25 novembre 2013

La bienveillance se retire, les milices de l’ombre avancent

A vrai dire, j'ai un objet d'inquiétude. Ce n’est pas original de constater que le climat social et politique actuel en Europe et dans certaines parties du monde est délétère. L’an 2000 devait être une promesse, promesse de paix et de liberté. La promesse tourne au vinaigre.


guerre-image_47912607.jpgLe fond de l’air est frais

Les stigmatisations succèdent aux stigmatisations. Le langage se vide de sens. Le vertige des slogans et l'émotion facile prennent la place de la réflexion. Il suffit aujourd’hui de lancer à la face d’un adversaire des mots simplistes, que l’on ne se donne même plus la peine de définir ou d'étayer, pour prétendre avoir exprimé un pensée ou désigné l'ennemi. Réactionnaire, raciste, machinphobe, misogyne, font partie de ces mots qu'on lance pour isoler ou faire mal, dans le même esprit qu'en d’autres temps des délateurs désignaient ceux qu’il fallait déporter ou emprisonner.

Quand je lis qu'un homme aussi peu marquant intellectuellement que Harlem Désir, affirme que la droite française est la plus réactionnaire du monde, je demande quel est le sens du mot qu’il utilise. Aucune analyse, seulement une stigmatisation. Quand je lis que le mythe du progrès, dont on sait où il mène quand il est martelé comme un dogme fondateur (épuisement des ressources, pollution massive, pureté politique, etc), est repris par ses troupes comme pour sauver un régime, ou plutôt un courant politique à l’agonie, je crois rêver. On dirait Mao parlant à son Comité Central.

Evider le langage, comme une épuration politique ou idéologique, est ce que l’on a connu sous les régimes autoritaires. Les mots n’avaient plus besoin d’avoir de sens. Il suffisait qu’on leur imprime une charge émotionnelle pour justifier les conséquences qu’on leur faisait porter. Cela recommence aujourd’hui. Contester, penser autrement, mettre en question les dogmes actuels imposés à marche forcée, cela fait de vous l’ennemi désigné, le réactionnaire, la bête. On ne pense plus, on vous stigmatise.

Les repères fondamentaux du masculin et du féminin sont dilués dans la théorie du genre, milice02--desir-conduira-la-liste-ps-aux-europeennes-en-ile-de-france_i508583.jpgdisloqués par le diktat d’ultra minorités qui se sont imposées dans les sphères du pouvoir. La séparation du corps et de la culture est un des mécanismes de la fascisation. Quand le corps est évacué, l’empathie l’est aussi car elle prend naissance dans notre corps, dans nos neurones miroirs et dans notre expérience émotionnelle. La souffrance que l’on peut infliger aux autres dès lors nous laisse froids, ou pire: nous réjouit.


Censure

La censure revient, sous forme indirecte en imprégnant le monde de la peur de penser et la peur des mots, ou directement. J’ai ainsi été censuré sur un portail de blogs français où je publie certains de mes billets. La raison? Sexisme et misogynie! Les billets étaient deux de ceux que j’ai récemment publiés ici même sur la publicité. J’ai demandé des explications, des motifs précis d’une telle accusation. Je n’ai reçu aucune réponse, et depuis les autres billets que j’ai proposés ont été simplement passés sous silence, alors que j’étais jusque là régulièrement publié, et apprécié - ou contesté - pour mes contenus, ma liberté de parole et ma qualité d’analyse et de langage. Pour un site qui n'était pas très regardant sur certains propos injurieux ou diffamatoires qu'il laissait passer, il y a comme une remise à l'ordre rose qui ne dit pas son nom.

Les milices sombres du pouvoir sont en route. Les tensions sont exacerbées. Dans ce processus, les stigmatisations sont justement attisées pour rendre ces tensions insolubles. Dès lors seule une guerre, une insurrection violente ou un gouvernement autoritaire, et un refus du dialogue avec «l'ennemi» désigné, peuvent succéder à une crise qui touche à la fois le sens, la responsabilité et la liberté. La réflexion commune sur la société est supprimée au profit d'idéologies avec lesquelles on fracasse les esprits. Ceux qui ne les suivraient pas serait les réactionnaires, les traîtres au progrès quoi.

