baettig dit qu’elle a pris les homosexuels en otage - point de vue que je partage. En effet on trouve de nombreux écrits distillant cette idéologie selon laquelle l’hétérosexuel homme est l’ennemi. Deux exemples:

«... la tolérance est le privilège du dominant. Et ce privilège participe à la pérennisation d’un ordre établi où les hommes dominent les femmes au sein de la famille, institution patriarcale par essence.»


«En inventant des formes de lesbianismes ayant des traits apparents de la masculinité - lesbiennes butch par exemple - le Queer serait purement et simplement une rédition à l’ennemi héréditaire masculin.»


La revendication homosexuelle s’impose aujourd’hui comme un acte de guerre dans les école primaires, avec des livres qui montrent l’homosexualité comme une banalité, à égalité de place avec l’hétérosexualité. A l’école d’Egalia en Suède, modelée sur les principes LGBT, il y a autant de représentations homosexuelles qu’hétérosexuelles parmi les animaux. On n’est plus ici dans une revendication de respect de la différence et d’égalité de valeur, mais dans une forme d’agression de la norme hétérosexuelle en vue de sa déconstruction par effet d’équivalence avec la norme homosexuelle que l’on veut imposer.

Il n’est donc plus question de normalité mais de guerre des sexes. A cause, profondément, d’une sorte de refus de soi chez une frange de personnes homosexuelles imprégnées de théorie féministe marxiste. Le débat, sous couvert de tolérance, a dévié: la revendication du mariage gay porte maintenant avec elle le rejet du masculin blanc hétérosexuel, du patriarcat supposé oppresseur, et la prise en otage de la société par la stigmatisation de toute opposition. C’est à cela que mène aujourd’hui le débat sur la notion de normalité sexuelle: un pas de plus dans la guerre faite aux hommes et à la société.


A suivre.

Commentaires

Bonjour. Bel article ! Merci .

Écrit par : Jérôme | 04 décembre 2014

«... il est relativement aisé de repérer en une seconde le regard et l’attitude corporelle d’une personne homosexuelle dans la rue. »

Plus de 15% de la population en europe est homosexuelle.

Je vous mets au défi de repérer l'homosexualité de plus de une personne sur cinquante.

Écrit par : Chuck Jones | 04 décembre 2014

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