02 juin 2013

Esclavage: la traite orientale et la traite des blancs

Sylvie Neidinger rappelle sur son blog, à propos d’une quinzaine sur les vestiges la traite africaine à Genève, qu’une forme d’esclavage continue actuellement en Europe. Elle a le visage des mendiants de nos rues. A propos de la quinzaine, ses organisateurs s’attachent exclusivement à la traite atlantique, dans laquelle les européens ont d’abord acheté des esclaves aux arabes, puis aux marchands africains qui vendaient leurs propres frères de couleur.


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Dans un précédent billet je demandais comment solder les comptes de l’esclavage. Je rappelais que la traite atlantique n’était pas la seule et que la traite orientale, plus longue et plus massive, ne semble s’être éteinte qu’au XXe siècle. Aujourd’hui de nombreux historiens, y compris africains, osent parler de cette traite orientale. Le sujet a été longtemps tabou et l’est encore en partie. On se souvient de la Ministre française Christiane Taubira il y a quelques années, contournant le sujet dans une phrase culte de pure discrimination ethnique: «Il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes».

La traite orientale s’étend sur une très longue période. Elle a commencé bien avant l’apparition de l’islam. Il semble que l’esclavage ait été une pratique répandue à diverses époques et régions du monde historique connu. Sa fonction était économique: les vainqueurs disposaient d’une main-d’oeuvre à bon marché pour développer leurs ressources agricoles et pour leur armée, ou revendaient leurs prisonniers à d’autres populations. L’esclavage était pratiqué par des chinois et des turcs, entre autres.

La région de l’actuel Soudan et de l’ancien royaume de Koush fut un premier réservoir d’esclaves noirs. Après avoir envahi et conquis l’Egypte par la force, les arabes signèrent un traité avec la Nubie d’alors et recevaient annuellement un quota d’esclaves en échange de blé et de chevaux. L’esclavage oriental fut pratiqué à large échelle par les impérialistes arabes. Les hommes noirs étaient émasculés dans le but d’interdire toute reproduction. Une sorte de génocide lent par la stérilisation forcée, que ne pratiquèrent jamais les esclavagistes occidentaux.


Tombouctou, riche comptoir esclavagiste

Pendant la traite orientale, le nombre d’africains noirs capturés en différentes régions d’Afrique et déplacés est estimé entre 9 et 17 millions d’âmes. Les recensements n’existant pas en Afrique au Moyen-Âge il est difficile de chiffrer avec précision le nombre de victimes de cette traite orientale. Ceux qui survivaient au désert dans les longs histoire,esclavage,traite orientale,tombouctou,afrique,europe,turc,ottomans,chrétiens,génocide,arabe,musulman,heers,algérie,italie,barbaresque,janissaires,sahara,cortèges caravaniers à travers de Sahara étaient revendus dans des villes comptoirs. Ainsi Tombouctou, perle du désert, dont on a beaucoup parlé il y a un an lors de la destruction de mausolées par des groupes intégristes, construisit sa richesse sur le commerce d’esclaves entre l’actuel Soudan et le Maghreb. L’économie de l’esclavage a partout été florissante.

«L'esclavage devient rapidement l'un des piliers de l'économie de l'empire abasside de Bagdad du fait de très nombreuses prises de guerre et de l'avènement d'une très riche bourgeoisie urbaine. Pour s'en convaincre, il n'est que de lire Les Mille et Une Nuits, un recueil de contes arabes censés se dérouler sous le règne du calife Haroun al-Rachid, contemporain de Charlemagne.

Les harems du calife et des notables de Bagdad se remplissent de Circassiennes. Il s'agit de femmes originaires du Caucase et réputées pour leur beauté ; ces belles esclaves ont continué jusqu'au XXe siècle d'alimenter les harems orientaux en concurrence avec les beautés noires originaires d'Éthiopie. Pour les tâches domestiques et les travaux des ateliers et des champs, les sujets du calife recourent à d'innombrables esclaves en provenance des pays slaves, de l'Europe méditerranéenne et surtout d'Afrique noire. Ces esclaves sont maltraités et souvent mutilés et castrés.»