Oui, je suis inquiet. La réduction du langage politique à quelques slogans agressifs et stigmatisants, en période difficile, est inquiétante. La violence intellectuelle et morale précède toujours la violence physique en politique. Dresser les citoyens les uns contre les autres fait partie du plan de toutes les dictatures, confortées aussi par l’économie chancelante et un climat général de défiance et de mépris. Je souhaite me tromper bien plus que d’avoir raison. Les vrais prophètes sont ceux dont les prédictions ne se réalisent pas parce qu’ils ont éveillé la conscience. Prophète, je ne le suis pas. Mais je prends mes modèles très hauts. Je ne les prends certainement pas du côté de Mussolini, Mao, Harlem Désir, François Hollande, Mélanchon, Cécile Duflot, Jean-Marie Le Pen et quelques autres que je ne citerai pas.


15518-44dg.jpgBienveillance en retrait

C’est rare, exceptionnel que j’aborde le monde sous cet angle. Je suis en principe un amoureux de la vie, optimiste, un peu atypique, joueur, à l’esprit critique certes et parfois provocateur, mais pas en rupture de foi dans l’humain. Aujourd’hui, un homme que j’apprécie pour sa liberté d’esprit, et sa personnalité - pour le peu que j’en connais - a employé dans une discussion un simple mot. Nous parlions des personnes «bienveillantes» ou non. Et en lisant les infos du jour, ce soir du 23 novembre, je réalise que la bienveillance est en train de se retirer du monde. C'est bien ce qui fait mon inquiétude. Cela ouvre la porte à de grands dangers car il n’y a plus le garde-fou habituel qui fait que les disputes restent limitées et que les adversaires évitent d’aller au pire. Les gardes-fous sont en train de lâcher. Les médecins de Hitler, ceux qui faisaient de la recherche sur des être vivants, n’avaient plus de rempart. La théorie du genre conduit à cette même attitude dépourvue de racines historiques et biologiques.

Alors, il faut être extrêmement prudents. Il ne faut céder ni à l’émotion, ni à la peur qui est chaque jour instillée, ni aux stigmatisations. Il faut plus que jamais aimer ceux que l’on aime, rester droits et dignes, défendre ses valeurs qui ont posé les cadres du droit et du respect de l’autre, respect dont la reconnaissance des différences est un pilier fondamental. Je constate que la gauche française, autrefois libertaire, ne porte plus ces valeurs et qu'elle pactise avec l'oppression. Où se tourner, quand la droite peine à poser des valeurs claires associant la liberté et la protection sociale nécessaire?

Il ne faut pas accepter la fascisation rampante qui s’opère, mais réagir en osant penser, que cela plaise ou non. Par un retournement de l’histoire la gauche ne défend plus la liberté de penser. Elle soutient l’oppression. Le silence assourdissant de la pensée à gauche est un conformisme et une quittance donnée aux milices de l’ombre. Mieux vaut être considéré comme non-progressiste, voire réactionnaire - c’est-à-dire réagissant contre la nouvelle oppression - plutôt que d’en être complice. A moins que, ayant tant couru depuis deux siècles pour échapper à notre sort et condition, cette crise ne montre qu'il est temps de faire quelques deuils et de redigérer les derniers mille ans d'Histoire pour comprendre où nous sommes. Le «progrès», qui prétend jeter nos racines à la poubelle en dénigrant le passé, ne saurait seul donner un sens à l'Histoire. Si, pour moins discriminer quelques minorités, on doit stigmatiser et ostraciser des millions de personnes qui pensent autrement, alors il n'y a pas de progrès. Et en quoi la GPA, la suppression des mots papa et maman, l'idée qu'un enfant de cinq ans puisse choisir son appartenance de genre tout seul, le rejet d'une hétérosexualité normative (mais non excluante), par exemple, seraient des progrès?


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Des Etats Généraux et de vraies grandes réformes

En France, tous les élus et tous les courants disposant de sièges dans des assemblées doivent être acceptés dans un vaste dialogue social. Cela devient urgent. Le risque d’une fascisation rouge ou brune est inversement proportionnel à la force des autres courants politiques et à la réponse qu’ils apportent au pays. Il faut même inclure les extrêmes dans le débat national. L’idée du débat sur l’identité lancée par Nicolas Sarkozy était bonne, car l'incertitude identitaire est autant exprimée par des groupes dits de droite que par le footeux Karim Benzema qui déclarait: «Je suis français pour le foot mais ma patrie c'est l'Algérie». Ce débat a été avorté par une gauche arrogante et pavlovienne qui évite, contourne, stigmatise, plus qu'elle ne pense. Actuellement tout est imposé sans vrai débat, sur ordre du think tank socialiste Terra Nova, fabrique à théorie déconnectée du réel. On dirait la Commission de Bruxelles!

