02 novembre 2013

«Affaire» Menoud: les couilles de la Suisse et les échalottes de la dame pipi

Etant né à Genève de parents migrants, naturalisé à l’âge de 20 ans, je ne peux que regretter les propos du Conseiller municipal Denis Menoud. Quand la nationalité est acquise on n’y revient pas. On est suisse ou on ne l'est pas, point barre. La discrimination entre naturalisés et suisses de naissance est blessante, et l’attaque personnelle injustifiée. Monsieur Menoud a commis une faute: des excuses envers les personnes blessées seraient bienvenues, excuses dont il sortirait grandi.


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Toutefois cette «Léonardânerie» genevoise ne me paraît pas totalement honnête. Je ne peux ignorer une embêtante petite question: dans quel contexte Denis Menoud a-t-il proféré ses propos? J’ai repassé la vidéo du débat. Dès l’intervention de Madame Danièle Magnin, élue MCG, un brouhaha se fait entendre, montrant le peu de respect des certains envers une élue. Le climat est d’emblée détestable. Je note que Pierre Gauthier, membre d’Ensemble à Gauche, n’a pas été interrompu ni stigmatisé, pas plus que madame Véra Figurek.

Je note aussi que madame Olga Baranova et monsieur Pascal Holenweg rient de bon coeur et bruyamment pendant que la libérale Patricia Richard a la parole. C’est une indication intéressante sur le niveau de respect que ces élus ont à l’égard de leurs collègues et du Conseil lui-même. Je note aussi que dès le début de son intervention monsieur Menoud a geneve,municipal,denis menoud,pascal holenweg,couilles,naturalisation,suisse,gauche,droite,droit du sang,droit du sol,courbet,été conspué. Il y a donc un contentieux. C’est provocation contre provocation.

Le climat est plutôt délétère au Municipal genevois. C’était déjà le cas lors d’un débat du mois de mai où les partis de gauche déposaient des flyers et déployaient une banderole dans l’enceinte du Conseil, puis passaient outre à l’injonction du président d’enlever tout signe n’ayant rien à voir avec le débat. Les élus de gauche avaient gardé les signes visibles sur leurs habits, bravant l’autorité du Président. Cela montre qu’en matière de respect du Municipal, de son Président ou de ses membres, ceux qui aujourd’hui sont en position de victimes n’ont pas vraiment fait mieux que Denis Menoud. Leur dérapage a-t-il été sanctionné à l’époque? Rien que d’une suspension de séance.


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Faut-il faire de la naturalisation une simple affaire administrative ou un acte politique d’adhésion personnelle à un pays et des valeurs? C’est la question de fond. Car si le débat semble technique, il est en réalité très idéologique. Le Conseiller municipal Pascal Holenweg voudrait un simple acte administratif et, comme le signale le rapport débattu au Municipal en page 11 (milieu),

«une réforme du droit de la nationalité le faisant passer du droit du sang au droit du sol, et concevant l’acquisition de la nationalité comme un acte administratif de même nature, individuelle et concrète, qu’un acte d’état civil plutôt qu’un acte politique. Or, si la Suisse a finalement refusé la naturalisation par les urnes, elle ne s’en accroche pas moins à la nationalité par les «burnes»...»

Deux choses: d’abord il y a dans cette intention une volonté de changement philosophique geneve,municipal,denis menoud,pascal holenweg,couilles,naturalisation,suisse,gauche,droite,droit du sang,droit du sol,courbet,de la loi suisse en matière de naturalisation et de nationalité. C’est un débat en soi. Ensuite cette volonté s’inscrit dans une déconstruction du masculin dans la société. Monsieur Holenweg (qui a le mérite d’exprimer clairement son intention) use en effet du mot argot «burnes», soit couilles, pour désigner l’origine supposée du monde. Ce qui est évidemment en contradiction flagrante avec le tableau de Gustave Courbet (peint avant l’invention du rasoir jetable). Je rappelle au passage qu’une pipe ne donne pas d’accès automatique au passeport mais qu’une bonne bouffée dans le soleil couchant, c’est très joli.

La nationalité par le sang serait donc mauvaise parce qu’elle vient des couilles, du sperme, du mâle, donc du mal. L’idéologie misandre se cache décidément partout! Le rapporteur de minorité semble avoir oublié que l’on fait les enfants à deux et qu’il ne suffit pas de burnes: il y faut aussi des échalottes, soit des ovaires en argot. Même la dame pipi sait cela.

Bien que né à Genève j’ai dû faire une demande pour être suisse. Je n’en suis pas choqué. Choisir une nation est un engagement dans un mode de vie, une région et des valeurs. Prendre une nationalité c’est donner au pays qui nous reçoit autant qu’il va nous donner. Cela me paraît être la moindre des choses dans une notion réciproque de l’échange. Ce n’est pas moi, étgeneve,municipal,denis menoud,pascal holenweg,couilles,naturalisation,suisse,gauche,droite,droit du sang,droit du sol,courbet,ranger à 20 ans, qui faisais honneur à la Suisse en demandant la nationalité: c’est la Suisse qui me faisait honneur en m’accueillant.


Conclusion

Visiblement le Conseiller Holenweg court sur l’utérus (énerve en argot) du Conseiller Menoud. Ce n’est qu’un jeu du cirque entre deux hommes que tout oppose. Ce n’est que mépris contre mépris. Je ne voterais pas pour Denis Menoud (ni pour Pascal Holenweg). Mais je trouve que l’on surréagit à des mots qui traduisent autant le climat d’ensemble du Municipal que l’agacement viscéral et excessif du Conseiller MCG.

Sur la naturalisation et son aspect de simple administration ou d’acte politique, le débat est loin d’être clos.

 

Images (cliquer pour agrandir): 1, 2, 3, Pascal Holenweg - Olga Baranova. 4, L'origine du monde, Gustave Courbet. 5, Ceci n'est pas une pipe (ou l'illusion de l'image), René Magritte.

Commentaires

Sur le sujet, je viens également d'écrire un billet à lire sous:

http://micheleroullet.blog.tdg.ch/archive/2013/11/02/cracher-dans-la-fondue-249284.html

Écrit par : Michèle Roullet | 02 novembre 2013

Bonsoir,

J'ai vu. Je vous ai lue et j'ai partagé votre billet sur FB.

J'ai aussi posé un comm sous le billet de M. Holenweg qui traite du sujet (l'avant-dernier).

Bonne soirée.

Écrit par : hommelibre | 03 novembre 2013

Merci après une panne informatique, je vais aller lire le billet que vous me signalé!
Bon dimanche.

Écrit par : Michèle Roullet | 03 novembre 2013

L'article 41 de la loi sur l'acquisition et la perte de la nationalité prévoit que la naturalisation peut être révoquée en cas de déclaration mensongères ou de dissimulation de faits essentiels, cela pendant 8 ans dès l'obtention de la naturalisation.

Par ailleurs, toujours selon la même loi, un citoyen suisse peut demander à être libéré de sa nationalité suisse.

Rien n'est donc définitif. A bon entendeur !

Écrit par : Danièle Magnin | 04 novembre 2013

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