La traite des blancs

On connaît peu la traite des blanc européens. Deux sources majeures sont à mentionner. L’une est l’esclavage organisé par les Ottomans - les turcs. Ils enlevaient de jeunes chrétiens âgés de 10 à 15 ans: albanais, bulgares, grecs, serbes, hongrois. Ils les circoncisaient, les éduquaient de force dans la religion musulmane et en faisaient des guerriers, les célèbres janissaires, dont la force fut décisive dans la prise de Constantinople et la chute de l’empire chrétien d’orient. A raison de plusieurs milliers d’enfants par pays conquis et par année, et des autres sources d’esclaves (Caucase, nord de l’Europe, pour approvisionner les grandes familles turques) on peut estimer à plusieurs centaines de milliers ou plusieurs millions le nombre de déportés blancs mis en esclavage au service de l’empire Ottoman en deux siècles et demi.

histoire,esclavage,traite orientale,tombouctou,afrique,europe,turc,ottomans,chrétiens,génocide,arabe,musulman,heers,algérie,italie,barbaresque,janissaires,sahara,L’autre source est la mise en esclavage des blancs d’Europe du sud, de l’Espagne à l’Italie. C’est le fait de pirates esclavagistes turcs d’Afrique du nord, qui ravageaient les côtes, profanaient les églises, et capturaient des blancs par milliers - 6’000 à Vieste dans le sud de l’Italie après avoir mis la ville à sac, 7’000 en une seule fois à Naples en 1544. Des bases pirates étaient installées au large de l’Italie pour approvisionner régulièrement en esclaves blancs le sud de la Méditerranée. L’économie esclavagiste était florissante dans ces pays sous domination ottomane après avoir été conquis de force par les arabes. Au total, selon plusieurs historiens, dont Jacques Heers, entre un et deux millions de blancs ont été emmenés en esclavage en Afrique du nord entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

L’expédition militaire française de 1830, lancée par le roi Charles X, et qui fut le début de la courte période de colonialisme français en Algérie (130 ans - courte par rapport à l’occupation ottomane ou à l’occupation arabo-musulmane de la région), avait entre autres pour objectifs de démanteler les bases des pirates et de mettre fin à l’esclavage des chrétiens blancs en Afrique du nord.


Mémoire sélective et tronquée

Il y eut encore l’esclavage intra-africain, pratiqué par des africains sur des africains. Et il y a aujourd’hui encore l’esclavage des enfants dans certaines écoles coraniques d’Afrique. C’est une autre page à développer. Ce que l’on peut retenir de ce qui précède est l’ampleur de la traite négrière orientale, abordée aujourd’hui par les historiens européens et africains, et l’oubli sélectif de l’esclavage des chrétiens blancs par les musulmans pendant plusieurs siècles. Cette mémoire sélective est dans le sens du vent actuel, où l’occidental serait le seul coupable de la souffrance du monde, et où l’on occulte des pratiques identiques commises à grande échelle par d’autres que l’on ne nomme pas - ou si peu.

Il ne s’agit nullement de nier la souffrance des populations africaines soumises à l’esclavage par les marchands occidentaux, de minimiser l’horreur de l’esclavage ni d’occulter ce qu’ont fait des européens. Il s’agit seulement de rappeler que l’esclavage fut pratiqué par d’autres populations, y compris africaines elles-mêmes, et que la question, pour être digérée et pardonnée un jour, ne peut pas tenir pour responsables certains acteurs seulement, parce que cela en arrange d’autres. La cause de la liberté ne gagnera rien à la discrimination et l’instrumentalisation politique suspecte qui est faite de l’esclavage. Ajouter de la souffrance à la souffrance n’allège pas la souffrance.

Commentaires

"L’autre source est la mise en esclavage des blancs d’Europe du sud"

les hommes aussi étaient émasculés.

"On connaît peu la traite des blanc européens."

un livre trés bien sur le sujet, de Robert c.Davis Esclaves chrétiens maîtres musulmans.

Écrit par : leclercq | 02 juin 2013

Les pays de l'Est ont payé un très, très lourd tribut à la Porte Ottomane (Empire Turc).

Les anciens pays qui formaient la Yougoslavie en savent quelque chose, ayant payé avec des territoires (Kosovo) l'emprise des turcs.

Il existe des colonies turques en Roumanie, Bulgarie, Serbie, etc.

