31 juillet 2013

Multiculturalisme: la liberté n'est pas innocente

Instaurer une société multiculturelle est l’objectif de certains philosophes et hommes ou femmes politiques. D’autres, comme Elisabeth Badinter, sont opposés à ce concept. Faut-il ouvrir la culture d’un pays à toutes les autres cultures, avec ce que cela implique, ou faut-il repenser à la baisse ce concept?


multiculturalisme,ethnies,religions,différence,loi,communautarisme,langue,culture,polygamie,islam,christianisme,excision,valeurs,Deux lois, deux mesures?

La culture n’est pas seulement l’art ou la langue. C’est un ensemble de codes et valeurs qui aboutissent à des comportements et des lois. Chaque culture se construit dans un contexte géographique particulier, avec une histoire et des nécessités spécifiques. La polygamie est par exemple justifiée dans certains pays par un nombre diminué d’hommes lors de guerres tribales. Il faut d’une part que les veuves trouvent une place dans la communauté. Celle-ci étant fondée sur le clan familial, il n’y a pas de place pour un individu seul, femme ou homme. D’autre part la polygamie est une stratégie de survie du clan car les femmes, reproductrices des humains, continuent à procréer alors que, si elles vivaient seules, la natalité serait menacée. Il faut donc y voir essentiellement une stratégie de survie de l’espèce.

Toutefois la polygamie n’a jamais eu en Europe le développement qu’elle a connu dans d’autres régions. Le christianisme n’a pas été favorable à ce mode d’organisation sociale. Il a donc formé une société du couple nucléaire - un homme, une femme, à la différence d’autres cultures qui ont validé le couple polygame. Le fait que notre société soit monogame est la conséquence d’une vision de l’humain.

Cet exemple signifie qu’une société multiculturelle devrait accepter légalement une culture qui pourrait être en opposition avec nos coutumes et nos lois. La polygamie, l’excision, devraient être acceptées si l’on acceptait intégralement le multiculturalisme. Cela contredirait nos valeurs, en particulier notre conception de l’intégrité physique et l’égalité devant la loi. Il y aurait deux lois. Cette demande a déjà été formulée par des représentants d’un islam rigoriste, qui réclament dans certains pays des tribunaux islamiques.

Or instaurer deux lois, deux codes opposés, c’est la porte ouverte à la décomposition de la société. Chacun se sentirait autorisé à agir uniquement selon ses propres désirs, sans référence commune. Il y aurait une discrimination de fait qui minerait nos valeurs. On serait jugé différemment selon notre appartenance religieuse ou non religieuse, ou à cause de religions différentes. Deux appréciations et deux sanctions différentes s’appliqueraient au même délit. Certains actes qui ne sont pas des délits dans la culture gréco-chrétienne occidentale, le deviendraient pour des citoyens du même pays mais d’une autre religion.


La liberté n'est pas innocente

Ce premier point, soit une discrimination grave entre les citoyens, est un premiermulticulturalisme,ethnies,religions,différence,loi,communautarisme,langue,culture,polygamie,islam,christianisme,excision,valeurs, obstacle au multiculturalisme. Un autre est le communautarisme qui se développe dans les sociétés qui se veulent multiculturelles. Ce communautarisme favorise les tensions sociales et dilue ou exacerbe la notion d’appartenance, minée par un rapport de force. Les pays qui pratiquent le multiculturalisme, comme le Nigéria ou l’Inde, sont en proie à des violences régulières et à des séparations géographiques des communautés. Ils n’y a pas de partage, pas de mise en commun, mais seulement une juxtaposition.

Une société peut être multi-ethnique. Elle peut laisser la liberté de pratique religieuse et favoriser les échanges artistiques entre cultures. Chacun préserve ses différences. Mais il n’y a qu’une loi, la même pour tous. Penser que plusieurs cultures peuvent cohabiter à égalité de pouvoir est irréaliste. Il y a une compétition et un rapport de force entre les cultures.

L’ouverture aux autres et le respect des différences peuvent-elles se réaliser dans une société sans un code social et philosophique dominant? Cela semble peu probable. Chaque culture revendique de sa différence une identité spécifique. La liberté est la condition du respect de ces identités. Mais, paradoxalement, la liberté n’est pas l’absence de contrainte. Elle n’est pas non plus innocente: elle a ses préférences, dans un sens ou dans l'autre. Ainsi dans chaque pays, les documents officiels sont publiés dans la langue nationale et non dans chaque langue maternelle de chaque ressortissant sous prétexte de pluralité culturelle. Dans chaque pays une loi prévaut sur toutes les autres. On attend de chacun de connaître et reconnaître en priorité la langue nationale. De même on demande à chacun de connaître et reconnaître une seule loi pour tous, quelles que soient les coutumes originelles de chaque communauté.