Il est pourtant important de redéfinir clairement tous ensemble les marqueurs de la société, sur la perception de notre identité donc de notre «chez soi», mais aussi sur des sujets aussi importants que la Grossesse Pour Autrui, largement soutenue par madame Taubira, ou la société multiculturelle dont on ne voit plus pourquoi elle refuserait l'instauration de la charia dans certaines communautés. La GPA avalise la location du corps des femmes pauvres dans le même temps où le même gouvernement voudrait éradiquer la prostitution. La gauche ayant abandonné une classe ouvrière décomposée, elle se reporte sur un tiers-mondisme activé par des émotions et non par la réflexion, et sur un féminisme conquérant et revanchard au prix du mépris pour la moitié masculine de la société. C'est l'incohérence intellectuelle, laquelle est dangereuse et conduit au durcissement du régime. Un site français a même déjà commencé à mettre en fiches les hommes qui contestent les théories et la misandrie féministes. L'oppression rose avance, avec des méthodes qui ne semblent pas lui poser de problème moral alors même qu'elle voudrait se poser en exemple moral. Il n'y a plus rien, chantait Léo Ferré. En effet.

Il faut des Etats-Généraux en France car l’indigestion monte. Il faut rapidement se mettre à de grandes réformes: celle de l’administration en particulier. Il faut enlever non pas une mais deux couches de représentations et garder les communes, les régions et l’Etat. Qui aura ce courage? Des élus perdront leur place. Il faut aussi supprimer les allocations à vie allouées aux élus. Il y a entre ces deux réformes des milliards d’économie. C’est un premier pas pour alléger le poids de l’administration en France. Mais je crains que François Hollande ne fasse plus que préparer les milices de l’ombre, car il a déjà perdu trop de temps et plombé son quinquennat.

Aujourd'hui le simple mot de «bienveillance» me fait prendre la mesure de l'Etat du monde.

07:52 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Mais que dire de mieux, l'Europe obamuzz en tête viennent de signer les accords de Munich !

Écrit par : Corto | 24 novembre 2013

merçi HL de cet excellent billet, la dictature douce et sa censure avance prenons garde

Écrit par : leclercq | 24 novembre 2013

http://www.bvoltaire.fr/thibautronet/madame-taubira-la-memoire-et-lindignation-tres-selectives,42152

HL un site qui ne fait pas encore de censure

Écrit par : leclercq | 24 novembre 2013

Corto@ Faudrait peut-être pas oublier que si l'Iran présente le moindre danger nucléaire concret contre Israël, il sera vitrifié intégralement dans les heures qui suivent...
Et ils le savent très bien. Le reste, c'est un peu du pipeau...

Écrit par : Géo | 24 novembre 2013

Oh, John, la presse française, même sur Internet, est très répressive et coercitive. Genève est en face un havre de paix et de liberté. J'ai essayé d'ouvrir des blogs sur des plateformes de la presse nationale, par exemple du "Nouvel Observateur", et au lieu de m'encourager à parler de la Savoie, le modérateur m'envoyait régulièrement des messages pour se plaindre que j'en parle trop. On peut dire que, à Paris, il n'y a aucune bienveillance pour la Savoie et certaines autres régions excentrées, dont la tradition culturelle se distingue au fond de l'idéologie française issue du rationalisme abstrait, qui précisément prétend se détacher du corps et s'appuyer sur ce que j'ai appelé un jour l'archétype de l'homme détaché de la nature: Paris est une construction abstraite, planant dans l'espace, érigée par la raison pure, et le corps de la France doit suivre spontanément, sinon c'est horrible, elle va à l'encontre de la civilisation. Le Parti socialiste français ne se réclame plus du tout de Marx mais des Idéologues, c'est à dire des philosophes rationalistes et matérialistes qui existaient à la fin du XVIIIe siècle - Conrdorcet, Destutt de Tracy, Bentham, ces gens qu'on connaît mal mais qui sont la vraie source de la pensée technocratique française, parce qu'ils voulaient en fait que l'Etat calcule les besoins de la population et l'emmène vers le progrès indéfini. Je t'encourage à donner tout ton soutien aux régionalistes qui prônent en France le fédéralisme - une fédération de régions solidaires -, et qui veulent que la bienveillance remplace la règle théorique imposée depuis le haut de la pyramide. Cette solidarité des régions s'exprime souvent à travers l'idée de péréquation, et se réclame de Denis de Rougemont, le seul vrai romantique, puisqu'il disait que la politique ne s'appuyait en fait ni sur l'Etat, ni sur le Peuple, ni sur la Nation, mais sur l'Amour. Et somme toute, c'est vrai, quand on y pense, si on vit ensemble, c'est en principe qu'on s'aime. Mais on ne veut pas en entendre parler, on rejette cette partie justement centrale de l'être humain, située entre le cerveau et les membres, qu'est le coeur. A bientôt, peut-être à Genève, ou alors en Savoie!