Écrit par : Victor Winteregg | 02 juin 2013

John, ce que vous dites est vrai, mais très incomplet et qui dit partiel dit partial. On ne lutte pas contre une vision biaisée en biaisant dans l'autre sens. L'esclavage n'a pas été répandu à diverses époques et dans différentes régions, il a régné a peu près partout et tout le temps, jusqu'à la motié du XIXème siècle, depuis la plus haute antiquité et sans doute avant, si l'on en croit les pratiques de la plupart des peuples premiers.
Les Grecs, les Romains et les Gaulois, pratiquaient l'esclavage à haute dose et tout le moyen âge chrétien aussi. Le servage n'était qu'une forme d'esclavage parmi d'autres et fut aboli en Suisse en 1792 seulement, sous la pression de la Révolution française.
Le plus gros fournisseur d'esclaves blancs aux musulmans, à l'époque de Charlemagne, c'était... Charlemagne lui-même, qui par l'intermédiaire des byzantins (grands spécialistes en castration, tout comme les chinois d'ailleurs) a vendu des centaines de milliers d'européens vaincus. Soient des slaves (d'où le nom d'esclaves) soit des vikings et des Frisons, dont il a fait grand massacre, et qui traversaient enchaînés toute l'Europe, jusqu'aux ports de Venise, Gênes et Marseille.
Les Burgondes n'étaient pas en reste et Gondebaud, roi de Genève, y ramena plus de 6000 esclaves razziés en Italie.
Au début de la culture du sucre aux Antilles, la plupart des esclaves étaient... blancs, repris de justice ou autres et l'on n'a commencé à les remplacer par des noirs que parce que ceux-ci résistaient mieux au climat et aux très dures condtions de travail.
Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, les cantons, notamment Fribourg, vendaient comme esclaves leurs mauvais sujets à la marine française, où ils terminaient leur vie comme galériens, entre un parpaillot et un mahométan...
Bref, en matière d'esclavage, chacun a largement de quoi faire amende honorable et les atrocités ont été aussi variées que fréquentes.
Et même si les organisateurs du festival feraient bien de rappeler que la traite islamique fut aussi considérable qu'atroce, il est bon de rappeler que les grandes familles protestantes romandes, notamment genevoises et neuchâteloises tirèrent une bonne partie de leur fortune de l'odieux commerce triangulaire, tout comme Voltaire d'ailleurs. D'autant qu'après que la petite fille d'Agrippa d'Aubigné, alias Mme de Maintenon, 2ème épouse de Louis XIV ait interdit la traite et la possession d'esclaves aux protestants, ceux-ci devinrent abolitionnistes. Et ce sont des protestants genevois, comme de Clavières et Etienne Dumont, qui avec leur ami Brissot (un temps résident de Genève également) furent à l'origine de la 1ère abolition de l'esclavage, au travers de la société des amis des Noirs, durant la révolution française.

Écrit par : Philippe Souaille | 02 juin 2013

Merci pour ces compléments Philippe. Partout et de tous temps, possiblement, mais comme je n'y étais pas... :-)

Pas d'accord sur le servage. C'est au contraire une émancipation par rapport à l'esclavage. Le serf avait un contrat, ne pouvait être renvoyé de la terre qu'il louait sans son accord, pouvait transmettre cette terre à ses enfants, était défendu par le vassal auprès de qui il louait. Le servage vu comme un esclavage fait partie de la Légende noire sur le Moyen-Âge, inventée par les Lumières pour justifier la prise de pouvoir aux nobles et à l'Eglise.

Pour le reste, en effet tout le monde a eu sa part dans les souffrances humaines. Il faut le rappeler, c'est ce que je fais.

