14 octobre 2013

Tous pareils, ou presque

Le débat sur la burqa saute par-dessus les clivages politiques habituels. C’est tant mieux. Il est temps que l’Europe en finisse avec ses imageries stéréotypées des classes sociales figées, des rôles sociaux, et de son manichéisme social de bazar. La burqa est stigmatisée au nom de l’égalité des sexes. Soit. On peut alors se demander comment des féministes, qui prônent l’indifférenciation totale des sexes et de leurs stéréotypes, défendent encore les différenciations sociales héritées du XIXe siècle (droite-gauche, progressistes-réactionnaires).


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Un féminisme cohérent devrait annoncer la fin de toutes les différenciations politiques et sociales. Le clivage gauche-droite tient du stéréotype autant que de l’orientation budgétaire ou intellectuelle d’un pays ou d’une fraction de ses habitants. L’égalité sociale ce serait: patrons et ouvriers main dans la main, hommes-femmes ensemble sans domination féminine. On n’y est pas.

L’égalité totale, absolue, revendiquée dans l’idéologie dominante actuelle, est une construction mentale artificielle en opposition avec l’humanité de l’humanité - soit ses différences et l’altérité empathique qui en découle, fondement de toute philosophie des relations humaines. Cette tentative d'égalité absolue est faite de similarité et d’annulation des signes ostentatoires de différenciation. C’est une contrainte, un productivisme intellectuel, pas une fondation. Le débat sur la burqa, qui stigmatise et les femmes et les hommes musulmans, vient à point pour renforcer cette idéologie dominante et cette contrainte dans laquelle l’occident s’est enfoncé sans le voir. Si je suis opposé à la burqa pour raison de visage visible dans nos traditions (ce qui ne vaut pas plus qu’autre chose, l’essentiel n’étant pas là), cela ne m’empêche pas de faire une analyse sans concession de l’égalitarisme et de son féminisme de formatage.

D’ailleurs ne sommes-nous pas nous-mêmes formatés? La burqa n’est qu’une étoffe, mais comme il a été dit ici elle suggère d’autres considérations sur les relations hommes-femmes. Et c’est là où le formatage des idées est puissant chez nous. Par exemple on ne peut plus imaginer une différence de rôle dans un couple sans invoquer une régression sociale. Quel terrorisme intellectuel!


Déni de différence
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Le formatage occidental, incarné entre autres dans la «marche des salopes» (illustration de la culture porno au même titre que l'iconographie de Rihanna), impose qu’une femme peut marcher dans la rue dans un habillement qui a toujours été associé à une provocation sexuelle (image 2), sans que les hommes ne puissent jeter un regard d’homme sexué. Dans l’indifférenciation revendiquée des genres et donc des sexes, l’homme devrait renoncer à une partie de ce qui fait de lui un homme, soit une forme de désir plus visible (la dissymétrie des sexes n’est plus reconnue) et s’émasculer volontairement pour laisser place à ce que l’on nomme l’égalité féministe, qui n’est qu’un renforcement de la domination sexuelle féminine. Domination dont la provocation et la séduction sont des atouts majeurs - et astucieux car ils mettent l’homme en situation de réagir visiblement, de se montrer, ou de se soumettre en silence. C'est l'essence de la différenciation des rôles sexués et de genre. Dans la séduction la femme s’utilise en tant qu’objet de désir et fait de l’homme un objet-sujet réactif. La dissymétrie du désir et de l’expression de la sexualité, comme des rôles sociaux, ne dit pas autre chose.

Dans cette idée le refus de la burqa signifie aux musulmans et à eux seuls: stop! Il signifie aussi la difficulté de l’altérité. Il propose clairement d’utiliser les femmes musulmanes pour atteindre les hommes musulmans. Mais reconnaître que nous avons un problème avec une forme virulente et minoritaire de l’islam est une chose, prétendre libérer les femmes contre les hommes voire contre leur propre liberté de choix religieux ou coutumier en est une autre.


Où est notre force?

La critique est légitime. Les religions, les coutumes, les modes de vie, ne peuvent en être exonérés. Mais certains arguments dans ce débat portent atteinte à la dignité des musulmanes et à la société moyen-orientale. On peut critiquer. Par exemple le fait que l’islam soit très fortement arabisé. La tenue est la même, que l’imam soit saoudien, sénégalais ou autrichien. Nicolas Blancho lui-même, dans sa volonté d’incarner visiblement burqa,islam,occident,europe,christianisme,égalitarisme,femmes,hommes,musulmans,pèlerinage,salope,genres,sexes,vote,gay,valeur,force,religion,arabe,différence,l’islam, s’habille à l’arabe. Pourquoi personne ne se lève-t-il pour prendre la défense de ces pauvres hommes obligés de s’habiller tous pareils et de mettre des habits que seule la coutume impose? Défendraient-ils leur aliénation? mais alors qui les aliène?

