24 juillet 2013

Tropicale

Deux heures 38. Sommeil en dents de scie. Trop chaud. Dehors le bruit calme de la pluie. L’orage est passé. Une averse traîne.


pluie,orage,nuit,guerre,mel gibson,barbara,prévert,fusil,liberté,amérique,libérationJe me lève doucement. Traverse le salon et vais sur le balcon presque nu. L’air sur la peau. Les odeurs dans le nez. Celle des feuilles qui dégoulinent, dominante. Elle pince légèrement comme un savon. Celle des allées de bitume encore tièdes. Celle de l’eau. Ça a une odeur l’eau, dehors, dans l’air. L’odeur de mouillé. Une volupté.

La nuit est tropicale.

Je n’ai pas allumé la lumière. Les arbres sont éclairés d’en-dessous par un réverbère blanc. Ses reflets paressent contre la façade de l’immeuble. Un vent se lève, léger et insistant. Assez fort pour faire bouger les branches et rompre le calme. A son bruit dans les feuilles, sifflement grave et modulé, s’ajoute celui des gouttes qui tombent plus vite, comme une cascade, de l'une à l’autre.

L’air fraîchit. Un descendant d’orage. Il y a encore du gros cumulus au-dessus de nos têtes. Il y a encore des tempêtes à l’intérieur de nos têtes. Images de guerre. La pluie ramène de la paix, le vent la chasse déjà. Ma peau fraîchit. La pluie faiblit.

Des images du film de la soirée. La guerre de libération de l’Amérique avec Mel Gibson. Il a fallu une guerre. Les hommes: prêts à donner leur vie pour la liberté. Les femmes les soutiennent de tout leur coeur, quand elles ne brûlent pas avec les enfants dans une église allumée pas un colonel au coeur mauvais.

«Rappelle-toi, Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest cette nuit-là.
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
O Barbara quelle connerie la guerre.»

Jacques Prévert l'a écrit en quelques mots. Il y a cette femme, Barbara, qui marche souriante épanouie, ravie, dans les rues de Brest cette nuit-là. Et la guerre devient absurde, aussi noire que la nuit où marche cette femme épanouie, ruisselante. Que ferons-nous si le sang coule à nouveau? Tout peut toujours arriver.

 

«Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
»

Je n’ai pas su éradiquer la guerre en moi. Il en faudra peut-être encore. Les images filmées de 1939-1945 restent dans ma mémoire. «Plus jamais ça!» Pourtant si elle vient on nous donnera un fusil. Il faut, toujours, accepter de mourir pour la liberté. Ce sacrifice n’est jamais vain. La mort? La mort n’est jamais douce. Elle peut seulement être rapide. D’une manière ou d’une autre elle brutalise nos corps. Alors, que ce soit pour la liberté.

«Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang»

La pluie a cessé. Ma peau sèche. L’air est plus frais. Quelques degrés en moins. Je rentre et me recouche doucement. M’endors. Je ne rêve pas de paradis.



 

11:23 Publié dans Liberté, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pluie, orage, nuit, guerre, mel gibson, barbara, prévert, fusil, liberté, amérique, libération | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Bobby Hebb avait ressenti le blues de la violence après l'assassinat de Kennedy suivi de celui de son propre frère, le lendemain; alors il avait décidé d'écrire ceci :

http://www.youtube.com/watch?v=edVbz_uXJd0

C'est du soleil avec un boney xl
;)

Écrit par : aoki | 24 juillet 2013

Très insomniaque, je vois des fragments de nuit chaque nuit.

Très récemment, j'ai vécu le soleil de minuit, mais aussi de 2.30h - de 3.24 -4.55h - de 5.05, bien sûr !

Je l'ai en quelque sorte vérifié sur pièces, sur une période de 9 nuits: il existe.

En Laponie, la nuit n'est pas tropicale, mais fraîche et étrangement lumineuse.
Au début, c'est perturbant et agaçant. L'insomniaque pense ne jamais pouvoir se rendormir et puis le miracle se produit : on y arrive malgré tout, malgré le spectacle du lac totalement limpide.
Ces nuits-là ne sont pas angoissantes, elles diffusent une sérénité totale. La vie continue, c'est visuel, convaincant.
De retour à Genève, je me rends compte que j'ai plus de peine à accepter les nuits noires que je n'en ai eu à m'habituer à la clarté, en arrivant là-haut.
Et je ne parle pas de la chaleur ...

Écrit par : Calendula | 25 juillet 2013

Calendula: MDR!!! :-D

Vous imaginez ce que vous auriez vu sur la planète Tatooine?
http://media.rtl.fr/online/image/2011/0916/7718736218_la-fameuse-planete-natale-de-luke-skywalker-dans-star-wars-tatooine-n-etait-pas-qu-une-invention-finalement.jpg

Écrit par : hommelibre | 25 juillet 2013

Mais oui ! J'ai pensé, à ce genre de phénomène.
Sur Terre, la lumière du soleil exclut de pouvoir voir la Lune simultanément.
mais au fond, les deux sphères sont également bien là.
Ces nuits, on a pu admirer ici la pleine Lune, sur fond noir. J'ai bien pensé qu'en Laponie, seule la grosse boule orangée était visible.

En hiver, ils doivent se contenter de la seule Lune et des aurores boréales, des sortes d'émanations solaires.

Écrit par : Calendula | 25 juillet 2013

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