Écrit par : hommelibre | 02 juin 2013

Légende noire du moyen âge... Vous voilà donc royaliste, John ? Le servage est une forme particulière d'esclavage, mais reste de l'esclavage. Les esclaves antillais aussi avaient souvent un petit lopin de terre, sur lequel ils pouvaient cultiver pour eux eux-mêmes, voire vendre deux ou trois trucs au marché.
Il est passablement faux d'écrire que le serf avait tel ou tel droit... Vu que le servage s'étale sur plus d'un millénaire et demi et sur quasiment toute l'Europe. Les lois - pour autant qu'il y en ait eu: sur la majorité de la période, elles étaient le plus souvent non écrites et donc au bon plaisir du seigneur - et les coutumes changeaient aussi bien dans le temps que d'une région à l'autre.
Les terres étaient données en apanage par le Roi ou l'Empereur, ou vendues, mais toujours avec les serfs qui se trouvaient dessus. Ils n'avaient pas leur mot à dire. En fait le serf était attaché à la terre qu'il cultivait et n'avait pas le droit de quitter, à moins de pouvoir acheter son affranchissement (ce qui ne lui était que rarement accordé).
Cela faisait qu'il n'était plus un bien meuble, comme un esclave classique, mais un bien immeuble. Sauf qu'il était toujours un bien et restait privé de la plupart des droits d'un homme libre. Quant à la protection, un propriétaire d'esclaves a de toute manière intérêt à protéger son patrimoine.
Au moyen âge et même après, à Genève, l'un des grands sujets de discorde entre l'évêque et le Comte de Genève, puis le Duc de Savoie, c'est par exemple de savoir à qui sont les enfants issus d'une union entre un serf de l'évêque et une serve du comte. Serf vient d'ailleurs du latin servus (=esclave).

Écrit par : Philippe Souaille | 02 juin 2013

Philippe, nous n'avons visiblement pas les mêmes lectures sur le Moyen-Âge. je me réfère aux travaux de Le Goff, Heers, et d'autres historiens actuels qui ont été chercher des documents, qui ont vérifié, recoupé. Le serf avait des contraintes qui lui donnaient aussi des droits. Le droit n'était pas écrit? Parce qu'à l'époque la parole, l'Homme, étaient la référence. La poignée de main engageait comme la signature aujourd'hui.

On ne peut analyser cette époque avec les critères actuels.

A part cela, non, je ne suis pas spécialement royaliste! Mais je crois, contrairement au productivisme moderne, que nous n'avons pas tout inventé et que 1'000 ans et plus d'une forme de société supposent qu'elle avait des motifs valables de durer. De plus ce sont nos racines, qui ont aussi amené à concevoir la valeur de l'individu, du consentement, de l'amour.

Écrit par : hommelibre | 02 juin 2013

John, je connais assez bien Le Goff qui était le directeur de mon école, l'EPHE VIè section, devenue EHESS sous son autorité... Et qui a donc présidé aux travaux de mon mémoire largement consacré à... l'histoire de l'esclavage, et notamment de son abolition :-)
Le fait qu'un esclave ait certains droits ne signifie pas qu'il n'est plus esclave. Le Code Noir, par exemple, largement inspiré par Mme de Maintenon (qui avait grandi aux Antilles) définissait très précisément les droits et devoirs des esclaves et de leurs maîtres, les seconds n'ayant plus le droit de faire ce qu'ils voulaient des premiers. Qui n'en restaient pas moins esclaves.
De même Rome n'a cessé de codifier et modifier les lois sur l'esclavage, dont le servage est, dans les faits, le dernier avatar, né sous cette forme au cours du IVème de réformes législatives successives et qui va perdurer jusqu'à la fin du XVIIIème dans de nombreux pays, dont la Suisse soi-disant démocratique, qui fut l'un des tous derniers pays d'Europe occidentale à l'abolir, bien après la France ou l'Autriche !
Il est certain que le servage est un progrès par rapport à l'esclavage pur et simple, mais on pouvait trouver sans difficulté des esclaves mieux lotis que des serfs souffrant sous de mauvais seigneurs.

Écrit par : Philippe Souaille | 03 juin 2013

@ Monsieur Philippe Souaille pourquoi ne laisserez-vous pas ouvert aux commentaires, bien entendu modéré, vos articles publiés sur votre blog ?

Écrit par : F.H.Jolivet | 03 juin 2013

Au Maroc une forme d'esclavage est toujours d'actualité : les petites bonnes et nouvellement les africaines sans papier utilisées comme servantes sans rétribution, couchant à même le sol et se nourrissant des restes que Madame veut bien lui donner.

Écrit par : F.H.Jolivet | 03 juin 2013

Même question que Monsieur Jolivet, adressée à Monsieur Souaille.
Peur des contradicteurs ?
Pourquoi n'est vous pas un démocrate ?

