16 juillet 2013

Foulard et intégration: pour une politique des deux mains

Pour terminer momentanément sur cette question je dresse quelques points de ce que devrait être une politique d’interdiction du port du foulard à l’école. Je pousse volontairement un peu le bouchon. Quoique. Je résume ensuite mes suggestions pour une meilleure politique d’intégration.


foulard,islam,école,voile,liberté,religion,Tous pareils!

1. Il faudrait alors interdire tous les signes religieux pour toutes les religions et dans toutes les écoles, privées ou publiques, Université comprise. Il ne peut y avoir deux lois, une pour le public, une pour le privé, sinon on augmente la dés-intégration sociale, avec une école privée pour les riches où l’on peut montrer sa religion, et une école pour moins riches où c’est interdit. La ségrégation par l’argent est aussi problématique que celle par la religion, la politique ou les idées philosophiques.

2. L’école ne doit plus supplanter les prérogatives des parents ou tout ce qui pourrait heurter la sensibilité de certains élèves. Je pense aux cours d’éducation sexuelle dès qu’elle dépasse le simple enseignement technique et physiologique et qu’elle inclut une morale relationnelle. Je pense à l’idéologie gender, ou à toute discussion sur l’égalité ne présentant pas les différents aspect de la question et privilégiant une seule thèse.

3. Il doit être défini plus clairement si l’école forme et transmet, ou si elle éduque et intègre. Ce sont deux démarches très différentes qui demandent des compétences particulières et du temps. S’intégrer, même pour des européens d’origine, n’est pas simplement être dans la même classe. C’est se faire son groupe d’amis, respecter des valeurs communes, participer à la classe, ce à quoi les professeurs veillent déjà dans l’ensemble. Dans l’objectif d’intégrer on doit donner à l’école des cours d’instruction civique soutenus, répétés d’année en année, avec analyse des conséquences de l’incivilité et de la criminalité: conséquences sociales, morales, économiques. Cela peut se faire intelligemment. Il faut choisir les bonnes méthodes et les bons profs, faire découvrir ce qu'est la prison, visiter des hôpitaux où se trouvent des victimes d’agression, faire des jeux de rôle, etc, pour développer la conscience et l’empathie. On ajouterait les statistiques de la criminalité qui montrent que les délits sont commis majoritairement par des personnes non-suisses à l’origine, et cela devrait faire débat: le sentiment de leur dignité devrait se réveiller, car il ne tiendrait qu'à eux de ne plus être ostracisés. Cela prendrait du temps et demanderait d’investir sur la durée. Peut-être une génération.

4. Autre point: les looks d’ados. L’école accepte-t-elle des t-shirts à l’effigie de terroristes? Si oui, au nom de quoi? Toute image de Che Guevara rappelle et banalise ses crimes de sang et justifie l’idée que l’occident est mauvais. C’est éminemment politique. Pour éliminer ces messages négatifs et couper court à toute discussion - puisque c’est le but d’une interdiction - il faut aller au bout de la logique: réintroduire l’uniforme scolaire pour toutes les écoles, jusqu’à la fin de foulard,islam,école,voile,liberté,religion,l’université. Il y en a de très jolis, si, si! Allez, tous pareils puisque c’est la conception actuelle de l’égalité.

5. Poussons encore cette logique. Puisque c’est l’islam qui pose problème (pas les sikhs à turban, pas les juifs à kippa), puisqu’il est sous-entendu que derrière chaque fillette portant le foulard il y a des parents intégristes donc potentiellement terroristes ou anti-démocratiques, disons-le clairement et sanctionnons les familles qui bravent notre société. Il doit bien y avoir une loi sur cela, sinon il faudrait en faire une en prévoyant des peines lourdes, allant jusqu’à l’expulsion des familles étrangères ou la prison pour les familles suisses. Extrême? Certainement. Mais c’est la logique de l’interdiction et de la suspicion. Il faut aller à la racine familiale si l’on veut résister à «l’envahissement» et à la destruction programmée de notre culture et de l’occident. Toute mesure inférieure, comme un simple interdit, ne serait que de la poudre au yeux et de l’autosatisfaction électoraliste. Elle ne changerait rien en profondeur. Qui aura le courage d’aller au bout de la logique de l’interdit?


Pour une politique des deux mains

Tout cela n’est pas mon voeu et je me fais l’avocat du diable.