Écrit par : Rémi Mogenet | 24 novembre 2013

Merci pour ce commentaire Rémy. J'ai depuis quelques année pris goût à me plonger dans la lecture de l'Histoire et j'ai encore de nombreuses lacunes à combler, par exemple les auteurs que tu cites.

C'est intéressant de constater que nous partageons cette analyse sur la pure abstractions, sur l'homme détaché de la nature (une sorte de surhomme), en y arrivant par deux chemins différents. Le tien est plutôt politique, le mien plutôt dans la ligne des approches psycho-corporelles.

Il y a fort à faire pour déboulonner ce centralisme abstrait, car il a de nombreuses ramifications et résonances et un pouvoir hypnotique à ne pas sous-estimer. Plus de nombreux affiliés qui y trouvent leur avoine... Merci pour la citation de de Rougemont. De quoi travailler à poser de nouveaux paradigmes pour désamorcer la confrontation sociale permanente.

A bientôt, avec plaisir!

Écrit par : hommelibre | 24 novembre 2013

Oui c'est un très bon billet

J'avais commencer un long commentaire, sur l'abstraction des pensées détachées de la nature. Après une mauvaise manip il s'est effacé et je n'ai pas eu le courage de recommencer.
Mais je constate que R Mogenet et vous même l'avez bien défini à votre manière.

Merci

Écrit par : aoki | 25 novembre 2013

@Hommelibre très bon article cependant souffrances et misères sont depuis toujours les mamelles productives pour beaucoup de médias qui sans elles seraient alors en souffrance de lecteurs .Le malheur des uns a toujours fait le bonheur de beaucoup d'autres.il suffit de savoir ce qui se passe réellement au sein de nombreux immeubles en Suisse Romande
Quand à la confrontation sociale excusez du peu ,mais sans les moyens actuels qui sont non communications mais actions,y'a longtemps que le calme serait revenu
Avant il fallait trouver conspirateurs pour fomenter maintenant il suffit d'un clic.Même les politiciens du moins certains arrivent grâce à Internet à dresser leur électorat contre celui du parti adverse
Vouloir rétablir le calme après 4 mois passé à défendre ses intérêts sous prétexte qu'il faut pour le bien de tous voter ceci ou cela faut vraiment avoir envie de vivre dans le monde du fantasme pour imaginer que la mayonnaise une fois prise ne tourne pas au vinaigre,le monde ouvrier se sentant manipulé réagi et c'est normal
On arrête pas un incendie en rajoutant de l'essence .C'est exactement ce que font certains médias et beaucoup de politiciens
bonne journée à vous

Écrit par : lovsmeralda | 25 novembre 2013

John, je pense que le biais de l'éducation, la démonstration que le centralisme et l'intellectualisme abstraits sont mauvais pour les élèves, en particulier les plus jeunes, a réellement du débouché: les Etats ont l'habitude qu'on ne conteste pas leurs choix culturels fondamentaux dans le domaine de l'éducation, du coup leur argumentation est en fait très pauvre, à cet égard. Car il fait simplement des êtres humains des ordinateurs qu'il faut gaver de logiciels!

Écrit par : Rémi Mogenet | 25 novembre 2013

(Elle fait simplement, je veux dire: l'argumentation.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 25 novembre 2013

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"C’est rare, exceptionnel que j’aborde le monde sous cet angle. Je suis en principe un amoureux de la vie, optimiste, un peu atypique, joueur, à l’esprit critique certes et parfois provocateur, mais pas en rupture de foi dans l’humain."

Écrit par : Corto | 25 novembre 2013

Mis à part le féminisme revanchard, chapeau!

Écrit par : Mireille Vallette | 26 novembre 2013

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