Écrit par : Victor Winteregg | 03 juin 2013

Je n'ai pas lu cela chez Le Goff (aurait-il fait évoluer son analyse depuis votre thèse?), encore moins chez Heers. La relation serf-vassal était contractualisée, et le "bon vouloir" des seigneurs fait lui aussi partie de la Légende noire, comme le droit de cuissage. Les vassaux avaient toujours un seigneur placé plus haut qu'eux qui faisait respecter les coutumes et réprimandait les vassaux s'ils dérapaient. Parler des serfs comme d'esclaves est abusif.

Écrit par : hommelibre | 03 juin 2013

Mon mémoire remontant à 1976, je ne pense pas qu'elle ait pu influencer Le Goff en quoi que ce soit. Par contre je lui dois certainement le goût de mêler grande et petite histoire et vie quotidienne. Ce n'est pas un hasard si lui l'historien était le patron d'une équipe d'ethnologues aussi prestigieux que Levi-Strauss, Germaine Tillon ou Bourdieu.
Le premier baron à avoir été jugé pour le meurtre des enfants de ses serfs est Gilles de Rais, et cela remonte à 1440, soit la fin du Moyen âge. Encore en avait-il massacré quelques dizaines...
Entre les premiers textes romains définissant ce qui deviendra le servage et Gilles de Rais, s'écoulent plus de mille ans. Et encore plus de trois siècles avant l'abolition du servage, durant lesquels les coutumes et les pratiques ont évolué progressivement.
Le plus grand propriétaire terrien et donc propriétaire de serfs par la même occasion est... l'église, qui contrairement au pouvoir temporel, interdit l'affranchissement à ses serfs. Les Dominicains seront les premiers à se passer du servage, mais uniquement dans leurs monastères personnels.
Le système féodal est très loin d'être aussi clair et précis que vous le décrivez John. Le fief par exemple, ne devient héréditaire que très progressivement. Au départ il est confié par le suzerain au vassal à titre provisoire et les enfants ou l'épouse de ce dernier n'en héritent pas. Même lorsque le père meurt à la guerre en défendant les couleurs de son suzerain ! Cela prendra des siècles pour que les fiefs deviennent transmissibles et cela ne se passe partout en même temps. Il en va de même évidemment pour le bas de l'échelle, en-dessous du premier barreau, à savoir les serfs.
Il y a en plus autant de coutumes que de régions...
En fait ce sont les grandes pestes, au XIVème et XVème siècle, qui en décimant la population, vont faire exploser la valeur de la marchandise humaine. Tout soudain, l'Europe entière manque de bras et l'on s'arrache les bons travailleurs, qu'ils soient laboureurs ou artisans, leur promettant libertés et terres.
Et pour répondre à mes fervents admirateurs, je bloque les commentaires
1)parce qu'ils sont trop souvent haineux ou à côté de la plaque
2)parce que laisser les autres sans réponse ne me satisfait pas et qu'y répondre prend beaucoup trop de temps. La preuve.
Amitiés, John...

Écrit par : Philippe Souaille | 03 juin 2013

Philippe, je ne voulais pas dire que votre thèse l'avait influencé, mais qu'il aurait pu de lui-même faire évoluer son analyse...

Gilles de Rais était-il un cas, comme on en connaît de tous temps? Etait-ce une pratique généralisée? Rien ne le démontre en tous cas, on ne peut donc laisser entendre que d'autres seigneurs criminels seraient restés impunis.

Le serf était attaché à la terre et non au seigneur. Le seigneur représentait d'ailleurs une territorialité. C'est un des moteurs de l'ancrage de sociétés, autrefois beaucoup plus mobiles. Il y avait une sorte de co-dépendance entre le seigneur et le serf, et le seigneur ne pouvait agir à sa guise avec le serf. En cas de changement de vassalité le serf gardait la terre qui lui était allouée.

Le Larousse résume la situation: "Si l'esclave romain était considéré comme bestial, l'esclave de l'époque carolingienne est reconnu comme étant homme, pourvu d’une âme. Mais étroitement soumis à son maître, il n'a pas de personnalité juridique ; il ne peut rien posséder, ne peut se marier, ne peut faire le service militaire ni devenir clerc.

En revanche, le serf a une personnalité juridique. Bien que non libre, il ne peut être vendu. De plus, il peut posséder des biens, hors du domaine ou hors de la seigneurie ; il peut également se marier.