Je pense d’abord que l’égalité poussée à l’extrême est un dogmatisme et une dictature intellectuelle et qu’elle s’oppose à la liberté. Or la liberté est une valeur hiérarchiquement supérieure à l’égalité. Tous pareils: c'est exactement contre cela que l'Europe des idées se bat depuis 50 ans! Etrange retournement. La notion d’égalité femmes-hommes a pris en occident une dimension politique tendue et contestée (hormis de l’égalité devant la loi), et ce thème ne peut justifier une loi sauf à faire de la lèche aux électrices. L’opportunisme politique pré-électoral est redoutablement félon!

Je pense que l’intégration de l’islam n’est pas simple, à cause de la forte différence culturelle, à cause du discours anti-occidental des intégristes, et à cause d’une partie des jeunes générations sous influence de prédicateurs ou d’idées anti-occidentales. Ma règle est simple: celui qui va chez l’autre s’adapte. Quand j’invite chez moi je demande que l’on respecte mon mode de vie et ma maison. A cette condition je peux respecter et accueillir la différence de l’autre. C’est comme cela. Je constate cependant que la plupart des musulmans suisses acceptent notre démocratie. Il n’y a donc pas de généralité à faire. Mais tout ce qui fâche devrait faire débat. Par exemple il ne s’agit pas, comme la ministre française Taubira, de faire l’autruche sur la politique esclavagiste arabo-musulmane pour ne pas traumatiser les jeunes beurs, alors que l’on continue à stigmatiser les jeunes européens pour les actes de leurs ancêtres. Il y a ici inégalité de traitement et injustice. Cela a une incidence sur les mentalités et donne une forme de justification à des agressions anti-occidentales, considérées comme légitimes au vu des crimes occidentaux. L’équilibre des crimes devrait ramener à la raison. De plus les pratiques portant atteinte à l'intégrité corporelle des enfants ou des adultes doivent être proscrites et jugées selon nos lois.

S’il y a une colère de certains musulmans, qui ne se sentiraient ni compris ni respectés, il faut les entendre, comme eux doivent aussi entendre notre propre colère.

foulard,islam,école,voile,liberté,religion,Je propose, plutôt que l’interdiction, un vaste débat sur tout ce qui fâche ou dérange. L’intégration et l’immigration devraient être des priorités nationales, des grandes causes, avec des débats, des interventions dans les écoles, avec tous les moyens possibles pour valoriser notre modèle occidental sans mépris pour les cultures plus difficiles à intégrer. Tout doit être dit sans qu’il y ait de stigmatisation mutuelle. Les ressentis peuvent être parfois exagérés, mais s’ils ne sont pas dits ils aboutissent à des votes-sanctions.

L’instruction civique comme la langue doivent être des priorités pour les enfants d’immigrés, pour les immigrés, pour les requérants d’asile. Cela permettrait d’avoir un référentiel commun et une facilitation de leur intégration. Il faut en finir avec l'idée que tout semble aller de soi et que l'instruction civique serait ringarde. Il faut apprendre comment fonctionne la société. Par ailleurs les comportements délictueux répétés doivent être clairement sanctionnés. La justice doit toujours tenir compte des circonstances, c'est sa part d'humanité, mais la sociologie victimaire qui excuse tout doit être mise en cause. Un délit est un délit.

Puisque l’on veut donner à l’école un rôle majeur dans l’intégration, on doit y introduire une étude plus circonstanciée de l’Histoire, par exemple la comparaison des différents esclavagismes. On doit aussi introduire des débats systémiques sur les différents modes de vie, dans lesquels le foulard sera inclus, et donc la religion. Introduire un débat sur les valeurs et sur tout ce qui dérange. Nos élèves sont capables de parler de sexualité très tôt, ils sauront aussi débattre de sujets de société. Cela prendra du temps. N’oublions pas qu’à terme il s’agit de promouvoir notre culture et nos valeurs tout en trouvant une relation apaisé avec d’autres cultures. C’est une vraie cause nationale prioritaire et d’envergure.

Notre faiblesse ne vient que de nous-mêmes. Il faut donc à la fois mettre beaucoup d’énergie et de moyens pour faciliter l’intégration et le bien vivre ensemble, pour diminuer les tensions communautaristes et favoriser les bonnes relations, tout en étant strict sur tout comportement délictueux. C’est ce que j’appelle la politique des deux mains: la main gauche et la main droite doivent être à l’oeuvre ensemble. Dans ce domaine, les enjeux partisans ne peuvent que nous affaiblir.



Image 1: mode japonaise actuelle. 2: Irlande, actuel. 3: France, supervintage.