Après des décennies d'idéologie égalitariste, dont un effet principal a été de nier les différences par peur de les confronter, il faut maintenant assumer raisonnablement une culture des différences, accompagnée  d’une pédagogie du respect mutuel. Et cela ne devrait pas donner lieu à un clivage politique.


Commentaires

La quadrature du cercle qui fait suite au billet précédent...

Deux billets majeurs, excellent !

Écrit par : petard | 01 août 2013

Merci Pétard. Les contradictions sont devenues telles qu'il faut tenter de reposer des fondamentaux.

Écrit par : hommelibre | 01 août 2013

La rigueur des lois n'a rien à voir avec une société multiculturelle. La loi s'applique à tous. Alors que la culture s'explore et va de découverte en découverte. Etre en faveur de la multiculturalité c'est être pour l'ouverture à l'autre et contre la menace du ghetto. Enfin, c'est comme cela que je pense et que je vis la société multiculturelle et que je comprends le sens à donner à la société multiculturelle. La loi s'applique à tous et pour tous. La liberté de connaître l'autre, de voyager vers cet autre qui nous est étrange, c'est cela être multiculturel et multidimensionnel. Et cette envie de multiculturalité, de sensibilité à l'autre, cet étranger qui nous questionne, ne peut se faire qu'à partir d'une démarche individuelle et libre de toute contrainte étatique.

Écrit par : pachakmac | 01 août 2013

Malheureusement ce qui n'est que bon sens est noyé sous le bruit de fond des idées nouvellement à la mode, qui confond l'idée de liberté avec licence du "tout est permis car tout se vaut", et les hurlements des propagandistes cherchant à imposer leurs propres conceptions de la vie en société au nom de "si véritablement vous êtes démocratiques vous n'avez aucun droit de regard particulier sur ce qui se passe dans votre pays et vous devez accepter toute revendication au nom de l'égalité entre les êtres humains".
Merci pour votre effort de clarification dans un monde dans lequel règne en général le principe selon lequel moins on sait penser plus fort on s'exprime.

Écrit par : Mère-Grand | 01 août 2013

Justement les premières sources du droit étaient culturelles: religion, morale, conventions sociales... c'est dans la Rome antique qu'on a différencié le droit de la religion; dans certaines sociétés islamiques, en particulier en Arabie Saoudite, la loi découle des textes religieux.
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/326641-ou-et-comment-la-charia-est-elle-appliquee-dans-le-monde.html

Et si la loi se fait contre la morale? En France certains étaient contre la PMA, alors que la loi prévoyait ce cas de figure. Pour certains musulmans, une satire du prophète leur est intolérable mais la liberté d'expression l'autorise.
Si la loi découle des textes religieux, alors se moquer du prophète devrait être un délit. Donc la société multiculturelle est un leurre, car une culture étrangère est bridée dans son pays d'accueil.

Prenons un exemple: dans certaines sociétés musulmanes, l'adultère est puni de mort par lapidation. C'est entré dans les mœurs, c'est un fait culturel. Donc si la société était vraiment multiculturelle, elle devrait autoriser ces pratiques.
Donc cette fameuse société multiculturelle que vous vantez tant n'existe pas, vous n'aimez que que des éléments, comme une façon de voir la vie, les rencontres avec des personnes différentes, mais pas d'autres, comme la lapidation ou l'excision (qui ne fait pas forcément partie de l'Islam) ou l'enseignement de la langue arabe écrite (le Coran est en arabe).

Or l'application de loi est du ressort des juges, donc soit de la Confédération Helvétique, soit des cantons helvétiques, donc de l'administration. Or l'Etat est une gigantesque administration. Donc l'Etat qui vous freine dans la découverte de l'autre, pachakmac, vous permet d'avoir une seule et même loi.

Vous souhaiteriez que les relations privées soient libres de toute contrainte, mais une liberté absolue pourrait vous être fortement préjudiciable.