Ainsi, l'esclave est la chose du maître ; tandis que le serf a, avec son maître, des devoirs réciproques, le maître s'engageant pour sa part à le protéger."

Écrit par : hommelibre | 03 juin 2013

Gilles de Rais était un cas extrême, c'est certain. Et c'est bien pourquoi il a été jugé et condamné. Mais nul baron ne l'avait été avant lui pour le meurtre d'un serf, pas un seul en un millier d'années. Alors qu'ils l'étaient évidemment si la victime n'était pas serve, toutes sortes de procès l'attestent. L'un des Enguerrand de Coucy fut ainsi condamné et emprisonné par le Roi pour avoir fait pendre trois jeunes nobliaux des environs qui chassaient sur ses terres.
Croyez-vous sincèrement, John, que pas un seigneur ne se soit montré odieux, voire criminel avec les serfs qu'il avait sur ses terres durant tout ce temps ? Croyez-vous que toutes les méchantes histoires, du Shériff de Nottingham à Dracula ne sont que pures vilenies et fabulations ?
C'est comme le droit de cuissage, dont on ne trouve effectivement aucune trace juridique écrite. Cela ne prouve pas pour autant que la coutume - non écrite - n'existait pas. Pas plus que cela ne prouve qu'elle existait. On sait tout de même, par exemple, que François 1er, dont les terres personnelles, qu'il tenait de sa mère princesse de Savoie, étaient le Genevois, le Faucigny et le Pays de Gex, avait pris l'habitude d'honorer au moins une femme différente chaque jour, noble dame de la cour (c'est lui qui les y introduisit en masse) ou simple ribaude de taverne. Et ce avant comme après qu'il se soit pêcho la syphillis. Cela représente tout de même quelques milliers de péronelles et de dames patronesses, dont on n'a pas trace qu'aucune ait porté plainte.
Si une manante (ou une serve) s'était avisée de porter plainte contre son seigneur pour un droit de cuissage, elle aurait été jugée par... les pairs de son seigneur, c'est à dire ses potes chatelains des environs. Il fallait tout de même avoir drôlement foi en la justice de son pays pour oser porter l'affaire devat les tribunaux si le droit de cuissage était la coutume locale...
L'Histoire, telle qu'elle est pratiquée par les historiens, c'est quelques documents probants enrobés d'énormément d'interprétations.
D'ailleurs, sur le fond, nous sommes d'accord et disons la même chose: il y a une évolution du droit de l'esclavage dans nos contrées, depuis les romains jusqu'à l'abolition du servage... Le reste c'est de l'interprétation. Les serfs avaient plus de droits que les esclaves classiques, mais moins que les hommes libres. Et franchement être serf au moyen âge, moi je n'aurais pas aimé. Vous si ?

Écrit par : Philippe Souaille | 05 juin 2013

Plutôt que de choisir la voie du mensonge (par omission en tout cas) pour ne pas accabler les jeunes arabes, Mme Taubira aurait pû, si elle attache une certaine valeur à l'idée du savoir et de la vérité historique, rappeler que l'esclavage a fait partie de pratiquement toutes les ethnies et civilisations depuis que l'homme est homme.
Pour ajouter à la liste de ceux qui l'ont pratiqué, on peut mentionner la réduction à l'esclavage pratiquée en Amérique du Sud, aussi bien chez les Indiens de la forêt que dans les grandes civilisations comme celle des Incas.
Il est plus triste que cocasse que c'est au nom d'une soi-disant valeur chère à notre culture, celle du respect des minorités, qu'une autre valeur encore plus grande et que nous espérions autrefois devenir universelle, celle de la vérité fondée sur le respect de l'autre, qu'une politicienne comme Mme Taubira s'est jointe à la cohorte de plus en plus nombreuse de ceux qui sont prêts à travestir l'histoire pour s'acheter sinon une bonne conscience du moins des faveurs (par exemple des voix pour son parti) auprès d'une population qu'elle prétend ainsi consoler du sort qui lui est échu dans notre société.
Ne pas dire la vérité aux enfants trop jeunes pour comprendre ressemble beaucoup à du néo-colonialisme lorsqu'il s'agit d'adultes. Une fois de plus, la lâcheté remplace le courage d'affronter les faits et d'essayer de les infléchir si besoin est.

Écrit par : Mère-Grand | 05 juin 2013

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