Les européens, n’ayant plus de christianisme actif, cherchent d’autres valeurs pour définir leur spécificité, leur identité. La liberté de choix de vie en est une. Mais, si la foi pouvait sublimer ses contradictions par l’évocation d’un être supérieur unificateur, l’intellect est pris à ses propres pièges dialectiques. Ainsi nous défendons la liberté de choix de vie, le mariage gay, la grossesse pour autrui (devenue une industrie en Inde grâce à nos lois), les salope nues dans la rue, mais nous refusons cette liberté de choix (le foulard ou la burqa) aux musulmanes ou a des femmes venues d’autres cultures. La contradiction est sans fin et, que cela soit clair, nous devrons admettre que l’interdit de la burqa est une forme de répression d’un certain islam. En conséquence, la valeur de liberté (et d’égalité) dont nous tirons notre identité culturelle européenne n’est pas admise pour tous et toutes. Nous touchons ici à une limite d’une culture purement objectivable, sans racines et sans plus de communauté forte pour la magnifier. Le vote ne remplace pas les pèlerinages, et les foules des mégaconcerts de rock ne montrent pas la détermination d’une véritable force intérieure. C’est aussi cela qui est en débat: avons-nous trouvé une nouvelle force de société ou sommes-nous en déclin?

Je ne prétends apporter aucune réponse, seulement tenter de poser différents angles de vue et alimenter le débat. Je regarde les images ci-dessous. La chrétienté a perdu ses rites unificateurs et formateurs de sociétés. L’islam les a gardés. C’est une force. Et même si les hommes ci-dessous sont habillés tous pareils, même si l’on pourrait discuter de leur libre arbitre à s’habiller ainsi, même si l’on peut s’offusquer d’une forme d’hypnose collective, je vois que ce ne sont pas nos critiques égalitaristes à la mode occidentale qui feront changer ces femmes et ces hommes musulmans. Je pense même que dans notre manière abrupte de décider de ce qui serait bon pour les musulmanes, nous ne ferons que renforcer leurs convictions, sans être certains d’avoir refondé les nôtres au-delà d’une décision de police.

Commentaires

Une paire d'yeux seule visible à la société. C'est le niqab. Une paire d'yeux disparaissant derrière un grillage, une femme invisible intégralement à sa société. C'est la burqa. De quelle liberté vous parler, John? Ce n'est pas un foulard. Ce n'est pas un vêtement. C'est une momification vivante. Non vraiment. Votre raisonnement se tient, certes. Mais je n'arrive pas vous suivre jusqu'à la burqa. Mes pas s'arrêtent là où vous monter sur l'arrête de l'intégrisme le plus radical et le plus intolérable. Pour moi, c'est comme d'obliger les femmes, dès leur enfance, à se jeter du haut de la falaise au nom d'Allah...

Écrit par : pachakmac | 14 octobre 2013

Pachakmac:

il serait bien qu'on leur demande leur avis et qu'elles s'expriment elles-mêmes. Je ne cois pas qu'un système ou une coutume s'instaure sans un minimum de consentement.

Écrit par : hommelibre | 14 octobre 2013

Il serait temps de descendre de votre nuage, homme libre, et d'ouvrir un peu les yeux. Vous imaginez que les femmes musulmanes sont libres de s'exprimer, de dire si elles aiment ou pas la burqa, le niqab, le mari qu'on a choisi pour elles etc... En Arabie Séoudite, elles commencent à revendiquer le droit de conduire. Elles risquent gros... Attendons de voir si elles seront lapidées, fouettées ou décapitées.

La liberte de choix, d'expression, de religion, d'orientation sexuelle que nous avons chez nous n'existe pas dans l'islam. Le droit à la critique n'existe pas dans l'islam. La créativité n'existe pas dans l'islam, car cela reviendrait à remettre en cause Allah, seul créateur possible.

Alors oui, cessons d'être impérialiste et laissons les femmes musulmanes se démerder toutes seules. Laissons aussi les Tibétains se démerder tout seuls. Laissons les immigrés qui se noient en Méditerranée se démerder tout seuls. On est bien en Suisse....

Écrit par : Arnica | 15 octobre 2013

Très bon billet qui dépasse les images toutes faîtes, préprogrammées pour leurs fonctions pavloviennes, pour assumer un angle de vue différent, plus authentique, car déconditionné.

Au-delà du problème expansionniste de l'islam fasciste. L'interrogation sur nos valeurs et ce qui peut leurs donner forces est essentiel, avant de vouloir sauver le monde.

Car si ces valeurs étaient aussi puissantes, les quelques individus porteuses de burqa en Suisse l'arracheraient illico; le jour même de leur arrivée sur sol Suisse. La réalité est que; des suissesses font le chemin inverse dans leur propre pays. Voilà qui devrait faire réfléchir dans le sens de ce billet.

Écrit par : aoki | 15 octobre 2013

@ Arnica:

Vous êtes excessive.
Je sais que nombre de musulmanes choisissent elles-mêmes leur mari, que des hommes sont aussi tributaires du choix fait par leurs parents.