Écrit par : ApprentissageVie | 01 août 2013

Il y a une vingtaine d'années encore, si je peux me référer à mon expérience de la vie en Australie à l'époque, le multiculturalisme signifiait avant tout que les gens du lieu pouvaient maintenant bénéficier d'un certains nombre d'usages, surtout culinaires (cuisines "ethniques") importées par les immigrants qui gagnaient parfois leur vie en les pratiquant dans leur patrie d'adoption. Il va de soi que peu nombreux furent ceux qui, tout en appréciaient à l'occasion une soupe coréenne, étaient aussi poussés à apprendre ni la langue ni la culture coréenne.
Surtout originaires du Sud de l'Europe d'abord, puis d'Asie, ces pratiques culturelles n'entraient pas vraiment en compétition avec les lois ni les us et coutumes locales. Cette première phase, utile et plutôt heureuse, se ternit quelque peu lorsque des organisations communautaires criminelles commencèrent à faire la une des journaux; ce furent d'abord des gangs libanais, suivis ou accompagnés de certaines groupes à la manière des "triades" asiatiques.
Les problèmes posés étaient cependant essentiellement de nature criminelle et ne résultaient donc pas de pratiques légales dans les pays d'origine, mais de pratiques liés à des communautés qui trouvaient ainsi un nouveau terrain pour initier ou développer des activités illégales.
Puis sont apparus des problèmes liés à des conceptions culturelles (religieuses en particulier), comme celle des viols en bande dont l'exemple le plus connu est celui des frères Ska, pratiqués par des jeunes musulmans qui estimaient que les jeunes australiennes se désignaient elles-même comme victimes par leur mode de vie "indécent" à leurs yeux. Un certain prédicateur et "sage" fort respecté par une grande partie de la communauté musulmane locale n'avait-il pas comparé les jeunes filles victimes de ces viols de "viande étalée à la vue de tous dans le jardin" et donc responsables elles-mêmes (et la culture australienne qui les avait formée) de ce qui leur était arrivée.
Un autre exemple qui se termina dans la violence fut celui d'une groupe de jeunes libanais qui insultèrent des baigneuses australiennes sur une des plages célèbres de Sydney, pour la simple raison que leur tenue choquaient leurs convictions relieuses. Il n'en fallut pas plus pour que certains groupes de gens du pays s'en prennent de leur côté à de jeunes libanais par esprit de revanche.
Ce fut une des manifestations du véritable problème posé par l'idée du multiculturalisme qui s'est mué d'un simple enrichissement de la vie quotidienne par l'adoption de quelques usages étrangers à la revendication de pouvoir se référer dans le pays d'immigration à un système de lois d'o(rigine religieuse et à des pratiques considérées comme archaïques, inégalitaires ou simplement choquantes par les habitants du pays.

Écrit par : Mère-Grand | 01 août 2013

Il est étonnant que ne soit jamais abordé - ou si peu - l'endogamie comme cause d'impossibilité d'intégration.
L'endogamie est le fait des sémites juifs (peu nombreux) ou musulmans (très nombreux).
Elle est rejet d'un mariage de son enfant avec un autre que le coreligionnaire, sinon il sera exclu du cercle familiale ; même, en certains pays arabes ou turc , il (ou elle) sera tué
L'endogamie est interdiction faite à un ressortissant arabo-musulman par la loi de son pays d'épouser un non-musulman à moins qu'il ne se convertisse (par exemple le Maroc).
Elle est une tactique hégémonique déloyale mise au point par des imans machiavéliques de l'idéologie conquérante mahométane.
(Plus prosaïquement, en laissant le choix à leurs filles combien ne resteraient-ils vieux-garçons ?)
L'endogamie ne peut se développer dans un corps étranger que tel un cancer.
L'endogamie est la preuve que l'Islamisé ne veut pas s'intégrer : il veut conquérir, prendre toute la place, prendre sa revanche et dominer !
C'est depuis 632 que nous en avons la preuve et voila 1.382 années d'observation à travers le monde de la nuisance qu'a été pour les pays envahis de ce insidieux totalitarisme guerrier !

Par la loi du plus grand nombre, l'endogamie musulmane sur une longue période ne manquera pas de faire arriver au pouvoir assez vite leur suprématie nataliste. (La preuve : presque aucun musulman avant 1960 = 10.000.000 en Europe en 2013).

Les décennies d'idéologie égalitaire européenne, chrétienne et peut-être bien marxiste nous ont mis dans une situation inextricable qui fait sans doute le bonheur de quelques happy few qui dominent la situation de très haut.

Écrit par : suzanne Deregnaucourt | 04 août 2013

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