28 septembre 2013

Ocralise et ambrelace

L’été de l’automne est aisément reconnaissable.
La lumière est feutrinée, elle se couche, oblique. Les particules d’humide et de poussière n’étincèlent plus comme en pleine juillettude.


été,penser,soi-même,sartre,camus,cioran,liberté,identité,valeurs,narcissisme,hitler,ambre,ocre,Pour en rester aux yeux, les prés ont foncé leurs verts, sauf le couvert, cette vive plantation végétale pétante comme des épinards, qui fera l’engrais naturel de la terre. Ailleurs le tracteur tourne et retourne ses mottes frisées.

Les feuilles des arbres, moins brillantes, s’ocralisent et s’ambrelacent, habillent veloureusement la campagne paisible de couleurs nostalgiques.

Les parfums traînants multiplient les paysages du nez: ici une lie de vin; là un humus écarquillé tout juste sorti de catacombes végétales; là encore un goût âcre et sucré de bois fraîchement scié.

La symphonie d’été n’est pas achevée. Elle continue. Notes et accords éveillent une exaltation mineure, une tierce peut-être. Comment ne pas se sentir plein dans cette beauté insistante du début d’automne? Est-il encore utile de penser, alors que tout est là, ressenti, l’esprit comblé, le corps jouisseux?

Penser: le seul mot ravive les couleurs palpitantes de l’histoire humaine.

Autour de Cioran, Camus et Sartre s’était développée l’idée de «penser contre soi-même». Dans la foulée de la deuxième guerre mondiale un rejet virulent s’était exprimé. Rejet du modèle autoritaire si total d’Hitler et consorts. On y avait associé le masculin, l’homme et père, la parentalité supposée bridée dans un patriarcat pourtant partageux, et toute forme d’autorité que, dès lors, on ne s’accordait plus à soi.

Le culte du anti-héros, du looser, du médiocre, de l’incapable heureux, faisait des ravages. Parfois c’était au nom d’une revendication sociale qui devait égaliser le petit et le grand, qui masquait le manque de talent et de compétences intellectuelles de certains. Propulsés hors de toute humilité, ceux-ci n’acceptaient pas leurs incompétences et ne tentaient rien pour en sortir. Nul is bioutifoule. Alors que dans le même temps d’autres cultivaient la pensée productiviste: «Je suis tout, je peux tout», et jouaient à la crevette qui veut se faire baleine.été,penser,soi-même,sartre,camus,cioran,liberté,identité,valeurs,narcissisme,hitler,ambre,ocre,

Le «Je» objectif était devenu inassummable et paradoxalement le «Je» subjectif était et est de plus en plus revendiqué et assumé comme dernier territoire personnel. Si la démarche de «penser contre soi-même» avait quelque intérêt pour desceller les croyances d’alors et pour promouvoir l’esprit critique (à son propre encontre), ses effets furent une perte de confiance dévastatrice de l’humain occidental en lui-même, en ses valeurs, en son Histoire.

La compensation de cette perte fut et est encore un narcissisme exacerbé mais désespérément vide, n’appelant qu’à davantage de consommation de tous ordres pour combler ce vide: sensations nouvelles, expériences fortes ou extrêmes, intensité émotionnelle, faim de multiplicité sexuelle, mythe du nouveau et du progrès, surenchères diverses, etc, etc, etc. La consommation frénétique de bien matériels, psychiques, politiques ou amoureux sert de paravent au vide de sens.

Qui est ce «Je» dont on fait tant cas: un ensemble de sensations? Un répétiteur de mots appris des autres et dont l’ordonnance a été légèrement modifiée? Un agrégat d’éléments divers reliés par un ressenti aussi mystérieux que l’est la gravitation dans l’univers? Une prise de pouvoir et d’espace? Le sentiment d’une appartenance, et à quoi?

Le XXe siècle a achevé le démembrement de certaines idées et d'un corpus intellectuel de l’humain. Aujourd’hui, les spasmes résiduels sur les valeurs ne recréent pas une identité humaine occidentale solide: trop d'émotion pour être fiables. Aujourd’hui, la politique-même est un enfermement d’individus stéréotypés dans un train sans locomotive. Aujourd’hui, plus que jamais, tout est à repenser, à reconstruire. Mais toutes les ruines du passé ne sont pas encore déblayées. Des ombres errantes, à gauche comme à droite, devant la démesure de tout réinventer et de trier objectivement le passé, tentent de remettre debout les vieilles ruines, sans plus entendre les cris sanglants dont elles sont imprégnées.



Bel été de l’automne, je replonge dans ce parfum âcre et sucré, boiseux, et mon vélo glisse entre rivière et pré, dans la douceur enveloppante où je remarque un premier fraîchissement.



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été,penser,soi-même,sartre,camus,cioran,liberté,identité,valeurs,narcissisme,hitler,ambre,ocreSur mon autre blog Genève bouge, vie et politique genevoise: Mobilité, le blocage de Genève est bien planifié.

 

 

 

Et toujours

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16:13 Publié dans Liberté, Philosophie, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : été, penser, soi-même, sartre, camus, cioran, liberté, identité, valeurs, narcissisme, hitler, ambre, ocre | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

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