13:31 Publié dans Politique, société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : foulard, islam, école, voile, liberté, religion | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

L'uniforme est un sujet qui ressurgit de temps en temps, en milieu scolaire.
Personnellement, je suis favorable à un uniforme minimum.
On me répond toujours que c'est absolument étranger à la culture genevoise. Ca ne passera jamais, paraît-il.
Etant étrangère d'origine, j'ai toujours des idées hors-cadre, et je me fais rabrouer.
La journée continue n'est pas envisageable non plus, parce que "les gamins finiront par trainer dans les rues, l'après-midi." Personne ne peut imaginer des devoirs surveillées ou des activités sportives encadrées, puisque ça coûte ! Que les ados passent des heures à faire les imbéciles dans le bus, à la pause de midi, ne semble pas déranger la majorité des genevois..
Comme vous, hommelibre, je pense qu'il faut s'adapter au monde qui change et prendre le temps de réfléchir à nos priorités.
Selon moi, le foulard n'en est pas une.
En revanche, le rôle de l'école, comme complément à l'éducation parentale est un sujet crucial.
L'école s'occupe de la dimension sociale, d'apprendre aux enfants à fonctionner dans un groupe, de trouver leur place dans une collectivité.
J'aime beaucoup la métaphore de la danse : on peut faire les pas qu'on veut, du moment qu'on ne marche pas sur les pieds des autres et qu'on respecte le rythme, c'est OK, c'est de la danse.
Notre système devrait se sentir assez fort pour dire, à des moments précis : stop ! là, on n'est plus dans le rythme ou bien là, on marche sur les pieds du système.
Je pense aux mini-shorts, aux décolletés vertigineux ou à ces sacs en plastique troués, qui étaient utilisés en lieu et place d'un vrai sac, dans les années 1980.
Il y a également ces parents qui s'opposent aux sanctions "injustes" infligées à leurs enfants ou qui font appel à des avocats pour essayer de contourner des règlements.
Je place l'histoire du foulard des enfants dans ce contexte de judiciarisation des rapports école-famille. Cela place les enfants toujours dans une position exceptionnelle, où l'on dépasse la banale et routinière contestation. Ca prend des proportions regrettables.
Donner à son enfant l'impression qu'il est victime d'un méchant système, qui ignore sa personnalité, son cas particulier, est un calcul qui finit souvent par donner des idées de toute-puissance.
Les parents qui trouvent que l'école envahit leur sphère privée oublient, qu'un jour, leur enfant quittera la maison et qu'il sera confronté aux lois et aux exigences de la société ou simplement d'un patron. Parfois, on doit faire le poing dans sa poche et ça ne s'apprend pas à 20 ans.

On reproche toujours à l'école de coûter trop cher et pour cela, il ne faut surtout rien changer.
Mieux vaut continuer, cahin-caha, et râler. Ca semble être agréable de se méfier des profs, de leur demander de gérer les problèmes de la société en 32h hebdomadaires-chorno et quand ça rate, on peut se féliciter d'avoir su d'emblée qu'ils sont nuls.
Je suis clairement pour une augmentation du temps scolaire, avec davantage d'intervention de personnes qui ne sont pas des enseignants (auxquels on demande de faire des études universitaires pendant 8 ans, études axées sur la performance intellectuelle). Je pense p.ex. à des adultes issus de l'immigration, qui ont accompli un parcours de formation du type moniteur-éducateur- répétiteur etc. Il faut des modèles, des exemples de réussite.

Le seul débat ne suffit pas, les leçons programmatiques d'intégration auraient un côté théorique trop fort et je vois d'avance que ce sera perçu comme un pensum.(Sans oublier un débat idéologique compliqué au niveau des contenus et de la perspective à retenir.)
Les élèves en âge de scolarité obligatoire ont besoin de vivre des choses, de faire des expériences concrètes: camps de ski, activités et sorties scolaires au musée, au théâtre, en Suisse alémanique, au Tessin, qui soient encadrées et préparées, du soutien scolaire très engagé, dialogue parents-école soutenu.
Tout cela existe déjà, mais c'est à développer. Rien n'est plus impressionnant qu'un élève qui découvre qu'il peut élargir son horizon, qu'il est capable de maîtriser les codes et de réussir.

Écrit par : Calendula | 17 juillet 2013

Bonjour John, on va à la pêche aux idées ensemble? Pour pousser le bouchon et mordre à l'hameçon du rire, votre public peut faire un saut de carpe sur mon blog pour l'effeuillage d'une Femen en classe par son prof pas comme les autres...

Bonne journée. On n'est pas sortie de l'auberge des extrémistes. Cela est fort inquiétant pour l'avenir de nos sociétés.

Écrit par : pachakmac | 17 juillet 2013

Voila donc ce qui arrive aux malheureux musulmans qui osent transgresser les lois coraniques.

http://www.20min.ch/ro/news/monde/story/Penis-tranche-pour-s--tre-marie-a-une-druze-20285958

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17 juillet 2013

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