10 avril 2013

A gauche, le monopole de la morale?

François Hollande tente d’éteindre le feu en évoquant la gauche morale. De son côté Ayrault, le regard dramatiquement vide, dit qu’il faut regagner la confiance des français. C’est beaucoup d’énergie, c’est même une débauche d’énergie pour tenter de sauver les meubles du parti majoritaire, qui se trouve enfermé par ses propres thèmes et en délicatesse d’autorité. C’est plus souvent en milieu ou en fin de mandat que la majorité doit reconquérir l’opinion. Ici c'est après moins d'un an de gouvernance. La gesticulation des dirigeants actuels semble peu propice à prendre le pays à bras le corps.


hollande,ayrault,morale,moralisation,mitterrand,bérégovoy,socialiste,libéral,discrimination,patrimoine,robespierre,cahuzac,mensongeL'affaire Cahuzac détourne l’attention des problèmes économiques, et la moralisation consécutive ne va accoucher que de contraintes supplémentaires dont l’efficacité n’est pas garantie. Il y a une forme d’indécence morale à exposer le patrimoine des élus. On les met en vitrine, on les donne en pâture aux remarques des électeurs, qui finiront par les choisir selon leur feuille d’impôt autant ou plus que selon leur programme et leur bilan. Il en résulte une sorte de voyeurisme malsain sur fond d’angélisme.

Il ne faut pas demander aux politiques d’être des modèles de vertu: le sommes-nous nous-mêmes pour l’exiger d’eux? Le strip-tease politique et l’autoflagellation signent la position de faiblesse de tout pouvoir et son manque d’imagination. Et si Hollande met tant de temps à réagir vraiment, à changer la donne en sa faveur, c’est que les officines idéologiques dont il dépend et qui font de lui leur hologramme (Terra Nova par exemple) n’ont elles-mêmes pas trouvé comment gérer l’implosion du thème central de la moralisation.

Et puis n’y a-t-il pas une forme de discrimination ou de punition par anticipation à publier le patrimoine des élus et pas celui de toute la population? Où est l’égalité de traitement? N’est-ce pas une diminution supplémentaire de l’espace privé? On donne le pouvoir au public, qui sait tout de vous et dont, si vous êtes un élu, vous ne savez rien.


La moralisation invoquée par le chef de l’Etat est-elle nécessaire? Est-elle efficace? Et la gauche a-t-elle une légitimité à s’approprier ce thème?

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1. Nécessaire: on peut en douter. Il y a des lois pour sanctionner les comportements frauduleux. Pourquoi rallonger encore le Code pénal alors qu’il suffit d’appliquer ses dispositions existantes? Simplement pour rattraper un désastre? Pour donner l’impression de maîtriser une situation qui échappe? Hollande serait davantage respecté qu’aimé s’il se tenait droit dans ses bottes et affrontait publiquement l’opinion. Or depuis une semaine il évite tout contact. On savait l’homme peu courageux. Il confirme.


2. Efficace? Les sanctions n’empêchent pas le crime. N’y a-t-il aucun politique pour proposer des voies originales? Ou ne faut-il pas accepter le risque et choisir mieux ses collaborateurs à l’avenir? Une loi de plus donnera-t-elle pleins pouvoirs aux agents du fisc, à la police, aux délateurs? La moralisation contient une possible dérive non démocratique. Le terme rappelle un certain comité de salut public de triste mémoire. Dont Robespierre fut membre:

«Quant à Robespierre, il s'était occupé d'abord d'instruction publique, puis il avait pris peu à peu le rôle d'un ministre dirigeant sans portefeuille. Il surveillait, il exprimait à la Convention la pensée morale du gouvernement, il affectait de se tenir dans des régions supérieures et de ne pas mettre la main à la besogne, saut pourtant dans les questions de police.»


3. Enfin la gauche est-elle «génétiquement» morale? A-t-elle le monopole de la morale? La droite est-elle immorale? Les libéraux, qui prêchent la liberté de l’individu contre la réduction de la vie privée, le droit à créer des richesses contre celui d’élever la pression fiscale pour payer un Etat pléthorique, sont-ils immoraux? Certainement pas. A droite comme à gauche il y a des personnes intègres et de qualité, et des bandits. Les libéraux, qui n’ont inventé ni le crime, ni les traders, ni Cahuzac, ont au moins autant d’éthique que la gauche. Cette manière de dresser le pays contre ses riches, de désigner implicitement des «immoraux», est particulièrement discriminatoire, déplaisante, malvenue et moralement dangereuse.