Vous parlez d'une société où le système de répartition des rôles est très marqué. Demandons si ce système leur convient ou non. Ah, vous allez dire qu'elles ne sont pas libres de parler? Quelle image vous faites-vous de ces femmes? Allez les voir de près. Sortez le dimanche, sortez du conditionnement où la plupart des gens sont. Combien de femmes sont-elles contraintes? Combien d'hommes sont contraints par leur famille? Quel système pourrait durer longtemps sans qu'il y ait une forme de consentement? Contrairement à vous et à beaucoup je pense que les musulmanes sont une force vive de l'islam.

La doxa occidentale moderne est-elle universelle? Je ne sais pas mais elle ne semble plus attractive. Je ne suis pas sûr que les musulmanes soient intéressées à défiler dans les rues seins nus dans des tenues faites pour provoquer les hommes sans rien leur donner. Elles ont encore la tête à peu près en place.

Vous critiquez l'islam, je le critique aussi. Mais c'est un autre débat. L'islam est multiple.

Laissons les femmes musulmanes décider de leur propre vie, soutenons les si elles le demandent, dénonçons des violences et les atteintes à l'intégrité physique (cela est je crois plus universel), mais ne pensons pas pour elles sous prétextes d'une âme de boy scout ou d'un quelconque impérialisme culturel.

Les tibétains ont toujours été en relation avec la Chine. Les moines ont été des exploiteurs économiques et politiques à l'encontre des paysans, mais si vous pensez que la spiritualité très "politique" du Dalaï Lama justifie l'exploitation des paysans, ce n'est pas mon cas.

Les immigrés qui se noient, ah, vous essayez de me prendre par les sentiments et la culpabilisation-flagellation. J'ai écrit une chanson pour eux il y a quelques années, c'est tout ce que je peux faire.

http:
//hommelibre.blog.tdg.ch/media/01/00/152445531.mp3 (url coupé sans quoi le comm ne passe pas)

Et vous-même, êtes-vous allé à Lampedusa, avez-vous acheté un bateau pour les recueillir, les avez-vous invités tous à habiter chez vous, les nourrissez-vous, leur donnez-vous des cours de français, du travail? Faites-vous la chasse aux passeurs qui gagnent gros en leur promettant l'Eldorado? Et pour les réfugiés syriens, êtes-vous descendue dans la rue pour demander à la France entre autre de cesser d'envoyer des armes aux djihadistes qui détruisent la Syrie?

On est bien derrière son ordinateur pour s'indigner... Et pour prendre le ton qu'il faut sans aucune analyse des raisons en amont. L'Afrique continuera à envoyer des gens tant que leurs gouvernements détourneront l'argent que l'occident envoie par milliards pour leur développement, et tant que la mafia des passeurs y trouvera son intérêt. Ils se disent que sur le nombre, certains meurent, d'autres passent, c'est la loterie. Et je pense que les migrants pensent aussi cela car ils ne sont pas bêtes, ils s'informent, ils savent que beaucoup meurent mais ils continuent à venir.

Vous citez un drame, mais au nom de quoi allez-vous en faire l'exploitation? Bien des gens qui s'indignent ont en fait des lignes politiques à soutenir et les migrant leur sont utiles, morts ou vivants.

La Suisse a toujours fait et fait encore beaucoup pour les réfugiés. Que faut-il faire de plus? Envoyer la police pour enquêter sur les détournements de l'aide. Combien de milliards envoyés à Gaza depuis des décennies? Et où est passé l'argent?

Écrit par : hommelibre | 15 octobre 2013

@Hommelibre il arrivera un jour ou enfin les humains prendront conscience de s'être fait manipuler au nom de la pauvreté.Cette phrase je l'ai lue dans un livre en 2001 et en vous lisant je me sens moins seule
Malheureusement ancienne dévoreuse de bouquins, je ne me souviens plus du titre
Parcontre n'est-il pas dit dans la Bible,méfiez vous ils viendront vers vous en utilisant mon nom pour s'enrichir /une phrase dans ce style

Écrit par : lovsmeralda | 15 octobre 2013

Deux extraits d'un article où le philosophe Alain de Benoist est interviewé. Article sur les Droits de l'Homme et le nouveau colonialisme.

"L’Europe a rompu avec sa tradition colonisatrice pour ensuite verser dans un tiers-mondisme lacrymal. Aujourd’hui, à l’heure de la « repentance », on a l’impression que les néo-évangélistes des droits de l’homme ont remplacé les Pères blancs de jadis. Éternel retour ?"

et

" Quand une musulmane déclare que le port du foulard islamique est une façon pour elle de préserver sa dignité de femme, alors que pour beaucoup d’Occidentaux ce même foulard est une atteinte à la dignité de la femme, il est clair que l’on est dans un dialogue de sourds. « L’Autre », c’est celui qui a des valeurs autres. Toute valeur ne vaut que par rapport à ce qui ne vaut pas. La différence entre les valeurs et les intérêts, c’est que les premières ne sont pas négociables."


http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/les-droits-de-lhomme-nouveau-colonialisme,28795

Écrit par : hommelibre | 17 octobre 2013

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