François Mitterrand, le modèle de Fanfrelande, était-il moral en affichant sa lâcheté à propos de Bérégovoy? En ordonnant des écoutes illégales et en mentant sur leur pratique? Mitterrand était l’un des présidents les plus félons de la cinquième république, avec peut-être Giscard. De quel droit la gauche s’arroge-t-elle le monopole de la morale? Et surtout de quelle autorité?
Cette moralisation donne le sentiment d’une pantalonnade.

Monsieur Hollande n’a pas le monopole de la morale. Son bilan à la tête du parti socialiste ne plaide pas pour une hauteur morale intransigeante.

On ne devrait pas laisser les gouvernants gouverner les esprits.

Commentaires

Hollande a évidemment tapé sur la Suisse... Bien sûr c'est la Suisse qui a incité Cahuzac à mentir.

Mais pas un mot sur la fiscalité délirante de la France, cause première de l'évasion fiscale.

"Cette affaire révèle "la nécessité d'une lutte implacable contre les dérives de l'argent, la cupidité et la finance occulte", a dit le président. "Elle appelle des réponses fortes que les Français eux-mêmes exigent parce que l'exemplarité de la République, c'est la condition de son autorité."

Son autorité? Parce qu'il en a eu?

"je n'hésiterais pas à considérer comme un paradis fiscal tous pays qui refuserait de collaborer pleinement avec la France": l'autoritarisme socialiste montre enfin son vrai visage.

Écrit par : hommelibre | 10 avril 2013

"collaborer" c'est vrai que c'est une spécialité française !

Écrit par : uranus2011 | 10 avril 2013

Ma conception à moi de la morale est relativiste. C'est assez curieux d'entendre des socialistes à priori laïques, parler tout le temps de morale comme si elle était rigide absolue ou homologuée par un copyright.
La morale d'un taliban n'est pas celle d'un communiste, qui n'est pas celle d'un membre de l'UMP, qui n'est pas celle d'un mafieu. Objectivement il n'y a pas une mais des morales.

Ce qui m'étonne aussi c'est chez certains anti-sytème, cette manière de toujours critiquer l'ingérence d'etats sur d'autres (états arabes notamment), tout en pronant eux-même une morale inflexible pour d'autres. Hors s'il y a ingérence, c'est justement parce qu'il y a cette morale qui se voudrait universelle que des généreux états se sentent obligés d'imposer par les armes; on les préfèreraient un peu plus égoïstes.

Avec le libéralisme c'est différent, il importe juste d'avoir des repères forts pour réguler la société. Par exemple : ne pas tuer des humains, ne pas voler, ne pas agresser autrui physiquement ou verbalement etc. Si de tels principes avait été appliqués à la lettre dans un état vraiment libéral, il n'y aurait pas eu de légalisation de l'avortement par exemple, au nom du principe ne pas tuer des humains; ça veut dire ce que ça veut dire. L'état ne serait pas intervenu, sinon pour punir les femmes avortées et les médecins qui les avortent.

Le problème est qu'on accorde de mon point de vue trop d'importance à certaines sciences humaines comme la philosophie, la psychologie, ou certains courants de la sociologie. Ce qui devait rester comme une sorte d'indicateur, ou des réflexions sur des choses abstraites, sont assénées comme vérités absolues dès lors qu'elles servent les intérêts du pouvoir en place (théories du genre, domination masculine...). Pour l'avortement par exemple on a pu facilement glisser vers des concepts philosophiques ou le réel n'est pas réel, ce qui existe n'est que la perception que l'on en a... bref toutes ces réflexions d'initiés utilisées comme enfumades pour en arriver à des slogans comme "la maitrise de la procréation", "le droit des femmes à disposer de leurs corps". C'est tellement bête, ça ferait rire même un enfant de 10 ans, tellement la ficelle est grosse.

Écrit par : Didier | 14 avril 2013

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